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samedi 24 avril 2021

Hanger Abortion TAF Montpellier 26 septembre 2020

 Le calendrier prévu des concerts se trouve bouleversé par le ressac de l'épidémie, particulièrement dans les villes les plus frappées. Des dates réservées et attendues se trouvent annulées à mesure que l'on s'en approche. À la place, certains lieux luttant pour se maintenir à flot organisent de petits événements dans le respect des règles imposées, avec ingéniosité et ténacité, en ouvrant leur scène à des groupes locaux pour des concerts à prix libre avec inscription préalable.


Ainsi c'était compliqué pour moi de venir ce soir-là, mais la faim de live m'a poussé à me libérer au plus vite pour rallier au dépourvu la Secret Place où je n'étais plus allé depuis plus de sept mois. Heureusement pour moi la jauge d'affluence n'était pas atteinte, mais le resserrement horaire déjà en place (en attendant une contrainte plus forte encore dès la semaine suivante) faisait que le concert avait commencé bien plus tôt que d'habitude. Et je n'ai pour ainsi dire rien vu d'HORROR WITHIN et de son Slam Death classique et efficace, très voisin de la tête d'affiche. Une prochaine fois, espérons.


Les averses et le froid tombé subitement empêchant la tenue à l'extérieur, il fallait se répartir dans la salle inhabituellement garnie de tables et de fauteuils plastique en plus des quelques tables hautes et chaises de bar habituelles du fond. Le respect des distances était en vigueur sous la surveillance prévenante mais constante et nécessaire du staff. L'usage de verres et non de gobelets, était un détail également pertinent en termes de dissuasion.


Dans ces conditions exceptionnelles, HANGER ABORTION fêtait et promouvait autant que possible la sortie de son premier EP "Population Decay" sur le label Australien 10-54. En formation classique à quatre, le groupe n'a évidemment rien varié de son Slam Death Beatdown qui doit autant à Hatebreed qu'à Cannibal Corpse. Quelques intros de films plantaient un décor cohérent. Il y a aujourd'hui beaucoup de groupes dans ce genre à travers le monde, mais il y a aussi un public de mordus insatiables qui se nourrissent par les réseaux sociaux et youtube. 

Les Montpelliérains ont progressé dans le riffing, sensiblement mieux varié que l'an dernier, aidé en cela par un batteur capable de passer quelques breaks un peu techniques après un long martèlement en cadence. Avec une seule guitare, cela suffit pour écraser tout en laissant une petite place bienvenue à la basse pour agrémenter la rythmique, détail très important dans ce style si propice à la monotonie. De même, le growl naturel évite de tomber dans la caricature trop parfaite que le style offrait il y a quelques années et nous raccroche aussi au Death le plus traditionnel. On demeurait quand même dans l'exercice de style orthodoxe sans s'aventurer dans les subtilités du Death brutal ou du HC vieille école. Quelques spectateurs s'agitaient assis sur leurs sièges, même si ce n'était pas la meilleure situation pour déployer la gymnastique habituelle du beatdown, ce qui donnait un spectacle assez amusant en symétrie de la performance appliquée mais souple sur scène.

Le set fut assez court, le répertoire du groupe n'étant pas encore pléthorique, mais l'affaire était suffisamment entendue et vaut le détour pour tout amateur de Slam Death Metal. 

L'horaire précoce de fin du concert n'interdisait pas de rester un peu pour revoir les uns et les autres et rêver ensemble de jours meilleurs. Les conditions de la soirée resteront hélas inoubliables, mais ce qui est pris est pris.


Stuntman Harah Skullstorm Feral Black Out Montpellier 21 juin 2020

 Enfin ! Après trois mois et demi d'abstinence forcée, un concert intéressant était programmé, à l'occasion du 21 juin. Les tournées n'ayant pas recommencé, il ne pouvait s'agir que de groupes régionaux. La réunion avait lieu dans un lieu privé confidentiel quelque part dans l'Hérault, annoncée uniquement par bouche à oreille, sans aucune promotion par internet, avec présence accrue des conjointes et des amis. L'organisation veilla parfaitement au respect des normes de sécurité sanitaire encore en vigueur. Cela fait drôle d'ajouter un masque aux protections auditives par ces chaleurs, mais il va falloir s'y faire quelque temps sans doute comme le reste. Cette reprise n'est pas un retour à la normale, et cette organisation au parfum de clandestinité nous ramène aux racines d'une musique à la marge, d'un mundillo qui organise sa vie à l'écart, même si en France nous ne pouvons pas prétendre y ajouter la persécution subie sous d'autres cieux, heureusement.


Le premier groupe du reste de notre vie de concerts aura donc été FERAL, formation à quatre rassemblant des membres de Stuntman, Superstatic Revolution et Morgue entre autres, que je n'avais pas revue depuis beau temps. Leur musique semblait s'être alourdie dans l'intervalle, même après que le chant gras soit remixé à un volume convenable. Le Sludge le plus sale et pégueux se mêle à un Grind brutal, au fond crust sensible malgré ce chant plus growlé que braillard. C'était encore plus lourd que dans mes souvenirs, les passages ternaires étant franchement écrasants après les blasts dévastateurs délivré par un batteur dont je n'avais pas vraiment apprécié jusqu'alors la compétence, en raison de ce son volontairement un peu sale à son poste. Cette sensation de pesanteur était certainement accrue par l'attitude relativement réservée du groupe, qui avait pour la majorité un second set à assurer un peu plus tard dans la soirée. Le bassiste assurait quelques brèves parties de chant. Le public se contentait de bouger un peu devant mais la chaleur, les masques incongrus et la prudence imposée par les circonstances ne laissait pas espérer plus. 


SKULLSTORM évolue dans un style assez proche. Rassemblant des gens passés par Morse ou Super Beatnik, cet autre groupe à quatre prodigue un croisement entre Crust, HC New School et Punk ; Amebix, Minor Threat et Black Flag. Ce trait Punk se ressentait notamment dans le son, moins lourd et moins fort. Fidèle à son attitude, le chanteur occupa un grand espace à travers la salle en se déplaçant d'un endroit à un autre sans être gêné par l'emploi d'un micro filaire, avec l'aide discrète de l'assistance habituée à aider ce type d'expression scénique. Le son craquait parfois, ce qu'on pardonnera aisément vues les circonstances. Le style est sans prétentions, mais c'est bien fait.


Je n'avais encore jamais vu HARAH bien que cela fasse un moment que ce duo batterie-guitare/chant, né des cendres d'un précédent projet nommé Lahius, est actif depuis quelques années. Il venait offrir le "moment calme" du programme avec son Post-Rock tirant vers le Post-Hard-Core ou un Post-Punk Shoegaze pour les passages les plus légers... cela fait un peu revenu de tout ! Cerné au sol d'un nombre de pédales qui suffisaient à lui garantir une distance sanitaire conforme, le guitariste ajoute un chant masculin naturel très présent, inhabituel pour ce créneau, qui y donnait un grain années 90. Bien sûr, le plan était fait de titres longs ménageant des montées en puissance inexorables, pour autant qu'une bonne vieille Gibson puisse en donner. Le batteur assurant seul la partie rythmique fit montre d'une maîtrise certaine avec des parties complexes qui ont fait la différence, évitant à l'ensemble de choir à ce niveau de musique soporifique et poussive que la description écrite pourrait laisser craindre.


Enfin les Sétois de STUNTMAN apportaient toute leur expérience de survivants de la vieille scène locale comme il n'y en a plus beaucoup vingt ans après. La radicalisation déjà constatée il y a quelques mois s'est confirmée. Le mélange historique du groupe entre HardCore chaotique, Noise, Stoner et Metal des années 90 s'est durci, au point que la set list écarte les anciens tubes qui étaient incontournables jadis. Des passages en blast bien Death ou Grind, mêlés au reste, rappelaient que le groupe continue à évoluer au-delà du groove déjanté qui unissait ses premières inspirations. Le chanteur aurait pu paraître métamorphosé par rapport au set de Feral pour qui ne le connaîtrait pas, retrouvant sa prolixité agressive mais bon esprit, et une attitude plus mobile. Le retour à une musique plus explosive et maîtrisée parfaitement par les quatre membres, quelle que soit leur ancienneté, relança les énergies et à défaut de pogo il y eut bien quelques bourrades. Le mélange peut apparaître trop vaste à la simple description, mais en pratique il fonctionne depuis beau temps, ce n'est pas par hasard que l'on a tourné plusieurs fois à travers l'Europe. La performance de ce soir spécial montrait une affaire qui roule, une fois de plus. En dépit de l'heure avancée certains étaient chauds pour prolonger le set avec les trois nouveaux titres encore inédits, mais il n'y avait pas le temps.


Cela faisait des années que je n'avais pas subi une privation aussi longue, qui donnait une impression de retour de décrassage sur la route de la maison, celle que l'on éprouve lorsqu'on retrouve les sensations d'un sport que l'on reprend après une période d'arrêt. C'était bien plus que la fatigue positive habituellement ressentie lorsqu'on a maintenu le rythme, ou que le banal retour de concert par une chaude soirée d'été. L'avenir demeurant incertain, cette expérience simple devait être aussi savourée à sa juste valeur. 


Napalm Death Eyehategod Misery Index Rotten Sound Metronum Toulouse 29 février 2020

 Ce samedi tous les Metalleux vivant entre l'Atlantique et le Rhône pouvaient affluer à Toulouse où deux affiches majeures s'entrechoquaient, comme pour marquer un 29 février. Il fallait choisir son camp. Si le passage de Testament, Exodus et Death Angel au Bikini avait été annoncé en premier, j'avais opté pour le "Campaign for the Musical Destruction" au Metronum. Je croise Napalm Death tous les ans, mais le reste de l'affiche suffisait à me convaincre. Le débarquement de cette tournée servait de cadre aux dix ans d'anniversaire de l'association toulousaine Noiser qui organisait ce concert après bien d'autres. 

Même en connaissant bien le trajet, j'avais galéré pour rallier la ville rose dans sa grisaille brumeuse habituelle en hiver. Ayant juste le temps de remarquer qu'on parlait beaucoup castillan et catalan aux abords, dans la file d'entrée, dans la cour puis dans la salle, je voulais voir à quoi ressemblait BAT qui devait déjà en être à la moitié de son petit set. Ce trio comprend le guitariste de Municipal Waste, mais joue plutôt un Thrash Heavy Punk dans le sillage de Venom, voire Mötörhead ou Possessed, avec vestes à patches, bandanas et frottages entre instruments en fin de set. Ce n'est pas grandiose ni original, mais ça nous décrassait pour des choses plus consistantes. Et au moins la qualité sonore de l'ouverture laissait présager qu'il n'y aurait pas de problème.

À la première pause, on pouvait voir dans la salle derrière un merchandising très copieux proposé aux fans, qui ne se limitait pas aux groupes du soir mais accueillait aussi des vêtements et accessoires de structures locales (dont Noiser bien entendu). On retrouvait une bonne délégation de la côte Méditerranéenne et effectivement pas mal d'Espagnols ayant profité de ce que cette date tombait le weekend pour faire le voyage malgré les incidents à la frontière. Le public était donc fourni, c'était complet, mais un bon côté de la scène extrême est que même un gros concert qui a marché reste loin de la barre des événements interdits pour cause de virus. Pour le moment.


ROTTEN SOUND était passé à Toulouse encore récemment de mémoire, mais pour ma part ils manquaient encore à mon tableau. Sans sortie récente à promouvoir, les Finlandais ont réellement lancé la soirée, le pied à fond sur la pédale HM-2 après avoir fait eux-mêmes leurs réglages. Placé en une position qui les contraignait à faire leurs preuves comme de grands débutants alors que bien des festivals spécialisés s'en contenteraient en tête d'affiche, les vingt-cinq ans d'expérience ont parlé : le public frileux du premier titre se métamorphosa après quelques salves pour provoquer un désordre bouillonnant dans une assez vaste fosse. Le Grind Crusty du quartet emprunte souvent au D-Beat ce qui ne le rend que mieux accrocheur. Le son très typé de l'unique guitare est en harmonie avec le chant crié de Keijo. L'unique actualité était l'arrivée du nouveau bassiste, apparemment plus jeune, mais déchaîné. Entre Punk de la seconde vague et Death scandinave, thèmes politiques ou gore, le groupe vise un large public dont l'emballement me faisait penser qu'il faudrait se réserver pourtant un peu vue la suite… Mais le son très féroce était irrésistible. 


La bande-son des interludes déroulait, assez curieusement, de grands classiques du Metal de Papa. 


MISERY INDEX est moins actif que dans sa première décennie où le groupe était venu fesser l'Europe entière un bon nombre de fois tout en produisant en studio à cadence soutenue. Mais au moins les Marylandais ont gagné en stabilité lorsqu'ils se retrouvent, comme en témoigne la qualité du dernier album. Et cela faisait fort longtemps que je ne les avais pas vus sur une scène aussi grande. L'alliage de surpuissance et de rigueur dans l'exécution reste la marque de cette bande de schismatiques de Dying Fetus. Certes, le triggage d'Adam Jarvis contribue à cette impression (on le devinait à l'oreille après l'avoir vu par le passé dans des conditions plus confinées) mais je préfère ça à d'autres modes, personnellement. Les acclamations (où perçait les hurlements d'une fan particulièrement passionnée) et la reprise d'une fosse déchaînée confirmaient que cela marche toujours autant. Étant le combo le plus Death de la soirée, c'était le set le plus lourd ce qui se ressentait néanmoins dans des headbangs parfois plus relâchés derrière. La variation de rythme était spécialement honorée avec un certain humour au moment de nous faire saluer les autres groupes de la tournée, Adam Jarvis parodiant en pince-sans-rire leurs tempos habituels de telle manière que n'importe quel touriste aurait compris qu'avec Eyehategod ce ne serait pas pareil !

Sans faire l'impasse sur "Rituals of Power", Misery Index ne venait pas promouvoir son dernier album, n'ayant même pas ouvert le set par un extrait. Cela fait un moment à présent que Mark Kloeppel prend le poste au centre et assure la communication, mais Jason Netherton n'a pas abandonné ses nombreuses parties de chant. Pour s'exprimer, Darin Morris à la seconde guitare se contentait de donner un feeling certain à des solos qui n'ont même pas été écrits pour lui à l'origine pour beaucoup, lui l'éternel copain finalement intégré. Dans son t-shirt Bathory Kloeppel était volontiers bavard et n'avait rien perdu de son humour qui détendait un peu entre des titres aussi intenses et sombres, alors que l'intro instrumentale enregistrée de "The Oath" esquissait ce que ça pourrait aussi être avec une atmosphère oppressante entre tous les titres… "Traitors", comme c'est maintenant une tradition, clôtura le set avec son chœur simple martelé à l'unisson. Ces retrouvailles après six années de disette n'ont pas laissé le moindre commencement de déception et demeureront certainement pour moi le clou du concert.

Embracing Extinction/ The Spectator/ The Great Depression/ Ruling Class Cancelled/ New Salem/ The Choir Invisible/ The Oath - Conjuring the Cull/ The Carrion Call/ Hammering the Nails/ Traitors


À la pause, j'apprenais que la tête d'affiche ressortait de vieux morceaux au détriment d'autres trop entendus pour cette tournée. Nous allions être fixés bientôt, après une parenthèse.


Le changement d'ambiance était attendu avec EYEHATEGOD, qui recourait à un éclairage à bleu dominant à la différence des collègues. Mike Williams apparaissait totalement défoncé et ce n'était pas simulé ! On se souvenait que Joey Lacaze était décédé quelques jours après le dernier passage du groupe sur les bords de Garonne… Avec l'un des pères fondateurs du Sludge, l'atmosphère était toute autre, le rythme nettement plus pesant et l'heure était au headbang lent plutôt qu'au pogo. Les moshers fanatiques étaient partis prendre une pause, ce qui était appréciable pour la majorité restante qui avait un peu plus d'espace pour se relâcher. Quelques fumées suspectes prenaient même forme ici et là dans l'assistance. Jimmy Bower était bien dans le ton avec son petit pull sobre tendu sur son gros ventre ou sa chemise à carreaux bon marché, l'air hilare. Mike Williams, lui, ne savait plus s'il était en Italie ou en Espagne si l'on en croit ses remerciements en langue autochtone (essaye encore !), et balançait des doigts d'honneur à tout le monde y compris à son propre groupe qui les lui rendait sans méchanceté. Avec un bien meilleur son que sur album, il n'était pas difficile de se couler dans un répertoire perché, parfois imprévisible, mais bâti sur des riffs massifs dont la qualité ne faisait que croître à mesure que le set passait. J'ai suffisamment passé de soirs devant des groupes vénérant celui-ci pour avoir pu apprécier cette rencontre.


La dernière pause passa vite avec le tirage au sort d'une tombola spéciale (une vie de concerts offerte) pour fêter l'anniversaire de l'association organisatrice, Noiser, à laquelle Toulouse doit une partie de sa grande qualité de programmation.


Après que John Cooke, aie fait lui-même la dernière supervision, NAPALM DEATH était annoncé par la vieille introduction de "Discordance" issue du quatrième album du groupe, celui qui annonçait longtemps à l'avance son style définitif des vingt dernières années, et le fait est qu'"I Abstain" n'a pas vieilli d'un trait en plus d'être de circonstance en France. Malheureusement le son aigre de la guitare et des caisses claires de Danny Herrera m'a un peu gâché le plaisir au début, c'était au-delà du feeling Punk. Napalm, c'est le groupe international que j'ai le plus vu en concert et je peux donc être difficile. Conformément à la promesse, la setlist picora dans beaucoup d'albums différents de toutes les époques y compris des titres peu entendus. Quand on tourne autant et qu'on n'enregistre plus aussi souvent que naguère, il y a intérêt à faire ainsi pour éviter la lassitude des fans. Ressortir par exemple "Social Sterility" ou enchaîner le redoutable mais pas fréquent "If the Truth Be Known" après l'efficace mais surexploité "Suffer the Children" pour une tranche de vrai Death Metal rafraîchit les enthousiasmes. Ce ne sont pas les quelques slammers et la fosse, encore plus large que pour les autres groupes, qui me contrediront.

Grâce à l'espace offert par une scène beaucoup plus grande que les garages aménagés où je retrouve plus souvent Napalm Death, Barney n'était pas en nage et même assez en forme. Indécrottable anarchiste réfléchi, son propos était assez anti-religieux ce soir et plutôt que de se promener partout en faisant des gestes absurdes, il se prenait plutôt la tête entre les bras, comme un enfant très fâché qu'il est d'une certaine manière toujours resté. Pour justifier la tournée et faire patienter alors que l'album à venir chemine lentement dans les tuyaux, ils ont donc un nouveau single en stock dont le seul titre original, assez surprenant, fut interprété pour avoir notre avis. On sentait que les précédents accueils avaient dus être mitigés vue l'anxiété contenue des quatre Midlanders au terme du morceau. L'exhumation du lourdingue "Cleanse Impure" issu de la période groove confirmait que le groupe, en fait, a vraiment envie de reprendre quelques risques musicalement. De grands incontournables restaient quand même bien présents pour le plus grand plaisir de tous, tant le mosh de "Scum", les deux titres d'une seconde ou d'autres seront éternels. On s'est tellement extasié sortie après sortie de la constante qualité des titres datant de ce siècle seulement, que ce n'est pas non plus en puisant parmi eux que la tension allait retomber. Voyant la quasi-totalité d'Eyehategod revenu sur le bord de scène les regarder jouer, Barney nous demanda de l'aider à convaincre Jimmy Bower de se raser la tête ce qui ne manqua pas de le faire rire.

Pour terminer cette nouvelle rencontre, l'inusable reprise des Dead Kennedys resservit une fois encore pour remettre inlassablement une certaine chose au point, puis vint celle de Sonic Youth présente sur le nouvel EP, assez déstabilisante pour les pogoteurs enragés qui en voulaient encore après des heures d'exercice, avec son final totalement Noisy chaotique qui est pourtant tout à fait dans le fil d'une partie de la vaste histoire de Napalm Death.

Comme presque toujours, Barney fut le dernier à s'en aller après avoir distribué quelques bouteilles d'eau, au son de "The Lifeless Alarm" une fois encore et qui rappelait à nouveau nos quelques craintes que le disque à venir ne reparte dans des expérimentations oiseuses. Nous verrons bien, en attendant la légende tient la route.

Discordance/ I Abstain/ Silence Is Deafening/ The Wolf I Feed/ Can't Play, Won't Pay/ Social Sterility/ Scum/ Fatalist/ Logic Ravaged by Brute Force/ Suffer the Children/ If the Truth Be Known/ Human Garbage/ When All Is Said and Done/ Mass Appeal Madness/ Unchallenged Hate/ You Suffer/ Smash a Single Digit/ Cleanse Impure/ Dead/ Nazi Punks Fuck Off (Dead Kennedys)/ White Cross (Sonic Youth) - The Lifeless Alarm (enregistré)


Devant repartir tôt le lendemain matin je n'ai pas beaucoup traîné. Un peu à regret car une telle tournée vaut largement un festival d'envergure spécialisé et j'aurais bien voulu prolonger avec les compères présents une célébration aussi virile. Si le virus ne met pas les tournées à l'arrêt dans les prochains jours, ça va encore taper fort dans peu de temps.


vendredi 10 avril 2020

Stolearm Black Sheep Montpellier 14 février 2020

Se décider au dernier moment d’aller au concert donne à toute la soirée la saveur des plaisirs imprévus. La reformation d’un groupe local qui ne m’avait pas laissé indifférent, après des années d’absence, s’imposa comme une raison suffisante à mesure que la fin de journée approchait. Stolearm avait laissé en peu de temps une discographie fournie, talentueuse et travaillée sur un créneau Synth-Rock périlleux, ainsi que des lives léchés qui n’étaient pas encore oubliés. Le chef de projet a ensuite fondé un label (Linge Records) et lancé quelques autres groupes de moindre intérêt. Le retour au meilleur devait être encouragé.
L’horaire étant assez tardif, la chère vieille cave du Black Sheep fut assez longue à se remplir. Passé un certain cap sur le cadran, les gens peuvent se dire qu’il y a le temps de dîner avant, surtout un vendredi. L’affluence s’étant révélée importante au final, ce choix s’avéra finalement tout à fait intelligent. Le style musical honoré ce soir est peu apprécié dans nos contrées hors des grands classiques, il fallait réussir un fort taux de mobilisation au sein du petit créneau pour arriver à ce succès.

En première partie c’était un projet voisin qui revenait aussi. ANIMAL se présente comme un duo avec un programmeur et un chanteur déjà vu dans divers projets locaux. L’intro samplée sur "Le roi Lion" et le port d'un masque animalier vite enlevé par le claviériste ne laissait pas présumer l'enchaînement sur la suite. Après un ou deux titres qui faisait plus Electro-Indus gaie, il s'avéra qu'il s'agissait en réalité d'une Synth-Pop épaisse dont la base rappelait Mesh, empruntant souvent des motifs mélodiques à la Future-Pop ou des passages à l'école allemande lorsque cela s'apaisait un peu. Le temps d'un set, pourquoi ne pas se replonger dans ce qu'on avait exploré à une lointaine époque ? Si la partie synthétique était bien restituée par l'ingé son local dont la polyvalence est légendaire, le chant paraissait sous-mixé mais c'était plutôt la conséquence, à mon avis, de ce que le second membre sautillait tout le temps avec sa grosse mèche qui frôlait les poutres basses, ce qui n'est pas compatible. Le fait de jouer chez soi favorisait une communication accrue, autour d'une setlist puisant allègrement de vieux morceaux. Le côté queer perceptible et des références culturelles typiques de la génération Y, ou encore la distribution de masques animaliers (à nouveau) dans le public, tenaient lieu de personnalité. Le set s'acheva sur un dernier titre dédié à Greta Thunberg (!).


Après s'être installé tranquillement sous le son de classiques l'ayant inspiré, STOLEARM mit en branle son set sous la formule duo qui avait été principalement utilisée par le passé par la tête pensante. Ceux qui connaissaient peu ou prou le répertoire pouvaient remarquer tout de suite qu'on ne se contenterait pas de le rejouer timidement mais que, comme jadis, les morceaux étaient réarrangés comme des travaux toujours en cours vers une perfection idéale et pour les adapter aux circonstances du live. C'est aussi un moyen d'explorer ensemble toute la palette, large mais cohérente, des influences qui ont nourri la tête pensante du projet. New Order et Cure y côtoient the Human League, Devo, Yello (en mémoire aussi des liens avec la Suisse) l'EBM et le Shoegaze et surtout, surplombant le reste, NIN. Il y a une inspiration propre qui se coule dans tout ça et en tire une sensibilité particulière, perceptible dans l'interprétation des paroles ou l'énergie mise dans la partie instrumentale. La guitare rythmique tenue par le second membre du groupe ne sonnait pas du tout lourde mais apportait une puissance discrète et importante. La sauce prenait au sein des dizaines de spectateurs qui dansaient quasiment jusqu'au fond. Avec la puissance de l'excellent matériel local et les qualités déjà soulignées d'Arbre aux manettes, cela prenait la dimension qu'on pouvait seulement deviner à l'époque.
Fidèle à la tradition des reprises, le duo devint quartet le temps d'un titre en invitant la première partie à les rejoindre (honte à moi je n'ai pas du tout su identifier le morceau, ce qui a achevé de me convaincre de télécharger Shazam le lendemain !). L'humour plus marqué dans d'autres projets parallèles n'était pas absent, par exemple lorsque le chanteur montrait au guitariste comment marchait un potard… alors qu'il montra par la suite qu'il maîtrisait parfaitement les petits claviers lorsqu'il lâchait la hache à cordes ! Curieusement le gratteux multiinstrumentiste se tenait souvent plié ou sur les retours, comme pour laisser plus de place à son grand partenaire sur l'étroite scène. Sur une grosse dernière partie de set, cela devenait chaud sur la piste alors que le son sec, aux rythmiques agressives, virait passablement vers l'EBM virile à la manière de Nitzer Ebb, influence déjà connue mais moins marquée auparavant. Un rappel aurait été fort bienvenu, mais il était déjà plus tard que d'habitude.
Honnêtement je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi bon ce soir, et il faut espérer que ce retour ne sera pas une célébration ponctuelle. Cette bonne dose de légèreté raffinée nous met dans de bonnes dispositions pour de prochaines expériences beaucoup plus barbares.

Pastors of Muppets TAF Saint-Jean de Védas 8 février 2020

Le décalage, l’expérimentation et l’autodérision ont une place ancienne dans le Metal, plus ou moins tolérée selon les conceptions de chacun. Pour moi, l’idée du Brass Band de reprises me plaît bien. Voire, j’avais déjà vu Pastor of Muppets dans un festival de fanfares de rues il y a longtemps, et conservais un souvenir assez bon pour remettre le couvert. Hélas, en ce samedi soir, l’affluence était bien faible dans la cour et la salle de la TAF. Organisée par une structure extérieure cette fois, la soirée était à un tarif relativement cher qui a pu dissuader une partie du public potentiel.

Un mot sur le groupe local de première partie, DIG UP THE 90’s, qui comme son nom l’annonce servait des reprises de la dernière décennie du millénaire précédent. Les dégaines tatouées et assez white trash américaine des quatre instrumentistes et de la chanteuse ne laissaient pas deviner, par contre, que le programme irait des tubes du HC mélodique qui avaient percé la bande FM jusqu’au pires abominations de l’Eurodance restituées en instrumentation Rock. Je ne pense pas que le groupe aie quelque autre ambition que de partager le plaisir de ranimer une époque. Le panel des styles abordés est trop large pour dessiner une cohérence, à part le fait que Noir Désir, Culture Club et Blink 182 ont eu du succès pendant cette fourchette temporelle.

PASTOR OF MUPPETS arrivait avec sa farandole de déguisés et entamait sa partie à douze, avec un vrai batteur au fond, sur deux reprises purement instrumentales de Machine Head et Megadeth qui résumaient bien le concept. Le combo invite à la redécouverte de classiques mille fois entendus, c’est l’intérêt profond de la chose au-delà des dégaines parodiées. En les adaptant à une instrumentation totalement différente, on y fait entendre des choses auxquelles l’auditeur porte moins attention d’habitude. L’assistance étant introduite, le chanteur sortait des coulisses pour faire le treizième (…) avec son costume et son visage de démon à petites cornes qui allait à ravir avec son attitude lente, réservée et menaçante. "Blind" de Korn s’adapte évidemment très bien à l’exercice sans rien perdre de sa puissance. Les pastiches d’Axel Rose, Slash, Lemmy, Abbath ou Anselmo côtoient des figures plus fantastiques comme ce chanteur luciférien ou les deux jumeaux maléfiques aux trompettes. Selon les moments de bravoure des uns ou des autres, ils se succédaient au centre du demi-cercle très serré ou au gré de chorégraphies plus élaborées sur des riffs célèbres. Je n’avais jamais vu autant de musiciens se quicher sur cette petite scène en quinze ans de fréquentation ! De temps en temps certains s’échappaient dans le public.
Le programme ne s’échappait pas de groupes et titres connus. Il faut admettre que le Metal plus extrême se prête moins à cet exercice. Toutefois ils proposèrent au public un test d’identification sur un titre assez complexe dont ce qui semblait être le riff principal me disait immanquablement quelque chose… Quelqu’un proposa assez intelligemment dans les réponses le nom de Dream Theater, mais il s’agissait du "Master’s Apprentice" d’Opeth que j’avais effectivement bien usé en son temps ! On revint ensuite sur le registre grand public avec par exemple un redoutable "Domination" dont le riff final ne perd rien à la transformation (Slash y perdant sa perruque !), un "Freedom" de RATM vindicatif ou ce "Rock is Dead" de Manson où le chant passait particulièrement bien. Jadis quand je les avais vus, tout était instrumental ; mais l’intégration d’un peu de chant sur certains refrains ou totalités de morceaux parfois est pertinente, et globalement bien pensée au cas par cas. Sans accaparer du tout l’attention, le chanteur sait même se mettre en retrait au profit des instrumentistes en jouant de son personnage réservé mais très sûr de lui (on ne sait jamais, avec un démon…), comme un cérémoniaire. De plus, il allège la charge de la communication auparavant assurée uniquement par Slash, probable meneur de la troupe, qui partage ainsi ses vannes avec quelqu’un qui est plus à l’aise pour ce faire (nous appeler systématiquement "Nîmes" sur le ton de la provocation innocente prouve que le guitariste à chapeau connaît suffisamment bien la région et ses gens !). Et les standards se succédèrent, laissant une bonne place au Néo avec SOAD encore, mais Machine Head et Megadeth revinrent, seuls groupes repris deux fois… On tenta un Braveheart que le public un peu trop âgé pour ça n’honora pas autant qu’il aurait fallu. Mais la bonne humeur régnait. La fin approchait clairement avec la présentation des membres sous leurs pseudonymes et de l’association organisatrice, tandis que je me disais que la setlist qui empruntait naguère au Heavy s’était décalée vers le Thrash et au-delà dans l’évolution. Le rappel nuança cette sensation car il s’agit d’un brillant et complet "War Pigs" annoncé sous son nom traduit, comme plusieurs autres reprises avant lui. Une photo de famille clôtura pour de bon le set.
Maîtrisant finement son concept après des années de performances à travers la France, Pastor of Muppets ne saurait se comparer aux grands groupes établis auquel le groupe rend tribut, mais au-delà de l’humour qui baigne tout le set, les extraits choisis regagnent en intérêt après des années d’écoute, nous rapprochant autant que faire se peut des sensations inoubliables de la découverte.
L’année avançant, nous attaquerons dans quelque temps des rendez-vous un peu moins bon enfant. Enfin.

Incite Skaphos TAF Saint-Jean de Védas 30 janvier 2020

Il est assez fréquent que j’aille dans des concerts peu chers ou à prix libre, mais cela faisait longtemps que je n’étais pas allé à un spectacle gratuit. C’était même assez surprenant puisque la tête d’affiche jouit d’une certaine notoriété en Amérique, et que c’est le groupe du fils adoptif de Max Cavalera, né de la première union de Gloria son épouse (celle par qui le drame serait arrivé selon certains historiens…). Comme je le craignais il n’y avait pas foule, même si évoquer un bide serait aussi hors de propos. Les concerts gratuits marchent plus facilement quand c’est dans le centre et qu’il y a pas mal de promo’. Et du reste, il y avait aussi du Metal ailleurs en ville ce qui a contribué à diviser les troupes. Enfin, vous connaissez ma sentence habituelle : ce sont les absents qui ont tort.

En voyant les filets de pêche posé sur les retours et les chaînes pendant au micro central, j’étais perplexe envers SKAPHOS sur qui je ne m’étais pas renseigné à l’avance et je n’étais pas d’humeur à me farcir un mini Alestorm. Loin, de là les cinq Lyonnais arrivèrent dans une pénombre où on distinguait à peine des visages fardés sur des dégaines suggérant plutôt le Black Metal, ouvrant le set sur un sample de bruits abyssaux. Musicalement c’était du lourd, du bien lourd, ce Death à influence Black à la façon de la décennie qui vient de s’achever, dans ces tréfonds sans lumière où se tapissent Sulphur Aeon, Mitochondrion, Portal ou Teitanblood. On ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi extrême en première partie, mais ce n’est pas moi qui irai m’en plaindre. Quelques ponts aux riffs lisibles assumaient la filiation avec un Death plus traditionnel, derrière ce chant très rauque et l’épaisseur apportée par deux guitares. C’était surtout le batteur qui attirait l’attention avec sa frappe basse qui ne me paraissait pas être du pur gravity blast. Le son grave de la caisse claire était un détail capital pour la cohérence de l’ensemble. Parfois il put passer quelques breaks à la place des riffs, notamment un arpège de cymbales simple mais pertinent avec l’ensemble. Quelques samples aquatiques suggéraient Ce style ne porte pas au pogo ni aux grands discours mais plutôt au headbang mesuré et à la communication réduite (un peu de voix claire surprend toujours dans ce maëlstrom même si ce n’est que pour les pauses !). Plutôt que de paumer sa vocation, ce jeune groupe apporte une contribution de qualité dans un style encore assez neuf, où notre pays ne s’était pas encore vraiment illustré à ma connaissance.

Changement d’atmosphère avec INCITE, qui nous ramenait instantanément aux années 90 et leur cortège de groupes de Thrashcore à la suite de PanterA, Machine Head ou Prong. On avait généralement la dent dure contre ces disciples dont la vie fut généralement courte, mais ceux-là amenaient pour aujourd’hui de leur Arizona une énergie contagieuse. Richie Cavalera, au chant, sautait partout sur l’étroite scène et haranguait son petit public avec une attention régulière envers le fond et les côtés. L’attitude globale du groupe illustrait bien le professionnalisme du Métal Américain dans ce qu’il a de meilleur : les trois compères se bougeaient aussi, sans fausses notes, avec autant d’entrain que s’ils étaient sur un gros festival. Le son était le seul point faible du spectacle, puissant mais primaire, assez sale pour un groupe aussi costaud par ailleurs. Mais avec une telle envie et des titres aussi pêchus, cela restait bien plus excitant qu’un Lamb of God mollasson et propre. Décidé à ne pas laisser de temps mort, Richie C. n’oublia pas pour autant de faire acclamer le "first band" dont il ignorait le nom ni d’inviter les gens à venir au stand acheter du matériel (le professionnalisme à l’américaine, disais-je…).
L’enthousiasme du quartet et les annonces bourrées de clichés et d’emphases (dans le genre "et maintenant nous allons vous tuer, soyez prêts, etc.,") laissait tout de même un arrière-goût de surjoué quant au fait que les compositions étaient certes efficaces, mais nullement inoubliables, ni novatrices. Mais par chez nous, les gens ne détestent pas ces manières. Incite est clairement un groupe de scène, comme on le vit aussi lors des deux minutes de gloire ménagés au guitariste pour qu’il tente quelques improvisations à la Kirk Hammett sous les objectifs des téléphones… Il n’y eut pas de rappel au bout d’une heure de set passée somme toute très agréablement (professionnalisme américain là encore). Il faut enfin souligner qu’aucune allusion au lien de proche parenté avec l’une des grandes figures de la scène Metal n’a jamais été faite au cours du set : aucune référence dans les nombreux laïus ; aucune reprise, pas même pour recaser quelques secondes un riff célèbre pour un pont ou une clôture… Noblesse oblige, au-delà des facilités que cette filiation procure inévitablement pour naviguer dans le réseau des orgas et des labels, ils entendent faire leurs preuves par eux-mêmes musicalement. Ce qui est cohérent avec le fait de partir tourner gratis dans des villes européennes de province. Cela devrait forcer le respect de certains.

Melechesh TAF Saint Jean de Védas 15 janvier 2020

La trêve des fêtes devient parfois une vraie traversée du désert tant l’activité des concerts en arrive à se caler sur le rythme des festivals. Et la reprise étant lente, le début d’année est souvent propice à des découvertes ou des expériences hors des sentiers battus. C’est comme ça que j’allais à un concert estampillé Black Metal, moi qui en suis peu consommateur, et avec allégresse en plus. La soirée était bien douce pour janvier, en accord avec un programme qui sentait bien plus la Méditerranée que les fjords. Le public était présent mais pas non plus en masse, peut-être parce que Melechesh était déjà venu il y a un certain temps.

Le temps que je fasse les formalités d’adhésion de début d’année à l’entrée de la salle, les Lombards de SELVANS avaient entamé leur temps de jeu. C’est encore un jeune groupe même si l’on ne peut plus parler de débutants. Seul le grand chanteur avait le visage peinturluré sous son chapeau, mais ils avaient tous des colliers de bois ou d’ossements en lien avec le concept forestier du groupe. Musicalement leur Black était très classique, à fort volume, plutôt orthodoxe mais ouvert à des couches de claviers de temps à autre ou des chœurs pas envahissants. Le mixage primaire n’aidait pas à distinguer les instruments, mais dans ce style musical il ne faut pas y voir forcément une faute. Et déjà sur la petite scène ils étaient obligés de se serrer ! Les riffs étaient corrects bien qu’ordinaires. Le public réagit tout aussi correctement jusqu’à une reprise de Carpathian Forest (toujours le thème sylvestre…) qui fit sentir sa différence avec ce groove bestial bien restitué qui laissait enfin entendre un peu la basse, et encouragea légèrement plus les réactions après un répertoire passablement écrasé par les guitares. Ceci dit ces Italiens ne prennent pas les choses trop au sérieux, comme en témoignait la fiasque de vin ramenée du pays ou le petit jeu du chanteur qui avait remarqué en fin de set qu’un côté de l’assistance réagissait mieux que l’autre et joua un peu avec. Bref, la première partie classique avait fait son travail d’immersion.

À première vue les quatre Athéniens de W.E.B. se donnaient l’air de clones de Behemoth avec leurs costumes et leurs corpsepaints. Les grands effets symphoniques enrobant un Death Black pur, propre et classique des débuts confirmaient ce qui crevait les yeux. Quelque chose semblait néanmoins clocher et le guitariste chanteur gaucher chercha un moment avant de comprendre que son instrument n’était pas branché. L’amélioration fut évidente, même si la – jolie – bassiste demeura noyée dans le mixage à part les quelques chœurs qu’elle prodigua sans effort. Au moins sur la musique, l’impression s’élargit et l’étiquetage de premier abord dût être nuancé par la présence d’éléments moins extrêmes. Les ambiances un peu spatiales, quelques plans vraiment compliqués à la batterie que les trois autres accompagnaient avec application, une intro enregistrée à moulinets de guitare rappelaient le Djent. Avec les poses grandiloquentes, une certaine chaleur derrière les grimaces revues, quelques trucs de scène connus depuis les débuts du Heavy, cela ressortait comme une comédie sympathique à défaut d’être sulfureuse. Le masque de Skeletor-Eddie enfilé par le guitariste-chanteur sur un titre en convainquait définitivement. Un amateur de Metal futuriste pouvait y trouver son compte le temps d’un set qui eut le bon goût de ne pas durer au-delà du sentiment d’avoir fait le tour de l’affaire.

MELECHESH arrivait alors que nous étions encore tout à fait captivé par le demi de la pause de ravitaillement. Une fois encore, le niveau de la tête d’affiche par rapport aux ouvertures était clair. Le groupe Sumérien est là depuis longtemps et a amassé beaucoup d’expérience en dépit des fréquents changements de personnel autour d’Ashmedi. Le temps passé n’a pas eu d’effet sur l’homogénéité d’un répertoire étoffé et suffisamment original. Les riffs rapides, les plans variés et les structures sont profondément marquées par l’héritage oriental, qui rapproche à mon goût leur musique des techniques du Flamenco de manière adaptée au Metal. Il n’y a qu’à regarder le bassiste, qui n’était pas spécialement servi dans la balance mais assurait très à l’aise des parties tout à fait exigeantes à vue d’œil (on sait qu’il a succédé à des titulaires prestigieux). Il y a aussi un peu de Death dans leur mixture, mais il me semble que ce n’est pas vers Nile qu’il faut le chercher. Les influences de Melechesh sont plutôt dans le Death Thrash galopant des tous débuts de la scène Floridienne à mon sens. Tout ça m’excitait plus que les clichés du Black scandinave. Les intros et arrangements divers étaient enregistrés, l’instrumentation classique du groupe invitait à profiter plutôt qu’à bader. Le public Black n’est pas porté au pogo mais bougeait bien, chacun à sa place. Les poings levés, ou les triangles à deux mains remplaçant pour une fois les cornes, suffisaient comme signes de ralliement. Et pour ma part ce Black métissé m’a bien emballé le temps d’une soirée, peut-être aussi grâce à la liesse de la rupture du sevrage.
Ashmedi, qu’on imagine aisément dans une autre tenue au fond d’un souk, maîtrise le français au-delà des banalités habituelles quand il s’agissait d’être aimable, mais préféra rester à l’anglais pour les annonces. Un titre trancha enfin en s’ouvrant sur du blast, figure évitée jusque-là. Ce pied au plancher était en réalité l’accélération finale, puisque c’était le dernier morceau. Le groupe s’en alla sans aucun rappel, et le public repu ne poussait pas son contentement visible jusqu’à réclamer.
Satisfait également, nous échangions quelques plannings à venir entre habitués, qui présage d’un hiver mieux rempli que ce que nous craignions, voire passablement violent comme on l’aime.