Gojira et moi c'est une longue histoire d'amour, à l'instar de bien d'autres gens. C'est le grand groupe que j'ai vu le plus, depuis la salle des fêtes de Bram (pas très loin de là) en 2003 devant une assistance clairsemée qui se fit caillasser à la sortie par la jeunesse désœuvrée du village. Le professionnalisme et la passion ne se démentirent jamais depuis lors, forçant le respect des sceptiques moins attirés par les albums. Certaines performances restent parmi mes plus forts souvenirs de concerts. Quelques mois n'ont pas été de trop pour digérer le virage contrôlé incarné par "Magma", la surprise et la prudence laissant place peu à peu à l'approbation : se renouveler était la chose à faire après l'album de trop dans le style habituel.
Très logiquement il y avait donc grande foule de tous les âges pour le porte-drapeau du Metal français dans le monde, qui fait la fierté du Midi en particulier. Comme ce cher Bikini est bien organisé l'entrée se faisait pourtant à un bon rythme. Dans cette presse, il valait mieux se poster le mieux possible après un bref passage au stand dans le petit délai avant que ça démarre. Les t-shirts actuels ont déjà une meilleure gueule que ceux autour de l'"Enfant sauvage", comme quoi là aussi…
Aujourd'hui fan de Mumakil, je n'avais jamais pu voir NOSTROMO à l'époque et je voulais bien en profiter. Fidèles à la louable tradition d'embarquer des groupes amis de leur génération qui n'ont pas connu la même percée, après notamment leurs compatriotes de Kruger en 2013, Gojira a convaincu les Genevois d'accélérer leur reformation pour partir avec eux. Ils n'avaient donc que leur ancien répertoire en stock. Dès le premier titre amené d'abord très doucement et en transition avec l'animation de fond par une intro ambiante insistante, leur HardCore New School brut était lâché à pleine force. Le son très sec pouvait dérouter mais il était conforme à ce qu'il était avant, avec une seule guitare robuste mais sans aucun gras, caractéristique de ce courant. Pas impressionné, le groupe a tenu ce ton tout le temps imparti, le chanteur au cri impeccable balançant son micro filaire à travers la vaste scène tandis qu'il marchait d'un pas large de coreux de son bassiste au guitariste et inversement.
Si des riffs efficaces ont décoincé peu à peu les premiers rangs, Nostromo se distinguait aussi par ses intros avec des instruments exotiques et des bruitages, qui réapparaissaient eux aussi. Le besoin de faire connaître son répertoire se faisait sentir sur un passage silencieux au cœur d'un titre, acclamé par l'assistance comme si c'était son terme. La communication était facilitée par le français, chaleureuse mais pas très expansive comme il se doit dans ce style bourru. Comme les quatre Suisses s'étaient séparés assez vite en laissant un stock de morceaux très bons et prometteurs, mais restreint, il fallait conclure par deux reprises avec le "Twist the Knife" ouvrant l'un des albums les plus intéressants de Napalm Death, et une autre de Nasum au triple galop pour tabasser les derniers soubresauts. Si Nostromo conserve ce ton et sa ligne pour les productions à venir, il fera mal.
Rejoignant quelques vieux compères de concerts, j'ai pu bien me placer pour profiter d'un événement dont je savais d'expérience le potentiel.
Dès 21 h 30 pile, il a suffi de quelques notes pour que GOJIRA amène les choses à leur pleine intensité. "Only Pain" s'y prête parfaitement avec sa brève accroche par Mario (torse poil comme toujours à présent) et sa puissance au tempo de pachyderme… Avec un "Heaviest Matter…" posté classiquement en seconde position, l'inusable rigueur professionnelle des monstres ne faisait plus de doute. De plus, l'évolution sonique du dernier album n'était pas étendue au live, qui conserve le son historique célèbre depuis longtemps (et déjà en décalage avec la froideur clinique du premier album disait-on naguère). D'ailleurs je n'ai remarqué aucun changement d'instrument en cours de set. Si Joe a raccourci sa coupe et abandonné les pas de dinosaure, le groupe bouge à peine moins qu'avant malgré les années, Jean-Michel se payant même un slam en plein jeu vers la fin de set.
Comme d'habitude, l'énergie circulant entre Gojira et son public fit des ravages : "Flying Whales" occasionna un pit longuement retenu spontanément par l'assistance jusqu'à la première explosion, ou juste auparavant "Stranded" s'imposant déjà comme un titre terrible avec son riff basique et destructeur. Les six extraits de Magma se sont bien adaptés à l'exercice au fil de cette tournée, aux côtés des tueries plus habituelles issues de "FMTS" ou "TWoAF". Mais le sempiternel "Backbone" s'acheva sur le riff final de l'ancien "Remembrance" nous amenant à un petit détour par l'Histoire plus ancienne pour le milieu de set. En guise de relâchement le cultissime mais rebattu morceau fantôme revint évoquer seul le premier album sur des images des nuages courant sur les sommets du Cervin et du Mont Blanc vu d'Italie, avant un "Wisdom Comes" plombé comme jamais.
Sans s'arrêter sur l'éclairage luxueux et les fumeroles attendues, soulignons plutôt l'importance toujours plus grande de ces visuels, qui soulignent la dimension spirituelle de tendance orientale à laquelle Gojira s'attache depuis quasiment ses premières origines. Tel clip suggèrera la parenté entre les éclairs du ciel et les circuits cérébraux, tel effet de vortex multicolore rappelle ouvertement un mandala, tel autre clip illustre la montée de l'âme vers un grand tout. C'est un autre Metal, tellement loin des guignolades satanistes… Ces projections atteignent tant d'importance qu'elles distraient du spectacle de ces remarquables musiciens. Si bien que lorsque Joe demandait à l'assistance, en plein morceau, de débrancher les cerveaux, les soucis et les portables pour se lâcher à fond, en clair de vivre l'instant présent, l'on sait bien que c'est même à une attitude devant la vie contemporaine qu'il veut inviter.
Plus classiquement, nous acclamâmes longuement (pesamment ?) l'anniversaire de l'éclairagiste Nicolas, ça permettait de souffler un peu, comme avec le solo de Mario, ses jongleries de baguette et jets sans crier gare vers le public… car en étant dans l'axe et à mi-distance, notre enveloppe corporelle subissait – sans craquer – au voisinage de la large fosse de constantes pressions d'une populace compressée, surchauffée et tout autant captivée. "The Shooting Star" parvenait à restituer au mieux l'atmosphère plus planante de la période actuelle. Plus tard "Pray" et son intro qu'on pouvait confondre venait terminer le set minimal sur le même ton après un "Toxic Garbage Island" plus écrasant intercalé comme pour prouver que relâcher la pression n'était aucunement à l'ordre du jour.
Le rappel attendu démarra par une improvisation à la guitare bien réverbéré de Joe seul, annonçant un bon vieil "Oroborus" fédérateur à la fin modifiée, et l'autre classique idéal pour se finir tiré du même album, "Vacuity". Après cette ligne droite certes déjà éprouvée, le set avait duré une heure et demie, soit même plus que d'autres fois par le passé.
Comme la tournée s'achevait ce soir, le quartet resta longuement sur scène pour saluer, s'arrosant au champagne avec les Nostromo et chacun disant quelques mots (Christian et Jean-Michel n'étant clairement pas très habitués, et réservés comme de vrais Gascons), Mario arborant en pitre le drapeau tricolore du fan club toulousain.
Après s'être séparé rapidement au-dehors, force était d'admettre que Gojira ne faiblit toujours pas et que cette neuvième rencontre en laissera déjà certaines précédentes derrière… Certes, la set list n'a subi aucune variation en cours de tournée à la différence d'antan et en allant à la dernière il était certain que ce serait maîtrisé au poil avec l'engagement qu'on leur sait. Les nouveaux titres se coulent très bien au format live malgré l'évolution nette revendiquée par "Magma". Ainsi "L'enfant sauvage" qui emballait moins dès la tournée de 2013 a disparu des programmes, rejoignant "Terra Incognita" qui reste hélas aussi dans les limbes, au profit de grands classiques de la période intermédiaire. Ces albums ont marqué la conquête du monde pour les Goj', et les titres extraits fonctionnent à mort, mais on aimerait un léger équilibrage, au moins pour les compatriotes ! Ces réserves bien connues étant dites, reste un énorme phénomène dont nous guettons déjà le prochain passage à proximité. Quelle grande Histoire !
Only Pain/ The Heaviest Matter of the Universe/ Silvera/ Stranded/ Flying Whales/ The Cell/ Backbone / Terra Inc./ Wisdom Comes/ Solo batterie/ The Shooting Star/ Toxic Garbage Island/ Pray
Rappel : Oroborus/Vacuity
Bienvenue sur mon blog relatant mes impressions et souvenirs de concerts depuis 2004.
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Les intitulés ne mentionnent pas forcément tous les groupes qui ont fait tel concert, je privilégie les têtes d'affiche. Utilisez là encore le moteur de recherche.
samedi 4 février 2017
dimanche 8 janvier 2017
Mudweiser Öfö Am Black Sheep 7 janvier 2017
Quelques anniversaires de personnalités de la scène structurent le calendrier annuel des concerts à Montpellier. L'un d'entre eux fixe généralement la reprise début janvier et l'affiche m'intéressait bien cette fois, car je n'avais plus vu Mudweiser depuis bien… dix ans par des enchaînements de circonstances assez incroyables.
Le coût de l'entrée se jouait aux dés. Cette chère salle du Black Sheep se garnit à plein aux plus forts moments malgré un grand nombre d'allées et venues.
J'avais vu le trio ÖFÖ AM assez récemment par contraste, mais c'était une raison de plus. Leur Stoner instrumental privilégie le riff, l'efficacité pour faire bouger l'assistance. L'expérience se sent notamment avec l'ancien guitariste-chanteur de Super Beatnik passé à la batterie, et le batteur de Verdun posté à la basse (!). Ce dernier joue un rôle essentiel bien que ses lignes se contentent de suivre la guitare, car il apporte le groove qui fait prendre le plat. Les riffs sont donc délayés sur des variations de tempo, enchaînés sur des breaks pertinents, parfois modifiés en cours de jeu… L'inspiration vient à la fois des grands classiques de la scène des 70's, et du Stoner grand public plus récent de Kyuss, Fu Manchu et compagnie. Mais c'est surtout à Karma to Burn que l'on pense au final (groupe avec lequel ils ont collaboré). Avec la production équilibrée d'Arbre, c'était difficile de résister à une musique assez physique, une fosse se formant assez vite. Les trois quarts d'heure sont passés très agréablement.
La pause bière fut étonnamment meublée au son de quelques grands classiques de Kraftwerk…
Enfin venaient les retrouvailles avec MUDWEISER, groupe parallèle d'ex Eyeless et de Reuno, LE Reuno de Lofofora. Après deux albums et un EP, le propos était bien connu à l'avance et n'a pas varié depuis l'époque : leur Stoner est plus Dirty Rock de confédérés, plus agressif, sans verser dans la lourdeur d'un Down du fait de la présence d'une seule guitare. Reuno adopte un chant en anglais à la Lemmy ou Blues râpé au Bourbon. Habitué à tenir des scènes plus vastes, son charisme explosait la petite scène. Entonner "Happy birthday…" sur ce ton vaut son pesant de boudins louisianais ! Sur un tempo assez peu varié, la formule marchait bien car elle est accrocheuse par nature. L'admiration revendiquée pour Elvis the King se sent plus dans l'attitude que le son. Il n'y avait qu'à se laisser aller en faisant un peu attention au voisinage de la fosse en ébullition… Les riffs n'étaient pas toujours extraordinaires mais la set list ménageait une bonne progression vers les meilleurs titres. Et les quelques interventions de l'harmonica étaient du meilleur effet. Après avoir fait monter l'envie comme un vieux madré des scènes de festivals, Reuno laissa éclater un ultime titre, plus rapide dans sa première partie, alors que l'horaire habituel était outrageusement dépassé. Mais qui avait envie de replonger dans une nuit aussi glaciale ?
Avant d'aller vers des affiches de fort tonnage, une bonne soirée était toujours sympa à prendre.
Le coût de l'entrée se jouait aux dés. Cette chère salle du Black Sheep se garnit à plein aux plus forts moments malgré un grand nombre d'allées et venues.
J'avais vu le trio ÖFÖ AM assez récemment par contraste, mais c'était une raison de plus. Leur Stoner instrumental privilégie le riff, l'efficacité pour faire bouger l'assistance. L'expérience se sent notamment avec l'ancien guitariste-chanteur de Super Beatnik passé à la batterie, et le batteur de Verdun posté à la basse (!). Ce dernier joue un rôle essentiel bien que ses lignes se contentent de suivre la guitare, car il apporte le groove qui fait prendre le plat. Les riffs sont donc délayés sur des variations de tempo, enchaînés sur des breaks pertinents, parfois modifiés en cours de jeu… L'inspiration vient à la fois des grands classiques de la scène des 70's, et du Stoner grand public plus récent de Kyuss, Fu Manchu et compagnie. Mais c'est surtout à Karma to Burn que l'on pense au final (groupe avec lequel ils ont collaboré). Avec la production équilibrée d'Arbre, c'était difficile de résister à une musique assez physique, une fosse se formant assez vite. Les trois quarts d'heure sont passés très agréablement.
La pause bière fut étonnamment meublée au son de quelques grands classiques de Kraftwerk…
Enfin venaient les retrouvailles avec MUDWEISER, groupe parallèle d'ex Eyeless et de Reuno, LE Reuno de Lofofora. Après deux albums et un EP, le propos était bien connu à l'avance et n'a pas varié depuis l'époque : leur Stoner est plus Dirty Rock de confédérés, plus agressif, sans verser dans la lourdeur d'un Down du fait de la présence d'une seule guitare. Reuno adopte un chant en anglais à la Lemmy ou Blues râpé au Bourbon. Habitué à tenir des scènes plus vastes, son charisme explosait la petite scène. Entonner "Happy birthday…" sur ce ton vaut son pesant de boudins louisianais ! Sur un tempo assez peu varié, la formule marchait bien car elle est accrocheuse par nature. L'admiration revendiquée pour Elvis the King se sent plus dans l'attitude que le son. Il n'y avait qu'à se laisser aller en faisant un peu attention au voisinage de la fosse en ébullition… Les riffs n'étaient pas toujours extraordinaires mais la set list ménageait une bonne progression vers les meilleurs titres. Et les quelques interventions de l'harmonica étaient du meilleur effet. Après avoir fait monter l'envie comme un vieux madré des scènes de festivals, Reuno laissa éclater un ultime titre, plus rapide dans sa première partie, alors que l'horaire habituel était outrageusement dépassé. Mais qui avait envie de replonger dans une nuit aussi glaciale ?
Avant d'aller vers des affiches de fort tonnage, une bonne soirée était toujours sympa à prendre.
dimanche 18 décembre 2016
Year of No Light Pryapisme Black Sheep 16 décembre 2016
Usé par une semaine qui n'était pas finie, le ventre gonflé par un dîner excessif, je suis venu pour la première fois en tram au Black Sheep comme un petit vieux. Pour le – probable – dernier concert de l'année, c'était un rattrapage car les deux groupes étaient déjà passés en ces lieux hors de ma présence. Il était difficile pourtant de faire un plateau aussi dissemblable, en apparence.
Devant une affluence correcte, PRYAPISME semblait presque banal dans son instrumentation, ce ne sont pas trois petits synthés qui vont nous impressionner… Mais quand ça a démarré, l'ensemble dynamite, disperse et ventile. Le mélange entre Metal et BreakCore est très au point, les sonorités de Mario Kart survitaminé croisent des ponts Thrash ou Black énergiques à faire pâlir d'envie bien des trues. D'autant qu'une certaine noirceur dérangée se ressent de partout, si bien que le fameux titre en variation sur Moussorgski est d'une incontestable cohérence. Plus qu'à un Psykup au carré, c'est à la démarche de Mike Patton que l'on pensait immanquablement pour cela. L'intensité, l'imprévisibilité des titres est extrême même si le propos global sera largement cerné quand viendra la fin du set au bout d'une heure sans ennui. Cela vaudrait le coup de bien réviser les titres à l'avance pour laisser passer moins de subtilités et d'effets Manu Chao. Le jeu du bout des doigts des guitaristes sur certains plans est intéressant. En matière d'extrême et de technique, Pryapisme se pose bien.
Moi qui ne goûte guère l'humour dans le Metal je dois reconnaître m'être laissé charmer par l'humour vif du principal communicant, assez brillant pour un propos partiellement improvisé, le batteur fumeur en ayant une bonne couche aussi. L'occasion de rappeler la jeunesse Rock basque avec quelque membre de YONL (légende ou réalité ?), de casser le jeu de l'autre guitariste plus diverses plaisanteries envers Arbre ou les pires fans. Passons sur les intitulés comiques. Du chant gâcherait certainement l'ensemble. Foutraque mais léché, Pryapisme ne m'a pas déçu.
À la pause je me suis fait aborder à cause de mon t-shirt, cela faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé.
Après avoir pris son temps pour installer son riche matériel et vérifié des balances précises, obligeant notamment à placer le retour central dans ce qui tiendrait lieu de fosse à d'autres occasions, YEAR OF NO LIGHT s'est lancé peinard dans son set. Les Bordelais jouent bien fort une musique à présent bien en vogue, au croisement de multiples styles auxquels sont donnés une synergie improbable en théorie. Le volume sonore, par exemple, est autant propre au Shoegaze qu'au Drone. Ces riffs et ces structures rallongées peuvent être autant du Doom épuré que du Post-Rock bétonné. Certains passages légers et délicats rappelaient ouvertement Cure le mois dernier, alors que la froide noirceur irradiant de l'ensemble est incontestablement apparentée au Black le plus ouvert. Il n'est pas si courant d'avoir deux batteurs, qui ne se forcent pas mais dont les jeux se complètent (l'un des deux étant pigiste).
Une minorité du public s'était éclipsée dès le premier quart d'heure, mais je me suis coulé dedans très facilement tant ce soir une musique lourde et peu violente me convenait. Oui, je trouve ce genre de groupes aisés à écouter, sans vouloir vexer. Ce vaste mélange tient la route parce qu'au final c'est simple et facile à digérer. Un bon chanteur, de quelque scène qu'il provienne, apporterait dans ce cas une profondeur supplémentaire au tout ; mais c'est un choix artistique évidemment. Comme ces titres de morceaux à la Mogwaï francophone, pure écriture automatique, cohérente avec les émotions que le collectif transmet. Cette fois la communication se réduisit à quelques mots avant le dernier morceau, qui venaient du cœur, pour évoquer la longue histoire entre ces Bordelais et les plus anciens passionnés de notre scène Montpelliéraine. Le set s'achevant au bout d'une heure je n'ai pas traîné, devant encore me lever tôt.
Devant une affluence correcte, PRYAPISME semblait presque banal dans son instrumentation, ce ne sont pas trois petits synthés qui vont nous impressionner… Mais quand ça a démarré, l'ensemble dynamite, disperse et ventile. Le mélange entre Metal et BreakCore est très au point, les sonorités de Mario Kart survitaminé croisent des ponts Thrash ou Black énergiques à faire pâlir d'envie bien des trues. D'autant qu'une certaine noirceur dérangée se ressent de partout, si bien que le fameux titre en variation sur Moussorgski est d'une incontestable cohérence. Plus qu'à un Psykup au carré, c'est à la démarche de Mike Patton que l'on pensait immanquablement pour cela. L'intensité, l'imprévisibilité des titres est extrême même si le propos global sera largement cerné quand viendra la fin du set au bout d'une heure sans ennui. Cela vaudrait le coup de bien réviser les titres à l'avance pour laisser passer moins de subtilités et d'effets Manu Chao. Le jeu du bout des doigts des guitaristes sur certains plans est intéressant. En matière d'extrême et de technique, Pryapisme se pose bien.
Moi qui ne goûte guère l'humour dans le Metal je dois reconnaître m'être laissé charmer par l'humour vif du principal communicant, assez brillant pour un propos partiellement improvisé, le batteur fumeur en ayant une bonne couche aussi. L'occasion de rappeler la jeunesse Rock basque avec quelque membre de YONL (légende ou réalité ?), de casser le jeu de l'autre guitariste plus diverses plaisanteries envers Arbre ou les pires fans. Passons sur les intitulés comiques. Du chant gâcherait certainement l'ensemble. Foutraque mais léché, Pryapisme ne m'a pas déçu.
À la pause je me suis fait aborder à cause de mon t-shirt, cela faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé.
Après avoir pris son temps pour installer son riche matériel et vérifié des balances précises, obligeant notamment à placer le retour central dans ce qui tiendrait lieu de fosse à d'autres occasions, YEAR OF NO LIGHT s'est lancé peinard dans son set. Les Bordelais jouent bien fort une musique à présent bien en vogue, au croisement de multiples styles auxquels sont donnés une synergie improbable en théorie. Le volume sonore, par exemple, est autant propre au Shoegaze qu'au Drone. Ces riffs et ces structures rallongées peuvent être autant du Doom épuré que du Post-Rock bétonné. Certains passages légers et délicats rappelaient ouvertement Cure le mois dernier, alors que la froide noirceur irradiant de l'ensemble est incontestablement apparentée au Black le plus ouvert. Il n'est pas si courant d'avoir deux batteurs, qui ne se forcent pas mais dont les jeux se complètent (l'un des deux étant pigiste).
Une minorité du public s'était éclipsée dès le premier quart d'heure, mais je me suis coulé dedans très facilement tant ce soir une musique lourde et peu violente me convenait. Oui, je trouve ce genre de groupes aisés à écouter, sans vouloir vexer. Ce vaste mélange tient la route parce qu'au final c'est simple et facile à digérer. Un bon chanteur, de quelque scène qu'il provienne, apporterait dans ce cas une profondeur supplémentaire au tout ; mais c'est un choix artistique évidemment. Comme ces titres de morceaux à la Mogwaï francophone, pure écriture automatique, cohérente avec les émotions que le collectif transmet. Cette fois la communication se réduisit à quelques mots avant le dernier morceau, qui venaient du cœur, pour évoquer la longue histoire entre ces Bordelais et les plus anciens passionnés de notre scène Montpelliéraine. Le set s'achevant au bout d'une heure je n'ai pas traîné, devant encore me lever tôt.
dimanche 4 décembre 2016
Meshuggah High on Fire Rockstore Montpellier 1er décembre 2016
Cela avait un drôle de goût de retourner voir Meshuggah au Rockstore. C'était l'un de mes premiers concerts de Metal un peu gros, en 2000… Nous étions une quarantaine de fadas bien motivés. Et depuis je ne les avais jamais revus. Encore les avais-je ratés il y a encore plus longtemps, en 1996, lors de la légendaire première tournée européenne de Machine Head, à l'époque j'étais juste en train de découvrir tout ça. Ce soir quelques amis devaient venir, mais trouvèrent le guichet fermé ! Du jamais vu depuis l'unique date méridionale d'Opeth il y a cinq ans ! Comme je suis moins cigale et que j'avais réservé depuis longtemps, je vous propose de me suivre dans cette chère vieille salle.
En effet c'était bondé. Je ne croise pas très souvent ce grand public Metalleux moins typé, qui est pourtant le plus important, ceux qui ne sont pas spécialement fans d'extrême mais qui aiment la musique exigeante. Cette foule était assez jeune, la moitié devait être encore à l'école lorsque je voyais Meshuggah la première fois. C'est dire l'immense influence que ce groupe a patiemment étendue au fil des albums. Certains vieux requins de concerts que je retrouvais ici ne sont pas spécialement hardos.
Tout le monde connaît au moins de loin HIGH ON FIRE. En fait de Thrashy, leur Stoner Heavy demeure calé sur le mid-tempo quasiment en permanence. L'excellent son permettait de bien profiter du chant rogue de Matt Pike et de la basse qui amène un peu de groove. Il le fallait bien pour faire passer des riffs sympathiques mais assez classiques, et une rythmique qui tenait la basse altitude sans chercher à décoller. À part sur un titre annoncé d'ailleurs comme rapide, vers le milieu de set. Ce qui permit de constater que Pike a la voix aussi rauque que son chant, qu'il ne force pas. Le style est bien maîtrisé et particulièrement à la mode par chez nous. S'il n'y avait pas la place de faire une fosse dans tout ce peuple cela semblait bouger pas mal devant. Il est possible que certains soient venus principalement pour cette première partie de renom fort éloignée (complémentaire ?) de la tête d'affiche. Pour ma part je sature de ce style, trop répandu en Languedoc, heureusement que c'était fait par des maîtres qui en tiraient le meilleur.
La pause prit une grosse demi-heure, et il fallait bien ça pour se mouvoir dans toute cette presse afin de réaliser l'habituelle boucle merch' – pissoir – bar.
Sans MESHUGGAH le Metal actuel ne serait pas le même. C'est en grande partie à cause d'eux (et de tous les autres groupes qu'ils ont peu ou prou marqués) que le Metal est respecté et défendu par les musicophiles les plus diplômés. Devant le backdrop magnifique reprenant la pochette du tout nouvel album, les cinq compères prirent possession de la scène sous les acclamations après une remarquable introduction simple et cohérente, un sifflement… Le style polyrythmique si particulier qu'ils ont prôné depuis les origines semble venir d'une autre dimension, des confins de l'espace-temps ou de ce que cherchait Erich Zann (pour ceux qui ont des lettres). Le son parfaitement propre et puissant rendait honneur au timbre unique des guitares de Thordendal et Hagström. Le chant de Kidman sonnait un peu en retrait, comme sur album, mais l'interprétation était également parfaite. Les solos assez fréquents étaient à l'avenant du reste, à nuls autres pareils.
La débauche d'effets visuels était exceptionnelle pour un concert de Metal, plus digne d'un festival Electro en club. Très loin du service habituel dans le genre, et encore plus de ce que c'était la dernière fois. Ce light show avait cependant comme inconvénient que l'on distinguait mal les musiciens, alors que le spectacle de leur jeu serait aussi captivant. Mais ce n'est pas ce qu'ils veulent, certainement. C'est à rapprocher avec la communication minimale de Kidman, tout est lié dans cette géométrie musicale non euclidienne. La puissance de ce machin restait suspendue parfois quelques instants lorsque passaient les parties de guitare claire, tout aussi froides.
Le public rangé en sardines hochait la tête en cadence ou de façon plus démonstrative vers le devant. Quelques téléphones tentaient de capter le spectacle mais avec la barrière du light show cela ne ressemblera pas à un concert de Metal classique. Du reste, pas mal de gens manifestaient leur dévotion en faisant des cœurs avec les mains parallèlement aux cornes traditionnelles… encore du jamais vu à un concert Metal pour ma part.
Ne connaissant pas précisément le répertoire du groupe, la régularité des morceaux piochés au long de leur carrière m'amènera à saluer l'exceptionnelle réussite artistique de Meshuggah. Ils ont bâtis leur succès sur une parfaite intégrité musicale, sans jamais dévier de ce qu'ils voulaient faire depuis le départ, aucun compromis. Les titres finaux plus anciens du rappel, certains déjà présents dans le répertoire en 2000, le démontrent. C'est ainsi que le jeune groupe original dans un style à la mode il y a vingt ans est devenu un guide, suscitant des milliers de vocations musicales à travers cette planète.
Après un set d'une heure et demie, l'hybride mal identifié se retira vers l'infini et au-delà. Les yeux pleins de couleurs du show, j'ai attendu un certain temps que ça se vide un peu pour aller récupérer mes affaires. Reprendre pied dans un monde normal aux lois physiques familières le nécessitait bien aussi.
En effet c'était bondé. Je ne croise pas très souvent ce grand public Metalleux moins typé, qui est pourtant le plus important, ceux qui ne sont pas spécialement fans d'extrême mais qui aiment la musique exigeante. Cette foule était assez jeune, la moitié devait être encore à l'école lorsque je voyais Meshuggah la première fois. C'est dire l'immense influence que ce groupe a patiemment étendue au fil des albums. Certains vieux requins de concerts que je retrouvais ici ne sont pas spécialement hardos.
Tout le monde connaît au moins de loin HIGH ON FIRE. En fait de Thrashy, leur Stoner Heavy demeure calé sur le mid-tempo quasiment en permanence. L'excellent son permettait de bien profiter du chant rogue de Matt Pike et de la basse qui amène un peu de groove. Il le fallait bien pour faire passer des riffs sympathiques mais assez classiques, et une rythmique qui tenait la basse altitude sans chercher à décoller. À part sur un titre annoncé d'ailleurs comme rapide, vers le milieu de set. Ce qui permit de constater que Pike a la voix aussi rauque que son chant, qu'il ne force pas. Le style est bien maîtrisé et particulièrement à la mode par chez nous. S'il n'y avait pas la place de faire une fosse dans tout ce peuple cela semblait bouger pas mal devant. Il est possible que certains soient venus principalement pour cette première partie de renom fort éloignée (complémentaire ?) de la tête d'affiche. Pour ma part je sature de ce style, trop répandu en Languedoc, heureusement que c'était fait par des maîtres qui en tiraient le meilleur.
La pause prit une grosse demi-heure, et il fallait bien ça pour se mouvoir dans toute cette presse afin de réaliser l'habituelle boucle merch' – pissoir – bar.
Sans MESHUGGAH le Metal actuel ne serait pas le même. C'est en grande partie à cause d'eux (et de tous les autres groupes qu'ils ont peu ou prou marqués) que le Metal est respecté et défendu par les musicophiles les plus diplômés. Devant le backdrop magnifique reprenant la pochette du tout nouvel album, les cinq compères prirent possession de la scène sous les acclamations après une remarquable introduction simple et cohérente, un sifflement… Le style polyrythmique si particulier qu'ils ont prôné depuis les origines semble venir d'une autre dimension, des confins de l'espace-temps ou de ce que cherchait Erich Zann (pour ceux qui ont des lettres). Le son parfaitement propre et puissant rendait honneur au timbre unique des guitares de Thordendal et Hagström. Le chant de Kidman sonnait un peu en retrait, comme sur album, mais l'interprétation était également parfaite. Les solos assez fréquents étaient à l'avenant du reste, à nuls autres pareils.
La débauche d'effets visuels était exceptionnelle pour un concert de Metal, plus digne d'un festival Electro en club. Très loin du service habituel dans le genre, et encore plus de ce que c'était la dernière fois. Ce light show avait cependant comme inconvénient que l'on distinguait mal les musiciens, alors que le spectacle de leur jeu serait aussi captivant. Mais ce n'est pas ce qu'ils veulent, certainement. C'est à rapprocher avec la communication minimale de Kidman, tout est lié dans cette géométrie musicale non euclidienne. La puissance de ce machin restait suspendue parfois quelques instants lorsque passaient les parties de guitare claire, tout aussi froides.
Le public rangé en sardines hochait la tête en cadence ou de façon plus démonstrative vers le devant. Quelques téléphones tentaient de capter le spectacle mais avec la barrière du light show cela ne ressemblera pas à un concert de Metal classique. Du reste, pas mal de gens manifestaient leur dévotion en faisant des cœurs avec les mains parallèlement aux cornes traditionnelles… encore du jamais vu à un concert Metal pour ma part.
Ne connaissant pas précisément le répertoire du groupe, la régularité des morceaux piochés au long de leur carrière m'amènera à saluer l'exceptionnelle réussite artistique de Meshuggah. Ils ont bâtis leur succès sur une parfaite intégrité musicale, sans jamais dévier de ce qu'ils voulaient faire depuis le départ, aucun compromis. Les titres finaux plus anciens du rappel, certains déjà présents dans le répertoire en 2000, le démontrent. C'est ainsi que le jeune groupe original dans un style à la mode il y a vingt ans est devenu un guide, suscitant des milliers de vocations musicales à travers cette planète.
Après un set d'une heure et demie, l'hybride mal identifié se retira vers l'infini et au-delà. Les yeux pleins de couleurs du show, j'ai attendu un certain temps que ça se vide un peu pour aller récupérer mes affaires. Reprendre pied dans un monde normal aux lois physiques familières le nécessitait bien aussi.
samedi 26 novembre 2016
The Cure The Twilight Sad 18 novembre 2016 Arena Pérols
The Cure demeure une question existentielle compliquée depuis ma prime jeunesse. Il a accompagné toute ma génération, je connaissais leur répertoire classique bien avant de m'intéresser un jour au Metal et au vrai Gothique, comme tout le monde. Mais ce fut de Depeche Mode ou New Order que je tombai fan au fil du temps. Préférer même les Sisters of Mercy ou Clan of Xymox (passant à Paris la veille par ailleurs) fut longtemps un mystère pour moi-même. En fait, je n'ai jamais accepté l'absence totale d'autodérision d'un Robert Smith, maladivement sensible, hautain et perclus dans ses complications esthétiques, alors qu'une partie importante de sa monumentale production a consisté à pondre des tubes grand public massifs, transparents, agaçants. Reste qu'un amour de jeunesse raté, ça vous marque à vie. On n'aurait pas fait cinq cents bornes pour voir ça, mais c'est à la maison que ça se passait et des amis y allaient de toute façon.
L'Arena, bordant le Parc des Expos de Montpellier sur la route des plages après l'aéroport, est un bon exemple de ces immenses salles confortables et moches, destinées à accueillir autant les rencontres de Handball. Il y avait un monde énorme, et pourtant quelques places restaient à vendre au guichet. Le tramway était bien mieux adapté pour accéder au site au milieu d'un gigantesque bouchon, puis les queues aux entrées et aux bars étaient décourageantes. Évidemment, l'assistance n'était pas jeune en majorité, mais beaucoup de gens venaient justement en famille avec les enfants. Et on comptait aussi beaucoup de jeunes simples mélomanes fans de Pop Rock plus ou moins Indé, s'honorant de connaître les classiques. Il y avait du merch' en bonne quantité mais je n'étais pas intéressé.
Pile à vingt heures, les cinq Écossais de THE TWILIGHT SAD se présentaient sous une forte acclamation. Je ne connaissais pas du tout. Bien qu'un peu fort, leur Post-Punk passait bien. Les mélodies à fleur de peau rappelaient IAMX ou Pink Turns Blue avec une instrumentation ni New Wave ni Punky et les synthés présents (le bassiste abandonnant parfois son premier engin pour doubler le claviériste). Le chanteur tout de noir vêtu avait un chant de poitrine ample mais délicat et traversait des crises nerveuses à la Ian Curtis. Son accent écossais le rendait mieux compréhensible que d'autres.
La grosse basse et les notes cristallines assumaient une certaine inspiration Shoegaze, non envahissante heureusement. On n'en dira pas tant des mamans papotant à voix haute sans gêne derrière moi malgré les remontrances de tout le monde… Le point faible devint progressivement évident au fil des titres, malgré le bon accueil du vaste public : ça n'accélérait jamais, aucun titre ne décolla du mid-tempo. Et on comprenait ainsi pourquoi ils avaient décroché cette prestigieuse première partie… Au bout de trois quarts d'heure il était donc temps de rompre pour préserver une bonne impression avant qu'on se lasse pour de bon…
THE CURE se présenta sans autre cérémonie que l'immense clameur populaire et se lança avec "Shake Dog Shake", titre très pertinent pour permettre à la fois à Robert Smith et ses quatre sbires de prendre possession de la scène, et au public de s'immerger. N'ayant pas d'album à vendre, Cure a enchaîné une palanquée écœurante de tubes après les premières notes de basses de "Fascination Street" semées à plein fuzz par Simon Gallup… avec son t-shirt de Maiden ! Dans les gradins certains étaient en pleine expérience mystique introspective, en bas autour de moi ça bougeait volontiers dans un bon esprit, couvrant à pleine voix le clavier d'O'Donnell pour le motif principal de "The Walk". Communiquant très peu, Smith ne permettait que de brèves pauses quand Jason Cooper ne commandait pas un enchaînement depuis sa batterie. En fait il fallait profiter des titres les moins denses pour se relâcher. Le messie Robert fait toujours plus décrépit, le khôl n'y fera jamais rien, surtout avec cette chemise flottante qui le grossit encore pire. Courbé en arrière pour dégager sa gorge, il a conservé ce timbre… réserve faite que depuis longtemps il attaque beaucoup de titres un ou deux tons au-dessous des versions originales ce qui peut les affaiblir nettement. À la seconde guitare, le vétéran de Bowie suppléait à point nommé le patron, lançant même quelques solos. Pour autant le show n'était pas si Heavy que certains l'ont écrit pour d'autres dates, des titres comme "A Night Like This" ou "Charlotte Sometimes" sonnant même plus légers que normalement.
Les éclairages étaient riches et travaillés, avec des moyens certains. Les projections derrière la scène étaient assez atmosphériques, jusqu'aux photos d'histoire des guerres et totalitarismes du XXe siècle illustrant un sombre "One Hundred Years" laissant l'Arena tétanisée. Le Cure comme j'aurais tellement voulu l'aimer… Les écrans de côté étaient bienvenus même si je n'avais pas trop à me plaindre de la vue… le côté droit profita surtout de la jambe de Simon Gallup qui se calait le pied sur les retours juste devant quand il n'allait pas provoquer en duel l'un des guitaristes. L'importance du bassiste devient claire sur scène, pas seulement à cause de la bannière de son club de foot qu'il avait installé une fois de plus sur ses amplis.
Malgré quelques longueurs prévisibles je n'avais pas à me plaindre de la setlist quand arrivait le premier faux départ au bout d'une heure et demie. Au milieu de bluettes Pop pour vieilles adolescentes j'avais participé à l'intense communion de la foule pour "In Between Days" et mon cœur s'était déchiré comme il y a vingt-sept ans dès le premier passage du riff de "Lovesong". Finalement, pas de quoi chambrer les compères en pâmoison…
C'est à ce stade-ci que Smith force encore l'admiration en poursuivant son set, une fois de plus, pendant une heure, sans changer son schéma. Enchaîner "Play for Today" et un long "A Forest" illustré par une masse d'arbres sinistres en négatif est difficilement résistible. Le public tapa des mains au rythme de Simon Gallup sur l'interminable final de ce titre achevant le premier rappel, tandis que Smith essayait quelque chose à la guitare en le regardant. Le dernier retour à la scène servit bien tassé une dernière brochette de tubes obligatoires, pas mes morceaux préférés, ce qui me laissa redescendre en douceur quand beaucoup sombraient dans l'hystérie sur les cœurs dessinés et les vers de collégiens de "Friday I'm in Love", l'infantile "Boys don't Cry" et ce "Why can't I Be You ?", qui synthétise tous mes vieux griefs envers ce groupe et qui clôt la soirée comme par hasard… Smith quitta la scène le dernier pour s'incliner devant tout le monde de chaque côté dans un geste touchant de sincérité. Deux heures trente, comme promis.
Une fois vite sortis nous nous sommes retrouvés… pour finir au Rockstore à nager dans le champagne millésimé jusqu'après trois heures !!!
Avant de revenir prochainement à des affiches plus Metal, je dois donner raison à qui disait que 2016 a été ultra 1986 pour avoir vu en six mois New Order, les Sisters, And Also the Trees, les Swans, Ministry, Frustration même…
Shake Dog Shake/ Fascination Street/ A Night Like This/ The Walk/ Push/ In Between Days/ Sinking/ Pictures of You/ High/ Charlotte Sometimes/ Lovesong/ Just Like Heaven/ From the Edge of the Deep Green Sea/ One Hundred Years/ Give Me It/
It Can Never Be the Same/ Burn/ Play for Today/ A Forest/
Step Into the Light/ Want/ Never Enough/ Wrong Number/
The Lovecats/ Lullaby/ Friday I'm in Love/ Boys Don't Cry/ Close to Me / Why Can't I Be You?
L'Arena, bordant le Parc des Expos de Montpellier sur la route des plages après l'aéroport, est un bon exemple de ces immenses salles confortables et moches, destinées à accueillir autant les rencontres de Handball. Il y avait un monde énorme, et pourtant quelques places restaient à vendre au guichet. Le tramway était bien mieux adapté pour accéder au site au milieu d'un gigantesque bouchon, puis les queues aux entrées et aux bars étaient décourageantes. Évidemment, l'assistance n'était pas jeune en majorité, mais beaucoup de gens venaient justement en famille avec les enfants. Et on comptait aussi beaucoup de jeunes simples mélomanes fans de Pop Rock plus ou moins Indé, s'honorant de connaître les classiques. Il y avait du merch' en bonne quantité mais je n'étais pas intéressé.
Pile à vingt heures, les cinq Écossais de THE TWILIGHT SAD se présentaient sous une forte acclamation. Je ne connaissais pas du tout. Bien qu'un peu fort, leur Post-Punk passait bien. Les mélodies à fleur de peau rappelaient IAMX ou Pink Turns Blue avec une instrumentation ni New Wave ni Punky et les synthés présents (le bassiste abandonnant parfois son premier engin pour doubler le claviériste). Le chanteur tout de noir vêtu avait un chant de poitrine ample mais délicat et traversait des crises nerveuses à la Ian Curtis. Son accent écossais le rendait mieux compréhensible que d'autres.
La grosse basse et les notes cristallines assumaient une certaine inspiration Shoegaze, non envahissante heureusement. On n'en dira pas tant des mamans papotant à voix haute sans gêne derrière moi malgré les remontrances de tout le monde… Le point faible devint progressivement évident au fil des titres, malgré le bon accueil du vaste public : ça n'accélérait jamais, aucun titre ne décolla du mid-tempo. Et on comprenait ainsi pourquoi ils avaient décroché cette prestigieuse première partie… Au bout de trois quarts d'heure il était donc temps de rompre pour préserver une bonne impression avant qu'on se lasse pour de bon…
THE CURE se présenta sans autre cérémonie que l'immense clameur populaire et se lança avec "Shake Dog Shake", titre très pertinent pour permettre à la fois à Robert Smith et ses quatre sbires de prendre possession de la scène, et au public de s'immerger. N'ayant pas d'album à vendre, Cure a enchaîné une palanquée écœurante de tubes après les premières notes de basses de "Fascination Street" semées à plein fuzz par Simon Gallup… avec son t-shirt de Maiden ! Dans les gradins certains étaient en pleine expérience mystique introspective, en bas autour de moi ça bougeait volontiers dans un bon esprit, couvrant à pleine voix le clavier d'O'Donnell pour le motif principal de "The Walk". Communiquant très peu, Smith ne permettait que de brèves pauses quand Jason Cooper ne commandait pas un enchaînement depuis sa batterie. En fait il fallait profiter des titres les moins denses pour se relâcher. Le messie Robert fait toujours plus décrépit, le khôl n'y fera jamais rien, surtout avec cette chemise flottante qui le grossit encore pire. Courbé en arrière pour dégager sa gorge, il a conservé ce timbre… réserve faite que depuis longtemps il attaque beaucoup de titres un ou deux tons au-dessous des versions originales ce qui peut les affaiblir nettement. À la seconde guitare, le vétéran de Bowie suppléait à point nommé le patron, lançant même quelques solos. Pour autant le show n'était pas si Heavy que certains l'ont écrit pour d'autres dates, des titres comme "A Night Like This" ou "Charlotte Sometimes" sonnant même plus légers que normalement.
Les éclairages étaient riches et travaillés, avec des moyens certains. Les projections derrière la scène étaient assez atmosphériques, jusqu'aux photos d'histoire des guerres et totalitarismes du XXe siècle illustrant un sombre "One Hundred Years" laissant l'Arena tétanisée. Le Cure comme j'aurais tellement voulu l'aimer… Les écrans de côté étaient bienvenus même si je n'avais pas trop à me plaindre de la vue… le côté droit profita surtout de la jambe de Simon Gallup qui se calait le pied sur les retours juste devant quand il n'allait pas provoquer en duel l'un des guitaristes. L'importance du bassiste devient claire sur scène, pas seulement à cause de la bannière de son club de foot qu'il avait installé une fois de plus sur ses amplis.
Malgré quelques longueurs prévisibles je n'avais pas à me plaindre de la setlist quand arrivait le premier faux départ au bout d'une heure et demie. Au milieu de bluettes Pop pour vieilles adolescentes j'avais participé à l'intense communion de la foule pour "In Between Days" et mon cœur s'était déchiré comme il y a vingt-sept ans dès le premier passage du riff de "Lovesong". Finalement, pas de quoi chambrer les compères en pâmoison…
C'est à ce stade-ci que Smith force encore l'admiration en poursuivant son set, une fois de plus, pendant une heure, sans changer son schéma. Enchaîner "Play for Today" et un long "A Forest" illustré par une masse d'arbres sinistres en négatif est difficilement résistible. Le public tapa des mains au rythme de Simon Gallup sur l'interminable final de ce titre achevant le premier rappel, tandis que Smith essayait quelque chose à la guitare en le regardant. Le dernier retour à la scène servit bien tassé une dernière brochette de tubes obligatoires, pas mes morceaux préférés, ce qui me laissa redescendre en douceur quand beaucoup sombraient dans l'hystérie sur les cœurs dessinés et les vers de collégiens de "Friday I'm in Love", l'infantile "Boys don't Cry" et ce "Why can't I Be You ?", qui synthétise tous mes vieux griefs envers ce groupe et qui clôt la soirée comme par hasard… Smith quitta la scène le dernier pour s'incliner devant tout le monde de chaque côté dans un geste touchant de sincérité. Deux heures trente, comme promis.
Une fois vite sortis nous nous sommes retrouvés… pour finir au Rockstore à nager dans le champagne millésimé jusqu'après trois heures !!!
Avant de revenir prochainement à des affiches plus Metal, je dois donner raison à qui disait que 2016 a été ultra 1986 pour avoir vu en six mois New Order, les Sisters, And Also the Trees, les Swans, Ministry, Frustration même…
Shake Dog Shake/ Fascination Street/ A Night Like This/ The Walk/ Push/ In Between Days/ Sinking/ Pictures of You/ High/ Charlotte Sometimes/ Lovesong/ Just Like Heaven/ From the Edge of the Deep Green Sea/ One Hundred Years/ Give Me It/
It Can Never Be the Same/ Burn/ Play for Today/ A Forest/
Step Into the Light/ Want/ Never Enough/ Wrong Number/
The Lovecats/ Lullaby/ Friday I'm in Love/ Boys Don't Cry/ Close to Me / Why Can't I Be You?
mardi 8 novembre 2016
Feral Membrane Black Sheep Montpellier 5 novembre 2016
Par un samedi de mauvais temps, le public d'habitués est arrivé tardivement dans la cave du Black Sheep. Parfois venaient-ils de loin… Après une semaine usante il avait bien fallu que je me motive, moi-même… Il y avait du merch', et comme il n'y avait que deux groupes ça ne s'est pas pressé pour commencer.
J'avais vu MEMBRANE une première fois il y a une douzaine d'années. Le trio est bien modifié par rapport à cette époque, mais pas ce qu'il restitue. Le HC Noisy Franc-Comtois de tradition est très pur, dans le sillage de nos Tantrum et d'Unsane. Avec des riffs simples mais fins, le son laissé un peu sale et abrasif, c'est tout à fait ce que le public local aime. Par contre, même si cela correspond dans une certaine mesure aux règles du genre, les vocaux étaient bien trop faiblement mixés. À l'arrière étaient projetés des extraits en noir et blanc de différents grands classiques de l'angoisse tirés de Lynch, Gilliam, Kubrick, Hitchcock… ce qui distrayait légèrement alors que le spectacle du batteur qui tapait haut en-dessous justifiait l'attention. Ce qui compensait aussi le néant quasi-total de communication. Le Noise ça emballe, ça rabote et y'a rien à ajouter ! Une petite reprise finale paracheva la communion parfaite entre les aficionados du Noise et ceux qui leur en donnaient du pur.
Déjà observé il y a quelques semaines à peine en ouverture de Napalm Death, FERAL s'est montré plus brutal encore. Le projet parallèle de plusieurs membres anciens ou présents de Stuntman, Morgue, Morse (du Sud) devient de plus en plus considérable. Ils ont donné à leur HC Crusty Grindy une agressivité jamais atteinte, sans doute par le fait de jouer dans la salle emblématique de toute cette scène presque aussitôt après la tournée en Europe centrale. La part de Sludge présente dans les compos semblait céder le pas au vrai Death Metal quand pétaient les blasts. Et pourtant, le public est resté tétanisé par l'explosion jusqu'à ce que le chanteur l'invite à se lâcher un peu et se jette dedans, comme d'habitude. Cela a marché, la fosse se reformant dans une sauvage bousculade. Dur, violent et bien métallisé, imprévisible, le répertoire s'avère complexe à l'image de celui de certains de leurs maîtres évidents (Converge ou Today is the Day c'est dit !). Deux autres chanteurs dans l'assistance furent invités sur le dernier titre, ils se plongèrent dans le public avec le même entrain malgré les micros filaires, provoquant un beau bordel. Faute d'avoir des morceaux disponibles, Feral ne put assurer le rappel réclamé. On en avait oublié ce problème de jeune formation !!! Cette marge de progression était prévisible, reste à suivre où cela peut encore aller.
Les aventures reprendront dans quelques jours pour une très grosse affiche, un groupe déjà repris par l'un de ce soir d'ailleurs…
J'avais vu MEMBRANE une première fois il y a une douzaine d'années. Le trio est bien modifié par rapport à cette époque, mais pas ce qu'il restitue. Le HC Noisy Franc-Comtois de tradition est très pur, dans le sillage de nos Tantrum et d'Unsane. Avec des riffs simples mais fins, le son laissé un peu sale et abrasif, c'est tout à fait ce que le public local aime. Par contre, même si cela correspond dans une certaine mesure aux règles du genre, les vocaux étaient bien trop faiblement mixés. À l'arrière étaient projetés des extraits en noir et blanc de différents grands classiques de l'angoisse tirés de Lynch, Gilliam, Kubrick, Hitchcock… ce qui distrayait légèrement alors que le spectacle du batteur qui tapait haut en-dessous justifiait l'attention. Ce qui compensait aussi le néant quasi-total de communication. Le Noise ça emballe, ça rabote et y'a rien à ajouter ! Une petite reprise finale paracheva la communion parfaite entre les aficionados du Noise et ceux qui leur en donnaient du pur.
Déjà observé il y a quelques semaines à peine en ouverture de Napalm Death, FERAL s'est montré plus brutal encore. Le projet parallèle de plusieurs membres anciens ou présents de Stuntman, Morgue, Morse (du Sud) devient de plus en plus considérable. Ils ont donné à leur HC Crusty Grindy une agressivité jamais atteinte, sans doute par le fait de jouer dans la salle emblématique de toute cette scène presque aussitôt après la tournée en Europe centrale. La part de Sludge présente dans les compos semblait céder le pas au vrai Death Metal quand pétaient les blasts. Et pourtant, le public est resté tétanisé par l'explosion jusqu'à ce que le chanteur l'invite à se lâcher un peu et se jette dedans, comme d'habitude. Cela a marché, la fosse se reformant dans une sauvage bousculade. Dur, violent et bien métallisé, imprévisible, le répertoire s'avère complexe à l'image de celui de certains de leurs maîtres évidents (Converge ou Today is the Day c'est dit !). Deux autres chanteurs dans l'assistance furent invités sur le dernier titre, ils se plongèrent dans le public avec le même entrain malgré les micros filaires, provoquant un beau bordel. Faute d'avoir des morceaux disponibles, Feral ne put assurer le rappel réclamé. On en avait oublié ce problème de jeune formation !!! Cette marge de progression était prévisible, reste à suivre où cela peut encore aller.
Les aventures reprendront dans quelques jours pour une très grosse affiche, un groupe déjà repris par l'un de ce soir d'ailleurs…
vendredi 4 novembre 2016
Swans Anna von Hausswolf Paloma Nîmes 2 novembre 2016
La décision de venir ce soir à la Paloma fut prise tardivement. J'avais déjà laissé passer les Swans la dernière fois et j'avais peur de m'ennuyer sur un long set. C'était toutefois l'ultime occasion, probablement, de voir ce groupe majeur qui a influencé décisivement un certain nombre de groupes qui comptent pour moi, d'Ulcerate aux Young Gods, et d'autres qui ont à leur tour suscité tant de vocations : sans les Swans, pas de Neurosis, ni ce qui s'ensuivit.
Dans ce confortable centre musical moderne et proche de l'autoroute, l'affluence était correcte mais pas compacte. Et ce n'était pas très jeune en moyenne. La distribution de bouchons à l'entrée était une saine précaution tant on sait que les Swans jouent fort. Le temps de jeter un œil au stand bien fourni, la première partie commençait discrètement dans la petite salle, la Red Room. Le peuple qui était encore plutôt dans la cour se transbahuta peu à peu.
La toute menue ANNA von HAUSSWOLF n'a pas l'air de grand-chose au milieu de ses trois comparses (dont un membre des Swans). Mais quelle voix ! Si certains y voient déjà un phénomène artistique, le long premier titre ne montrait rien de très nouveau en fait, c'était de la Dream Pop ou Heavenly Voices digne des temps légendaires du label 4AD. Avec un volume élevé et pur dans la pénombre bleuie, il faut reconnaître que ça transmettait : le silence religieux absolu flottant plusieurs secondes à la première pause s'observe rarement. La suite navigua entre Néo-Folk, Drone et Indus martiale, avec des traces de Néo-classique, l'obscurité glissant vers des reflets plus rouges. Le malentendu peut venir d'une certaine parenté esthétique avec le Black Metal, surtout quand elle headbangue sa tignasse blonde, alors qe cette musique provient de toutes autres traditions. Et vraiment, ce chant puissant à large amplitude est un vrai don. Reste à vérifier ce que ça rend dans la durée avec un autre cadre, sur album. Le long final dépassant le temps prévu sembla comporter une bonne part d'improvisation, à titiller les potards des synthés et tirer des sons inattendus d'une simple Fender Stratocaster. "Eraserhead" n'était pas loin. Le set de trente minutes restait trop court pour des titres aussi longs, mais justifie qu'on y revienne dessus à la maison à condition de ne pas se tromper sur l'identité de la chose.
Les SWANS se sont installés en demi-cercle autour du seul chef désormais, Michael Gira iconique avec sa guitare. Cela commença par un titre de cinquante minutes (oui !), de déchaînements telluriques au volume sonore massif, d'où monta une petite boucle Electro (limite un loop) qui rappelait combien les frontières du Rock Industriel sont poreuses. Le charisme de Gira, après avoir tourné le dos au public un long moment, se déploya progressivement à l'image de sa diction et d'une gestuelle lente. Ses bras s'ouvraient aussi lentement que son débit, comme une éclosion.
L'exercice du live permet de comprendre bien mieux la musique des Swans. Que les morceaux soient pachydermiques ou un peu plus rapides, délayés à mort ou d'un format classique, il y a quelque chose de spirituel, chamanique et viscéralement américain. Certaines personnes étaient en comme en transe. La puissance dégagée, appuyée ponctuellement par Gira faisant comme s'il jetait le son sur nous, n'a rien à envier au Metal bien qu'il vienne d'ailleurs. Des morceaux interminables et patiemment mis en place par des répétitions délayées s'achevaient ensuite très rapidement.
La préparation des montées sur des rythmes lents laissait de longs passages de tension très progressive, autant dire de vraies longueurs pour des bourrins comme nous, sur un set exceptionnellement long. Cela justifiait que comme à la messe orthodoxe, certains fidèles sortent s'asseoir ou se détendre un moment. Pendant ce temps le service d'ordre passait au fond avec des casques sonores de chantier, la mine hilare. Rarement me suis-je autant félicité que ce soir d'avoir des bouchons de qualité… Soucieux du détail, Gira n'appréciait pas trop les spots dans la figure ni les larsens qui l'amenèrent à essayer de chanter un passage sans micro, puis à chercher une meilleure position et à commander le technicien aux retours qui n'a pas eu l'air de comprendre ce qu'il voulait.
La batterie, bien que rigoureuse, n'avait servi pendant une bonne partie du set qu'à marquer les déchaînements de guitare. Puis de vrais riffs apparurent enfin et elle reprit le rôle de donner le rythme sur les titres plus entraînants amenant l'assistance vers la sortie, dans un style rappelant presque le Ministry des grandes heures. Ainsi délassé de tant de vagues sonores et de tensions répétées, le show s'acheva sans rappel au bout de deux heures et demie.
Dans un autre genre c'était un show aussi éreintant que de grandes pointures de Death brutal, un show musical étrange mais séminal, je ne regrette pas cette expérience un peu éprouvante.
Dans ce confortable centre musical moderne et proche de l'autoroute, l'affluence était correcte mais pas compacte. Et ce n'était pas très jeune en moyenne. La distribution de bouchons à l'entrée était une saine précaution tant on sait que les Swans jouent fort. Le temps de jeter un œil au stand bien fourni, la première partie commençait discrètement dans la petite salle, la Red Room. Le peuple qui était encore plutôt dans la cour se transbahuta peu à peu.
La toute menue ANNA von HAUSSWOLF n'a pas l'air de grand-chose au milieu de ses trois comparses (dont un membre des Swans). Mais quelle voix ! Si certains y voient déjà un phénomène artistique, le long premier titre ne montrait rien de très nouveau en fait, c'était de la Dream Pop ou Heavenly Voices digne des temps légendaires du label 4AD. Avec un volume élevé et pur dans la pénombre bleuie, il faut reconnaître que ça transmettait : le silence religieux absolu flottant plusieurs secondes à la première pause s'observe rarement. La suite navigua entre Néo-Folk, Drone et Indus martiale, avec des traces de Néo-classique, l'obscurité glissant vers des reflets plus rouges. Le malentendu peut venir d'une certaine parenté esthétique avec le Black Metal, surtout quand elle headbangue sa tignasse blonde, alors qe cette musique provient de toutes autres traditions. Et vraiment, ce chant puissant à large amplitude est un vrai don. Reste à vérifier ce que ça rend dans la durée avec un autre cadre, sur album. Le long final dépassant le temps prévu sembla comporter une bonne part d'improvisation, à titiller les potards des synthés et tirer des sons inattendus d'une simple Fender Stratocaster. "Eraserhead" n'était pas loin. Le set de trente minutes restait trop court pour des titres aussi longs, mais justifie qu'on y revienne dessus à la maison à condition de ne pas se tromper sur l'identité de la chose.
Les SWANS se sont installés en demi-cercle autour du seul chef désormais, Michael Gira iconique avec sa guitare. Cela commença par un titre de cinquante minutes (oui !), de déchaînements telluriques au volume sonore massif, d'où monta une petite boucle Electro (limite un loop) qui rappelait combien les frontières du Rock Industriel sont poreuses. Le charisme de Gira, après avoir tourné le dos au public un long moment, se déploya progressivement à l'image de sa diction et d'une gestuelle lente. Ses bras s'ouvraient aussi lentement que son débit, comme une éclosion.
L'exercice du live permet de comprendre bien mieux la musique des Swans. Que les morceaux soient pachydermiques ou un peu plus rapides, délayés à mort ou d'un format classique, il y a quelque chose de spirituel, chamanique et viscéralement américain. Certaines personnes étaient en comme en transe. La puissance dégagée, appuyée ponctuellement par Gira faisant comme s'il jetait le son sur nous, n'a rien à envier au Metal bien qu'il vienne d'ailleurs. Des morceaux interminables et patiemment mis en place par des répétitions délayées s'achevaient ensuite très rapidement.
La préparation des montées sur des rythmes lents laissait de longs passages de tension très progressive, autant dire de vraies longueurs pour des bourrins comme nous, sur un set exceptionnellement long. Cela justifiait que comme à la messe orthodoxe, certains fidèles sortent s'asseoir ou se détendre un moment. Pendant ce temps le service d'ordre passait au fond avec des casques sonores de chantier, la mine hilare. Rarement me suis-je autant félicité que ce soir d'avoir des bouchons de qualité… Soucieux du détail, Gira n'appréciait pas trop les spots dans la figure ni les larsens qui l'amenèrent à essayer de chanter un passage sans micro, puis à chercher une meilleure position et à commander le technicien aux retours qui n'a pas eu l'air de comprendre ce qu'il voulait.
La batterie, bien que rigoureuse, n'avait servi pendant une bonne partie du set qu'à marquer les déchaînements de guitare. Puis de vrais riffs apparurent enfin et elle reprit le rôle de donner le rythme sur les titres plus entraînants amenant l'assistance vers la sortie, dans un style rappelant presque le Ministry des grandes heures. Ainsi délassé de tant de vagues sonores et de tensions répétées, le show s'acheva sans rappel au bout de deux heures et demie.
Dans un autre genre c'était un show aussi éreintant que de grandes pointures de Death brutal, un show musical étrange mais séminal, je ne regrette pas cette expérience un peu éprouvante.
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