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vendredi 19 mai 2017

Moshfest 3 12 et 13 mai 2017 TAF Saint-Jean de Védas

Après quelques mois d'incertitude, le troisième MoshFest se tenait bien à nouveau au weekend le plus proche de la mi-mai. Cette fois pas de pont à cette date, mais cela n'empêchait pas certains de venir de loin à nouveau et d'ainsi faire quelques retrouvailles. Amis du Grind, du Crossover, du Crust, du FastCore, de Powerviolence… nous nous retrouvions pour en prendre à nouveau plein la figure. Et cette fois, j'ai fait les deux soirs.
Je chiffrerais l'affluence entre cent et cent cinquante personnes, ce qui est normal pour un festival aussi extrême. La clique de la Mosher Team était évidemment présente en nombre, t-shirts arborés. Quelques groupes avaient apporté du merch', cela fait drôle de voir des cassettes vendues comme jadis.

Il faisait encore jour quand nos MOSHPIG locaux ouvraient le bal. Le trio sans basse a envoyé son Crossover Grind avec une férocité qui donnait bien le ton, des titres très brefs en un ou deux riffs et sans temps morts entre les titres. Le set était donc moins à la blague et encore plus abrasif que d'autres fois. Le public a été long à quitter la douceur de la cour, mais une fois qu'une assistance convenable était rentrée la sauce a bien pris. Le chanteur, comme d'habitude, s'est jeté plus d'une fois dans la fosse avec ou sans micro. Je trouve que le groupe progresse à chaque fois que je les vois et quand le répertoire va s'enrichir ils franchiront un palier.
Le premier interlude, comme tous les autres, fut meublé au son de Napalm Death. Sans commentaire.

Les Nantais de TINA TURNER FRAISEUR sont un groupe assez récent, intégrant un bassiste cette fois, et dont les membres ont certainement accumulé de l'expérience dans d'autres groupes vu leur âge. Leur GrindCore était pur et dur cette fois, mais cela pâtissait un peu de pauses longuettes d'un morceau à l'autre, d'un chanteur aux annonces mal audibles, et d'un mixage qui privilégiait trop la guitare et la batterie à mon sens. À cause de quoi la maîtrise technique visible ne se traduisait malheureusement pas trop par le son. La bonne humeur et le style correspondant complètement au cœur du festival compensaient ces petites faiblesses, les moshers n'ont certes pas déserté le pit. Les pochettes de 45 tours ringards commençaient à voler dans l'assistance avec les tiges de mousse et autres bouées de bébé… jusqu'au traditionnel "paquito" méridional en version Mosh.

La première surprise du fest' a été THE ARSON PROJECT, groupe Suédois qui mêle le GrindCore avec du Sludge dans un son extrêmement propre. De telle sorte que les passages au taquet ne sont pas du tout omniprésents, mais préparés par des parties lentes, sombres et froides, assez variées, qui ne causaient aucun ramollissement. La musique reprenait un peu ses droits. Je n'imaginais pas avoir ce soir un long passage seulement batterie lente-growl, par exemple. Les moshers n'en étaient pas moins emballés, et c'était étrange de voir le pogo presque à fond sur des plans lents autour de l'imperturbable pilier central, devenant de plus en plus visqueux avec la sueur. Le son scandinave bien léché ne faisait pas très Punk, mais donnait un peu d'air dans toute cette sauvagerie. Cela méritera un examen des versions studios, qui doivent être fort ressemblantes.

Nous poursuivions la partie européenne avec les Hongrois de CRIPPLED FOX, qui était déjà passé en mon absence il y a quelques années. Avec leurs bandanas ils se déguisent comme Suicidal, et délivrent un Thrash HC qui rappellent leurs idoles de Venice, ou DRI dans leurs moments les plus speed, la basse folle en moins et la culture Skateboard à triple dose. Le son n'était pas trop puissant mais redevenait plus sale et le tempo reprenait la pleine vitesse. Ils ont de l'énergie à revendre et, bien que ce ne soit pas trop ma préférence à moi, je suis resté accroché à ce style si souvent entendu par ici malgré la fatigue commençant à poindre. N'ai-je pas ouï un riff de SOD ? L'expérience se sentait à tous les niveaux et le set parut un peu court, tant ça s'enchaînait plein pot. Demandez au service d'ordre qui s'est laissé entraîner complaisamment dans le circle pit.

Venant de moins loin que certains de nos compatriotes, les Barcelonais d'APPRAISE se sont formés sur les cendres de plusieurs autres formations. Le chanteur n'était pas très compréhensible cette fois non plus à alterner entre le castillan, un peu de français et surtout de l'anglais avec un lourd accent espagnol (mais non spécialement catalan) qui n'aide pas, bien qu'ils aient pris en affection quelqu'un dans le public. Musicalement leur Punk HardCore m'a paru assez typique de la scène du pays voisin, assez rapide mais cherchant un peu de groove dans certains riffs avec ce trait mélodique omniprésent. Nous étions dans la continuité de la première scène espagnole d'un côté, et l'autre pied chez Black Flag ou Minor Threat (voyez la veste à patch du guitariste). Le set s'est terminé il me semble sur une reprise en rappel arraché de IV Reich, un vieux classique de chez eux.

Il y a trois ans SUBLIME CADAVERIC DECOMPOSITION nous avaient laminés. Après une longue préparation, ce nouveau passage promettait vite un nouveau carnage que les moshers ont mis quelques titres à comprendre, alors que l'oreille ne trompait pas. Avec une Gibson Flying V au son poussé et propre, des vocaux très gutturaux mais sans glaire superflue et une batterie remarquablement rigoureuse aux sonorités graves, leur GrindCore est toujours aussi métallisé et bestial. La réduction à trois membres n'a pas d'effet sur la surpuissance dégagée. Parvenus au milieu de set, ils annoncèrent au pit insatiablement déchaîné qu'ils allaient balancer leurs nouveaux morceaux pour la première fois en public. Et j'aime autant vous dire qu'ils sont encore meilleurs que jamais, ils repoussent les limites du style par des changements de tempo encore plus fréquents, une composition travaillée comme on aimerait en entendre plus souvent dans ces styles, et même un plan en moulinet lent repris deux fois dans un même titre, motif simple mais frappant dans ce déluge de violence chirurgicale. Le public leur fit un triomphe au final, la photo devrait apparaître quelque part prochainement.
Je quittai assez vite ce premier soir déjà moulu et battu comme le blé, alors que le lendemain venaient ensemble les deux légendes du Grind Français.


Pour ce second jour, j'arrivai avec mes courbatures pendant que PENDRAK jouait déjà. Les pogoteurs arboraient leurs bleus et leurs coupures, et l'affluence paraissait plus élevée ce qui n'aida pas à voir le spectacle ! Entrons. Sur un demi-set, je peux dire que le GrindCore de ces Parisiens cherche l'authenticité, la perpétuation de la tradition sans influences polluantes ni moyens de riches, ni prétentions à une radicalité quelconque. Les titres doivent prendre une minute en moyenne, et une pointe de dérision complétait la formule, bien connue mais toujours plaisante. C'était bien la base du fest'.
Au cours de cette première pause il était évident que quelques festivaliers n'avaient pas passés la journée à boire de l'eau sagement à l'ombre.

LUST FOR DEATH venait infliger ensuite la part pur Crust du weekend. Des riffs lents et macabrement déprimés typiques du style enveloppaient la section rythmique. Conformément au style, les titres des Lorrains étaient nettement plus longs que tout ce qu'on aura entendu d'autre pendant ce weekend. Le son ample, puissant mais sale, rappelait celui du Death Metal et justifiait pleinement la comparaison avec Bolt Thrower (ce qui est parfaitement cohérent quant à l'Histoire du Death britannique). Tout y était y compris l'attitude, les dégaines noires, cloutées, patchées, avec les paroles écœurées quant à ce monde qui ne va pas, justifiant le rejet de cette société, noirceur garantie. Je me demande comment le chanteur pouvait appeler cela des "chansons" ! Malgré la rareté des passages au galop la fosse reprit son bouillonnement, parce que la radicalité du Crust attire le mosher affamé.

Les Franciliens de RIPOSTE sont une formation assez récente présentant une chanteuse, aux longs dreads. Ils ont envoyé à leur tour un FastCore bienvenu pour éclaircir et accélérer l'ambiance dans le soir tombant. Le son était assez propre pour le style, le chant mixé un peu trop bas ce qui donnait une impression de légère faiblesse alors que le timbre était agressif. Quelques passages déjantés parsemaient le registre dominant à fond les caisses, sans surprises. Le pit était toujours présent, mais se réfrénait visiblement en attendant les têtes d'affiche. Et du reste le set fut franchement court, le quartet n'ayant pas encore un répertoire très étoffé.

En plus d'un nom apparenté aux précédents, VENGEANCE partage aussi le fait d'avoir une hurleuse, et un hurleur également. Anciennement connus sous le nom de Kill Yourself and Die, ils viennent d'Angoulême et mélangent pas mal d'influences dans une musique résolument belliqueuse pour autant. Les paroles alternent le français à l'anglais apparemment, et les beuglements ont laissé place aux cris passés les premiers titres. Il y a du Grind, du Powerviolence et du Crust, peut-être d'autres inspirations non identifiées de ma part. La doublette au chant apporte certes un peu de variété mais jamais l'un ne growle quand l'autre crie, ce qui pourrait en apporter encore plus s'ils voulaient bien. Cela m'a donné l'impression de partir dans plusieurs sens, au-delà d'une fureur incontestable et d'une maîtrise correcte.

Le double sommet de l'événement allait enfin être atteint. Les Alsaciens révérés d'INHUMATE ne se produisent pas souvent en France et se sont encore moins montrés dans le Midi au long de la longue histoire du groupe du bassiste Frédéric, seul membre originel encore actif. Mais ils affichent une envie prometteuse d'avenir. Pour l'occasion ils s'étaient farcis de caméras d'action fixées aux micros, instruments, plus des caméras numériques fixes pointant la scène. Un DVD est-il en gestation ?
Inhumate a gardé des traces du Death de leurs origines, dans ces compos assez lourdes et groovy, pour le riffing également. Le son grave et sec reste distinct de ce qu'envoyait SCD la veille. Une touche étrange est apportée par certains effets de Christophe au chant : l'introduction du set avec un ricanement forcé, tel titre débutant par des sanglots dans le silence… Le répertoire est homogène bien qu'emprunté à toutes les périodes apparemment. Ce Grind un peu Death est franchement bourru et emballant. La forte communion avec la fosse happa plusieurs fois Christophe, et culmina en fin de set avec l'invitation à envahir la scène, Frédéric allant lui-même chercher les derniers au fond.

Et pour fermer le ban suivait l'autre institution nationale, BLOCKHEADS, après une longue préparation et la harangue introductive de Xavier face à la levée des baguettes de mousse frétillantes. Cela faisait longtemps que je n'avais plus écouté à la maison. Leur Grind à eux reste pourtant reconnaissable rapidement, un peu plus musical avec des compos simples mais lisibles dès la première fois et un son plus Metal sans être grave, faisant penser au Napalm et au Terrorizer de la grande époque. C'est autant un plaisir pour les oreilles que pour les moshers qui jetaient leurs dernières forces avec allégresse. Ils eurent le seul braveheart de cette édition (plus Metal que Grind, ça…). Entre les titres, Xavier le chanteur casa quelques déclarations politiquement engagées (plus Grind que Metal, par contre) mais déconnectées du contexte électoral actuel, ou un hommage à leurs vieux compères d'Inhumate. Eux aussi convièrent d'ailleurs l'assistance à remonter sur la scène au terme d'un tabassage en règle et en bon esprit.

Fourbu et repu, je n'ai pas participé aux afters qui se préparaient au dehors. J'ai ma dose de Grind pour quelque temps, et le regret de ne pas aller à la tournée parallèle de Napalm avec Lock Up est à présent avalé. Le succès public est correct, pour une programmation aussi extrême et plus homogène encore qu'aux autres éditions. Toutefois il sera difficile de faire aussi bien en se focalisant autant que cette édition-ci sur la production française, à moins d'ouvrir à nouveau un peu plus sur des têtes d'affiches de styles approchants comme les années passées.

lundi 8 mai 2017

Wovenhand Paloma Nîmes 2 mai 2017

Souvent il y a un effet d'entraînement sur les concerts, on suit un compère motivé qui se porte garant et prend en main l'organisation. Je connaissais bien sûr Wovenhand, mais j'aurais hésité plus longtemps à faire le court déplacement vers la Paloma sans quelqu'un. Et puis il y avait la frustration d'avoir dû sacrifier les Chameleons à Toulouse la veille.
Dans le coucher de soleil d'un printemps précaire, je me demandais qui viendrait pour cette affiche qui avait l'avantage d'être exceptionnellement peu chère pour un artiste de renom. Quelques fans de Sludge et Stoner assez confits pour s'y être laissé prendre aussi, forcément. Globalement, le public était bien plus quadra et plus qu'étudiant et, en effet, fourni. Arrivant un peu juste à l'heure, je ne m'étendrai pas une fois de plus sur le confort de la Paloma, la qualité de son matériel et de sa programmation au fil des ans.

En première partie locale HAROLD MARTINEZ était inévitable. Ce chanteur guitariste issu du cru évolue en duo avec un batteur à l'équipement restreint, et propose un Country Rock Folk sudiste typé. L'atout maître est ce chant juste, doté d'une âme certaine, surplombant des riffs assez bons bien que peu originaux. Les paroles tournaient forcément autour de la thématique de rédemption chrétienne au cœur du style, 16 Horsepower, Nick Cave, Johnny Cash n'étaient pas loin mais peut-être sur un registre plus catholique pour ce que j'en ai saisi (ce qui détonne dans un pays à forte identité calviniste). Devant des compatriotes emplissant abondamment la salle rouge (la plus petite), le succès était acquis d'avance. Le son était impeccable, l'interprétation attentive malgré la simplicité de la formation, de telle sorte que se dégageait un groove suffisant pour taper du pied à défaut de décoller haut. Astucieusement, la set list avançait vers des titres de plus en plus lourds (en termes de Rock, hein). Je crois qu'il faudrait mûrir encore, traverser de vraies épreuves pour toucher le Ciel, mais une demi-heure à ce régime était déjà sympathique.


David Edwards et ses trois partenaires actuels de WOVENHAND entrèrent après une intro chamanique préparant l'esprit à ce qui allait suivre. Le mélange de Country, de Blues et de Rock Gothique, passait à merveille avec une production puissante propre à satisfaire le hardos de passage, et un mixage parfait comme la variété des éclairages. L'immersion était rapide dans un répertoire ample qui invite au vrai voyage, celui qui n'est pas seulement un périple exotique mais une authentique quête spirituelle. Edwards est tout fluet, bourré de tics qui parsèment ses récits entre quelques mimes, la main fermée un peu au-dessus de la tête, ou mordant son poignet. Surtout, son regard restait constamment caché par l'ombre du chapeau dont c'est d'évidence la vraie utilité. De même la distorsion forte de ses vocaux empêchait toute intelligibilité des textes, comme s'il les dissimulait également au profit d'une musique cohérente mais sans pareille. L'autre guitariste posait les quelques chœurs, tandis que le bassiste restait en retrait aux côtés du batteur. La basse tient une importance notable pour charpenter l'ensemble du son de Wovenhand, bien qu'aucun passage en arpège ne lui soit accordé.

Entre la marche avec le Christ (remarquez la croix pectorale à moitié enveloppée que portait Edwards), la danse tribale rituelle et l'histoire de saloon, c'est l'âme du Colorado rural qui s'emparait d'un auditoire captivé. La communication était minime (mais les "merci beaucoup" sans aucun accent), la communion profonde autour d'une musique dense comme bien des metalleux chevronnés finissent par le privilégier. Puis, le gourou prit une mandoline dans les mains au lieu de ses guitares, ce changement marquant un virage vers un répertoire encore plus contemplatif qui laissa très progressivement sortir quelques spectateurs à mesure que l'on s'avança vers le terme, signifié par le retour du sample tribal. Mais rapidement un rappel fut offert en revenant avec bonheur au tout électrique le temps de quelques titres. Le salut final assez étrange confirmait que nous nous étions laissés une fois encore envoûtés par l'un de ces grands timides bourrés de talent qui se subliment dès qu'ils prennent leur instrument.

Après un regard au merchandising assez fourni et quelques saluts, un peu de route n'était pas de trop pour atterrir de cette expérience. Mais si vous préférez du méchant, de l'explosif, je vous donne rendez-vous assez vite…

lundi 1 mai 2017

Siberian Meat Grinder xInquisitionx TAF Saint-Jean de Védas 25 avril 2017

Presque un mois et demi sans concert ça fait long, d'autant qu'il y a eu des renoncements comme Suicidal Tendencies. Ce soir, j'avais vu les deux groupes récemment et je savais que ça devait être bon. La pluie battante à l'arrivée divisait le public entre la salle et le préau de la cour, devant un merchandising fourni pour la tête d'affiche incluant aussi celui de leur autre groupe. Le programme était suffisamment alléchant pour rameuter tous les mordus du riff rapide, et assez underground pour laisser en dehors les simples amateurs attirés par les grands noms.

Habitués des lieux, les Marseillais d'xINQUISITIONx sont comme les trois mousquetaires puisqu'ils ont eu l'excellente idée d'intégrer un bassiste. Leur FastCore a gagné en rigueur et en densité. Ainsi, la demi-heure de set réglementaire a franchi un net degré d'intensité sans rien diminuer par ailleurs. La guitare, au son Punky comme à l'époque et sur les versions studio, emmenait la Mosher Team au triple galop. Le chanteur incarne la posture agressive mais sans prise de tête ni poses qui caractérise le style, à l'image de son timbre sans non plus glisser vers un style trop déjanté à la Vitamin X. Son bel accent donne aux annonces une appréciable authenticité. Sans les samples de certaines versions studios l'enchaînement du set passait vite en perdant peut-être, pour le coup, la petite touche d'humour évidente lors des écoutes à la maison. La fosse n'en avait cure, la férocité bon enfant accrue par la nouvelle basse suffisait à son bonheur. Un premier rappel commençait avec une reprise de Minor Threat parfaitement dans le ton puis trois autres titres, et encore un ultime très court nécessitant de recouper l'éclairage, parce que c'était un anniversaire. Cela m'étonnerait qu'on ne les revoie pas assez rapidement.

L'an dernier les Moscovites de SIBERIAN MEAT GRINDER nous avaient hachés en ouverture de Sick of It All et l'attente était donc élevée. Le chanteur courtaud est toujours masqué, et très vite l'on se redisait que New York est tout près du Kremlin : leur HC Crossover fortement métallisé et largement ouvert au Hip-Hop est dans la droite ligne de ce qui se faisait sur les rives de l'Hudson dans les années 90. Inimaginable ? Le son très propre, équilibré et puissant (deux guitares, ça sert bien), permettait de ne rien perdre de ce large mélange explosif. Le chanteur rappe très souvent dans sa veste de baseball et les chœurs mâles revenaient régulièrement (du reste de mémoire il y en avait un second également masqué l'an dernier, enfin bref). Les guitares incisives envoyaient des riffs fréquemment inspirés du Thrash le plus mélodique à la Testament sans les délayer et plaçaient quelques solos en ponts ou en fins de titre assez excellents. La basse restait tout à fait audible au milieu de tout cela et s'offrit quelques arpèges sournois typiques tandis que le batteur gérait tout ça à l'aise. Impossible de ne pas penser au Biohazard et Agnostic Front de la grande époque pour ceux qui regardaient, les moshers se déchaînant sur le sol glissant de la Secret Place autour de ce pilier qui aurait tant à nous raconter s'il pouvait parler…
Le chanteur, dans un anglais tout à fait correct et sans accent, n'était évidemment pas avare en harangues, prêchant l'unité et la tolérance envers les différents de toute sorte, ce qui prend un sens certain quand on vient de Russie où si ce n'est plus interdit, ce doit être bien moins facile que par chez nous. Ils y puisent certainement cette foi, si souvent invoquée dans la scène et pas toujours si répandue, qu'on ne peut leur dénier. Privilégiant l'impact ils n'ont offert qu'un set relativement court mais bien tassé pied au plancher.
Quel plaisir de retrouver une voiture propre en rentrant sous la pluie qui n'avait guère faibli, elle non plus. Nous reviendrons vite pour une grosse session encore plus dévastatrice, mais avec un intermède Blues au milieu.

samedi 18 mars 2017

Hellyeah Gorod Overcharger Rockstore 13 mars 2017

Vue la diversité des réactions à propos de cette affiche annoncée depuis assez longtemps, je ne savais vraiment pas à quel niveau de succès m'attendre. Hellyeah prête de loin le flanc à certaines critiques trop tentantes. Comme si beaucoup de gens avaient honte d'aller voir le groupe de l'ancien batteur de PanterA. Cela fait très longtemps que le Rockstore ne prend plus de risques sur le Metal, il faut du gros complet (Meshuggah, Trust deux soirs d'affilée dernièrement) ou sinon la programmation est compromise pour des années. Finalement on a dû arriver à une demi-salle, et un public trop jeune en moyenne pour que l'accusation collective de nostalgie puisse tenir. C'était déjà un bon point inattendu.

Bien qu'évoluant dans un style populaire par chez nous, je ne connaissais OVERCHARGER que de nom. Les quatre Bordelais ne trompent pas avec leurs dégaines de Metalleux de l'ancien pays confédéré : vestes et gilets à patches, vêtements pour être à l'aise, barbes poisseuses. Cela penche plus vers le Metal que le Stoner, nous suivions avec eux les brisées de Black Label Society, PanterA voire surtout Down (je le dis tout bas vu le contexte). Une touche de Blues Rock rend authentique ce mélange très classique. Malgré leur jeunesse ces Louisianais par l'esprit dégagent une énergie et un groove certain, le point le moins fort étant peut-être la batterie qui assure la syncope emballante sans montrer une précision chirurgicale un peu superflue. Tel solo de guitare sonnait comme le Dimebag le plus barge, tel autre puait le Blues. Si l'originalité n'est pas le but, Overcharger se détache par un certain génie du bon riff et de la bonne mélodie prenante en acoustique, c'est un groupe qui s'exprime à travers l'héritage sudiste le plus pur plutôt qu'il ne lui rend hommage comme tant d'autres. Le chanteur, correct dans sa partie, n'a pas eu à beaucoup faire pour nous convaincre de se laisser aller, d'autant que quelques personnes étaient même venues spécialement de chez eux. Nous les reverrons avec plaisir.

C'était bien la sixième fois que je voyais GOROD, presque tous les ans, mais jamais encore en décalage au sein d'une affiche. J'imagine que la connexion Girondine est à l'origine, et que cette date isolée leur permettait de prendre les marques pour la tournée du mois prochain. En effet j'ai trouvé Julien légèrement moins pitre que d'habitude, bien que toujours aussi professionnel sur son chant. À l'avenant, le groupe n'a évidemment rien perdu de sa maîtrise. Mieux encore, l'orientation de ces dernières années vers des territoires un peu plus bourrins, au détriment des moulinets, est une bonne chose. Le mixage maison plus axé sur la rythmique y a aussi contribué sans doute. Ainsi s'estompa une partie de la gêne qui est toujours restée dans mon appréciation, malgré mon intérêt pour le Death Technique et une fréquentation assez ancienne et régulière. Je ne saurais dire pourtant s'ils ont joué des titres de l'EP qui va sortir, la spontanéité sensée les caractériser étant à première écoute très semblable aux titres plus directs du dernier album. J'ai cru reconnaître un ou deux titres plus anciens.
Sur une scène plus grande que les autres fois, on pouvait mieux profiter de l'ensemble des cinq membres, Matthieu portant par exemple ce t-shirt de Kronos rappelant une tournée légendaire de 2011. Mais je doute qu'un grand nombre de gens présents ici les eussent déjà vus. La formule éprouvée du Death jovial n'a pas manqué son effet, l'assistance s'est bien bougée. Le set paraissait court mais comme c'était dû en partie à une interprétation rapide, ils ont pu caser un titre de plus après le sempiternel "apéro !" final de Julien servant habituellement à signaler la fin du set, du bonus.

J'abordai HELLYEAH avec prudence, quand entra en premier en scène Vinnie Paul dont le look inchangé depuis des lustres donne l'illusion qu'il n'a pas pris une ride depuis toutes ces années. Mais je suis rentré rapidement dans le bain, la bière aidant sans doute – elle fait partie du jeu. Si les versions studio des titres me laissent froid, cela peut changer sur scène. Les cinq ont énormément de métier et, dans le sillage de Chad Gray, toujours la pêche. La présence de deux guitares donne de la force, et ce malgré un accordage aigu et un mixage Rock qui ne les privilégiait pas.
Entre deux titres Chad Gray casait des speeches assez bateau (à l'image des paroles, du reste) sur le Heavy Metal et les fans, mais dans un anglais très compréhensible. Le grand savoir-faire du combo emballait l'assistance au point qu'on vit même des circle pits, pas très évidents pour ce style de Metal groovy. Les plans simples, empreints de la culture musicale du pays profond, laissaient brutalement retomber la pression sur les quelques intros acoustiques. Régulièrement Vinnie Paul envoyait une baguette que l'on s'arrachait.  Chad, avec sa barbiche rouge et ses dreads, ne semblait pas s'user au fil du set, conservant une énergie et un timbre égal. Je remarquai avec étonnement que certaines personnes semblaient bien connaître les paroles, et effectivement quelques personnes sur la gauche levèrent fièrement les mains quand Chad demanda qui les avait déjà vus. Pour la majorité restante, la formule permettait de passer un très bon moment avec une musique certes balisée mais plaisante à vivre. Je présume que la reprise de Collins est passée dans le tas, sans que je l'aie identifiée. Aucune reprise Metal n'était incluse et encore moins des autres groupes des membres, ce qui est dommage. Le set le plus long passa ainsi sans difficulté, jusqu'au titre éponyme au refrain terriblement basique et fédérateur, comme il y en avait eu d'autres avant. Aucun rappel n'était prévu comme avec tous les groupes professionnels Américains, il fallut se séparer après quelques acclamations sous les notes d'un piquant "Personal Jesus" fort à propos à plus d'un titre.

Je ne pensais pas passer une aussi bonne soirée, partant avec peu d'attentes. Je n'ai pas dévalisé le stand faute de conversion soudaine, mais c'est un sentiment infiniment préférable aux grandes rencontres décevantes.

dimanche 12 mars 2017

Pay Day Tomorrow is the Morrow 3 mars 2017

Entre quelques tournées internationales, il est bon de revenir aux fondamentaux, à la petite cave du Black Sheep chargée de tant de souvenirs. Avant que certains élus s'imposent sur de grandes scènes, tout le monde doit passer sur le plan 21 heures, 5 €, bière et plafond bas. L'orientation de l'affiche était classique ce soir, et a drainé une affluence moyenne par rapport à la capacité de ce cher vieux lieu.

Le trio TOMORROW IS THE MORROW est une formation assez jeune selon la fiche, venue d'Angoulême, rassemblant en réalité des membres déjà expérimentés. En quelques notes on comprenait qu'il s'agirait d'un Noise Rock évident. À mesure que ça se développait sont arrivés quelques passages où passait aussi l'inspiration d'un Stoner bon enfant. C'était joué carré et gras, mais en roulant quand même pépère. Ce style est assez rebattu dans ces murs, mais c'est ce que le public apprécie. Je pense qu'on les reverra, du coup.

Parmi tous les groupes du secteur issus de croisements multiples des membres, PAY DAY jouit d'un certain statut culte du fait de l'ancienneté des enregistrements et des apparitions espacées. La ressemblance avec les Sisters of Mercy s'arrête là. Les locaux déchaînent un Noise agressif et déjanté aux influences Punk incontestables. Les titres sont brefs (deux minutes en moyenne), explosifs, et étaient restitués dans l'urgence, sans grandes pauses. Inutile de résister à la débauche d'énergie sous contrôle qui se dégage d'un quartet accumulant une expérience quasi professionnelle. L'humour demeure un trait au fil du temps, bien qu'il joue moins à présent sur les interventions des membres (généralement c'était Arbre) et plus sur les samples en intro. L'urgence et la dinguerie, quand elles vont de pair, exigent un bon stock de riffs explosifs à faire tourner sans barguigner et nous étions servis comme il fallait, il eût été absurde de se braquer raide sur sa dignité. Comme autre rituel caractéristique qui dure, le batteur se leva pour aller embrasser une bonne partie de l'assistance jusqu'au fond en fin de set, avant de revenir achever le dernier plan.
La soirée entamée de ce bon pied s'acheva plus tard un peu plus loin en ville. Espérons que Pay Day reviendra un peu plus rapidement.

jeudi 2 mars 2017

Kreator Sepultura Soilwork Aborted Bikini Toulouse 25 février 2017

Même pas un mois plus tard, retour au Bikini ! Il faut dire que la programmation Metal est ambitieuse cette saison. Cette tournée est du niveau d'un festival itinérant, et c'est complet depuis un moment.

La densité du plateau entraînait une ouverture très précoce des portes. Nous prenions la queue mais ABORTED était déjà lancé depuis un moment. Pas bien grave, je les ai vus plusieurs fois et la dernière il y a un an seulement. Le restant du set était suffisamment long pour témoigner que les Belges roulent toujours droit sur leur Death Metal traditionnel synthétisant plusieurs grandes influences parmi laquelle celle de Carcass me semble prédominer depuis qu'ils ont abandonné les inspirations plus MetalCore d'une certaine période. On connaît la communication joviale en français de Sven De Caluwé, encore plein d'énergie, dont l'humour gras pour l'hiver se déploya quand on présenta sur scène le gâteau d'anniversaire de l'un des membres. En plus sur une grande scène les bouchers Flamands arboraient une tenture de fond et deux tombes ouvertes du meilleur effet sur les côtés.  Bref, une bonne mise en jambes.

Pendant la pause, allons nous désaltérer et faire un tour. Le merch emporté par les quatre groupes est assez impressionnant en variété, réparti même sur deux stands faute de place. Avec une affiche aussi large et prestigieuse, et des groupes déjà vus et revus depuis un certain temps, je me laissais à songer que le public Metal s'étire de plus en plus en âge. Le retour du thrash à vingt-cinq ans d'intervalle favorise cette observation, fruit du temps qui passe. Le plus drôle, ce sont les enfants avec leurs casques de chantier. Mais sur une programmation pareille, c'était assez nettement masculinisé tout de même.

SOILWORK était le seul combo que je n'avais encore jamais vu, étant moins amateur de Death mélodique. Les Suédois n'ont pas souffert de l'indifférence polie qui menace toujours le groupe le plus gentil d'une grosse affiche Metal. En live, ils préfèrent apparemment préserver leur potentiel agressif avec un son sensiblement plus cru qu'en studio. D'autres grands du même style n'en font pas autant, c'est un tort. De même le chant de Strid demeure toujours, euh, strident, si bien que les passages originellement en clair se distinguent assez peu. Mais ces concessions sont au service d'un riffing travaillé, inspiré du Heavy, dont la qualité est connue depuis longtemps. Le synthé y prend pleinement place à très bon escient, mais préférant toujours en faire trop peu que trop. Le claviériste était d'ailleurs obligé d'être le plus statique, le reste du sextet se bougeant beaucoup sans que cela nuise à leur performance.
Comme autre héritage du Heavy il y a ce goût du soliste mis en valeur avec force éclairages sur lui, effet répété en fin du set tant pour l'un que pour l'autre guitariste. Autrement Sylvain Coudret n'est pas spécialement mis en avant pour l'occasion des dates françaises, pas un mot, rien. Force est de reconnaître qu'avec des riffs parmi les meilleurs du style, un son plus arraché et un abattage élevé qui n'obère en rien une interprétation très pro, Soilwork convainquait sur un set malheureusement raccourci. J'ai même pu reconnaître le dernier titre présent sur de vieilles compiles.


Vieux fan de SEPULTURA, cela me faisait bizarre de ne pas les voir en tête d'affiche pour cette fois. Quand on connaît les Brésiliens, il n'est pas surprenant que le set soit beaucoup consacré au nouvel album par lequel ils explorent des territoires nouveaux. Malgré une attitude très statique (Paulo champion en la matière comme toujours) les nouveaux titres confirment – à mon goût – leur qualité, puis vint un "Choke" assez inattendu qui emballa mieux la fosse comme un vieux classique connu, petite revanche sur l'Histoire par rapport à l'accueil reçu en son temps. Malheureusement un fan de Kreator ivre et mal élevé avait décidé d'emmerder tout son voisinage en gueulant une bonne partie du set que c'était de la merde et qu'il voulait se battre avec Green. Très pénible et risible. Pendant ce temps Eloy Casagrande s'enflammait dans un court solo.
Bien sûr les anciens classiques n'étaient pas oubliés et revenait à nouveau "Desperate Cry" remis décidément à l'honneur ces dernières années, et qui ravit tout le monde avec sa structure simple et redoutable. Plus tard suivit "Inner Self" annoncé par Kisser, titre qu'on pourrait changer une autre fois même s'il bastonne. Green nous recasa une fois de plus ses trois mots de français, et bien que l'âge se fasse voir il conserve son coup de poignet en rythme et son coffre vocal, surtout. Andreas Kisser était moins démonstratif que ses compères de Soilwork mais si fluide… il me donne toujours l'impression d'être ailleurs le temps de ses solos. Cependant nous nous disions après coup qu'une seule guitare demeure trop juste. C'est aussi vrai pour les nouveaux titres dont la production originelle de Jens Bogren est ample, forte et propre. Leur son change incontestablement sur scène même s'ils étaient restitués parfaitement.
Comme la fin approchait on finit par enchaîner les incontournables avec l'inusable "Refuse/Resist" qui fédéra à nouveau toute la salle comme un slogan qui traversera les époques, et la doublette de rappel habituelle tiré de "Roots" fit encore mouche, ce "Rattamahata" décalé qui s'impose même à certains fidèles traditionalistes du Thrash, et le rituel hymne des fans en conclusion. C'est frustrant de n'avoir qu'une heure à partager.

I Am the Enemy/ Phantom Self/ Choke/ Desperate Cry/ Alethea/ Sworn Oath/ Inner Self/ Resistant Parasites/ Refuse/Resist/ Arise/ Ratamahatta/ Roots Bloody Roots


Pendant le dernier interlude, les classiques de Priest s'enchaînèrent puis un "Run to The Hills" à plein volume juste avant l'extinction des feux, qui n'était probablement pas hasardeux, il faudrait demander à ceux qui étaient sur d'autres dates. Fear Factory faisait pareil avec "The Number of the Beast" en 2012…

N'ayant pas oublié la tarte que m'avait mise KREATOR en 2005, alors même que je préfère le Thrash Bay-Area, j'ai pourtant découvert un autre aspect de l'institution reine de l'école allemande. Déjà les figurants masqués devant les braseros laissaient plutôt attendre un Behemoth ! Se pointa finalement un Petrozza en bonne forme, le timbre écorché comme au bon vieux temps, pour un gros show spectaculaire.

Je n'ai jamais vu autant d'effets visuels pour du Thrash : les clips et illustrations se sont succédés sur les panneaux arrières, les flashes nous ont bombardés au point qu'il fallait fermer les yeux régulièrement pour tenir. Musicalement, l'interprétation était carrée, le son énorme. Une plateforme à l'arrière de Ventor permettait aux trois autres de se mettre en valeur de temps à autre en y montant. Quand on nous a saupoudrés de  papillotes tombées du plafond, on partait dans une certaine dimension de concerts assez éloignée du petit groupe de revival Thrash. Pourtant Mille n'oublie pas les fondamentaux : il n'eut qu'à commander pour déchaîner le premier circle pit du set. Si certains titres plus récents semblent bancals même à qui les découvre en live, le niveau général de la performance en remontre encore à beaucoup, les patrons sont toujours là. Pas de quoi rire quand Mille sort le canon à fumée tout en chantant. Enfin si, mais c'est tellement dans le ton. Entre illustrations guerrières, extraits de clips, détails de pochettes célèbres partiellement animées, un titre rendait curieusement hommage aux grands disparus de la scène musicale en 2016, c'est troublant de voir Leonard Cohen, Prince, Bowie apparaître ici en illustration aux côtés d'autres plus attendus. Comme en écho aux vieilles rumeurs disant que Mille n'écouterait plus de Metal depuis très longtemps. La fosse, elle, s'en foutait. Sur certains vieux titres que je reconnaissais, j'ai également pris un pied évident, même sur les intros mélodiques.

L'un des effets a un peu foiré, quand les spaghettis en papier projetés de la scène sont allés en bonne partie s'accrocher aux barres de projecteurs surplombant le public. Restant suspendues bêtement, elles ont dû gâcher la moitié du show pour ceux qui étaient au balcon et que Mille n'oubliait pas d'haranguer le moment venu. Du Thrash de légende et du spectacle, on en avait pour son argent. Il y a même eu du lance-flammes. Bien entendu Mille arbora longuement la bannière pour introduire "Flag of Hate" dans un final axé sur des vieux titres et le mythique "Pleasure to Kill".

Après une heure et demie de massacre à grands moyens, pendant les saluts échangés avec les habitués retrouvés à l'occasion, on pouvait avoir une pensée pour l'équipe de nettoyage qui a dû avoir un sacré travail.

Bref, la soirée valait le coup et ce sera difficile d'enchaîner avec une affiche plus modeste. J'ai failli craquer au merch' en partant.

samedi 4 février 2017

Gojira Nostromo Bikini Toulouse 31 janvier 2017

Gojira et moi c'est une longue histoire d'amour, à l'instar de bien d'autres gens. C'est le grand groupe que j'ai vu le plus, depuis la salle des fêtes de Bram (pas très loin de là) en 2003 devant une assistance clairsemée qui se fit caillasser à la sortie par la jeunesse désœuvrée du village. Le professionnalisme et la passion ne se démentirent jamais depuis lors, forçant le respect des sceptiques moins attirés par les albums. Certaines performances restent parmi mes plus forts souvenirs de concerts. Quelques mois n'ont pas été de trop pour digérer le virage contrôlé incarné par "Magma", la surprise et la prudence laissant place peu à peu à l'approbation : se renouveler était la chose à faire après l'album de trop dans le style habituel.
Très logiquement il y avait donc grande foule de tous les âges pour le porte-drapeau du Metal français dans le monde, qui fait la fierté du Midi en particulier. Comme ce cher Bikini est bien organisé l'entrée se faisait pourtant à un bon rythme. Dans cette presse, il valait mieux se poster le mieux possible après un bref passage au stand dans le petit délai avant que ça démarre. Les t-shirts actuels ont déjà une meilleure gueule que ceux autour de l'"Enfant sauvage", comme quoi là aussi…

Aujourd'hui fan de Mumakil, je n'avais jamais pu voir NOSTROMO à l'époque et je voulais bien en profiter. Fidèles à la louable tradition d'embarquer des groupes amis de leur génération qui n'ont pas connu la même percée, après notamment leurs compatriotes de Kruger en 2013, Gojira a convaincu les Genevois d'accélérer leur reformation pour partir avec eux. Ils n'avaient donc que leur ancien répertoire en stock. Dès le premier titre amené d'abord très doucement et en transition avec l'animation de fond par une intro ambiante insistante, leur HardCore New School brut était lâché à pleine force. Le son très sec pouvait dérouter mais il était conforme à ce qu'il était avant, avec une seule guitare robuste mais sans aucun gras, caractéristique de ce courant. Pas impressionné, le groupe a tenu ce ton tout le temps imparti, le chanteur au cri impeccable balançant son micro filaire à travers la vaste scène tandis qu'il marchait d'un pas large de coreux de son bassiste au guitariste et inversement.
Si des riffs efficaces ont décoincé peu à peu les premiers rangs, Nostromo se distinguait aussi par ses intros avec des instruments exotiques et des bruitages, qui réapparaissaient eux aussi. Le besoin de faire connaître son répertoire se faisait sentir sur un passage silencieux au cœur d'un titre, acclamé par l'assistance comme si c'était son terme. La communication était facilitée par le français, chaleureuse mais pas très expansive comme il se doit dans ce style bourru. Comme les quatre Suisses s'étaient séparés assez vite en laissant un stock de morceaux très bons et prometteurs, mais restreint, il fallait conclure par deux reprises avec le "Twist the Knife" ouvrant l'un des albums les plus intéressants de Napalm Death, et une autre de Nasum au triple galop pour tabasser les derniers soubresauts. Si Nostromo conserve ce ton et sa ligne pour les productions à venir, il fera mal.

Rejoignant quelques vieux compères de concerts, j'ai pu bien me placer pour profiter d'un événement dont je savais d'expérience le potentiel.

Dès 21 h 30 pile, il a suffi de quelques notes pour que GOJIRA amène les choses à leur pleine intensité. "Only Pain" s'y prête parfaitement avec sa brève accroche par Mario (torse poil comme toujours à présent) et sa puissance au tempo de pachyderme… Avec un "Heaviest Matter…" posté classiquement en seconde position, l'inusable rigueur professionnelle des monstres ne faisait plus de doute. De plus, l'évolution sonique du dernier album n'était pas étendue au live, qui conserve le son historique célèbre depuis longtemps (et déjà en décalage avec la froideur clinique du premier album disait-on naguère). D'ailleurs je n'ai remarqué aucun changement d'instrument en cours de set. Si Joe a raccourci sa coupe et abandonné les pas de dinosaure, le groupe bouge à peine moins qu'avant malgré les années, Jean-Michel se payant même un slam en plein jeu vers la fin de set.
Comme d'habitude, l'énergie circulant entre Gojira et son public fit des ravages : "Flying Whales" occasionna un pit longuement retenu spontanément par l'assistance jusqu'à la première explosion, ou juste auparavant "Stranded" s'imposant déjà comme un titre terrible avec son riff basique et destructeur. Les six extraits de Magma se sont bien adaptés à l'exercice au fil de cette tournée, aux côtés des tueries plus habituelles issues de "FMTS" ou "TWoAF". Mais le sempiternel "Backbone" s'acheva sur le riff final de l'ancien "Remembrance" nous amenant à un petit détour par l'Histoire plus ancienne pour le milieu de set. En guise de relâchement le cultissime mais rebattu morceau fantôme revint évoquer seul le premier album sur des images des nuages courant sur les sommets du Cervin et du Mont Blanc vu d'Italie, avant un "Wisdom Comes" plombé comme jamais.
Sans s'arrêter sur l'éclairage luxueux et les fumeroles attendues, soulignons plutôt l'importance toujours plus grande de ces visuels, qui soulignent la dimension spirituelle de tendance orientale à laquelle Gojira s'attache depuis quasiment ses premières origines. Tel clip suggèrera la parenté entre les éclairs du ciel et les circuits cérébraux, tel effet de vortex multicolore rappelle ouvertement un mandala, tel autre clip illustre la montée de l'âme vers un grand tout. C'est un autre Metal, tellement loin des guignolades satanistes… Ces projections atteignent tant d'importance qu'elles distraient du spectacle de ces remarquables musiciens. Si bien que lorsque Joe demandait à l'assistance, en plein morceau, de débrancher les cerveaux, les soucis et les portables pour se lâcher à fond, en clair de vivre l'instant présent, l'on sait bien que c'est même à une attitude devant la vie contemporaine qu'il veut inviter.
Plus classiquement, nous acclamâmes longuement (pesamment ?) l'anniversaire de l'éclairagiste Nicolas, ça permettait de souffler un peu, comme avec le solo de Mario, ses jongleries de baguette et jets sans crier gare vers le public… car en étant dans l'axe et à mi-distance, notre enveloppe corporelle subissait – sans craquer – au voisinage de la large fosse de constantes pressions d'une populace compressée, surchauffée et tout autant captivée. "The Shooting Star" parvenait à restituer au mieux l'atmosphère plus planante de la période actuelle. Plus tard "Pray" et son intro qu'on pouvait confondre venait terminer le set minimal sur le même ton après un "Toxic Garbage Island" plus écrasant intercalé comme pour prouver que relâcher la pression n'était aucunement à l'ordre du jour.
Le rappel attendu démarra par une improvisation à la guitare bien réverbéré de Joe seul, annonçant un bon vieil "Oroborus" fédérateur à la fin modifiée, et l'autre classique idéal pour se finir tiré du même album, "Vacuity". Après cette ligne droite certes déjà éprouvée, le set avait duré une heure et demie, soit même plus que d'autres fois par le passé.
Comme la tournée s'achevait ce soir, le quartet resta longuement sur scène pour saluer, s'arrosant au champagne avec les Nostromo et chacun disant quelques mots (Christian et Jean-Michel n'étant clairement pas très habitués, et réservés comme de vrais Gascons), Mario arborant en pitre le drapeau tricolore du fan club toulousain.

Après s'être séparé rapidement au-dehors, force était d'admettre que Gojira ne faiblit toujours pas et que cette neuvième rencontre en laissera déjà certaines précédentes derrière… Certes, la set list n'a subi aucune variation en cours de tournée à la différence d'antan et en allant à la dernière il était certain que ce serait maîtrisé au poil avec l'engagement qu'on leur sait. Les nouveaux titres se coulent très bien au format live malgré l'évolution nette revendiquée par "Magma". Ainsi "L'enfant sauvage" qui emballait moins dès la tournée de 2013 a disparu des programmes, rejoignant "Terra Incognita" qui reste hélas aussi dans les limbes, au profit de grands classiques de la période intermédiaire. Ces albums ont marqué la conquête du monde pour les Goj', et les titres extraits fonctionnent à mort, mais on aimerait un léger équilibrage, au moins pour les compatriotes ! Ces réserves bien connues étant dites, reste un énorme phénomène dont nous guettons déjà le prochain passage à proximité. Quelle grande Histoire !

Only Pain/ The Heaviest Matter of the Universe/ Silvera/ Stranded/ Flying Whales/ The Cell/ Backbone / Terra Inc./ Wisdom Comes/ Solo batterie/ The Shooting Star/ Toxic Garbage Island/ Pray
Rappel : Oroborus/Vacuity