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jeudi 3 mai 2018

Machine Head Bikini Toulouse 9 avril 2018

La date avait été réservée longtemps à l'avance, bien avant la sortie de l'album, et pour cette fois à Toulouse plutôt qu'à Marseille pour ne pas trop flinguer un début de semaine. Et après tout, je gardai un excellent souvenir du concert au Bikini virtuel de 2004, près de là ; comme du dernier il y a deux ans sur la tournée anniversaire à Nîmes. Mais entretemps sortit l'album dont je frémis encore d'épouvante… Puis, en découvrant quelques jours avant que ce serait encore un set rallongé sans première partie le moral remontait un peu, on pouvait espérer assez de bons moments. Je suis franchement bon vieux client des Oaklanders, que je suis depuis presque le début : j'apprécie même les albums accrochant la vague Néo, et une partie de ceux de la période actuelle. Étant entendu que je n'attends pas d'un tel groupe les mêmes choses que pour de l'extrême.

Ce soir nous venions nous gaver de Metal pour les masses, aux côtés de gens de tous âges et de multiples horizons de la scène, du vieux fan de Heavy ridé aux rares cheveux longs à l'étudiant tatoué et percé sponsorisé par Hyraw. En arrivant à l'heure dans le vaste Bikini, on avait le temps de bien se placer en bonne compagnie et de s'en jeter une, vu qu'il n'y aurait pas de pause. Et que peu à peu, il s'avérait que ce serait certainement complet. La sono crachait les vieux classiques et laissait le temps de remarquer que la scène était décorée de grandes toiles sur les trois côtés, figurant des murs blancs maculés de sang frais dans la ligne de l'album.

Enfin quand neuf heures sonnèrent l'obscurité se fit, les premiers accords de l'introduction d"Imperium" provoquèrent la clameur et MACHINE HEAD se présenta dans la fumée, une fois encore sur ce titre emblématique de sa renaissance, rappelant notamment le concert à la salle des fêtes voisine il y a quatorze ans. Comme pour balayer les questions, suivit aussitôt le premier extrait du nouvel album par son ouverture, qui a au moins l'avantage de ne pas laisser le tempo ramollir. Le rendu n'était pas encore parfait du fait que les vocaux de Robb Flynn sortaient bien mal en dépit de son engagement inusable. La suite, reprenant encore un titre introductif puis un classique de "the Blackening" permit de régler le son… et de laisser comprendre que les Californiens ne venaient finalement pas en priorité pour promouvoir leur dernier opus, mais combler à nouveau leurs fans européens par un parcours approfondi de leur discographie. Une grande fosse se formait déjà à plusieurs reprises au cœur d'une assistance compacte qui répondait comme une meute excitée mais docile aux exhortations de Flynn, très roué dans cet exercice mais impressionné par la double montée sur épaule de fans sur sa gauche. Pendant ce temps, quelques enfants flottaient sur la foule (les oreilles prises dans de gros casques). Deux morceaux tirés des anciens albums Néo prouvèrent leur efficacité, surtout le premier qui est devenu un autre classique de live remportant à nouveau un franc succès. Sur son côté, Jared Mc Eachern envoyait sa chevelure de jeune fille voler à tous les vents.
C'est Phil Demmel qui s'offrit le premier intermède solo, plein de pompes et pas franchement impressionnant techniquement, mais offrant une petite pause à ses compères. Ce qu'on retiendra surtout de lui plus largement, c'est sa forte complicité avec Flynn, visible tournée après tournée, et fondée sur une amitié antérieure au groupe. Cette faveur est bien méritée, car c'est lui qui assure les riffs quand le boss gesticule et se prend les doigts dans les cordes de ses flying v.
D'ailleurs pour la reprise, le patron se présenta seul avec une seconde guitare sèche en bandoulière pour entamer un long speech à sa manière agrémenté des premières notes de "Darkness Within", autre morceau devenu incontournable au fil des tournées. Finalement le show ressemblait bien au DVD bonus de "Catharsis". Le titre éponyme ouvrit ensuite l'enchaînement entre titres récents assez faibles et classiques redoutables, avec son intro vaguement dubstep (il y en eut d'autres greffées à d'anciens morceaux qui n'y gagnent rien) et son refrain trop basique. Vous me direz que le vieux pastiche de Korn qui succédait n'était guère mieux, mais il emballa bien la foule et de toute façon je vous rappelle que je garde une certaine tendresse pour cette époque, moi. Et puis l'arrivée d'un premier extrait de la période Thrashcore, le marteau de dix tonnes toujours imparable dès son riff d'ouverture massif et fédérateur, nous mettra d'accord. Par rapport à certaines époques, le père Flynn abuse moins des battements de main mais ouvre grand les bras, et j'ai enfin compris pourquoi il ne perdait pas son mediator : il est fixé au majeur, qu'il ne déploie jamais complètement.
Le premier moment de vrai décrochage général vint avec l'affreux single de 2016 à la niaiserie poisseuse. C'est le genre d'errements dont sont capables les gens trop bien dans leurs pompes, comme l'est Robb Flynn depuis une quinzaine d'années qu'il a réussi à réaliser ses rêves de jeunesse. Une grande gueule agaçante et attachante, volontiers fate, mais d'évidence sincère quand il s'intéresse à la gamine juchée sur les épaules de son père pour son premier concert. Les bons titres effaçant les purges, ''Locust" suivit comme pour me ramener. Au milieu de ces va-et-vient s'intercala le second solo accordé à l'un des employés seniors : Dave Mc Clain se montra d'ailleurs beaucoup plus brillant dans cet exercice, réalisant des choses difficiles sur un temps plus long et captivant tout le monde. Qu'il est loin le temps où l'ancien Sacred Reich se contentait d'exécuter au mieux quelques galopades propres ! "Bulldozer", représentant habituel d'un album exagérément décrié, fit brièvement parler son agressivité avant l'un des titres les plus potables des dernières années…. Et enfin, pour clore la part principale du programme, arriva l'ultra-attendu dont on prétendait il y a quelques semaines qu'on ne voulait plus le jouer, ce "Davidian" balancé au poil et sans demi-mesures pour la plus grande joie générale.
Dans un set aussi long, la fatigue est le grand piège tendu pour réussir le rappel. Le nouvel extrait quasi acoustique du dernier album avait l'avantage d'un redécollage en douceur, malgré sa vacuité. Surtout qu'encore une fois était déterré derrière mon "Elegy" adoré, l'un de mes perles secondaires favorites comme nous en avons tous dans les discographies fournies. Plus loin vinrent "Aesthetics of Hate" dédié comme toujours un peu lourdement à la mémoire de Dimebag Darrell, puis encore un "Block" terrible, exhumé comme il y a quinze ans, avec son riff mortel et son refrain apparemment méconnu que Flynn dût rappeler aux fans pour que le mouvement des doigts d'honneur prenne un peu. Sans doute l'assistance est-elle trop jeune maintenant en moyenne pour connaître jusqu'au dernier titre du premier album. D'ailleurs, le sondage rituel à main levée montrait une grande part de gens qui venaient pour la première fois, alors même que le groupe était passé assez récemment. Enfin bien sûr, pour terminer en apothéose était servi "Halo", considéré par tant de gens comme le titre Metal ultime de sa décennie, avec la pluie de papillotes.

Le show s'acheva comme de coutume par le jet de baguettes de Mc Clain et distribution de mediators, la photo, un salut et les applaudissements au micro de Flynn restant seul sur scène pour les ultimes instants. Après 2 h 40 de show j'étais vanné mais bien mieux satisfait que ce que je craignais. Je ne connais guère d'autres formations qui s'offrent aussi longuement, en ne reniant aucune de leurs œuvres. Certes les gimmicks se répètent mais Robb Flynn et son orchestre sont incontestablement devenus depuis quelques années, euh… une grosse machine… l'une des plus fédératrices qui nous restent du siècle dernier, pour avoir réussi à toucher plusieurs générations, à cause et malgré un souci évident de coller toujours à la tendance du moment.

En partant, un coup d'œil au merch' confirmait que l'offre était correcte, même si je n'avais pas du tout l'idée de prendre quoi que ce soit en plus des nombreux flyers distribués. En allant retrouver ma tire essorée par la pluie tombée pendant ce temps, je me disais qu'il va devenir à long terme de plus en plus difficile de vivre des concerts de Metal de cette ampleur.

Imperium/ Volatile/ Now we Die/ Beautiful Mourning/ The Blood, the Sweat, the Tears/ Crashing Around You/ Seasons Wither/ Solo de Demmel/ Darkness Within/ Catharsis/ From this Day/ Ten Ton Hammer/ Is There Anybody Out There ? / Locust/ Bastards/ Solo de McClain/ Bulldozer/ Killers & Kings/ Davidian/
Behind the Mask/ Elegy/ Triple Beam/ Aesthetics of Hate/ Game Over/ Block/ Halo

samedi 14 avril 2018

Cannabis Corpse TAF Saint-Jean de Védas 28 mars 2018

C'est officiellement le printemps ! Pour la première journée vraiment douce, ça tombait bien, il y avait un concert attrayant bien que réduit à deux groupes. En arrivant à peu près à l'heure, ce n'était pas la foule des grand-messes, mais il y avait au moins la brochette des mordus de l'arrondissement.

Pour l'ouverture ce n'était finalement pas Zoldier Noiz, mais les voisins ALTERED BEAST venus de Béziers. Ce quintet formé il y a quatre ans seulement a décidé de prendre la mode à rebours et de nous replonger dans le ThrashCore des 90's, avec son premier album récemment sorti. Revêtus de t-shirts de classiques (à part le chanteur arborant le logo du groupe lui-même), ils ont enchaîné sept titres qui faisaient souvent penser à Channel Zero pour le chant clair et mélodique ne craignant pas quelques tremolos Heavy, ou évidemment à PanterA, et encore au riffing de Prong et surtout de Fear Factory (sans les effets). Alors que photographes et camera captaient cette performance, La recette qui a fait ses preuves à l'époque provoquait quelques légers mouvements des nuques. Elle rencontrait toutefois la faiblesse courante chez les débutants du genre, jadis comme aujourd'hui : l'impression d'entendre trop souvent le même riff revenir d'un titre à l'autre, sur divers tempos. Sans doute qu'une production bien compressée favorisait ce sentiment. L'attitude modeste et appliquée du collectif est encourageante pour le long terme. En avant-dernière position, la reprise sans risque de "Roots Bloody Roots" souffrit d'un petit pain sans gravité avant un ultime titre bien à eux. Il faudra que je me penche sur l'album.

Le public était arrivé pendant ce temps mais profitait en bonne part de la belle soirée dehors. C'était prévisible, avec deux groupes au programme à la notoriété forcément disparate.

Et de fait, après quelques notes et cymbales à vide pour rameuter dedans la populace, CANNABIS CORPSE justifiait rapidement de sa réputation. La réduction à quatre membres d'un groupe et tout son registre drôle et peu méchant ne nuisent nullement à son professionnalisme relax. Leur Death Metal est clairement d'orientation vieille école américaine, et l'inspiration d'un certain groupe au nom ressemblant est évidemment dominante, jusqu'au quelques cris aigus lâchés régulièrement par Landphil au milieu d'un growl classique. Sa basse, par contre, sera restée un peu noyée dans le mix. Il introduisait les titres aux formulations parodiques par des plaisanteries et anecdotes débonnaires qui tournaient presque toujours autour de la consommation d'herbe et ses effets.
Mais s'ils quittaient tout ce décor humoristique et végétal pour des thèmes plus classiques, leur musique resterait aussi bonne. La fidélité à l'ancienne tradition d'outre Atlantique et aux racines Thrash (pratiqué dans un autre groupe connu par certains membres) donne des compositions dans l'ensemble sérieuses, variées, travaillées. Il y avait de quoi pogoter en diable, ou headbanguer pleinement selon les moments et les goûts. Les solos de guitare se ressentaient bien entendu aussi de cette facture old-school, notamment par une mise en scène comme on n'ose plus. Forcément, un pétard sorti de nulle part circula de la scène au public (en était-ce vraiment ?). Même sans cela, tout amateur de Death Metal passait un bon moment. Si bien qu'un rappel fut finalement consenti au terme d'un répertoire tapant dans toute la discographie, pour un dernier circle pit frénétique.
Il était encore assez tôt pour pouvoir prolonger un peu cette bonne petite soirée de Death Metal dans la bonne humeur, échanger sur les sorties à venir et nos derniers concerts ici ou là et autres choses bien plus importantes que la paix dans le monde.

jeudi 5 avril 2018

Morse Quasar LØvve Black Sheep Montpellier 9 mars 2018

Ce concert initialement programmé il y a quelques semaines pour célébrer le nouvel album de Morse avait dû être repoussé en raison de l'accident d'un des membres. Enfin nous y voilà, dans les entrailles de ce bon vieux mouton noir, farcies de copains des musiciens.

Le programme était très hétéroclite, tout de même. Les Tourangeaux de LØVVE ouvraient le combat dans le style annoncé par le titre de leur album : PowerViolence. Ce style semble enfin sortir de sa confidentialité en France depuis quelques années. Mais la manière de sonner et l'attitude du quartet demeuraient clairement sous l'influence du D-Beat Punk. Les membres ont roulé leurs bosses dans d'autres groupes, l'emploi d'une chanteuse apporte un feeling colérique bienvenu. Le souffle explosif de ce mélange emporta une bonne part de spectateurs dans la fosse, certains étant venus principalement pour eux. Grâce à l'expérience des membres, cette musique assez primaire à la base atteignait une rigueur, une férocité non garantie habituellement dans ce style, abrasif et déjanté mais pas toujours aussi révoltée. Ils ont dû jouer des titres inédits, je présume, pour tenir une durée de set potable avec un seul album et des morceaux atteignant rarement les deux minutes dans les poches. Si des amateurs ne connaissent pas encore, je pense que ça leur plaira.

Grand écart avec le premier groupe local QUASAR (prononcez le u), que j'avais déjà vu il y a un certain temps. Eux jouent un HardCore qu'ils aiment qu'on qualifie simplement de moderne, et que plus clairement j'oserai rapprocher de l'Emo et du Metal polyrythmique, avec des influences logiquement tirées aussi du Post-Core. Les paroles sont en français, ce qui passe sans mal dans leur propos. Leur style globalement plus lent, au son plus propre et assez curieusement compressé à mon oreille, fit inévitablement retomber l'ébullition de la fosse. Mais d'autres personnes ont pu investir le devant et headbanguer. Sauf sur le début de l'un des titres, attaqué carrément par un plan au blast. Cela n'est pas mon genre de prédilection mais on peut profiter le temps d'un set. La difficulté de se présenter entre deux groupes plus violents, dans un créneau musical déjà sujet à de nombreux sarcasmes, m'aura poussé à une certaine bienveillance. D'autant que je ne vois pas tellement ce qu'on pourrait leur reprocher sur les bases : ça jouait correctement, ils n'étaient ni prétentieux ni tétanisés.

Cela fait drôle de reconnaître que MORSE est maintenant un groupe ancien de la scène, dont la longévité se compare avec celle des groupes précédents des membres et n'est qu'une de leurs multiples activités (autres groupes, direction de label, programmation de la salle où nous nous trouvons, vie de famille en option). Après un long larsen d'ouverture, la tornade fondit à nouveau sur nous autres. Le second album, chroniqué il y a quelques semaines sur votre site, ne marque pas de changement fondamental. Les quatre Languedociens mélangent toujours à toute blinde Noise, HardCore New School, et une facette Sludge à présent un peu mieux marquée par certains riffs moins rapides en guise de fugaces répits. Cette énergie primaire révoltée et – faussement – chaotique m'a toujours semblé aussi payer un tribut au Grind Core (surtout dans la direction Noisy ouverte par Brutal Truth sur son ultime album). Comme d'habitude, une fois après avoir quitté son blouson cuir le chanteur se jeta à corps perdu dans l'assistance à plusieurs reprises, et le pogo causa quelques violents dégâts ici où là. Comme vous l'avez deviné, le gang a les compétences techniques de ses ambitions et même dans ces conditions spontanées la combinaison ne part pas en bouillie. Le répertoire s'étant donc rallongé, le set a suivi le mouvement, perdant peut-être le côté bref et explosif des performances de naguère, mais gagnant en consistance sans mollir en brutalité. Le terme sec maintient quand même vivant l'ancien esprit.

Cette soirée assez éclectique se poursuivit un peu plus loin mais cela ne vous appartient pas…

vendredi 23 mars 2018

Orphaned Land In Vain Subterranean Masquerade TAF Saint-Jean de Védas 4 mars 2018

Après la neige et avant la pluie, ce nouveau concert permettait de soutenir un bon rythme excellent pour le moral. Orphaned Land passe souvent en France et s'arrêtait une troisième fois dans son histoire à Montpellier, à chaque fois dans une salle différente. Depuis la dernière quelques passages vers la Provence auxquels je ne pouvais participer avaient attisé un peu de frustration, même s'il ne s'agissait que de dates acoustiques un peu à l'arrache. Et en plus, c'était aussi la dernière date d'In Vain sur la tournée, pile chez moi alors que j'attends depuis presque neuf ans de les voir ! La baraka !

Avec quatre groupes sur la brochette il fallait être à l'heure à la Secret Place, et AEVUM avait passablement entamé son temps de jeu quand je suis arrivé. Très franchement je n'en ai nul regret. Cette troupe Turinoise serrée sur la petite scène balançait un Metal Symphonique en costumes pas du tout dans mes goûts, où la part néo-classique et les poses occupent une grande part du spectacle. Les compositions n'ont pas entraîné de coup de foudre, surtout que les invitations à sauter étaient peu pertinentes (deux membres passant dans le public pour mieux stimuler). Je retiendrai la puissance intéressante de la chanteuse, plus marquante que son compère masculin.

L'affluence était correcte pour cette salle au format sans doute adapté à cette tournée. J'ai déjà vu Orphaned Land dans de plus vastes lieux, mais ils étaient raccrochés à des têtes d'affiche plus rentables. Ce soir beaucoup étaient venus en ménage, laissant le public assez féminisé.

SUBTERRANEAN MASQUERADE existe depuis longtemps mais n'a produit que trois albums, en conséquence des grandes ambitions portées par le noyau d'un collectif qui a beaucoup changé (symptômes liés de la maladie connue sous le nom de Gunzandrosise). Tenir à sept derrière les barrières de la scène compliquait encore les choses. On reconnaissait sans peine leur style où au-delà des dégaines, le Rock Progressif domine le Metal, avec parfois des explorations vers le Jazz ou un peu de Folk orientale. Certes, la part métallique et la présence d'un chanteur spécifiquement affecté au growl suffirait à faire fuir ceux qui en restent à Genesis et Pink Floyd, mais le chant principal et l'orientation constante des compositions privilégie sans conteste la tradition Progressive. D'ailleurs c'est ce second chanteur qui assurait la communication, sautant sur la tranche des barrières et s'accrochant longuement aux lumières pour haranguer la salle et nous faire faire l'essuie-glace avec les bras. L'entrain des musiciens sur une musique chaleureuse et positive se communiqua sans trop de peine. Certes, l'apparentement qui leur colle aux basques depuis longtemps avec un certain groupe compatriote, que l'on retrouvait étonnamment en tête d'affiche de cette tournée, n'aura pas risqué de se dissiper par le live ; bien que le penchant plus Progressif que Folk soit bien trop net pour les caricaturer en suiveurs. Sur l'ultime titre plus pompeux et puissant, ils invitèrent les membres d'In Vain à venir faire les chœurs pour fêter leur départ. L'amitié entre les grands vikings et les petits orientaux était belle à voir ! Une photo de groupe et on s'en va.

Après tant d'attente, j'abordai IN VAIN avec un zeste d'émotion. En sobres chemises noires, les blonds costauds attaquèrent avec l'un de leurs plus fameux titres, issu du précédent album. Clairement, la priorité était de se faire connaître plutôt que de promouvoir un disque, car le groupe tourne assez peu. Avec leur son massif comme sur disque et leurs gros riffs, les Norvégiens se posaient comme les plus extrêmes du plateau, d'autant que la basse s'entendait distinctement et que le batteur cognait fort. Dès les premières nappes orchestrales, on comprit que ce seraient les samples qui en feraient un peu les frais. Tantôt avec le pied de micro, tantôt à pleine main, Sindre assurait seul tous les vocaux clairs, growlés ou criés et se montrait soucieux d'être bien entendu. Il aurait été dommage qu'une si belle voix soit noyée dans un mix aussi puissant. Si le nouvel album a pu décevoir essentiellement parce qu'il ne repousse plus aucune limite, ses morceaux ne sont pas mauvais en soi et passèrent bien même s'ils n'obtenaient pas tout à fait le même enthousiasme. In Vain parvient à maintenir une griffe épique vite reconnaissable tout en puisant dans plusieurs styles et en empruntant volontiers des instruments non conventionnels. Les chœurs étaient assurés par le bassiste et l'un des guitaristes. L'unique extrait du légendaire premier album, "October's Monody" et ses longs blasts accélérèrent violemment le tempo, avant de déboucher bien après sur son final acoustique déroutant et inséparable. Suivit un passage lui aussi unique (difficile avec des morceaux longs et un temps limité) par le deuxième opus, le plus métallique. Derrière les francs sourires, des orchestrations éclectiques et des thèmes souvent originaux, ils envoient durement. La température montait au point que chanteur et batteur quittèrent une épaisseur pour l'ultime titre, autre extrait d'"Aenigma".

Against the Grain/ Origin/ Seekers of the Truth/ October's Monody/ Captivating Solitude/ Blood we Shed/ Image of Time


ORPHANED LAND n'était pas facile à apercevoir avec cette si modeste estrade et l'assistance massée au-devant. Heureusement le charismatique Kobi dépassait tout le monde, avec son keffieh aux tons inversés attaché au micro. En tout cas, pas de projections visuelles en arrière comme d'autres fois, en ces lieux c'est impossible. Le set débuta classiquement par le morceau d'ouverture du nouvel album et enchaîna par des classiques antérieurs. Le retour à une approche plus Progressive et Folk entraîna logiquement la mise à l'honneur des gros tubes de "Mabool". Idan Amsalem, qui a la lourde tâche de succéder à Yossi Sassi, s'en sortait bien même si l'on ne retrouvait pas complètement le même sentiment, le même "duende". L'efficacité de l'enchaînement était imparable et Kobi n'avait qu'à demander pour que nous tapions des mains ou fassions des chœurs, ce qui revint constamment dans le set comme toujours y compris ses jeux avec le micro sur pied rappelant étrangement Dave Gahan. Les blancs entre les titres, par contre, laissaient tomber en quelques secondes un silence total assez paradoxal après une musique aussi flamboyante. Comme après l'orgasme me direz-vous. Kobi en profita pour présenter quelques titres, par exemple "Let the Truce be Known" évoquant les fraternisations sur le front de la Grande Guerre. À ses côtés, le dernier autre membre fondateur restant, le fidèle Uri Zelcha, vissé à son poste essentiel de bassiste laissé dans l'ombre du mixage, lui a la barbe qui blanchit un peu et le fait de plus en plus ressembler à un nain d'Heroïc-Fantasy.
Le collectif est une vraie machine sous l'apparence d'une musique souple, opulente, forte, où les samples étaient mixés parfaitement dans l'ensemble. Et ça c'était une vraie amélioration par rapport au passé, l'occasion de souligner même qu'il n'y avait rien à reprocher au mixage d'aucun des groupes ce soir. Quelques surprises se glissaient comme "Olat Hatamid", premier extrait ultra Folk de là-bas, tiré d'un album qu'on n'attendait plus dans le programme au bout de dix morceaux, à cause pour sa teneur plus old-school, mais pourtant réutilisé pour ses titres d'ouverture et de clôture, les plus accrocheurs. Pour "In Thy Neverending Way", Kobi s'amusa à demander à ceux qui les voyaient pour la première fois de se dénoncer (il en restait quelques-uns malgré des années de labourage du territoire français), et de les inviter à reprendre avec nous autres son refrain d'une simplicité indépassable (la la la la la, bis). Et pendant ce temps Matan Shmuely, qui est aussi batteur titulaire de Subterranean Masquerade, faisait le job sans souffrir.

Traditionnellement, "Norra El Norra" et ses sauts sur place annonçait la fin des festivités, clôturées également une fois de plus sur la reprise du vieux plan d'"Ornaments of Gold"… qui nous rappelait de façon piquante que toute la première période d'activité du groupe, celle où ils étaient signés chez les Français d'Holy Records, était à présent remise aux profits et pertes. Ce détail nouveau et important est la seule chose que je regretterais au terme d'un concert fort plaisant une fois de plus, qui donne déjà envie d'y revenir et de prolonger une relation déjà longue à présent.

The Cave/ All is One/ Kiss of Babylon/ Ocean Land/ We Do Not Resist/ Let the Truce be Known/ Like Orpheus/ Yedidi/ Birth of the Tree/ Olat Hatamid/ In Propaganda/ All Knowing Eye/ Sapari/ In Thy Neverending Way/ Norra El Norra – Ornaments of Gold.

Avant de rentrer nous avons fait un tour au stand sous le préau, correctement fourni et pris un t-shirt, n'ayant plus rien à me mettre dans ces styles plus progressifs. Maintenant que vous êtes fins prêts je vous emmène dans la foulée voir Jésus par Saint Pascal Obispo… Non ! Je déconne ! Ce sera bien plus brutal.

mardi 20 mars 2018

Front 242 Interfront Youth Code Barcelone Sala Apolo 24 février 2018

Il y a quelques mois je vous expliquai que Barcelone offrait régulièrement d'excellentes affiches de vieilles légendes du Post-Punk ou de la scène Indus. Et à dire vrai, j'ai déjà vu la même combinaison Interfront-Front 242 il y a quatre ans au même endroit, et les Belges étaient repassés deux fois dans l'intervalle, pas plus même qu'au Primavera en mai dernier. C'est le souvenir qui m'a donné envie de revenir moi aussi, alors que je les avais raté de peu lors de mon passage à Bruxelles (pendant ce temps la moitié du gouvernement d'ici est d'ailleurs parti là-bas…). Et de toute façon, ça tombait pile le jour de l'EBM day, le 24.2, impossible de se défiler !
Par contre je n'ai pas l'habitude de venir dans la cité comtale en plein hiver, où le climat est appréciablement plus doux que dans la France méridionale. Et jamais je n'avais remarqué à ce point le nombre de compatriotes expatriés ici.
Je vous avais déjà emmené il y a quelques mois dans la sala Apolo, le plus ancien lieu nocturne d'Espagne en activité continue depuis soixante-quinze ans cette année. Pour l'occasion ils ont fait des travaux depuis la dernière fois, avec un grand vestiaire aménagé à l'entrée et l'enlèvement des tables en alcôve sur le côté qui rapetissaient l'espace du public, mais laissaient un petit charme désuet à la salle.

Le public arrivait peu à peu quand le duo Californien YOUTH CODE attaquait son set. Ce couple à la ville comme à la scène a très vite fait la hype en cinq ans d'existence, au-delà même de la scène Industrielle. Et comme ça se comprend ! Ils dégagent une explosivité difficilement résistible avec leur Indus-EBM hyper rythmique et imprévisible. Les compositions sont totalement disloquées et virent dès que l'on a capté le plan. Et la chanteuse ! Son timbre hurlé en remontrerait à bien des groupes de Black, tout en communiquant entre les titres d'une voix normale par un espagnol tout à fait correct. Cependant les quelques parties de son homme, chargé surtout de la programmation, étaient largement sous-mixées. Tous deux dansaient n'importe comment par des gestes secs, à l'unisson de leurs morceaux, dont le son primaire et brut n'a pas besoin d'être bien varié. Ce serait totalement superflu. Tel déchaînement aux racines incontestablement Punk a quelque chose du vieux Nitzer Ebb, au moins visuellement, même si cela sonne autrement pour des connaisseurs du genre. Et cela justifie le respect obtenu des mêmes vieux ayatollahs du style. La débauche d'énergie se communiqua sans peine à une partie de l'assistance, quelques passages plus longs rappelaient des transes à la Skinny Puppy voire Hocico sans les fards. L'un des titres planta malheureusement, mais il suffit de passer au suivant après un bref moment de gêne, sans que le charme ne se rompe.
Brisant les articulations mais aussi quelques codes pour mieux revenir aux sources, tout en apportant enfin un peu de nouveauté, les Américains ont convaincu et sont certainement là pour un moment. Un métalleux ne resterait pas indifférent à leur agressivité.

La salle était remplie à bloc à présent, chose qu'on ne voit plus partout pour ce style. Le public était quand même largement quadra en moyenne, toujours les mêmes que les dernières fois sans doute, souvent aux couleurs de la tête d'affiche. Cela faisait voler en éclats, une fois encore, quelques clichés tenaces sur l'EBM soi-disant musique de Teutons blonds et pâles…

La grande affluence s'était calée logiquement sur le passage d'INTERFRONT. Cet autre duo (masculin et purement musical) originaire de Valence est une gloire nationale des années 90, qui avait aussi officié sous le nom de Megabeat (ne riez pas !) et reste encore populaire. On passait dans un univers beaucoup plus amène et festif avec leur Techno rôdée aux mélodies simples et efficaces, conçue pour danser autour de 120 BPM. En clair, c'était la replongée grave dans l'esprit des clubs de la côte l'été il y a environ vingt-cinq ans. Leur répertoire qui se ressent de l'influence de la New Beat et de l'Italo Disco a emballé tout un public conquis d'avance. Il n'y a évidemment pas de paroles, juste parfois des samples inspirés notamment de Twin Peaks. Ce set reprenant d'évidence tous leurs succès était la copie de la première fois. Avec ces airs faciles, délayés et mis en boucle dans lesquels on rentre même sans les connaître, il aurait été maso de rester stoïquement planté au milieu de la masse en mouvement. C'est tellement immédiat que j'ai même reconnu une paire de morceaux alors que je n'ai pas réécouté depuis la dernière fois ! Mais j'assumerais l'anathème pour défaut de pureté d'attitude true Metal intégriste car malgré la légèreté des titres, Interfront conserve la saveur de la musique indépendante, en tant que pionnier en son temps resté soigneusement à l'écart de la Dance putassière. Eux n'ont pas eu besoin de se cacher derrière des tonnes d'effets entendus partout, il leur suffit d'un seul et d'une ritournelle maison. Je vois dans cette sobriété constante la trace décisive de Kraftwerk (qu'ils avaient repris naguère), dont le modèle (!) les aura certainement préservés de bien des errements. Bref, loin des territoires habituels j'ai passablement communié le temps d'un set, comme à l'automne 2013.

Bien que l'EBM ancienne ne soit pas retournée dans l'oubli quasi-total d'il y a quinze ans, la vague du revival old-school pure et intégriste sur laquelle FRONT 242 surfait les dernières fois que je les ai vus est bel et bien retombée. Je m'attendais à ce que le son ait évolué en conséquence et ce fut sensiblement le cas.
Patrick Codenys et le batteur Allemand Tim Kroker s'installèrent en premier dans le halo des spots, fumigènes et intro à plein volume, suités de Jean-Luc De Meyer et Richard 23 en gros blousons noirs et treillis, les visages dissimulés également sous des masques noirs jetés juste avant les premières paroles, montrant de grosses lunettes noires qu'ils gardèrent par contre toute la soirée. Esthétiquement, ils restent clairement accrochés à leur tradition !
La set list s'équilibra un peu plus qu'avant entre les vieux classiques fondateurs EBM ("Take One", "No Shuffle", "Lovely Day"), les grands tubes ("Headhunter" et sa chorégraphie à quatre doigts reprise par tout le monde jusqu'au fond, "Masterhit" en version courte, "Im Rythmus Bleiben"), et des bons titres de la période plus expérimentale et Technoïde ("Tragedy for You", "Moldavia", "7Rain"). Le mixage, à mon sens, était plus favorable aux effets parfois même accumulés en plusieurs couches, conformément à l'esprit de la dernière période plutôt qu'aux rythmiques binaires sèches et dominantes des années 80. La puissance y gagnait un peu plus, et avec les projections visuelles derrière la scène je peux vous dire que le trip était complet. Daniel B., le dernier membre plus âgé toujours planqué à la table de mixage au fond de l'assistance, devait se régaler un peu plus à balancer des sons. Pour autant, le collectif n'a rien perdu de son énergie à la cinquantaine allègrement passée, Jean-Luc et Richard faisaient la danse bionique comme dans leur jeunesse, chacun laissant la scène entière à l'autre pour les titres interprétés par un seul chanteur. La batterie, bien qu'elle serve surtout à doubler la BAR, s'entendait distinctement dans l'ensemble. Tout cela à la fois, vous l'aurez compris, formait une grosse performance live comme Front 242 en donne depuis toujours…
La communication était pourtant rare comme de coutume, d'abord en castillan de base puis en anglais. Le public était de toute façon à nouveau en communion, chacun dansant sur un espace très réduit en faisant attention à ses voisins. "Circling Overland" qui donnait son nom à la tournée actuelle, plus mid-tempo, ne laissait pas ramollir la masse en tant que grand classique exhumé. Et quand les premières images de la célèbre scène des hélicoptères Walkyrie d'"Apocalypse Now !" apparaissaient au fond de la scène en même temps que les premières notes du bon vieux "Commando Mix !", c'est bassement jouissif. Cette facette sarcastique prenait le dessus en fin de set avec les incontournables "Funkadhafi" et "Welcome to Paradise", entrelardés par l'antique "Operating Tracks" repris avec son clip original projeté derrière, Post-Punk à mort. En fin de compte, les sensations du spectateur sont proches d'un concert de leurs copains de Ministry ou d'autres grosses pointures du Metal Indus, malgré la parfaite absence de guitare, et il n'y a rien de plus logique. Sans l'EBM il n'y aurait probablement eu ni Ministry ni Rammstein ni tout le reste. La filiation redevient tangible et évidente par la scène.
Le rappel fut un peu plus court que naguère, raccourcissant le set à une heure dix environ, le groupe disparaissant tout de suite en coulisses en laissant ses fidèles retomber peu à peu vers la réalité, tout en conservant de larges sourires jusqu'au vestiaire et sur le parvis de l'avenue Parallel. J'ai vite filé vers une adresse pas trop loin de l'hôtel où je savais qu'on servirait encore des tapas à minuit, mais sans laisser aucun regret d'être venu jusqu'ici pour (re)vivre cela. Le retour fut un peu plus dur avec le coup de froid à la descente du train…

À très bientôt pour une soirée plus Metal et réchauffante. Nous en avons besoin.

jeudi 8 mars 2018

Nile Terrorizer Exarsis 20 Février 2018 Jas'Rod Pennes Mirabeau

Cette fois, je ne vais pas vous demander de vous ouvrir les idées, nous revenons ("enfin !" entends-je au fond) au Metal pur et bien dur. Et pourtant, la nuit provençale était bien froide, il fallait se motiver pour sortir et monter jusqu'aux Pennes-Mirabeau, au bout de la chaîne de l'Estaque. Ce qui explique peut-être la légère déception, à mon sens, quant à la fréquentation dans la spacieuse salle ronde, difficile à remplir à bloc. C'était bas par rapport à ce qu'une bonne affiche de Death Metal peut ramener dans le secteur. Peut-être que si Nile passait moins souvent en France, aussi…
Ne boudons quand même pas notre joie : parmi la fournée des tous premiers groupes par lesquels j'avais abordé le Metal extrême au printemps 96, Terrorizer restait le seul, le dernier que je n'avais encore jamais vu pour des raisons évidentes au vu de l'Histoire.

Les quatre groupes avaient chacun leur merch', globalement beaucoup plus vestimentaire que musical.

Les Italiens de NO MORE FEAR avaient la tâche d'ouvrir le bal des morts… Compliquée par la taille de la batterie de Kollias, déjà installée et occupant une grande partie de la scène dont ils devaient se partager le reste à cinq, puisqu'il y avait deux guitares et un chanteur. Il s'agissait d'un Death Metal moderne relativement original, techniquement maîtrisé et servi avec un son digne. Les syncopes alternaient avec des intros et intermèdes en lead aux mélodies inquiétantes, rappelant assez le Colosso que je venais de recevoir, Gojira période "Terra Incognita" ou Hypno5e. Un titre commençait ouvertement sur un ton cabaret, et l'ultime titre fut présenté comme une tarentelle. Le growleur alternait ses bases de français et l'italien à l'anglais habituel. D'ailleurs NMF met fortement en avant sa culture nationale, au-delà des bannières sur les côtés, par des paroles parfois dans leur langue ou les thèmes donnés, c'en est même un peu lourd car ça n'apporte pas grand'chose. À défaut d'être très entraînant on peut accorder une certaine griffe à ce groupe, au bout de la demi-heure réglementaire.


EXARSIS s'est chargé de nous décongeler pour de bon en quelques secondes, en dégoupillant sans crier gare un Thrash hystérique totalement sous contrôle. Conformément à leur réputation ces Hellènes ont administré une vraie fessée à un public conquis tout de suite. Au fond de chacun, nous adorons tous les baskets à languettes, les cartouchières, les fermetures éclairs, les chevelures au vent et les cris de sorcière. Là où Suicidal Angels est exclusivement de tradition Allemande, eux se placent plus dans les sillages de Death Angel, ou Nuclear Assault, bien qu'on puisse les rapprocher de l'agressivité de Destruction également. Le chanteur ou l'intenable bassiste parcouraient la scène au rythme d'une batterie impitoyable. Les deux guitaristes alternaient les riffs assassins et les solos en tapping, sans guère de répit et encore moins de mid-tempos apaisants. Il est curieux qu'un mosh pit ne se soit pas formé, mais il fallait se réserver pour la suite et le headbang faisait bien l'affaire. La set list semble avoir privilégié le dernier album, mais l'ensemble fort homogène invitait à se pencher prochainement sur une discographie déjà étoffée.


Les quelques badauds observant de près le trio s'installant prouvaient que TERRORIZER symbolise toujours quelque chose de spécial bientôt trente ans après un album culte. Et Pete Sandoval plus encore, car c'est lui qui popularisa à travers la scène par Morbid Angel la technique du blast-beat qu'il avait empruntée au GrindCore pour son groupe d'origine ici ressuscité. Je l'avais déjà vu avec son ancienne formation il y a longtemps, et en parlant de résurrection vous savez que ça ne risque pas de se revoir puisqu'après avoir surmonté ses problèmes dorsaux, il s'est converti en profondeur au protestantisme de sa jeunesse par l'influence de sa sœur depuis quelques années, s'est donc détourné sans remords de vingt années de carrière dans l'Azatoth big band. Mais il estime pouvoir tout à fait continuer en plein accord avec sa foi dans sa formation de départ, profitons-en (et souvenons-nous-en pour les éternels débats sur le Metal et les religions, ce cas est très significatif).

Actuellement Terrorizer est complété par deux membres de Monstrosity (on reste dans la même génération), le batteur Lee Harrison à la guitare et l'ex-guitariste Sam Molina à la basse et au growl (!!). Malheureusement, le show attaqué sans cérémonie par des titres des albums de la période de reformation était gâché par un son de guitare aussi mauvais que sur leurs versions studios. Les gutturales de Molina étaient également quelconques. Placé au centre et à peine en retrait, l'ascendant de Pete Sandoval sur son groupe était plus claire que jamais. Non seulement par la justesse de son jeu qui n'a rien perdu (pas même les mimiques), et qui est plus visible ainsi qu'à l'époque il n'était que le membre au fond parmi un carré d'as. Mais aussi parce qu'en conséquence, il tenait la baraque à lui seul et dominait nettement dans le mixage.

Au bout d'un quart d'heure sont venus de nouveaux titres, avant-premières d'un nouveau disque annoncé pour très bientôt, qui ne dépareillait en rien l'ensemble. Le public suivait et une fosse s'était enfin formée autour d'une bande venue ensemble, mais bien sûr c'est le premier riff d'"After-World Obliteration" qui emballa pleinement l'assistance venue principalement pour cela. Pied au plancher, ils partirent pour enchaîner l'album mais la dynamique s'embourba quand la guitare lâcha au commencement de "Fear of Napalm". Dépité, Sandoval meubla le temps d'un dépannage laborieux par un solo facile pour lui. Enfin ils purent reprendre pour interpréter finalement toute la première face de "World Downfall" dans l'ordre, puis pour sauter directement au mythique avant-dernier "Dead Shall Rise" et le titre final éponyme, apparemment prévu pour un éventuel rappel qu'il n'était plus temps de laisser monter car en coulisses on s'inquiétait du temps qui passait.
Comme d'autres, si Terrorizer se prend des volées critiques pour ses nouveaux albums, le passé lui préserve une capacité à plaire encore aujourd'hui en live, même avec un son moisi.


Je n'ai jamais tellement accroché à NILE mais je les avais déjà vus en pareils cas, tournant avec d'autres groupes plus dans mes goûts. Cette fois il n'y avait pas d'album à promouvoir mais plutôt un nouveau line-up à présenter. Le programme était donc un best of, même un non-fan pouvait ainsi reconnaître bien des titres. Force est d'admettre que le collectif a trouvé une certaine pêche avec l'intégration de Brad Parris et Brian Kingsland depuis notre dernière fois, une envie nouvelle. Cela se sentait notamment par une bonne humeur étonnante, Sanders échangeant régulièrement des fist bumps de collégien attardé avec ses nouveaux compères après le passage de tel break ou tel pont périlleux, ou improvisant à deux une chorégraphie amusante pour introduire un couplet growlé par Kingsland.

Le répertoire de Nile, sa brutalité massive faiblement rythmée et ses interludes acoustiques se prêtent mal au pogo enflammé (c'est bien ce que je reproche). L'ambiance retombait un peu mais sans laisser place à l'ennui et à la désertion des derniers rangs déjà vus par le passé, grâce au chapelet de classiques. Une fosse persistait et les quelques plongeons depuis la scène, bien que rapides, irritèrent fatalement les roadies américains. Interludes rituels ou chœurs s'enchaînaient aux gros blasts et solos transis. Bien que n'appréciant pas trop non plus le style de Kollias, il reste un remarquable batteur. Karl Sanders se chargeait logiquement de la communication… sa ressemblance avec Trump, maintenant, a quelque chose de gênant ! Heureusement la sempiternelle médaille à croix ansée sur son ventre (de plus en plus vaste au fil des tournées) confirme que c'est bien lui.

Le feeling de nouvelle jeunesse et la qualité du programme ont permis à Nile de se montrer sous un meilleur jour que d'habitude : pour la première fois je n'ai pas eu la tentation d'abréger malgré l'heure avancée. Enfin l'attendu "Sacrifice unto Sebek", brutal à souhait, vint clôturer cette assez bonne surprise. Mieux encore, le long final enregistré nous épargna le traditionnel tube incongru balancé par l'orga' pour faciliter l'évacuation de la salle.


Si la température était encore plus méchante en sortant, au point que la neige tomba sur Aix au petit matin, la soirée valait largement le coup et les abstentionnistes ont eu bien tort. En tout cas je n'en espérais pas forcément autant.


Vous aurez de mes nouvelles très vite, mais assez loin à tous niveaux d'un concert de Death Metal en Basse Provence…

samedi 3 février 2018

Trisomie 21 My Great Blue Cadillac Rockstore Montpellier 25 janvier 2018

T21, cela dira quelque chose aux moins jeunes et aux Nordistes parmi nous. C'était l'un des fleurons de la Cold Wave française, l'un des rares courants du Rock national qui atteignit une reconnaissance critique à l'étranger. Le groupe des frères Lomprez avait résisté longtemps, jusqu'à un arrêt en 2010, interrompu par la sortie d'un nouvel album l'an dernier.
Dans la grisaille hivernale, le court trajet au Rockstore faisait rejoindre une affluence assez fournie, largement quadragénaire voire plus, restée fidèle à ses souvenirs. Le merchandising proposait beaucoup d'extraits de la longue discographie des Hennuyers.

Nos Montpelliérains de MY GREAT BLUE CADILLAC font parler d'eux depuis quelques années, ne serait-ce que pour avoir été tout de suite signé sur un label étranger, mais sont loin des styles musicaux qu'on présumerait sous ce nom. C'est un couple à la ville qui s'est lancé avec une basse et un petit set de batterie. La ressemblance avec les White Stripes s'arrête là cependant. Peu engagé au départ par l'arrivée du chanteur sous sa capuche illuminée par une guirlande intérieure (!!!) derrière un petit mégaphone, je me suis coulé ensuite peu à peu dans l'échange des deux amants face à face, vêtus de robes noires, leurs visages teints également en noir, lui commençant à la batterie et au chant et elle avec la basse qui fuzzait gravement. Leur Post-Punk glacial aux rythmes ternaires est original, oppressant bien que les vocaux soient placés haut et ne ménagent pas leur puissance déclamatoire. Cela rappelle l'esprit créatif et arty des premiers temps de cette scène. De loin, on pouvait comparer à la théâtralité absurde de Christian Death ou Virgin Prunes, sans l'y affilier strictement. Une pointe d'Industriel est présente, diffuse mais persistante.
Quand ils échangèrent leurs instruments et leurs rôles le temps de deux titres, l'intérêt grandit d'autant que cela ne nuit nullement à la force de la basse comme aux coups de toms. Le fuzz donnait assez d'énergie pour rendre une guitare superflue, cela sans nuire à la clarté des notes des passages plus rapides. Survint un moment étrange où, tout en continuant ses vocalises, lui demanda à l'assistance de se rapprocher en tendant des doigts d'honneur pour prendre une photo. Hanté, inédit, ce duo peut se trouver un public par sa singularité pas tout à fait en rupture avec une certaine tradition.

TRISOMIE 21 se présenta en trio, devant une illustration blanc sur noir qui ne fit que se déplacer lentement tout au long du set. Philippe Lomprez, peu intéressé par les concerts, était vêtu très banalement et se cala devant un lutrin. Son frère avait ses claviers et ordinateurs installés sur l'un des plateaux élevés sur la scène et assurait aussi la basse. Toute la batterie était samplée, y compris les parties originellement jouées sur de vraies peaux.
Qu'il s'agisse d'anciens titres ou d'extraits d'"Elegance Never Dies", leur New Wave entraînante et déprimée montre tous ses charmes avec le son amplifié du live. Les finesses des superpositions de synthétiseurs, la rondeur de la basse restent typiques de cette époque, même si les nouveaux morceaux sont plus dépouillés et cherchent plus l'efficacité directe. La guitare y participe. Tenue par Gregg Anthe en personne, lui-même meneur des mythiques Morthem Vlade Art et plus récemment In Broken English, le line-up actuel a de la gueule ! Autre trait constant, les titres assez brefs pour le style se terminent toujours sèchement, sans effets particuliers pour parachever des compositions de grand talent.
Le timbre nasal et faible de Philippe Lomprez, vont bien avec ce style de musique, en fin de compte, comme son manque de charisme et ses poses de timide qui essaie. À l'instar de Mark Burgess ou Martin Gore, les compositeurs inspirés de la New Wave la plus sombre ont la personnalité introvertie qui va avec, tout est exprimé dans leurs créations. Cela ne l'empêcha pas de faire un peu d'humour. Son frère Hervé disparut soudain en coulisses avant de réapparaître au milieu de l'assistance avec sa basse, pour jouer un titre récent repris en chœur par le public. Inoubliable.
Les grands classiques de T21 étaient tous là, le premier par la sublime ballade Electro en français "Il se noie" (surgissement de portables pour filmer…). Mais aussi le recueillement consensuel et un peu remuant de "Breaking Down", vieux titre parmi les plus simples, ou le fort tube instrumental "la fête triste" par Hervé Lomprez seul sur son piédestal de synthés, un peu charrette sur le tempo cependant (rangez vos téléphones et vivez directement l'instant présent, Bon Dieu !)… Le temps passait sans qu'on s'en rende compte et à l'instar des morceaux cela s'arrêta un peu par surprise, avant de revenir clore la visite par l'attendu et circonstancié "the Last Song" qui fit danser beaucoup de monde avant l'ultime acclamation.

La bonne pluie glacée qui attendait au-dehors une affluence rapidement dispersée semblait commandée exprès pour couronner une soirée aussi mélancolique.