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samedi 3 septembre 2016

The Young Gods Rockstore Montpellier 17 octobre 2008

Le Festival International de la Guitare est l'une de ces animations subventionnées qui jalonnent l'année culturelle en vue de sortir les jeunes actifs le soir. Mais parfois il peut y avoir de bonnes choses dans ce genre de manifestations. Personnellement, je n'avais plus vu de concert unplugged depuis la tournée acoustique de The Gathering. Le public était venu assez nombreux au Rockstore et pour une fois je passai pour assez jeune, c'était bien trentenaire voire quadra avec enfants. Il faut reconnaître que ça fait longtemps qu'on entend parler des Young Gods, pour ma part depuis mes quinze ans, rappelez-vous aussi le t-shirt de Shane Embury sur l'arrière de la pochette d'"Harmony Corruption". Je suis arrivé assez gai (en clair, avec une demi-bouteille de rosé dans le nez) et il le fallait bien parce que si je n'avais pas rompu le silence en lançant les applaudissements, personne ne l'aurait fait et ce n'est vraiment pas poli !

Les vétérans de l'expérimentation soft se présentèrent en effet à quatre, avec un troisième guitariste plus jeune et un peu intimidé. Ça faisait bizarre de voir des musiciens de chant s'asseoir et le percussionniste rester debout derrière son set, mais c'était la règle du jeu. N'empêche, ils ont complètement transcendé l'exercice en utilisant une instrumentation bien plus large que l'intitulé du Festival. Si les premiers mots de Franz furent "Amis de la guitare, bonsoir !", on en a vu beaucoup plus que ça.

Pendant une heure et demie, le répertoire des Suisses a été complètement remanié. La voix chaude, un peu sèche, très claire et ample de Franz collait parfaitement avec les sonorités des guitares, et les instruments apparaissant à mesure : copeaux de bois attachés à la cheville avec un micro dessus, éclats de coquillages (?) bizarres, vocoder d'allure Playmobil complètement trippant, harmonica tombant parfaitement sur un titre très Country-Folk, diverses percus en bois, xylophones, baguettes aux formes originales, ce petit clavier dans lequel on souffle qui était très à la mode dans les années 80, samplers ou petits boîtiers, petit ampli au bout d'un fil rouge qui sortait un buzz vrombissant… C'est essentiellement le batteur-percussioniste Bernard qui m'a impressionné de par la palette de ses instruments et la précision de son jeu faussement nonchalant, usant souvent de ses paumes sur les peaux.

Tout ce véritable petit orchestre nous a emmené dans un voyage sonore saisissant. Mis ensemble avec les guitares sèches, ils ont pu créer des montées incroyables, dans des accords jamais entendus, quelque part entre l'Indus, Pink Floyd et Sonic Youth. Pour ceux qui connaissaient bien les titres originaux, ce devait être vraiment puissant, ne serait-ce qu'en imaginant par rapport à ce que j'ai pu ressentir en reconnaissant "Gardez les esprits" malgré la métamorphose. D'autres titres étaient plus brefs, plus secs et plus intimes aussi. Le son était délicieusement pur, en accord avec un jeu de lumières travaillé qui participait à l'enchantement. La seule faute technique a été cette ligne de guitare hyper basse dans l'un des derniers titres, qui vibrait trop et trop longtemps pour ne pas agacer.
Comme l'exercice s'y prête, ils nous ont proposé deux reprises, une de Suicide (pas sûr) et l'autre de Richie Haven ("Freedom"). Le chant est majoritairement en anglais, comme sur les albums, mais quelques titres en français laissent mieux voir le registre abstrait des paroles, mêlé toutefois à des développements souvent sensuels ou franchement érotiques ("Charlotte" !). Il y a eu deux rappels dont le premier était étonnamment long, au total un bon tiers du set. À la fin, le public a laissé fuser des  "Merci !" spontanés qui témoignaient de ce que nous avions vécu une expérience particulière.


These Arms are Snakes Russian Circles Mojomatic Montpellier 31 octobre 2008

Affiche éclectique dans la cave du Mojomatic ce soir d'Hallowe'en, et une belle affluence de 130 personnes environ.

UNDER THE SUN est un quartet local qui fait quelques premières parties ces derniers mois, avec un ex-Eyeless et un ex-Second Breath. Pourtant, le style choisi est bien différent de leurs groupes d'origine, il s'agit de Doom-Stoner avec quelques furtifs passages Noisy ici et là. Il fallait s'accommoder d'un son bien sale et d'un jeu encore approximatif même si c'est moins grave avec des rythmes lents. Les riffs sont pas mal, typiques et relativement travaillés. Non, le gros défaut est le chant, qui est beaucoup trop faible, sans puissance, sentant l'œsophage qui remonte au dedans. Des cours de technique s'imposent dans ce secteur, ou un recrutement. Le set fut assez long, c'est l'avantage d'être à domicile.

RUSSIAN CIRCLES a commencé par se planquer derrière un énorme nuage de fumée qui ne se dissipera qu'en fin de set. Ils accueillent le bassiste de la tête d'affiche. Ils font du Stoner un peu Atmo un peu Psyché, tirant beaucoup sur le Post-Rock. Eux au moins ont eu un excellent son (c'est rare dans cette salle), très propre. Ainsi l'on pouvait profiter des moindres nuances d'un jeu très accordé. Les titres ne dépassent pas le mid-tempo, sont assez longs, sans aucune parole mais sont arrangés de manière assez épique. Si la qualité d'interprétation entraînait l'assistance, le style est néanmoins un peu monotone sur quelques titres joués seulement.

THESE ARMS ARE SNAKES enfin enchaînait rapidement dans un genre très différent. Le mixage était meilleur que l'an dernier un peu plus bas au Baloard : ce soir, la batterie était mieux mise en valeur et elle le méritait bien. Hélas, le son lui-même n'était pas très bon par contre, trop faiblard globalement et assez ingrat pour la basse et le petit synthé (assurés par le même). Le chanteur, comme toujours, s'est complètement lâché en slammant plusieurs fois, cherchant à faire les pieds au mur ou s'arrimant aux crochets, refaisant le coup de la ceinture autour du cou, empruntant une fausse veste en peau de bête lui donnant un faux air de Tyler Durden… Ce qui ne l'a pas empêché d'être aux fraises de temps en temps. Le HC New-School Poppy complètement jeté des ex-Botch fonctionne très bien malgré tout, la petite salle bondée s'est bien bougée. Le set a été un peu court mais ils n'ont pas un répertoire très long et du reste, selon un ami qui suit le groupe, la play-list était parfaite en ressortant les meilleurs vieux morceaux au détriment des derniers, moins convaincants.

La soirée était sauvée. En plus, nous avons gagné un disque de Morgue ("Barbed-Wire Cranium") !

Clan of Xymox Poste à Galène Marseille 1er novembre 2008

Un soir de Toussaint, tempête de pluie et de vent sur les trajets, le décor est idéal pour aller voir l'un des derniers survivants de la grande période de la scène DarkWave (l'un de mes tous préférés pour dire vrai), du début des années 80 et du Rock Gothique encore en activité soutenue, celui qui a gentiment battu les Sisters of Mercy dans le créneau qui leur était pourtant promis. 
Le Poste à Galène est une petite salle associative, située près du quartier de La Plaine dans le centre d'une ville de Marseille au rythme ralenti à cause du match de l'OM en cours et du mauvais temps. Elle est attachante avec son aquarium à fumeurs en haut et une cave à bières très sérieuse. L'espace réduit s'est très correctement rempli d'un public largement trentenaire en moyenne, avec une poignée d'extravagants et quelques métalleux visibles. Sans première partie, le concert a néanmoins démarré en retard à cause de l'ampli de guitare de Ronny, ce qui nous a fait entamer une bonne partie de la set-list de classiques de la Future Pop prévue pour la soirée qui devait suivre. 

Enfin la fumée était envoyée, tandis que le groupe entrait, réservant une entrée triomphale à Ronny Moorings en dernier. Pour cette mini-tournée, le groupe est venu en formule quartet, sans batteur et avec une seule claviériste, les deux pigistes étant déjà connus des fans. Heureusement, la mise en scène n'abusa pas de la fumée par la suite et offrit un jeu d'éclairages assez réduit mais pertinent.
La play-list ménageait une place à tous les albums. La différence entre les trois périodes se sent nettement même si le fond Pop, les lignes mélodiques typiques et le doux chant sépulcral de Ronny en font l'unité. Les deux derniers albums sont privilégiés ; leur Electro pompeuse mais cheap, efficace et facile domina les débats. Quelques exceptions tempérèrent cependant cette orientation : "Louise", "Jasmine & Rose", "Innocent", "Out of the Rain", "Heroes" (reprise de Bowie) proposée dans sa version lente, ainsi qu'un titre encore inédit à paraître pour le prochain album qui n'annonce pas de nouvelle évolution stylistique.

Sur scène, Ronny surprend en faisant beaucoup d'humour, à commencer lorsqu'il lui faut meubler un temps mort après le premier titre pour accorder sa guitare ; plus tard pour quelques annonces, pour se plaindre de l'odeur d'ail s'échappant de la ventilation qui allait droit sur la figure de la pauvre Mojca (!), s'employant à calmer une altercation naissante ("We're not a Metal band"), blaguant sur le batteur caché en coulisses pour expliquer l'ouverture du titre inédit, entretenant une joyeuse complicité dans son groupe. Lorsqu'il n'a pas de guitare en mains, il s'anime plus que ce que l'on voit dans le récent DVD, pour illustrer ses textes par le geste.
Il était bien difficile de suivre le jeu des musiciens en étant placé vers le milieu de salle, il est pourtant clair que les femmes font l'essentiel du boulot en réalité. C'est Mojca qui entretient le fond dansant des morceaux avec sa basse vrombissante : ce en quoi l'influence durable de New Order reste indubitable. Cette importance structurelle correspond d'ailleurs au rôle moteur qu'elle a tenu dans la résurrection du Clan et depuis par l'accomplissement de nombreuses tâches secondaires indispensables à la vie du projet aux côtés de Ronny. Le synthé joué par son autre comparse fait pour sa part l'essentiel des charmes des morceaux. Certes, la guitare rythmique muscle les morceaux mais dans les proportions et les sonorités du Rock classique ; Ronny s'emparant régulièrement d'une autre guitare pour apporter des notes mélodiques en arpège ou le plus souvent en contrepoint. Le son était bien et permettait de se passer de protections auditives (ce dont je n'ai pas tellement l'habitude pour les concerts en salle !).
Comme le public l'espérait à force de réclamer avec insistance de vieux titres, les deux rappels furent tournés exclusivement sur la période 4AD : "Cry in the Wind" et "A Day" (enchaînés plus vite que prévu), d'abord ; "Stranger" et "Muscoviet Mosquito" pour un final éreintant !
Un grand concert dans une petite salle, c'était quand même le pied ! Sortant vanné après avoir tant dansé, ayant de la route à faire, je n'ai pas traîné après la fin.

Disgorge (Mex) Inhume TAF Saint Jean de Védas 3 novembre 2008

En ce lundi brutal c'est une chambrée moyenne qui s'est rassemblée.

GRIMNESS 69 est le quintet de Brutal Death qui lança la boucherie. L'expérience encore faible se sent dans les pauses qui ont l'air de gros blancs ou les gimmicks excessifs, clichesques (voire un peu débilous) du chanteur. Il y a pourtant de l'ambition visible avec cette basse à six cordes, et surtout la volonté que l'on devine pour le batteur qui est unijambiste ! Le groupe joue à peu près ensemble, malgré un problème avec la deuxième guitare qui est restée étouffée pendant la moitié du set, donnant l'impression d'un manque de puissance sur les premiers titres. C'est essentiellement le batteur qui tire le collectif (chapeau au regard de son handicap), la basse étant sous-employée et les compos sans surprises à part deux breaks de basse étranges. C'est très perfectible mais correct pour ouvrir un concert de Death UG.

Les Néerlandais d'INHUME n'ont qu'un seul guitariste et deux chanteurs (celui qui a des cheveux et celui qui n'en a pas, celui qui parle un peu français et celui qui n'essaye même pas). Il n'y a qu'un seul guitariste mais il suffit amplement, car la rigueur de la section rythmique confère à leur Goregrind une puissance de feu ravageuse, en étant évidemment mieux carrés. C'est là qu'a réellement commencé un pogo assez violent – un jour un crâne va exploser avec ce pilier au milieu. Leur répertoire est très classique pour ce style. Ils sont devenus une valeur sûre au fil du temps, avec une bonne discographie qui leur donne une palette étendue de titres de longueur variable, ayant souvent un petit détail accrocheur comme cette rythmique galopante invitant au circle pit, certains morceaux particulièrement réclamés faisant figure de classiques. Je crois que je les avais déjà vu il y a six ans avec Dying Fetus à Perpignan et un seul chanteur, ils ont bien taillé leur chemin par rapport à mes souvenirs.

DISGORGE se présenta enfin avec une intro genre BO angoissante (à la Hocico, voire !) avant d'envoyer son Brutal Death de haute volée. Le son était bon mais sentait un peu trop le synthétique jusqu'à ce que la double grosse caisse soit mixée à un volume plus normal et arrête de tout écraser. Les vocaux d'outre-tombe du guitariste-chanteur sont favorisés par le placement du micro très bas sur le pied, ce qui l'oblige à se tenir les jambes écartées et la tête en avant, dégageant ainsi son diaphragme. Les annonces de titres, paradoxalement, étaient vociférées en chant aigu et imbitable ! Le propos est très hermétique mais heureusement pas aussi lassant que chez d'autres. D'habitude on sent quand même le temps passer avec ce genre mais là, aucun souci. Surpuissant, le quartet joue très précisément ce qui n'est pas assez exploité sans doute. Il y a toujours un break de batterie (surprenant à l'entame du deuxième titre), un final enlevé, un bref passage en solo ou le plus souvent sur un rythme plus ralenti pour venir rompre toute monotonie, sans pour autant relâcher la tension. La reprise de Grave (référence inattendue) contribua à aérer un peu le propos malgré l'adaptation de ce titre de Death suédois au style propre aux Mexicains.

Bref, un bon concert où la complicité entre les trois groupes était très sensible.

Opeth Cynic The Ocean Havana Night Toulouse 28 novembre 2008

Venant de loin, je suis arrivé assez tôt et il y avait encore peu de monde, ce qui laissa le temps de reluquer (sans craquer) un merchandising fourni. Il y eut une grosse arrivée pile à l'heure et au final une forte affluence malgré la grande taille du Havana Café. Cela s'expliquait par une large mobilisation géographique : j'ai croisé beaucoup de Montpelliérains et de Bas-languedociens dans l'assistance (et aussi au retour à l'aire de Narbonne !), et l'on comptait beaucoup d'immatriculations lointaines sur le parking. On entendait même dans la salle une bonne bande d'espagnols (et contrairement aux apparences c'est rare car le trajet n'est pas facile en réalité pour eux). Tout ceci en dépit de la concurrence d'une autre grosse affiche ce soir-là à Toulouse (le Stade recevait l'Aviron aux Sept Deniers).

C'était donc à THE OCEAN d'ouvrir ce très beau cartel. Ce quintet avait un très bon son, puissant et propre (étonnant pour un premier groupe), il livra set très pro avec un jeu de scène à l'aise, impeccable… mais ce n'est pas ça. Le positionnement de ce projet est bancal. S'ils prétendent faire du Post-Core sous l'influence limpide de Cult of Luna et Isis, l'attitude scénique énergique et le son complètement métalliques sont hors de propos. On ne sent aucune blessure, aucune folie, aucune profondeur dans ces riffs insipides ; et cette poignée de passages au violon ne tient pas une seconde la comparaison avec le travail instrumental habituel dans ce genre. S'il est dit qu'ils font du Metal, c'est alors un répertoire tout juste bon pour trentenaires ramollis et blasés qui se réfugient derrière la modernité pour se justifier. Car sous ce vocable, les riffs sont tout aussi apathiques et convenus en dépit de l'excellent son, les cordes n'arrangeant pas ce constat. Le dernier titre remontant aux jeunes heures fut plus violent, heureusement. Mais je ne regrette vraiment pas d'avoir fait l'impasse dessus quand ils sont passés en tête d'affiche cet hiver à Montpellier.

Devant le nom de CYNIC, tout fan de Death s'incline, et quelques personnes étaient venues pour eux spécialement (pour Paul Masvidal c'était un lointain retour aux sources puisque son nom de famille est typiquement français méridional, à l'origine). Avec l'âge, ils n'ont plus les dégaines de gros métalleux Américains, mais quelle importance ? La batterie était installée, faute de place sur scène, tout à gauche en regardant. Leur style original et marquant utilise un son surprenant pour l'étiquette Death Metal, très clair, assez compact, au volume très supportable sans protection auditive. Contrairement à ce que je croyais en écoutant sur album, les vocaux clairs (vocodés en quasi-permanence) et Death ne sont pas assurés par le même. Ce n'est pas trop la peine de décrire une musique étrange, très reconnaissable et tout compte fait bien connue. Les titres de "Traced in Air" se révélèrent dans la continuité, mais avec un orientation encore plus éthérée et instrumentale que jadis. Au milieu, "Veil of Maya" parut comme le titre agressif du lot. Elle était jouée aussi bien qu'en studio. Ils n'ont toutefois donné qu'un seul titre de "Focus", alors que selon les témoignages il y en avait au moins un autre lors des autres dates. Tous appliqués sur leurs partitions très complexes, ils ont laissé leur chanteur maintenir un bon lien vers le public en intervenant avec un anglais très compréhensible. Il présenta modestement son groupe comme ayant un long passé (et comment !), promouvant leur album et expliquant qu'il regrettait de ne pouvoir nous parler espagnol ("Do you like spanish people ?"). Cette attitude était bienvenue pour ne pas laisser sur l'impression d'hermétisme que pourrait donner leur répertoire, ses thèmes ésotériques et un jeu scénique nécessairement retenu pour jouer correctement. Le set a donc peut-être été écourté ou modifié, en tout cas il aura duré presque une demi-heure et forcé le respect des sceptiques.


La foule compacte se massa encore plus devant pour OPETH qui se présenta sous des acclamations ferventes dans le sillage d'un Mikael peu en voix ce soir malgré son t-shirt à l'effigie de Conan : son growl était trop juste au commencement, le chant clair resta tout le long du set trop nasillard pour sa part, trop chanté avec la tête seulement. Ce détail et la relative raideur collective sensible en début de set laissent croire que c'est sans doute un effet de la fatigue. Il a fallu également amoindrir le volume de la seconde guitare et pousser celui des claviers. Au bout de deux titres joués devant un public encore un peu transi (un joli slam quand même), le miaulement choral de quelques – fausses ! – groupies a détendu l'ambiance, offrant à Mikael l'occasion de commencer ses blagues débiles sans lesquelles un concert d'Opeth ne serait plus pareil. Rassuré sur la réaction du public, le groupe a vraiment pris toute sa dimension avec une version sublime, fantastique de "Godhead's Lament". Au long du set, j'ai pu redécouvrir la basse chez Opeth, grâce à un mixage plus à l'avantage de Martin Mendez. Wiberg reste droit comme une cheminée quand on n'a pas besoin de lui mais se lâche complètement tout en jouant sur ses vastes claviers, sans se planter pour autant. Au fil des années, Mikael Akerfeldt est devenu vraiment cabotin avec son public, il fait de plus en plus le pitre, les interludes tournent au stand-up maintenant. De toute manière, la foule des admirateurs est conquise d'avance, réagit au quart de tour autant que pour applaudir les titres ou lever les cornes en masse à bout de bras. Les nouveaux titres ont remporté un succès égal aux plus anciens. "Hope Leaves" a ouvert une petite pause en milieu de set et s'est terminé par un excellent solo de guitare greffé sur l'original, avant d'être enchaîné avec une version complète et intraitable de "Deliverance". Le groupe s'éclipsa après "Demon of the Fall", longuement annoncé et devenu trop habituel en concert à présent (sans méjuger sa qualité).
La plaisanterie a pris le dessus lors du rappel. Après avoir traditionnellement présenté ses acolytes par de bonnes mises en boîte, Mikael essaya d'enchaîner avec "The Drapery Falls" dont l'intro tourna à la joyeuse catastrophe : le doigté mal assuré à la seconde guitare fut suivi d'une mauvaise entrée de Mikael sur les premières notes, en chant clair. Pendant que tout le monde gloussait et que le reste du groupe continuait de jouer, il se retira au fond de la scène pour s'éclaircir la gorge. Mais une fois de retour au micro, au moment de retenter le premier couplet… Axenrot enchaîna sur le roulement qui suit, coupant net Mikael et provoquant l'hilarité générale ! Une petite pause le temps d'en rire, et on repartit pour une interprétation sans autre anicroche. Comme a dit Mikael, il leur faudra un peu répéter ensemble. Un salut final et tout le monde au lit.
Les nouveaux morceaux passent parfaitement sur scène, et Opeth est vraiment devenu une grosse machine de scène où le show prend de plus en plus d'importance sur la musique. D'ailleurs le set me semble à moi aussi, avec le recul, un peu court. Nous sommes très contents d'entendre de nouveaux morceaux et que la pioche dans l'ancien répertoire tourne un peu, mais il y avait probablement la place pour un titre de plus (de la période Candelight, de préférence). En dépit de ses réserves, cette soirée reste un beau succès et il faut espérer de futures visites.

Set list Opeth :

Heir Apparent / The Grand Conjuration / Godhead's Lament / The Lotus Eaters / Hope Leaves / Deliverance / Demon of the Fall.
Rappel : passage extrait de "Watershed" non précisément identifié / The Drapery Falls.

Nous reviendrons sur place dans deux semaines pour Entombed, Cryptopsy et compagnie.

Entombed Cryptopsy Beneath the Massacre Havana Night Toulouse 11 décembre 2008

Retour au Havana de Ramonville quelques jours après Opeth, pour une affiche proposant un beau parcours transversal dans la scène Death Metal d'aujourd'hui. Si la chambrée n'était pas comparable avec celle de l'autre jour, elle était bonne pour le genre même si c'est arrivé progressivement. Et le problème était que le concert a vraiment commencé à 19 h, comme annoncé, à cause d'une soirée étudiante qui devait suivre. J'ai donc raté le premier groupe.

IGNOMINIOUS INCARCERATION (à vérifier mais je crois que c'était eux) est un jeune groupe aux dégaines plus coreuses que métalleuses de prime abord, je n'ai vu que la moitié de leur set. Ils font du Death moderne typique, pas très original, avec des blasts et des riffs joués moyennement carrés. En fait, j'avais l'impression de déjà voir le groupe suivant avec quelques années de moins. Ils vont sortir un premier album début 2009, et on pouvait hocher de la tête sur quelques passages.

BENEATH THE MASSACRE était très attendu par une partie du public, la plus jeune. Le son était étonnamment mauvais par rapport à la production siliconée de l'album. Heureusement, l'interprétation était aussi carrée qu'en studio par contre. La communication en français emporte évidemment une certaine empathie. Les fans auront une vision très différente du même set, mais il est bien difficile de rentrer dans un Death aussi froid, abusant des riffs en 1.0.1.0.1.1. etc… basiques, enjolivant les ponts avec des soli en tapping impersonnels au possible. Mais j'en ai senti moins que sur album, bizarre. En un temps de jeu bref, BTM s'est montré à son tour emblématique de la nouvelle vague et des errements qu'on peut lui reprocher. Il reste tout de même quelques bons passages, une efficacité indéniable sur le moment mais bien incapable de saisir les tripes.

Pendant l'entracte, j'allais me désaltérer en compagnie de l'ami Lustus (qui salue les anciens de VS au passage), et j'entendis au bar de grands connaisseurs pérorer sur ces enculés de CRYPTOPSY qu'il fallait boycotter avec l'album de merde qu'ils venaient de faire. Même que le batteur avait fini par partir (??!?!!?). Cette anecdote pose crûment le contexte pour l'un de mes groupes favoris, et le fait est que le parterre était assez clairsemé lorsqu'ils se présentèrent, dos au public. Et là, surprise ! La setlist était axée presque exclusivement sur les quatre premiers albums. Je n'ai cru reconnaître qu'un seul titre du dernier album (l'un des plus brutaux) et pas un seul du précédent (mais cela ne prouve rien, car même pour les vieux fans il est difficile d'identifier sur le vif des titres aussi intenses ; j'ai parcouru la set-list de scène à la fin et elle n'était pas conforme à ce qui a été joué). Des tunes (ainsi disent-ils !) comme "Crown of Horns" (ou "My Prodigal Sun", j'ai un encore un doute), "Abigor", "Slit Your Guts", "We Bleed", "Cold Hate, Warm Blood" ou encore "Phobophile" ont rapidement ramené l'assistance vers la scène et personnellement, j'étais aux anges de vivre enfin un tel carnage tandis que les premiers pogos de la soirée apparaissaient.
Le quintet offre un jeu de scène peu statique (Chris Donaldson se lâche même bien) sans pour autant laisser entendre de pains. Flo Mounier – car c'était évidemment bien lui… - est effectivement un batteur impressionnant, infaillible et souple derrière un kit très fourni. En le regardant, il donne la même impression de grande facilité que celle dégagée par Federer (!). Matt n'a donc eu aucun passage en voix claire à faire, il se débrouille très bien en français québécois mais répétait toutes ses annonces et harangues en anglais. Le son était proche de celui des albums, ce qui est regrettable car les quelques soli de guitare s'en trouvaient partiellement noyés. Pour sceller la réconciliation, un Braveheart a ouvert le dernier titre. Ce n'est pas la première fois qu'un groupe fait l'impasse sur l'album qu'il vient de sortir, mais j'y reviendrai. En tout cas, cette stratégie a été largement victorieuse et a bien donné tort aux boycotteurs, ça méritait bien que je leur prenne un deuxième t-shirt.

Il est superflu de présenter ENTOMBED, qui n'a pas pris une ride depuis la première fois que je les avais vu il y a cinq ans (mon premier report sur Violent Solutions, d'ailleurs). Étant eux aussi tenus par un temps de jeu court, ils n'ont pas laissé beaucoup de temps morts de toute manière. Dans un style bien différent, ne faisant aucun étalage de technique mais monstrueusement efficace, ils ont vraiment déroulé une leçon de Death accrocheur, groovy et dansant en diable, presque Motorheadien avec un chapelet de riffs mortels. Pour aller encore plus à l'encontre de la tendance actuelle, ils avaient un son très naturel pour un matériel tout aussi classique : la batterie, par exemple, semblait bien pauvre par rapport à ce qu'on avait vu avant mais n'en faisait pas moins mal. Cependant, Lustus faisait remarquer qu'il manquait quand même une seconde guitare sur quelques titres, en formule quartet. De plus, j'ai trouvé pour ma part que la basse était bien faiblement mixée pour un style aussi Rock.
Le répertoire, homogène, s'équilibrait entre des titres anciens et d'autres plus récents. Le public enthousiaste s'est déchaîné, comment résister à "Crawl", "Left Hand Path" ou "Serpent's speech"? Le pauvre Lars-Goran Petrov était malade et il semait sans discrétion de gros jets gras de morve liquide un peu partout sur scène (slurp !), son chant était donc un poil justet d'autant que le micro l'a brièvement lâché en fin de set (c'est l'un des derniers à encore utiliser un filaire, d'ailleurs). Mais son état n'a pas entamé son habituel jeu de scène jovial et titubant. Sur les derniers titres, sa volonté luttait visiblement contre l'épuisement tout comme l'assistance elle-même n'en pouvait plus. Il y eût quand même un bref rappel enchaîné, qui s'est conclu par un salut collectif théâtral façon Opeth largement acclamé.


En fin de soirée – il était seulement 23 h à tout casser – j'ai pu avoir une petite conversation avec Alex Auburn qui m'a expliqué spontanément que le choix de la set list était la conséquence des retours qu'ils ont lu sur Internet au sujet du dernier album. Il s'est également félicité des qualités vocales de son nouveau chanteur et de sa culture anglo-saxonne, beaucoup plus forte en matière de théorie musicale que celle des francophones, déplorant ensuite la faiblesse de la scène française par rapport à d'autres scènes européennes notamment et invitant à s'expatrier chez eux comme l'ont fait certains de ses amis français d'origine établis au Québec pour raisons musicales. Par ailleurs, Lord Worm enseigne désormais l'anglais en tant qu'intervenant auprès d'entrepreneurs francophones désireux de s'améliorer.

Ce concert valait sans conteste le voyage. Il aurait parfaitement fait l'affaire pour une première partie de soirée Thema sur Arte intitulée "la scène Death Metal aujourd'hui" pour introduire un débat sur le clivage de génération du public, la prise de risques et les réactions qu'elle peut engendrer, l'écart entre Vieille et Nouvelle école, blasts ou groove, etc, etc…

mercredi 31 août 2016

Front 242 Bikini Toulouse 29 janvier 2009

Il fallut attendre une grande affiche pour ouvrir enfin l'année 2009, après avoir dû sacrifier Misery Index pour cause d'exam'. Encore une fois en peu de temps, il fallut aussi se déplacer à Toulouse mais c'était la première fois que je mettais les pieds au nouveau Bikini après tant d'années. C'est à présent une grande salle moderne à l'entrée est de l'agglomération (près du Canal du Midi) qui sent encore le neuf, avec vaste parking, vestiaire, bar extérieur, restaurant orné de dessins originaux de Vuillemin et Margerin, autour d'une grande salle principale surplombée d'une grande mezzanine.

Le public était très nombreux, une assemblée franchement trentenaire voire souvent plus, avec pas mal d'étrangers dans le tas. D'autres étaient venus de loin comme moi car depuis que Front 242 ne fait plus de tournées, chaque concert est un événement. Mais hélas, une partie de l'assistance s'est montrée assez peu concernée, certains ont chambré à voix haute pendant toute la première partie avec des blagues du niveau de Pépé qui fait la queue chez le boulanger. D'autres étaient visiblement plus venus pour parler et boire des demis. Une minorité certes, mais pénible (j'aurais peut-être dû aller plus devant, aussi). Y'avait quelques rares gueules de metalleux disséminées (comme avec Depeche Mode).

La soirée commençait avec l'un des multiples projets auxquels s'est intéressé l'un des membres du groupe, Patrick Codenys. LA ZAMPA est un duo de danseurs contemporains pour lesquels il s'occupe de l'accompagnement musical, qui nous a proposé son spectacle "La Tombe du plongeur". Je partais avec un a priori car je ne suis guère amateur de cet art et ça partait mal avec ce début violent à la Costes. Mais le surréalisme a pris le dessus dans une performance physique et parfois touchante au cours de laquelle les deux danseurs sont restés nus presque tout le temps. Dans un jeu d'ombre et de lumières très travaillé et enrichi par la présence fréquente d'un assistant, des projections murales et aussi par un amas de télévisions posées sur le côté de la scène. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris mais j'ai ressenti un certain plaisir à suivre cette histoire d'amour, de souffrance et de désir. Il y avait une intensité plus grande lors des scènes interprétées à deux, y compris ce final qui confirmait les sens contenus par l'ensemble. C'était original et plus intéressant que ces performances SM où la scène moderne se fourvoie prétentieusement parfois.

Laissez-moi vous présenter FRONT 242 le temps que les assistants de la salle installent les deux synthés et la batterie. Très réputé pour ses sorties live depuis presque trente ans, cette institution de la scène alternative belge et de l'Electro a acquis une large reconnaissance internationale en tant que co-fondateur de l'EBM, portant haut l'ambition d'une musique dansante d'inspiration strictement européenne et continentale, sans références aux musiques d'inspiration africaine ou anglo-saxonnes, toujours binaire. En plus de cela, le groupe a pris le risque d'évoluer ensuite vers les autres styles d'Electro et d'Ambient en suivant de loin l'évolution générale de la mode ou de se consacrer aussi à beaucoup d'autres projets parfois fort éloignés (Revolting Cocks, 32Crash notamment). Cette attitude leur a valu de devenir une référence de choix dans le milieu musical en plus d'être vénérés comme des pères par la scène EBM ; ils ont tourné avec Ministry, Alice in Chains et Depeche Mode par exemple, et U2 les a cité comme influence (!). Dernier détail : le jeune batteur sur la scène est un pigiste, le véritable quatrième membre (Daniel B., vrai fondateur du projet) est toujours à la table de mixage pendant les concerts. Remarquons avant que les lumières ne s'éteignent que le matériel est de l'analogique classique. La tendance actuelle dans l'Electro étant de revenir à ces moyens basiques, le quartet a décidé de suivre le mouvement en remettant à l'honneur à cette occasion leur ancien répertoire créé naguère avec un matos de ce type.

Le set débuta avec la descente introductive de "Happiness", dans sa version du récent live "Moments 1". Front 242 se présentait avec un son énorme, puissant et parfaitement clair (boules quiès inutiles) qui annonçait aussi par là un programme dans la droite lignée de ce live de reformation qui remettait à l'honneur le vieux répertoire purement EBM. Un large mur d'images a été aussi utilisé surtout pour les titres anciens, assez sobre, homogène et un peu rétro. Pour les quelques autres, plus lents, que l'on retrouve dans "Moments 1" et qui apparaîtront normalement dans un prochain album, c'était plutôt les effets de lumière qui jouaient. Le chant était naturellement soit alterné entre Jean-Luc De Meyer et Richard 23, soit en duo. Patrick Codenys enfin n'a pas quitté son clavier. Les lunettes noires étaient évidemment de rigueur !
La set list a été donc très semblable à celle de "Moments 1", dans un ordre différent et légèrement raccourci. "Take One" irrésistible, "Funkhadafi", "Religion" qui s'impose dans le tas malgré son appartenance à la période plus synthétique, "Commando Mix", "Welcome to Paradise" connu par cœur du public, "Im Rhythmus Bleiben" (rebaptisé pour l'occasion "Restez en rythme"), "Body to Body" ont été entrelardés comme je disais par d'autres plus récents, généralement chantés par Jean-Luc De Meyer. Les grands classiques retrouvent leur nature grâce au retour de l'analogique mais bénéficient aussi des améliorations offertes par le progrès dans ce domaine depuis le début des années 80, ce qui justifie largement ce choix artistique. Quant aux nouveaux titres ils remportèrent un moindre succès bien qu'ils s'inscrivent dans ces sonorités vintage, sans doute parce qu'ils sont plus simples. Ils permettaient de souffler. Il le fallait bien car comme ils en plaisantaient, on n'a plus l'âge. Il est drôle de les voir se bouger façon poupée mécanique, mais c'est l'origine de la danse pratiquée dans les clubs d'Electro Gothique. Beaucoup de gens dans le public – et votre serviteur ne se sont d'ailleurs pas gênés, je suis même surpris que tant de spectateurs soient restés amorphes.
La communication fut parfois brouillée par la réverbération, sans importance. L'essentiel était dans l'efficacité inusable des grands classiques. D'ailleurs, "Quite Unusual" s'est aussi glissé alors que ce morceau incontournable est écarté de "Moments 1", faisant un bel effet d'invité surprise. "Headhunter", repris largement par la foule les bras en l'air à compter de un à quatre selon le refrain, venait enfin annoncer la fin de la fête… prolongée par un rappel ouvert avec "Kampfbereit" auquel a été inclus un passage du "Radioactivity" de Kraftwerk et une strophe en français, "Until Death – us do part" et l'inévitable "Punish your Machine" en ultime final comme il se doit.

Le groupe gère lui-même son stand, et il est exceptionnel qu'un groupe aussi ancien et influent soit aussi accessible, passant du temps avec ses fans avec un plaisir plus sincère que, pour comparer, le gros groupe de Metal américain moyen… Que non pas, ils sont adorables comme le sont les Belges. Une référence à tout point de vue, décidément, et une soirée dont on se souviendra.

Daniel Bressanutti : production, remixage, programmation, mixage live
Patrick Codenys : production, remixage, programmation, claviers, samplers
Jean-Luc De Meyer : paroles, chant
Richard Jonckheere : percussions, chant, paroles, samplers