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mercredi 19 octobre 2016

Cheinsow K-Again Klone Antirouille Montpellier 22 octobre 2005

Bien faible assistance ce soir à l'Antirouille, on a dû commencer avec quinze spectateurs au bas mot. Heureusement ça s'est un peu rempli par la suite. Mais 'faudra pas se plaindre si c'est à nouveau la disette cet hiver sur les concerts Metal au Clapas !

TAF ouvrait le plateau. Le groupe est à l'aise sur scène, et propose un Power Metal basique. Pas de surprise. Mais l'interprétation sincère et généreuse a rendu le propos assez entraînant et admissible au niveau du jeune groupe qui démarre. Restera à étoffer les compositions.

Inutile de présenter KLONE par ici. J'ai pas tellement reconnu le son habituel du sextet, bien plus propre en studio. La différence entre growls et chant clair s'en est ressentie, ainsi que les instruments à vent derrière (j'ai mal vu lesquels). Quelques titres offrent des riffs plus complexes ou de petites surprises, ce sont les plus intéressants. Le bassiste se charge plus de la communication que son chanteur (la poutre de Bamako, vous connaissiez ?). Le groupe se montre convaincant à mesure que les titres sont interprétés, mais n'est pas du tout prise de tête pour autant. Ce qui collait bien à l'ambiance de ce soir, bon enfant à défaut d'être populaire. Plus largement le style de Klone est bien défini, ne reste plus qu'à le faire valoir. Pour cette fois, un son un peu plus clean aurait permis de mieux en profiter, à mon avis. C'est bizarre parce que l'Antirouille est plutôt une salle très correcte sur ce point, d'habitude.

Les Italiens de K-AGAIN se présentent en chemise noire et cravate, avec deux membres bons pour le service en première ligne du XV national. Le set commença par un long sample du "Parrain" (cliché ?) assez bien enchaîné avec le premier morceau. L'imposant chanteur n'est pas trop sûr de lui en français mais n'en est pas intimidé pour autant (c'eût été étonnant). Il a même un certain humour pince-sans-rire. Les premiers titres étaient pas mal, plus dans le genre énergique et entraînant que brutaux, avec notamment des vocaux parlés en clair de temps en temps. Les influences les plus sensibles sont Mudvayne et le Power Thrash Américain (mais pas dans sa tendance la plus bourrine). La seconde partie du set se montra plus lourde et puissante, certains passages rapides démontraient que le groupe était techniquement au point et capable de monter en puissance sans larguer l'assistance. Deux chansons sont sensées parler d'amour, on ne sera pas surpris qu'elles aient été dans les plus rentre-dedans. Le batteur a souffert pas mal de pépins mais fit un solo au cours de l'un des derniers titres, assez long. Au terme d'une performance probante, K-Again torchait une reprise finale du fameux riff principal de "Domination" en hommage à qui vous savez. On ne saurait qu'apprécier.

CHEINSOW finalement avait été invité pour clôturer la soirée. Le ton était donné sur un très bon Power Metal aux influences HC très nettes. Brutal, simple et inspiré. Les locaux ont eux aussi une certaine expérience de la scène et leur chanteur se donne généreusement, genre Phil Anselmo. L'interprétation est bien carrée, détail déterminant qui assure aux morceaux l'efficacité nécessaire et fait de Cheinsow un groupe fort sur scène en attendant de faire ses preuves en album. C'est déjà beaucoup. Les titres sont compacts, intenses et sans fioritures ; ils tombent parfaitement. On s'est fini sur une reprise que j'ai pas su reconnaître, qui sentait bien son HCNY. Formation à suivre, ça pourrait faire mal dans quelque temps.

Watcha Gojira Hypno5e Rockstore Montpellier 24 novembre 2005

J'arrivai trois quart d'heure avant mais HYPNO5E jouait déjà. Ayant vu le groupe plusieurs fois pas de surprise sur le fond d'une musique entre passages vaguement mélodiques ou émos, samples de dialogues de films, voire passages teks et surtout moments plus énervés avec des riffs à la Gojira justement. Mais la nouveauté, c'est que le groupe a fait de réels progrès. Toujours aussi peu communicatifs mais bien plus à l'aise sur scène ce qui compense niveau chaleur. Le quatuor a plus confiance en lui, il est tout à fait en place notamment basse (ce qui lui permet de se lâcher un peu sur scène) et batterie. Je dirais pas que j'accroche enfin à ces compos assez déroutantes mais maintenant, je vois mieux où ils veulent en venir.

GOJIRA vint ensuite. Pas la peine de trop s'étendre puisqu'on est sur la fin de la tournée et que tout le monde a vu… Et pourtant il y a eu des nouveautés par rapport au mois dernier à Toulouse. Le son était très similaire, juste comme il faut, pas trop poussé. Le programme tournait autour des mêmes morceaux mais il y a eu quelques modifications dans l'ordre (Flying Whales dédicacé à "la secte" est venu plus tôt, par exemple) et le set a été écourté. En refaisant mes comptes il manque au moins deux titres. Le public était nettement plus expansif qu'à Ramonville mais il faut dire que cette fois la température ambiante était tout à fait supportable, et ça joue. Le groupe est toujours autant bien en place (Gojira c'est aussi une grande rigueur technique), Jean-Michel est particulièrement joisse. Encore deux brillants soli de batterie en intros de titres… On sent bien un petit clivage entre l'accueil des titres anciens et ceux du dernier album mais ces derniers sont chaleureusement envie. La première grosse nouveauté était ce mur d'images sobre, tout en noir et blanc mais très pertinent. Il était inspiré par les pages intérieures des jaquettes des différents albums selon les titres interprétés. Et c'est important parce que derrière l'écrasement des riffs cela rappelait une certaine profondeur à laquelle les Landais prétendent. On a donc eu les croquis à la Léonard de Vinci (d'ailleurs Mario le bûcheron portait un t-shirt Leonardo et ce n'est pas du tout un hasard sinon une clef de l'univers de Gojira) et les dessins de baleine ou dragon, les clichés forestiers à la "The Link"… et le clip intégral de "Love" projeté pendant que le titre était joué ! Seconde originalité : le rappel s'est ouvert sur "Bleeding", titre issu de la mythique démo "Possessed" du temps de Godzilla ! La différence de style était très sensible, des riffs plus orthodoxes, plus complexes mais prenants, l'effet de surprise était complètement gagnant (n'est-ce pas Furious slammant sur ce titre…). C'est que maintenant Gojira a une certaine histoire derrière et nous fait le coup de ressortir les vieilleries mythiques pour les fans de la première heure... Enfin clôture sur "Lizard Skin". Gojira a été très chaudement acclamé à de nombreuses reprises, concert limite triomphal, à très bientôt j'espère… Fort intéressant de voir un combo de cette envergure évoluer à quelques semaines de distance sur une même tournée ; les nouveautés compensant l'amputation de la set list.

Après un long intermède s'est présenté WATCHA… Et je vous avoue que de toute façon j'ai une sainte horreur depuis longtemps de ce groupe qui rassemble presque tout ce qui m'horripile depuis trop longtemps dans la scène française. La formation ne s'est pas dégonflée, elle est bien en place. Mais plutôt que de rester à dauber au bar et vous saouler ici de méchancetés gratuites, j'ai préféré suivre des amis dîner au resto japonais. On a pas été les seuls à mettre les bouts dès les premiers morceaux, au demeurant, même si devant le public y était.

Maintenant, c'est le grand désert métallique sur Montpellier et la région. J'ai pas vu Olivier… J'ai aperçu Buffet à photographier ou à danser le Rock sur Watcha en partant !

Opeth Burst Toulouse le Ramier 7 décembre 2005

Le public était venu en bon nombre et souvent en couple ce soir pour la date toulousaine de la tournée 100% suédoise, à la salle du Ramier. La déco trahit tout de suite l'usage habituel des locaux en boîte de nuit dans toute son horreur ! Le spectacle commençait avec BURST venu défendre son dernier album. Le HC qu'ils proposent m'a instantanément fait penser à Isis, et pas franchement à leurs compatriotes de Cult of Luna. Il est sans doute très difficile d'ouvrir pour Opeth, mais ces coreux montrèrent vite qu'ils étaient bien mieux que de vulgaires chauffeurs de salle, n'en déplaise à une paire d'ultras (en t-shirt Symphony X…) braillant après la tête d'affiche. La qualité de leurs titres est incontestable, le son live était impeccable et aurait pu être parfait si les chœurs en clair avaient sonné plus juste, le chant étant lui-même délicieusement typé HC. La touche Rock Psyché annoncée ici et là était effectivement sensible au détour de l'un des fréquents passages acoustiques qui agrémentent les morceaux. Seul le second titre, à ma mémoire, était purement "in your face". Le bon jeu de lumières aussi était très appréciable parce que c'est quelque chose que l'on néglige trop souvent dans les concerts de HardCore. Burst n'a pu hélas jouer qu'une demi-heure, et c'est frustrant car on en aurait bien repris un quart d'heure de plus au bas mot, moi du moins.

Mais OPETH voulait se préserver un long set comme ils en sont coutumiers. On aurait presque pas senti le temps passer, du reste, étant donné la qualité du programme. Arrivant sous les acclamations et un joli fond rouge, la bande à Mickaël ouvrit bien évidemment avec le premier titre de son dernier album comme il se doit ("Ghost of Perdition")… Presque tous les albums ont été représentés, mais il est clair que la période Candlelight (soit les trois premiers) est bien moins connue de l'assistance qui répond de façon bien plus retenue sur "When" interprété aussitôt après (mon moment préféré de la soirée !) et "Under the Weeping Moon" exhumé d'"Orchid". Mais ces plongées dans le passé montrent qu'Opeth n'a en rien renié son passé, pour le bonheur des vieux fans. Je n'ai pas pu apprécier la performance technique du groupe car je n'étais pas très bien placé mais si j'en juge par ce qui sortait des enceintes c'était un sans faute. Le batteur emprunté à Nifelheim s'est montré tout à fait à son avantage. Opeth interprète très fidèlement ses titres là où d'aucuns feraient des medleys. Ce choix d'intégrité permet de restituer au mieux les ambiances tant appréciées sur album et toute l'audacieuse profondeur qui fait d'Opeth un groupe d'exception. Seule petite surprise, l'enchaînement d'un "Closure" mutant de plus en plus vers le Metal jusqu'à introduire "Bleak". Très brillant, effet garanti. Le son était très clair, mais point trop propre ce qui préservait un aspect live. Ce n'est peut-être pas la peine de reconstituer la set list complète, on a eu "White Cluster" (bonne idée de ne pas choisir la facilité et les titres d'ouvertures à chaque fois), "The Baying of the Hounds", "The Grand Conjuration"… Mickaël se charge de la communication mais c'est un vrai Suédois obligé de forcer sa nature réservée, et il nous sert des plaisanteries pince sans rire de lord anglais à l'heure du thé (bien que parfois ce soit grivois). Qu'importe, les fanatiques donnent le ton et le public lui mange dans la main. N'empêche que le maître s'égare parfois dans des boutades que lui seul ou parfois ses compères semblent comprendre. Quelques bonnes blagues cependant comme lorsque Peter Lindgren cherchant à s'accorder entre deux titres restitue juste l'effet et les toutes premières notes de "Welcome to the Jungle" et Mickaël de susurrer d'un ton choqué au micro "Oh no, we're not gays !". Il va même jusqu'à expliquer que comme il ne parle pas français il va nous parler en allemand pour la blague, et il le fait... Tout ceci et son regard désarmant paumé vers les nuages donnent vraiment l'apparence d'un authentique génie un peu à l'ouest dès qu'il faut redescendre (et l'usage immodéré des substances ne doit pas aider j'en ai peur). Néanmoins une ambiance bon enfant est maintenue tout le long. Fin du set avec "A Fair Judgement" (merci pour ce titre que j'aime fort !), et rappel bien sûr avec un "Deliverance" velu et intégral. Un excellent concert, un peu gâché hélas par l'attitude de l'assistance très hétéroclite. C'est sympa de voir qu'un seul groupe peut rassembler des fans de Heavy "de payday", des Beumeus, des metalleuses en quantité significative et d'autres encore, cependant… J'ai l'impression que c'est la même chose sur toute la tournée en lisant les reports mais beaucoup de gens sont venus voir le phénomène Opeth sans trop connaître. Alors ça commentait à voix haute dès qu'un passage acoustique dépassait cinq secondes et pour ceux qui les aiment aussi c'était pénible ! Il faut y rajouter le grand nombre de fanatiques traumatisés qui étaient en extase (alors qu'il semble bien que beaucoup ne sont pas remontés plus haut que "Still Life"), les portables et numériques fleurissant sans cesse pour photographier l'IDOLE en action, les chichonnés qui enquillaient pet' sur pet' pour vivre à fond le trip tels qu'ils croient le concevoir (les voisins non fumeurs ont apprécié). On peut retrouver tout ça dans presque tous les concerts mais à ce point, cela crée une impression de malaise. Sans pour autant m'empêcher de jouir pleinement de cette savoureuse soirée, car Opeth n'est pas un cirque attrape-tout et n'a pas encore vendu son âme en cours de route. C'est seulement un très grand projet dont le succès a atteint de telles proportions qu'il est devenu "tendance" malgré lui.


Nextclues Fest Villeveyrac 18 décembre 2005

Villeveyrac est un village typique de la région, dans les collines couvertes de vigne et de garrigues. Aménagée probablement dans d'anciennes écuries, la petite salle communale abritait ce dimanche le festival de fin d'année du collectif Nextclues, entrées gratuites et consos à prix coûtant. L'ambiance était en effet excellente, très familiale puisque presque tout le monde se connaît dans le milieu local, ce qui favorisait les bonnes blagues au long des sets (et dont je vous ferai grâce pour ne pas rallonger), les invitations spontanées à chanter ou les prêts de matos (heureusement qu'on n'attrape pas l'hépatite B en jouant sur la gratte d'autrui parce que sinon un jour comme celui-là !). Dans un contexte aussi plaisant, les groupes jouaient libérés de toute pression devant un public conquis d'avance. Peu importait, au fond, la mauvaise qualité du son et surtout des micros vocaux généralement sous-mixés et électrocutant volontiers les choristes ou chanteurs !s

À l'origine je ne devais pas pouvoir venir et j'ai profité d'une annulation imprévue pour rallier au dernier moment le festoche. C'est pourquoi j'ai raté le premier groupe, I DON'T THINK IT WAS AN ACCIDENT, qui est plutôt un supergroupe dont on a récemment parlé sur ce site. C'est dommage car j'étais très curieux d'entendre ce que ça donnait.

Suivait le groupe féminin ONE MORE SEASON que je n'avais pas vu depuis un bail et qui s'est bien étoffé : de trois on est passé à quatre et un nouveau batteur (mâle, lui) a été intégré. OMS a pas mal gagné en aisance scénique et également en puissance grâce à cet apport d'énergie aux rythmiques. Leur HC a une saveur plus consistante qu'il y a deux ans, mais il reste très orthodoxe. De plus, les fréquents passages plus mélodiques (notamment aux vocaux) ne sont pas encore complètement convaincants. Mais bon, les progrès réalisés suggèrent que d'autres viendront sans nul doute.

SPINNINGHEADS enchaînait avec son HC lui aussi très classique, dont le petit manque de folie musicale est compensé comme toujours par une interprétation très professionnelle et bien énergique. Le groupe nous a gratifié d'un nouveau titre, plus original celui-ci car utilisant quelques vocaux clairs (enfin, jusqu'à un plantage global tout à fait géré dans l'esprit de la journée). Une reprise bien déformée de "Smells Like Teen Spirit" pour finir.

TANTRUM a une fois de plus hissé le niveau bien haut avec ce fameux Noise pur et trippant qui en fait une référence du genre. La complémentarité entre guitare et batterie est captivante, sans oublier ces vocaux semblant toujours au bord de la rupture. En quelques riffs simples l'ambiance est rapidement posée, l'atout de Tantrum par rapport à d'autres pointures du Noise étant de privilégier celle-ci sur la puissance ou une complexité parfois limite "metallisante". Même pour un temps de jeu écourté au cours d'un froid dimanche à la cambrousse, le groupe a marqué son terrain. Le dernier titre fut chanté par un ami présent qui en avait écrit les paroles.

On allait rester au sommet avec SUPERSTATIC REVOLUTION que vous êtes tous sensés connaître. L'équilibre du trio s'est bien trouvé entre la section rythmique échappée de Morgue et le guitariste chanteur dont la personnalité semble s'affirmer même s'il reste  beaucoup de progrès à faire dans la communication avec le public (le regarder quand on parle et articuler !). La musique est toujours aussi bonne avec ces riffs très lourds et souvent inventifs, ces enchaînements pleins de surprises, ces titres dont on ne sait jamais quand ils vont finir mais dont on réalise à chaque fois la seconde d'après que tout était effectivement dit… Sans oublier des moments d'une brutalité cinglante interprétés avec la justesse des pros (cf. l'autre groupe du batteur et du bassiste…). Du grand HC, intense, très riche et alternant les tensions avec la maestria des plus grands demis d'ouverture. SR nous a donné aussi deux nouveaux morceaux qui sont dans la complète lignée du répertoire précédent et d'une qualité non moins excellente. Encore beaucoup de bonheur en perspective.

L'arrivée de GOODBYE DIANA a rafraîchi le ton en apaisant l'atmosphère devenue tout de même pesante. Il s'agit d'un Stoner anti-prise de tête proche dans l'esprit d'un Karma to Burn, entre autres à cause de l'impasse quasi complète sur les vocaux hors quelques interventions du jovial batteur. La personnalité du groupe vient surtout de son orientation très mélodique, menée par une basse rapide relayée par l'une des deux guitares employée mélodiquement. Les titres très fluides sont interprétés sobrement et l'ennui ne vient jamais malgré l'absence de chants. Quelques passages m'ont fait vaguement songer à la seconde période d'Helmet, aussi. Très agréable sur scène après d'autres performances plus incisives, mais il faut voir si l'album dont la sortie est imminente saura être plus qu'une bonne musique de fond pour quand on s'occupe.

Le trio SUPER BEATNIK a pas mal écumé les scènes du coin cette année et s'est nanti d'une sérieuse réputation à base de Punk-Stoner bien Rock et Garage. Je pense aux Ramones, à Motorhead et un peu Monster Magnet. Faussement dilettante, le combo a évité le piège du "tout vite, tout crade et tout furieux" et offre plutôt des titres aux tempi variés mais toujours entraînants. Il est dommage que là, les vocaux aient été vraiment trop faibles.

Tandis qu'on bradait les dernières canettes de Kro', le trio insolite MARVIN s'installait : guitare, batterie et… petit synthé Korg à l'ancienne confié à d'expertes mains féminines ! Pas de chant non plus (sauf sur une reprise si improbable qu'elle fut interprétée les visages dissimulés dans des bas). Marvin, en fait, développe un espèce de Stoner aux motifs Electro, mais d'une Electro de générique de début des années 80. C'est fait exprès, et Marvin sonne terriblement kitsch et rétro-rigolo. Les premiers morceaux n'étaient pas tellement convaincants, mais l'affaire s'est peu à peu améliorée grâce à des plans mieux consistants, pertinents et des riffs plus enjoués. L'originalité est réelle toutefois cela implique une prise de risque à quitte ou double pour s'exporter.

Il fallut se quitter après un rappel pour le dernier groupe. Sur Montpellier, on a la chance d'avoir une scène HC riche et bourrée de talents ; la possibilité de monter ce genre de mini-festivals du dimanche à la bonne franquette avec un plateau aussi relevé est un grand privilège en province. J'en veux bien un par mois ! Pour atteindre le sublime, la prochaine fois, il suffira que Morgue ait bien voulu répéter un chouia pour prendre place parmi ses compères, pour c'que j'en dis, hein…

lundi 17 octobre 2016

pas Kill the Thrill Binaire Peanuts Montpellier 5 février 2006

… Ou l'histoire d'un non-concert. Un petit public de vieux fans s'était rassemblé en ce dimanche soir glacial dans le Bar le Peanuts, sous la préfecture. La première partie était assurée par BINAIRE, un duo où les deux membres assurent autant la guitare que le chant, sous le martèlement d'une boîte à rythmes assassine. Cela nous donne une espèce de Punk-Industriel minimaliste, structuré par ce pilonnage obsédant des rythmiques ressemblant à un métronome impitoyable jouant sur différentes sonorités sèches comme un fouet sur la peau. Le son des grattes, assez propre et lui aussi bien sec, n'était pas constamment saturé et c'est là que les principales variations étaient sensibles. Il y avait un petit côté noisy habillant des vocaux aigus, parfois un peu faibles quant au membre de droite qui intervenait moins souvent.  Interprétés presque sans temps mort, les titres imposent leur efficacité lancinante et acharnée, les derniers titres épousant des rythmiques plus relâchées.

KILL THE THRILL ne put quasiment pas jouer. Dès le premier titre, il fallut interrompre sur injonction policière rapport au bruit, alors que nous étions dans une cave et que le son montait très facilement à 65 décibels rien que par le brouhaha, et qu'avec les amplis on dépassait les 80 db fatidiques. Après de premiers pourparlers, les Marseillais entamèrent le second titre de leur Indus pur jus, fine et propre… et durent s'arrêter définitivement un peu avant son terme, cette fois sur ordre du patron craignant la fermeture administrative en cas de second passage de la patrouille. Du jamais vu. Ambiance dégoûtée surtout chez les musiciens (tu parles !) malgré la compréhension envers le personnel penaud et la sympathie de l'assistance qui n'en tint pas rigueur aux Phocéens. Ils ont promis de revenir.
Mieux vaut en rire, jaune.

Spinningheads An Albatross Mudweiser Baloard Montpellier 20 février 2006

Nonobstant la psychose de grippe aviaire qui aurait pu dissuader d'aller rencontrer un grand oiseau des mers réputé dangereusement enragé, c'était la grande foule dans la cave exiguë du Baloard, plus nombreuse que pour Overmars l'été dernier.

Sans tarder, la soirée était ouverte par les locaux de MUDWEISER. Le quintet d'une moyenne d'âge mûre propose un Stoner pur et bien balancé. Les cinq ou six titres ne cherchaient pas l'originalité mais, au moins, ne souffraient d'aucune faiblesse. Le ton n'était pas rétro-hippie comme chez bien des groupes de cette mouvance mais plutôt sombre. Les rythmiques entraînaient bien le mouvement, c'était suffisamment carré, graisseux et poilu comme on l'aime et on surprenait de temps à autre des plans qui se rapprochaient du premier Down (quand je vous disais qu'on était loin de Spiritual Beggars). Il y a une marge de progression évidente mais c'est déjà convaincant, nul doute qu'on en reparlera.

La star du soir, AN ALBATROSS, a pris ensuite la parole. L'orga' avait préféré les laisser jouer plus tôt pour éviter d'éventuels problèmes comme les fois dernières. Le phénomène n'a pas volé sa réputation. Ils arrivent vêtus comme des mendigots sortis d'un film de Terry Gilliam. Leur Grind est foncièrement original, rappelant les ultimes borborygmes de Brutal Truth avec un côté imprévisible et Stoner à la Soilent Green, ou encore les plans torsion-tension de "l'Hydro-Grind" des débuts de Cephalic Carnage. Mais depuis Baudelaire on sait que l'oiseau en question dépasse quelques références pataudes. Les coups de folie du chanteur au t-shirt Mickey Mouse et santiags correspondent bien à la folie gaie qui se dégage du groupe : il est monté plusieurs fois sur la batterie, sur les amplis et une fois là haut s'est agrippé à la barre tenant les lights entre deux poutres pour faire les pieds au plafond tenu d'une main en continuant à brailler ! Et le coup du glaviot pendouillant sur la solive et ravalé ! Tout ceci et d'autres choses sans oublier un chant aussi juste que le reste des instruments. Et sans faire injure au batteur irréprochable dans un genre on ne peut plus exigeant à ce poste, il faut rendre hommage à la restitution d'intensité assurée parfaitement par la guitare qui ne se contente pas d'envoyer des graves mais va très souvent chercher des aigus rapides comme l'éclair. Le clavier aussi a une grande importance dans ces fameux ponts speedés et s'exprime plus clairement aussi dans quelques passages plus dansants style Disco. Cette gaieté est essentielle à saisir, on est aux antipodes du Grind-Core politico-social, du Gore singeant Carcass ou plus encore de l'imaginaire Metal. Il y a une fureur, mais c'est une fureur pour rire un bon coup. C'est fort et c'est typé, certains adorent, d'autres grimacent, en tout cas ça roule et ça ne peut pas passer inaperçu.

Et pourtant, incroyable ! La tête d'affiche allait se faire voler la vedette par les locaux qui jouaient en aftershow. Tout le monde dans la place avait dû voir SPINNINGHEADS 453 fois minimum, ils n'étaient là que pour le support, mais il se surpassèrent. Portés peut-être par l'impact et la rage des Cormorans du Grind, les Spinning' ont transcendé l'interprétation de morceaux que l'on finit par bien connaître. Foin des habituelles extravagances d'Abel qui se donna comme jamais sur son micro malgré un mauvais réglage en début de set ! On a atteint cette fois une compacité, une puissance inédite. La faiblesse structurelle habituellement reprochée au sujet de compositions trop orthodoxes ne fut plus du tout sensible mais au contraire ils ont trouvé une force salutaire, par la grâce d'une alchimie tenant à l'intensité d'interprétation qui toucha un nouveau degré. Un rappel de deux courts morceaux s'imposait. L'assistance était unanime sur l'exceptionnelle performance qui avait été donnée. Sans que rien n'ait changé dans le fond, il s'est peut-être passé quelque chose de révolutionnaire dans l'histoire des Spinningheads ce soir.

Leiden Emetik Rockstore Montpellier 23 février 2006

Concert gratuit pour promouvoir le nouvel album de la tête d'affiche, organisé par Murmurlement. Le public vint donc en assez bon nombre et était vraiment féminisé. La première partie était offerte à une jeune formation venue d'Avignon, EMETIK, dont le trac était palpable au moment d'attaquer. Pourtant, le propos s'avérait très vite fort solide. Le quintet (dont une bassiste) au look bien peu marqué envoyait un bon gros Death qui tabasse, étonnamment carré pour cet âge, dans la tendance Cannibal – y compris vocaux aigus ! À mesure que les titres passaient, la musique des Comtadins ne se montrait absolument pas limitée. On progressa vers des titres incluant des riffs plus mélodiques voire un peu épiques mais ayant le bon goût d'éviter l'affiliation Scandinave pour ressembler plutôt à Psycroptic (je doute que la référence soit connue des auteurs mais bon). Plus loin encore, l'usage des vocaux aigus étant de plus en plus fréquent, on songeait vraiment à la physionomie des premiers Nightfall, dans cette même manière de mêler une influence Black au Death (même remarque sur la ressemblance qui doit être seulement coïncidence). Le chant était un peu fragile (il lâcha discrètement une paire de fois) mais juste, et on voyait que le vocaliste s'accrochait. Le vrai gros point faible à mon avis vint de l'utilisation du registre humoristique genre parodie de variétés le temps d'une ou deux annonces, et surtout pour torcher la reprise d'un des plus horribles tubes de l'été dernier en version Grind ("un monde parfait" si vous tenez à savoir). Mettons-le sur le compte de la jeunesse et de la faiblesse très sensible de l'expérience scénique. Mais si je me suis autant étendu sur ce frais rejeton c'est que je crois qu'il y a vraiment un talent qui y gît, ils savent déjà faire de bons titres, une musique variée qui donne à peine l'impression de se chercher encore et qui est restituée bien mieux que beaucoup d'autres à cette place, il y a eu du boulot derrière tout ça. À suivre.

Sur un autre plan, LEIDEN a fait de réels progrès. Les Toulousains n'ont pas modifié sur le fond leur Death Atmosphérique si particulier, sans références proches. On y retrouve les mêmes petites touches de Heavy de temps à autre, le chant féminin a gagné en force et en assurance. À l'inverse de bien des formations combinant aussi passages apaisés et gros Metal, Leiden le fait tout en douceur et au naturel, loin de toute expression schizophrénique sinon onirique. Les interventions au chant Death sont très souvent en français. D'habitude, le souvenir qu'on garde des Toulousains demeure surtout frappé par la froide tendresse des passages atmos, mais les passages agressifs sont tout de même très nombreux. Ils ne manquent dans aucun morceau et ne sont pas là pour la forme. L'un dans l'autre ça sonne toujours un peu étrange, Leiden ne ressemble à rien d'autre et porte à la rêverie introspective via des titres qui m'ont semblé plus aboutis que l'an dernier. Et pourtant comme cette dernière fois, il y a eu un quarteron d'arsouilles qui auraient voulu que Leiden soit Napalm Death et qui nous ont passablement saoulés en beuglant des fadaises pour gâcher les parties atmosphériques. Affligeant. Le jeu des lumières est travaillé comme une telle musique l'exige et tout en restant sobre on sent aussi une réelle assurance. Au terme d'un set assez long, un rappel fut très vite consenti avec un titre en partie chanté en allemand, le plus original de tous avec un riff lié et une orientation un peu plus bourrine qu'auparavant. Leiden cultive sa différence, ce qui représente un certain risque, mais au moins peuvent-ils se regarder dans la glace et prétendre accomplir quelque chose d'inédit. Ils témoignent de la nette amélioration de la scène nationale et de la sincère ambition artistique de la nouvelle génération.