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dimanche 18 décembre 2016

Year of No Light Pryapisme Black Sheep 16 décembre 2016

Usé par une semaine qui n'était pas finie, le ventre gonflé par un dîner excessif, je suis venu pour la première fois en tram au Black Sheep comme un petit vieux. Pour le – probable – dernier concert de l'année, c'était un rattrapage car les deux groupes étaient déjà passés en ces lieux hors de ma présence. Il était difficile pourtant de faire un plateau aussi dissemblable, en apparence.

Devant une affluence correcte, PRYAPISME semblait presque banal dans son instrumentation, ce ne sont pas trois petits synthés qui vont nous impressionner… Mais quand ça a démarré, l'ensemble dynamite, disperse et ventile. Le mélange entre Metal et BreakCore est très au point, les sonorités de Mario Kart survitaminé croisent des ponts Thrash ou Black énergiques à faire pâlir d'envie bien des trues. D'autant qu'une certaine noirceur dérangée se ressent de partout, si bien que le fameux titre en variation sur Moussorgski est d'une incontestable cohérence. Plus qu'à un Psykup au carré, c'est à la démarche de Mike Patton que l'on pensait immanquablement pour cela. L'intensité, l'imprévisibilité des titres est extrême même si le propos global sera largement cerné quand viendra la fin du set au bout d'une heure sans ennui. Cela vaudrait le coup de bien réviser les titres à l'avance pour laisser passer moins de subtilités et d'effets Manu Chao. Le jeu du bout des doigts des guitaristes sur certains plans est intéressant. En matière d'extrême et de technique, Pryapisme se pose bien.
Moi qui ne goûte guère l'humour dans le Metal je dois reconnaître m'être laissé charmer par l'humour vif du principal communicant, assez brillant pour un propos partiellement improvisé, le batteur fumeur en ayant une bonne couche aussi. L'occasion de rappeler la jeunesse Rock basque avec quelque membre de YONL (légende ou réalité ?), de casser le jeu de l'autre guitariste plus diverses plaisanteries envers Arbre ou les pires fans. Passons sur les intitulés comiques. Du chant gâcherait certainement l'ensemble. Foutraque mais léché, Pryapisme ne m'a pas déçu.

À la pause je me suis fait aborder à cause de mon t-shirt, cela faisait longtemps que ça ne m'était plus arrivé.

Après avoir pris son temps pour installer son riche matériel et vérifié des balances précises, obligeant notamment à placer le retour central dans ce qui tiendrait lieu de fosse à d'autres occasions, YEAR OF NO LIGHT s'est lancé peinard dans son set. Les Bordelais jouent bien fort une musique à présent bien en vogue, au croisement de multiples styles auxquels sont donnés une synergie improbable en théorie. Le volume sonore, par exemple, est autant propre au Shoegaze qu'au Drone. Ces riffs et ces structures rallongées peuvent être autant du Doom épuré que du Post-Rock bétonné. Certains passages légers et délicats rappelaient ouvertement Cure le mois dernier, alors que la froide noirceur irradiant de l'ensemble est incontestablement apparentée au Black le plus ouvert. Il n'est pas si courant d'avoir deux batteurs, qui ne se forcent pas mais dont les jeux se complètent (l'un des deux étant pigiste).
Une minorité du public s'était éclipsée dès le premier quart d'heure, mais je me suis coulé dedans très facilement tant ce soir une musique lourde et peu violente me convenait. Oui, je trouve ce genre de groupes aisés à écouter, sans vouloir vexer. Ce vaste mélange tient la route parce qu'au final c'est simple et facile à digérer. Un bon chanteur, de quelque scène qu'il provienne, apporterait dans ce cas une profondeur supplémentaire au tout ; mais c'est un choix artistique évidemment. Comme ces titres de morceaux à la Mogwaï francophone, pure écriture automatique, cohérente avec les émotions que le collectif transmet. Cette fois la communication se réduisit à quelques mots avant le dernier morceau, qui venaient du cœur, pour évoquer la longue histoire entre ces Bordelais et les plus anciens passionnés de notre scène Montpelliéraine. Le set s'achevant au bout d'une heure je n'ai pas traîné, devant encore me lever tôt.

dimanche 4 décembre 2016

Meshuggah High on Fire Rockstore Montpellier 1er décembre 2016

Cela avait un drôle de goût de retourner voir Meshuggah au Rockstore. C'était l'un de mes premiers concerts de Metal un peu gros, en 2000… Nous étions une quarantaine de fadas bien motivés. Et depuis je ne les avais jamais revus. Encore les avais-je ratés il y a encore plus longtemps, en 1996, lors de la légendaire première tournée européenne de Machine Head, à l'époque j'étais juste en train de découvrir tout ça. Ce soir quelques amis devaient venir, mais trouvèrent le guichet fermé ! Du jamais vu depuis l'unique date méridionale d'Opeth il y a cinq ans ! Comme je suis moins cigale et que j'avais réservé depuis longtemps, je vous propose de me suivre dans cette chère vieille salle.

En effet c'était bondé. Je ne croise pas très souvent ce grand public Metalleux moins typé, qui est pourtant le plus important, ceux qui ne sont pas spécialement fans d'extrême mais qui aiment la musique exigeante. Cette foule était assez jeune, la moitié devait être encore à l'école lorsque je voyais Meshuggah la première fois. C'est dire l'immense influence que ce groupe a patiemment étendue au fil des albums. Certains vieux requins de concerts que je retrouvais ici ne sont pas spécialement hardos.

Tout le monde connaît au moins de loin HIGH ON FIRE. En fait de Thrashy, leur Stoner Heavy demeure calé sur le mid-tempo quasiment en permanence. L'excellent son permettait de bien profiter du chant rogue de Matt Pike et de la basse qui amène un peu de groove. Il le fallait bien pour faire passer des riffs sympathiques mais assez classiques, et une rythmique qui tenait la basse altitude sans chercher à décoller. À part sur un titre annoncé d'ailleurs comme rapide, vers le milieu de set. Ce qui permit de constater que Pike a la voix aussi rauque que son chant, qu'il ne force pas. Le style est bien maîtrisé et particulièrement à la mode par chez nous. S'il n'y avait pas la place de faire une fosse dans tout ce peuple cela semblait bouger pas mal devant. Il est possible que certains soient venus principalement pour cette première partie de renom fort éloignée (complémentaire ?) de la tête d'affiche. Pour ma part je sature de ce style, trop répandu en Languedoc, heureusement que c'était fait par des maîtres qui en tiraient le meilleur.

La pause prit une grosse demi-heure, et il fallait bien ça pour se mouvoir dans toute cette presse afin de réaliser l'habituelle boucle merch' – pissoir – bar.

Sans MESHUGGAH le Metal actuel ne serait pas le même. C'est en grande partie à cause d'eux (et de tous les autres groupes qu'ils ont peu ou prou marqués) que le Metal est respecté et défendu par les musicophiles les plus diplômés. Devant le backdrop magnifique reprenant la pochette du tout nouvel album, les cinq compères prirent possession de la scène sous les acclamations après une remarquable introduction simple et cohérente, un sifflement… Le style polyrythmique si particulier qu'ils ont prôné depuis les origines semble venir d'une autre dimension, des confins de l'espace-temps ou de ce que cherchait Erich Zann (pour ceux qui ont des lettres). Le son parfaitement propre et puissant rendait honneur au timbre unique des guitares de Thordendal et Hagström. Le chant de Kidman sonnait un peu en retrait, comme sur album, mais l'interprétation était également parfaite. Les solos assez fréquents étaient à l'avenant du reste, à nuls autres pareils.

La débauche d'effets visuels était exceptionnelle pour un concert de Metal, plus digne d'un festival Electro en club. Très loin du service habituel dans le genre, et encore plus de ce que c'était la dernière fois. Ce light show avait cependant comme inconvénient que l'on distinguait mal les musiciens, alors que le spectacle de leur jeu serait aussi captivant. Mais ce n'est pas ce qu'ils veulent, certainement. C'est à rapprocher avec la communication minimale de Kidman, tout est lié dans cette géométrie musicale non euclidienne. La puissance de ce machin restait suspendue parfois quelques instants lorsque passaient les parties de guitare claire, tout aussi froides.

Le public rangé en sardines hochait la tête en cadence ou de façon plus démonstrative vers le devant. Quelques téléphones tentaient de capter le spectacle mais avec la barrière du light show cela ne ressemblera pas à un concert de Metal classique. Du reste, pas mal de gens manifestaient leur dévotion en faisant des cœurs avec les mains parallèlement aux cornes traditionnelles… encore du jamais vu à un concert Metal pour ma part.

Ne connaissant pas précisément le répertoire du groupe, la régularité des morceaux piochés au long de leur carrière m'amènera à saluer l'exceptionnelle réussite artistique de Meshuggah. Ils ont bâtis leur succès sur une parfaite intégrité musicale, sans jamais dévier de ce qu'ils voulaient faire depuis le départ, aucun compromis. Les titres finaux plus anciens du rappel, certains déjà présents dans le répertoire en 2000, le démontrent. C'est ainsi que le jeune groupe original dans un style à la mode il y a vingt ans est devenu un guide, suscitant des milliers de vocations musicales à travers cette planète.

Après un set d'une heure et demie, l'hybride mal identifié se retira vers l'infini et au-delà. Les yeux pleins de couleurs du show, j'ai attendu un certain temps que ça se vide un peu pour aller récupérer mes affaires. Reprendre pied dans un monde normal aux lois physiques familières le nécessitait bien aussi.

samedi 26 novembre 2016

The Cure The Twilight Sad 18 novembre 2016 Arena Pérols

The Cure demeure une question existentielle compliquée depuis ma prime jeunesse. Il a accompagné toute ma génération, je connaissais leur répertoire classique bien avant de m'intéresser un jour au Metal et au vrai Gothique, comme tout le monde. Mais ce fut de Depeche Mode ou New Order que je tombai fan au fil du temps. Préférer même les Sisters of Mercy ou Clan of Xymox (passant à Paris la veille par ailleurs) fut longtemps un mystère pour moi-même. En fait, je n'ai jamais accepté l'absence totale d'autodérision d'un Robert Smith, maladivement sensible, hautain et perclus dans ses complications esthétiques, alors qu'une partie importante de sa monumentale production a consisté à pondre des tubes grand public massifs, transparents, agaçants. Reste qu'un amour de jeunesse raté, ça vous marque à vie. On n'aurait pas fait cinq cents bornes pour voir ça, mais c'est à la maison que ça se passait et des amis y allaient de toute façon.

L'Arena, bordant le Parc des Expos de Montpellier sur la route des plages après l'aéroport, est un bon exemple de ces immenses salles confortables et moches, destinées à accueillir autant les rencontres de Handball. Il y avait un monde énorme, et pourtant quelques places restaient à vendre au guichet. Le tramway était bien mieux adapté pour accéder au site au milieu d'un gigantesque bouchon, puis les queues aux entrées et aux bars étaient décourageantes. Évidemment, l'assistance n'était pas jeune en majorité, mais beaucoup de gens venaient justement en famille avec les enfants. Et on comptait aussi beaucoup de jeunes simples mélomanes fans de Pop Rock plus ou moins Indé, s'honorant de connaître les classiques. Il y avait du merch' en bonne quantité mais je n'étais pas intéressé.

Pile à vingt heures, les cinq Écossais de THE TWILIGHT SAD se présentaient sous une forte acclamation. Je ne connaissais pas du tout. Bien qu'un peu fort, leur Post-Punk passait bien. Les mélodies à fleur de peau rappelaient IAMX ou Pink Turns Blue avec une instrumentation ni New Wave ni Punky et les synthés présents (le bassiste abandonnant parfois son premier engin pour doubler le claviériste). Le chanteur tout de noir vêtu avait un chant de poitrine ample mais délicat et traversait des crises nerveuses à la Ian Curtis. Son accent écossais le rendait mieux compréhensible que d'autres.
La grosse basse et les notes cristallines assumaient une certaine inspiration Shoegaze, non envahissante heureusement. On n'en dira pas tant des mamans papotant à voix haute sans gêne derrière moi malgré les remontrances de tout le monde… Le point faible devint progressivement évident au fil des titres, malgré le bon accueil du vaste public : ça n'accélérait jamais, aucun titre ne décolla du mid-tempo. Et on comprenait ainsi pourquoi ils avaient décroché cette prestigieuse première partie… Au bout de trois quarts d'heure il était donc temps de rompre pour préserver une bonne impression avant qu'on se lasse pour de bon…


THE CURE se présenta sans autre cérémonie que l'immense clameur populaire et se lança avec "Shake Dog Shake", titre très pertinent pour permettre à la fois à Robert Smith et ses quatre sbires de prendre possession de la scène, et au public de s'immerger. N'ayant pas d'album à vendre, Cure a enchaîné une palanquée écœurante de tubes après les premières notes de basses de "Fascination Street" semées à plein fuzz par Simon Gallup… avec son t-shirt de Maiden ! Dans les gradins certains étaient en pleine expérience mystique introspective, en bas autour de moi ça bougeait volontiers dans un bon esprit, couvrant à pleine voix le clavier d'O'Donnell pour le motif principal de "The Walk". Communiquant très peu, Smith ne permettait que de brèves pauses quand Jason Cooper ne commandait pas un enchaînement depuis sa batterie. En fait il fallait profiter des titres les moins denses pour se relâcher. Le messie Robert fait toujours plus décrépit, le khôl n'y fera jamais rien, surtout avec cette chemise flottante qui le grossit encore pire. Courbé en arrière pour dégager sa gorge, il a conservé ce timbre… réserve faite que depuis longtemps il attaque beaucoup de titres un ou deux tons au-dessous des versions originales ce qui peut les affaiblir nettement. À la seconde guitare, le vétéran de Bowie suppléait à point nommé le patron, lançant même quelques solos. Pour autant le show n'était pas si Heavy que certains l'ont écrit pour d'autres dates, des titres comme "A Night Like This" ou "Charlotte Sometimes" sonnant même plus légers que normalement.

Les éclairages étaient riches et travaillés, avec des moyens certains. Les projections derrière la scène étaient assez atmosphériques, jusqu'aux photos d'histoire des guerres et totalitarismes du XXe siècle illustrant un sombre "One Hundred Years" laissant l'Arena tétanisée. Le Cure comme j'aurais tellement voulu l'aimer… Les écrans de côté étaient bienvenus même si je n'avais pas trop à me plaindre de la vue… le côté droit profita surtout de la jambe de Simon Gallup qui se calait le pied sur les retours juste devant quand il n'allait pas provoquer en duel l'un des guitaristes. L'importance du bassiste devient claire sur scène, pas seulement à cause de la bannière de son club de foot qu'il avait installé une fois de plus sur ses amplis.

Malgré quelques longueurs prévisibles je n'avais pas à me plaindre de la setlist quand arrivait le premier faux départ au bout d'une heure et demie. Au milieu de bluettes Pop pour vieilles adolescentes j'avais participé à l'intense communion de la foule pour "In Between Days" et mon cœur s'était déchiré comme il y a vingt-sept ans dès le premier passage du riff de "Lovesong". Finalement, pas de quoi chambrer les compères en pâmoison…

C'est à ce stade-ci que Smith force encore l'admiration en poursuivant son set, une fois de plus, pendant une heure, sans changer son schéma. Enchaîner "Play for Today" et un long "A Forest" illustré par une masse d'arbres sinistres en négatif est difficilement résistible. Le public tapa des mains au rythme de Simon Gallup sur l'interminable final de ce titre achevant le premier rappel, tandis que Smith essayait quelque chose à la guitare en le regardant. Le dernier retour à la scène servit bien tassé une dernière brochette de tubes obligatoires, pas mes morceaux préférés, ce qui me laissa redescendre en douceur quand beaucoup sombraient dans l'hystérie sur les cœurs dessinés et les vers de collégiens de "Friday I'm in Love", l'infantile "Boys don't Cry" et ce "Why can't I Be You ?", qui synthétise tous mes vieux griefs envers ce groupe et qui clôt la soirée comme par hasard… Smith quitta la scène le dernier pour s'incliner devant tout le monde de chaque côté dans un geste touchant de sincérité. Deux heures trente, comme promis.

Une fois vite sortis nous nous sommes retrouvés… pour finir au Rockstore à nager dans le champagne millésimé jusqu'après trois heures !!!

Avant de revenir prochainement à des affiches plus Metal, je dois donner raison à qui disait que 2016 a été ultra 1986 pour avoir vu en six mois New Order, les Sisters, And Also the Trees, les Swans, Ministry, Frustration même…


Shake Dog Shake/ Fascination Street/ A Night Like This/ The Walk/ Push/ In Between Days/ Sinking/ Pictures of You/ High/ Charlotte Sometimes/ Lovesong/ Just Like Heaven/ From the Edge of the Deep Green Sea/ One Hundred Years/ Give Me It/

It Can Never Be the Same/ Burn/ Play for Today/ A Forest/

Step Into the Light/ Want/ Never Enough/ Wrong Number/

The Lovecats/ Lullaby/ Friday I'm in Love/ Boys Don't Cry/ Close to Me / Why Can't I Be You?

mardi 8 novembre 2016

Feral Membrane Black Sheep Montpellier 5 novembre 2016

Par un samedi de mauvais temps, le public d'habitués est arrivé tardivement dans la cave du Black Sheep. Parfois venaient-ils de loin… Après une semaine usante il avait bien fallu que je me motive, moi-même… Il y avait du merch', et comme il n'y avait que deux groupes ça ne s'est pas pressé pour commencer.

J'avais vu MEMBRANE une première fois il y a une douzaine d'années. Le trio est bien modifié par rapport à cette époque, mais pas ce qu'il restitue. Le HC Noisy Franc-Comtois de tradition est très pur, dans le sillage de nos Tantrum et d'Unsane. Avec des riffs simples mais fins, le son laissé un peu sale et abrasif, c'est tout à fait ce que le public local aime. Par contre, même si cela correspond dans une certaine mesure aux règles du genre, les vocaux étaient bien trop faiblement mixés. À l'arrière étaient projetés des extraits en noir et blanc de différents grands classiques de l'angoisse tirés de Lynch, Gilliam, Kubrick, Hitchcock… ce qui distrayait légèrement alors que le spectacle du batteur qui tapait haut en-dessous justifiait l'attention. Ce qui compensait aussi le néant quasi-total de communication. Le Noise ça emballe, ça rabote et y'a rien à ajouter ! Une petite reprise finale paracheva la communion parfaite entre les aficionados du Noise et ceux qui leur en donnaient du pur.

Déjà observé il y a quelques semaines à peine en ouverture de Napalm Death, FERAL s'est montré plus brutal encore. Le projet parallèle de plusieurs membres anciens ou présents de Stuntman, Morgue, Morse (du Sud) devient de plus en plus considérable. Ils ont donné à leur HC Crusty Grindy une agressivité jamais atteinte, sans doute par le fait de jouer dans la salle emblématique de toute cette scène presque aussitôt après la tournée en Europe centrale. La part de Sludge présente dans les compos semblait céder le pas au vrai Death Metal quand pétaient les blasts. Et pourtant, le public est resté tétanisé par l'explosion jusqu'à ce que le chanteur l'invite à se lâcher un peu et se jette dedans, comme d'habitude. Cela a marché, la fosse se reformant dans une sauvage bousculade. Dur, violent et bien métallisé, imprévisible, le répertoire s'avère complexe à l'image de celui de certains de leurs maîtres évidents (Converge ou Today is the Day c'est dit !). Deux autres chanteurs dans l'assistance furent invités sur le dernier titre, ils se plongèrent dans le public avec le même entrain malgré les micros filaires, provoquant un beau bordel. Faute d'avoir des morceaux disponibles, Feral ne put assurer le rappel réclamé. On en avait oublié ce problème de jeune formation !!! Cette marge de progression était prévisible, reste à suivre où cela peut encore aller.

Les aventures reprendront dans quelques jours pour une très grosse affiche, un groupe déjà repris par l'un de ce soir d'ailleurs…

vendredi 4 novembre 2016

Swans Anna von Hausswolf Paloma Nîmes 2 novembre 2016

La décision de venir ce soir à la Paloma fut prise tardivement. J'avais déjà laissé passer les Swans la dernière fois et j'avais peur de m'ennuyer sur un long set. C'était toutefois l'ultime occasion, probablement, de voir ce groupe majeur qui a influencé décisivement un certain nombre de groupes qui comptent pour moi, d'Ulcerate aux Young Gods, et d'autres qui ont à leur tour suscité tant de vocations : sans les Swans, pas de Neurosis, ni ce qui s'ensuivit.
Dans ce confortable centre musical moderne et proche de l'autoroute, l'affluence était correcte mais pas compacte. Et ce n'était pas très jeune en moyenne. La distribution de bouchons à l'entrée était une saine précaution tant on sait que les Swans jouent fort. Le temps de jeter un œil au stand bien fourni, la première partie commençait discrètement dans la petite salle, la Red Room. Le peuple qui était encore plutôt dans la cour se transbahuta peu à peu.

La toute menue ANNA von HAUSSWOLF n'a pas l'air de grand-chose au milieu de ses trois comparses (dont un membre des Swans). Mais quelle voix ! Si certains y voient déjà un phénomène artistique, le long premier titre ne montrait rien de très nouveau en fait, c'était de la Dream Pop ou Heavenly Voices digne des temps légendaires du label 4AD. Avec un volume élevé et pur dans la pénombre bleuie, il faut reconnaître que ça transmettait : le silence religieux absolu flottant plusieurs secondes à la première pause s'observe rarement. La suite navigua entre Néo-Folk, Drone et Indus martiale, avec des traces de Néo-classique, l'obscurité glissant vers des reflets plus rouges. Le malentendu peut venir d'une certaine parenté esthétique avec le Black Metal, surtout quand elle headbangue sa tignasse blonde, alors qe cette musique provient de toutes autres traditions. Et vraiment, ce chant puissant à large amplitude est un vrai don. Reste à vérifier ce que ça rend dans la durée avec un autre cadre, sur album. Le long final dépassant le temps prévu sembla comporter une bonne part d'improvisation, à titiller les potards des synthés et tirer des sons inattendus d'une simple Fender Stratocaster. "Eraserhead" n'était pas loin. Le set de trente minutes restait trop court pour des titres aussi longs, mais justifie qu'on y revienne dessus à la maison à condition de ne pas se tromper sur l'identité de la chose.

Les SWANS se sont installés en demi-cercle autour du seul chef désormais, Michael Gira iconique avec sa guitare. Cela commença par un titre de cinquante minutes (oui !), de déchaînements telluriques au volume sonore massif, d'où monta une petite boucle Electro (limite un loop) qui rappelait combien les frontières du Rock Industriel sont poreuses. Le charisme de Gira, après avoir tourné le dos au public un long moment, se déploya progressivement à l'image de sa diction et d'une gestuelle lente. Ses bras s'ouvraient aussi lentement que son débit, comme une éclosion.
L'exercice du live permet de comprendre bien mieux la musique des Swans. Que les morceaux soient pachydermiques ou un peu plus rapides, délayés à mort ou d'un format classique, il y a quelque chose de spirituel, chamanique et viscéralement américain. Certaines personnes étaient en comme en transe. La puissance dégagée, appuyée ponctuellement par Gira faisant comme s'il jetait le son sur nous, n'a rien à envier au Metal bien qu'il vienne d'ailleurs. Des morceaux interminables et patiemment mis en place par des répétitions délayées s'achevaient ensuite très rapidement.
La préparation des montées sur des rythmes lents laissait de longs passages de tension très progressive, autant dire de vraies longueurs pour des bourrins comme nous, sur un set exceptionnellement long. Cela justifiait que comme à la messe orthodoxe, certains fidèles sortent s'asseoir ou se détendre un moment. Pendant ce temps le service d'ordre passait au fond avec des casques sonores de chantier, la mine hilare. Rarement me suis-je autant félicité que ce soir d'avoir des bouchons de qualité… Soucieux du détail, Gira n'appréciait pas trop les spots dans la figure ni les larsens qui l'amenèrent à essayer de chanter un passage sans micro, puis à chercher une meilleure position et à commander le technicien aux retours qui n'a pas eu l'air de comprendre ce qu'il voulait.
La batterie, bien que rigoureuse, n'avait servi pendant une bonne partie du set qu'à marquer les déchaînements de guitare. Puis de vrais riffs apparurent enfin et elle reprit le rôle de donner le rythme sur les titres plus entraînants amenant l'assistance vers la sortie, dans un style rappelant presque le Ministry des grandes heures. Ainsi délassé de tant de vagues sonores et de tensions répétées, le show s'acheva sans rappel au bout de deux heures et demie.

Dans un autre genre c'était un show aussi éreintant que de grandes pointures de Death brutal, un show musical étrange mais séminal, je ne regrette pas cette expérience un peu éprouvante.

lundi 31 octobre 2016

Obscura Revocation Beyond Creation Rivers of Nihil Jas'Rod Pennes Mirabeau 28 octobre 2016

En plus d'avoir planifié cette soirée depuis beau temps (j'avais même calé un déplacement professionnel en fonction !), les excellents retours de cette tournée me donnaient une forte excitation au moment de monter au Jas de Rod, au bout de l'Estaque, en surplomb de la zone commerciale de Plan de Campagne, ou de l'étang de Berre et de Marseille pour ceux qui connaissent moins.
Je n'y étais pas retourné depuis presque dix ans pour une autre affiche de Death Metal… Avec sa scène un peu étroite en arc de cercle et bien en surplomb dans une salle plus large que profonde, elle est mieux fichue que d'autres. Et puis surtout cette fois ce n'étaient pas seulement un mais deux groupes prenant place dans ma discothèque que je venais voir ! Le truc qui ne m'est arrivé que cinq ou six fois en vingt ans de concert !
L'affluence était conforme à ce qu'on pouvait attendre, bien que j'aurais certes rêvé de voir plus de monde. Avec le dernier Gojira en fond sonore, profitons de l'attente pour faire un tour au merch' très fourni pour tous les groupes à des prix classiques et tenu au moins au début par les musiciens eux-mêmes. J'ai failli craquer et si vous voulez faire un bon placement, profitez de ce que l'album d'Unhuman soit disponible au stand de Beyond Creation.
Comme souvent, Obscura avait déjà installé la batterie en arrière de la scène et les banderoles de côté, mais il y avait bien assez de place.

Les Pennsylvaniens de RIVERS OF NIHIL ouvraient le show avec un Death bien typé des années 2010, propre et largement combiné aux polyrythmiques du Djent. Cela produit en conséquence du gros riff carré bon pour charmer tout fan des premiers Gojira dans un habillage plus extrême. Une certaine expérience de la scène se sentait, dans l'aisance et la capacité à vraiment jouer ensemble. Le niveau professionnel du groupe d'ouverture s'appréciait, la fosse se forma au bout de quelques titres. Il n'en demeurait pas moins cette tarte à la crème si typique de l'époque actuelle se laissait bien vite cerner, la demi-heure accordée suffisait.

Je suis BEYOND CREATION depuis le premier album et pas question de rater leur première tournée en Europe. Les instruments sans tête et les quotas de cordes dépassés déclaraient déjà les ambitions techniques. Les changements de personnel et l'exigence du style pratiqué n'ont pas provoqué d'accidents. Même avec un jeune nouveau bassiste en lieu et place de Dominic Lapointe, c'est une vraie machine à quatre qui vient encore du Québec et qui a captivé l'auditoire. Leurs compos varient entre titres complexes plein de trouvailles, renouvelant sans heurter ni ramollir le Death très technique et bien Jazzy (le dernier album), et autres morceaux aux solos de guitare inspirés, indécemment longs et jamais ennuyeux (le premier album). Le tout étant restitué au poil. Hugo Doyon va vite se faire connaître. Les passages en tapping de la vieille garde du groupe emportaient l'admiration des premiers rangs. À la batterie, Philippe Boucher a quelques gestuelles originales un peu spectaculaires lui permettant d'enchaîner certains plans par un seul mouvement fluide.
Simon Girard s'exprimait bien sûr en français mais n'en fit pas des tonnes, sa musique parlant pour lui. Son growl n'est pas original mais irréprochable. Il est d'ailleurs remarquable qu'avec Kevin Chartré, le vieux noyau guitariste du groupe ne cherche pas du tout à écraser la section rythmique, tout au contraire. Encore une fois, le Death technique a comme grand atout de mettre la basse mieux à l'honneur que presque partout ailleurs. Se sentaient dans les acclamations une pointe d'admiration collective, plus que de simple plaisir. Vers la fin le pogo reprit malgré la force d'attraction du spectacle instrumental, et en m'écartant j'ai pu constater que dès qu'on sortait de l'axe des enceintes le son se perdait très nettement, en raison de la structure de la salle. Au bout de trois quarts d'heure ils ont laissé place, mais j'étais comblé et ils ont surtout gagné de nouveaux fans.

Au fil de leur discographie déjà dense, je n'ai jamais trop accroché à REVOCATION qui était le groupe un peu différent du plateau de ce soir. Leur Death-Thrash mélodique assume aussi certains gros riffs, et ce mélange plaît évidemment au public qui pouvait enfin se lâcher pour de bon sur la plupart des passages, avec ce style plus simple et direct. Le chant criard et les quelques passages limite acoustiques semblaient révéler une certaine influence d'At the Gates et consorts, aussi. N'empêche que cette mixture à la mode manquait de personnalité par rapport à ce qui s'entend ailleurs, même en s'en tenant à leur génération et en ne tiquant pas sur les simples "France" du chanteur pour nous interpeller. Certes il y a de vrais riffs – tout le monde ne peut en dire autant dans le Deathcore – et des domaines d'inspiration suffisamment variés, mais une fois terminé on n'en retient pas grand-chose.

Pour couronner le tout OBSCURA arriva sans se chauffer et au pas, pour attaquer par des titres d'"Akroasis" comme on pouvait s'y attendre. En quatre ans depuis la première fois que je les avais vus, la fougue semblait avoir disparu. Il fallait donc plutôt s'immerger à mesure dans ces nouveaux titres à l'architecture complexe, chargée, aux multiples chatoiements et à l'interprétation si exigeante. Ceci expliquant certainement cela. Le personnel a bien changé depuis Toulouse, mais le répertoire antérieur apparaissait dès le vilebrequin morbidangélique "Ocean Gateways" qui remit un peu de physique dans ce Death si intellectuel…
La gentillesse réservée toute germanique de Kummerer n'aide pas à compenser cette attitude plus statique, cependant son anglais très compréhensible lui permettait d'exprimer son amical souvenir à Benighted, ou de demander si certains les avaient vus au HellFest malgré les préjugés entre nord et sud de la France. Le beau spectacle technique s'équilibra ensuite quand apparurent des titres de "Cosmogenesis" dont l'approche plus directe corrigeait le danger d'un set démonstratif et un peu trop froid. La fosse se réanima. Cette réorientation ne laissa place ni à la période antérieure à l'arrivée chez Relapse (mais on est habitué) ni même à l'album intermédiaire, bizarrement, qui ne revint pas au programme. Le chanteur de Rivers of Nihil et une roadie vinrent même slammer sans crier gare, bon esprit. Le rappel vite consenti finit encore sur cet album de la révélation, pour un final plus emballant qu'avec des reprises pieuses comme naguère. Pendant que Kummerer présentait son équipe actuelle, je me disais que le dosage de la setlist était rassurant, il a conscience du risque pris avec "Akroasis" et ne veut clairement pas qu'Obscura devienne le groupe de perfomeurs au répertoire brillant et sans âme qu'on bade sans bouger. C'est rassurant pour l'avenir.

Heureux d'avoir eu la bonne dose de Death haut de gamme que j'attendais depuis un certain temps, me voici ragaillardi pour de nouvelles aventures vers d'autres horizons musicaux requérant un peu plus d'ouverture de ma part.


mercredi 26 octobre 2016

Epica Visions of Atlantis Rockstore Montpellier novembre 2004

…Mais qu'allait-il faire dans cette galère? Petite chambrée, le heavy ramène moins que le brutal. Public donc clairsemé, typé heavy mais fort féminisé (pas la parité mais au moins le tiers). En ouverture VISION OF ATLANTIS profite d'avoir un vrai fan, de ceux qui se voient mais pas trop ridicule quand même. Il sera question ici de heavy typé. La section rythmique est bien en place, la batterie charpente solidement l'ensemble. La guitare manque par contre de présence. Les claviers restent très classiques, parfois d'un goût hasardeux. Reste le chant, partagé entre un chanteur qui est très visiblement le capitaine d'équipe, et une chanteuse. Cette dernière manque encore de charisme mais au moins assure son affaire honorablement, donnant un côté très Nightwish qui s'accentue à mesure que s'accumulent les titres, souligné par des plans souvent très similaires. Cette ressemblance n'était d'ailleurs pas un handicap et c'est là que bien souvent résidaient les meilleurs passages. Par contre le boulet, le maillon faible est bien à la charge de son compère, dont le chant est beaucoup moins bon et gâche sempiternellement les bons moments introduits par le chant féminin. Il serait sans doute plus utile avec une seconde guitare rythmique, quitte à continuer les annonces et interludes. Dix fois plus criant que chez Lacuna Coil. C'est ici qu'il faut signaler aussi une nouvelle faiblesse de micro en début de set. Lyrique, agréable mais très classique, manquant légèrement de puissance et frisant allègrement le kitsch, la musique de l'Atlantide s'est déroulée sans surprendre jusqu'à l'esquisse d'une reprise de Nightwish aussi téléphonée que la passe de l'attaque anglaise qui offrit à Philippe Sella son essai de 70 m dans Twickenham médusé un bel après-midi de l'hiver 1987 et la victoire au XV de France avec Grand Chelem au bout. C'est vous dire… Mais succès facile. De bons morceaux, talentueux mais sans génie, sans accroche... sans personnalité? La sincérité fait beaucoup mais pas la totalité. Un dernier titre, applaudissements cordiaux et puis adieu. V. o. A. n'est pas franchement mauvais, mais il faudrait quelques arrangements de fond pour espérer vraiment passer un cap.

EPICA c'était évidemment autre chose, à moult points de vue. Le son était évidemment bien meilleur, plus puissant. Un très bel effort sur les effets lumineux, particulièrement travaillés, et qui seront pour pas mal dans la réussite annoncée de l'affaire (les effets ventilos aussi peut-être, mais c'est le genre qui le veut). Epica, en fait, se montre beaucoup plus ambitieux. Ici le heavy est bien plus sombre. Il se fait finalement doom, enrichi par une option symphonique clairement revendiquée à grands renforts de samples et que d'aucuns rattacheraient à une tendance gothique… Très proche d'After Forever (mais vous saviez). L'expérience scénique se fait également sentir. Et pourtant les compos ne se privent pas de surprendre, notamment par des passages au claviers osant des sonorités inattendues. Les guitares sont utilisées comme éléments de puissance, non d'envolées lyriques. Lourdeur renforcée par la présence non symbolique d'un excellent guitariste-chanteur spécialisé dans le chant death/black, employé selon un dosage subtil et de très bon aloi. C'est néanmoins la chanteuse qui assure l'essentiel du travail, enchaînant les titres sans mal et menant son public au son d'un organe sans aucune faiblesse… sauf un énième pain de micro, rendant cette faiblesse exaspérante (carton jaune à la maison Rockstore pourtant vénérable!) Ce dualisme bien réparti procure une profondeur importante à la musique. Epica se présente comme une formation équilibrée, jouant de tous ses atouts sans se reposer à l'excès sur sa gironde et compétente vocaliste. Pas question de heavy helloweenesque mais bien au contraire tourné versant doom. Noir, romantique et symphonique à défaut d'être peut-être vraiment gothisant selon nous, réellement puissant et lourd – certains passages envoyaient sévère. Le raffinement des compositions se sent dans leur intelligence. Certains critiqueraient peut-être un usage abusif des samples en intro ou outro, mais c'est peine perdue chez un groupe qui revendique si fort le caractère symphonique. Plus franchement regrettable, l'absence de soli bien trempés qui ajouteraient encore une dimension. Mais c'est là que joue sans doute aussi la revendication doom. A noter une excellente chanson en duo piano-synthé & chant, pendant laquelle le claviériste se paya quelques mimiques parodiques d'autant plus poilantes qu'elles étaient en finesse, juste assez outrées pour laisser un doute. Deux titres en rappel, dont un dernier long mais pas ennuyeux du tout. Vous l'aurez compris, les bataves d'Epica se sont montrés convaincants, pros et pertinents. Plus que Within Temptation, Evanescence ou  Nightwish parmi cette récente vague féminisante transversale dans le Metal, des combos de ce genre contribuent à démontrer que la présence de chanteuses et de samples a un réel intérêt et toute sa place dans la tendance plus extrême, à condition de lui faire une place à part. Sur ce constat, 22h 35, tout le monde au lit.