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jeudi 26 octobre 2017

Anathema Alcest Paloma Nîmes 14 octobre 2017

La curiosité et l'amitié de certains vrais fans m'ont amené à faire le court trajet vers la Paloma pour cette affiche éthérée assez éloignée de mes goûts. Autant j'ai beaucoup vu The Gathering à la grande époque et assez apprécié leur musique, Anathema me touchait largement moins et je n'ai plus tellement suivi ce qu'ils faisaient, même de loin. Bref, l'occasion de s'aventurer un peu sans réel danger sur une valeur connue pour sûre.
Bien d'autres sont restés avec eux depuis l'époque, vue la longue queue à la fouille. Car malgré vingt ans d'évolution ce public restait très typé Metal, mélangé à un peu de kawaii noir et quelques vrais gothiques. Un vrai succès public, étant entendu que le groupe s'est bien éloigné de tout cela en théorie. La grande salle, bien faite, pouvait accueillir ce quasi complet sans aucun mal.

Ceci dit nous étions arrivés juste à temps, ALCEST commençait son set, en formation à quatre. Dans force fumée et éclairages. Le set attaquait par des titres récents, les plus versés vers le Shoegaze, avec un son impeccable et une batterie sonnant même bien fort, préservant ainsi un minimum de puissance au rythme et permettant de confirmer l'existence du batteur, souvent perdu dans les limbes à l'arrière à l'instar du logo surplombant haut la scène. De fait, l'ambiguïté entre deux styles aux histoires fort éloignées prend une certaine cohérence esthétique, malgré les longueurs que le Shoegaze pur porte toujours avec lui. L'emploi régulier du français renforce la douce froideur atonale de cette facette acoustique. Et plutôt que de se focaliser sur ces paroles de peur d'être consterné, il valait mieux examiner plus attentivement que jamais ces mélopées et de constater qu'en réalité il y a aussi beaucoup de Sigur Ros dans ce profil. Le Grand Nord restait également présent quand les montées atteignaient enfin le Black (dans une version cependant propre sur lui) au long des compositions à prétention monumentale, un souffle épique tonifiait enfin les émotions délayées. On comprenait l'une des voies par où le Black français fascine le reste du monde. Du reste, une bonne part du public réagissait tout à fait. Neige aussi était connecté, ému de jouer pour la première fois de sa carrière aussi près de sa ville natale (Bagnols-sur-Cèze). Pour ma part… j'ai sans doute perdu depuis trop longtemps mon âme d'enfant, et encore je doute que cet audacieux croisement aurait marché à mon époque. Je regrette pour le spectacle l'emploi de samples, par exemple sur la fin du set et l'interminable délaiement de "Délivrance".

Vous pouviez aller faire un tour au merch' si vous vouliez, il était assez fourni. Nous, l'urgence était plutôt à la faim et la soif.

ANATHEMA entra dans la pénombre et le sillage de Dan Cavanagh, clope au bec et casque de retour sur la tête, sous des acclamations qui ne tarirent guère sur les premiers titres tirés du dernier album, chantés par un Vince assez à fond sur sa guitare malgré une musique qui à première vue n'y porterait guère. Question de conviction, en fait. Franchement légers, ils en tiraient au moins l'avantage d'être lisibles dès la première rencontre. Cela laissait le loisir de s'immerger dans l'important accompagnement visuel, franchement cinématique qui dura tout le long du spectacle : ciels nuageux, conduite sur des routes dans fins, voyages spatiaux… Cela avait une pure gueule d'Atmosphérique. Vince profita d'un interlude pour essayer son très bon français, effort poussé à un niveau jamais vu pour ma part de la part de n'importe quel artiste non francophone. Heureusement la jaquette d'"A Fine Day to Exit" apparut tout à coup et le set vira vers des titres plus anciens, retrouvant enfin un peu de cette tension nécessaire (à base métallique malgré tout) pour emballer. Avec ces illustrations visuelles et ces éclairages pleins par-dessus, nous étions confortablement assoupis dans le meilleur Floyd… Si Daniel avait son clavier devant lui sur son côté, Vincent devait monter à l'arrière-scène pour ses propres parties, plus élaborées en moyenne, laissant un vide assez inhabituel au centre de l'estrade. Mais peu importait, la musique était tant apaisante et lumineuse qu'une telle futilité ne pouvait guère troubler. Certains étaient en larmes. Sans en arriver là, j'accorde depuis longtemps à Anathema d'avoir su conserver son Rock Progressif très épuré, à l'instar de son modèle.
Seule Lee Douglas représentait l'autre fratrie composant le collectif, mais selon Daniel l'absence de John était simplement due à des impératifs familiaux. Le chant puissant et clair de Lee apporte une dimension supplémentaire, même s'il n'a pas le grain unique d'une Anneke. Jamie, le troisième frère roux, restait assez discret de son côté. Le set, parsemé de ces quelques plaisanteries à l'anglaise que le groupe a toujours eu l'intelligence de cultiver comme pour éviter que l'on prenne trop au sérieux une musique aussi typée, s'avança jusqu'à des morceaux un peu plus originaux comme celui relativement excité avec le vocoder qui est, de mémoire, tiré d'"A Natural Disaster". Reste que… si je ne dirais pas qu'être batteur d'Anathema est une sinécure, Cardoso est loin de devoir supporter autant de pression que ses camarades, fatalement. L'on atteignit le terme avec "Fragile Dreams", que Dan amena par une introduction piquée ouvertement à Pink Floyd (mais de quel titre exactement je ne saurais plus dire), l'interprétation globale ramenant même le morceau vers le style définitif du groupe plutôt que respectant très fidèlement le feeling un peu plus énergique de cet album. Les adieux se tinrent sous le son déroutant d'un mix entre Louis Armstrong et Radiohead, qui sentait bien la blague échangée en studio et mise en pratique pour la tournée. L'humour sauvera le monde.

Je ne suis pas rentré converti, mais j'ai trouvé Anathema à peu près comme je m'y attendais et donc assez satisfait de cette petite escapade comme chez un vieux voisin qu'on ne fréquente pas d'habitude. D'autres sont revenus très heureux.

mardi 17 octobre 2017

Today is the Day Fashion Week Black Sheep Montpellier 10 octobre 2017

Après nous être aventurés dans les grandes métropoles, nous revenions à la maison pour une affiche prestigieuse dans ce cher vieux Black Sheep. Today is the Day était déjà passé il y a deux ans pour un set explosif inoubliable, et d'autres fois il y a plus longtemps encore. Ce groupe a compté dans l'inspiration de la scène locale. Malheureusement, l'affluence n'a pas suivi pour des raisons qui m'échappent. Je ne veux pas croire que ce soit simplement à cause du football. Mais peut-être plus à cause de l'absence de première partie locale, le public languedocien pouvant être considéré aussi comme une vaste bande de gens qui aiment bien se regarder jouer les uns les autres. Naturellement, le set commença donc assez tard pour qu'il y ait un peu de monde quand même, ce qui laissait le temps de bien regarder un merchandising assez fourni pour ne pas pester contre l'absentéisme.

En ouverture le trio chevelu FASHION WEEK arrivait de New York comme entrée homogène, lancé par la batterie seule peu à peu rejointe par les autres instruments, je croyais qu'on testait les balances au début. Il s'agissait de pur Noise HC dans la lignée d'Unsane, mais avec un accordage sensiblement plus grave pour la guitare. La basse, dans cette configuration, jouissait d'un bon espace sonore pour imposer son fuzz équilibré. Le guitariste assurait le chant, essentiellement un cri aigu suggérant beaucoup de souffrance avec un timbre similaire au Black suicidaire à la Silencer, assez curieusement. Il se tenait loin du micro pour s'obliger à se pencher dessus et favoriser ce rendu. Régulièrement, des passages parlés voire chuchotés relâchaient la pression. Les titres s'enchaînèrent plaisamment, dans la pure orthodoxie du genre mais en privilégiant un peu plus la noirceur sur l'agressivité pure. Un coup d'harmonica L'assistance de connaisseurs accrocha à ce matériel de qualité et se décoinça peu à peu, une poignée de jeunes s'agitèrent, ce qui permit au chanteur dans ses rares commentaires de faire preuve d'un humour pince-sans-rire inattendu. On atteignit ainsi les trois quarts d'heure sans ennui, on n'en attendait pas tant.

J'ai beaucoup de respect pour TODAY IS THE DAY, entité rattachée à la Noise pour mieux en éclater les frontières selon son inspiration. En accord avec les paroles une vraie folie se dégage d'un répertoire fourni et assez génial au vu de la qualité d'écriture. Le pauvre Steve Austin était cette fois coincé du dos et contraint à une attitude plus en retenue, rendant la prestation plus menaçante qu'en 2015 et montrant ainsi mieux cette autre facette de son œuvre.
Cette tournée célébrait l'anniversaire de l'album "Temple of the Morning Star" qui fut donc repris en intégralité pour former l'essentiel du set. TITD oscille entre Noise, Metal plutôt Sabbathien, HC et Rock dans une tension constante et une créativité comme en n'en fait plus. Certains riffs sont franchement remarquables. Les nombreux samples parlés accroissent l'impression de dérangement mental gagnant par les oreilles. Le trio modifia plusieurs fois la répartition des instruments, certains titres n'ayant pas de guitare, beaucoup comprenant des bidouillages subtils au synthé que le bassiste assurait. Le batteur, dans son t-shirt de Joy Division, se contentait de taper fort sur des parties pas toujours simples. La variété était favorisée aussi par le format court des morceaux. Bien sûr, quelques titres tirés d'autres albums vinrent compléter le set, amenant certains purs fans au paradis. Le son, d'ailleurs, était encore une fois parfait. Arrivé au terme, Austin se lança dans de longs remerciements puis, comme l'idée lui vint, dirigea sa troupe pour une reprise fidèle et impensable de Johnny Cash… chanté par un type arborant, lui, un t-shirt à l'effigie de la pochette de "To mega therion", ce morceau de country rapide prenait une saveur unique, de celles que seuls de vrais grands artistes peuvent donner en croisant les styles selon leur intuition propre. Un projet unique, dont j'ai encore découvert ce soir des aspects que je saisissais mal, à revoir donc si Dieu le veut. En espérant que dans un avenir proche, nous revenions aux affluences de la grande époque pour des groupes de ce calibre.

mercredi 4 octobre 2017

Esplendor Geometrico Dive Apolo Barcelone 22 septembre 2017

Les frontaliers savent comme c'est pratique d'avoir pas trop loin l'opportunité de voir des tournées qui évitent la France, ou des dates plus faciles pour ceux qui bossent. Ce sont les deux raisons cumulées qui m'ont ramené à Barcelone. J'irai même plus loin sur le premier point : parfois on aime des styles ou des artistes qui marchent peu chez nous, et qui sont mieux appréciés à l'étranger. C'est le cas de tout ce qui est Electro-Indus-EBM dont les Espagnols, et tout spécialement les Catalans, sont aussi friands que les Belges ou les Allemands.
Même si la vie si intense de la ville aussi bouillonnante et touristique ne s'arrête pas, l'ambiance est étrangement pesante : les attentats qui ont bouleversé le Monde il y a un mois à peine sont comme oubliés, la tension amenée par les évolutions au jour le jour de la poussée séparatiste est quasi omniprésente. Heureusement, il y a toujours les disquaires comme on n'en fait plus chez nous dans le quartier du Raval, avec leurs clients qui ont de telles têtes de passionnés qu'on se croirait dans un vivarium. Quelques affiches de concerts proches donnaient envie de tout planter pour rester…

J'aime vraiment la sala Apolo, au bas de l'avenue Paral-lel, près du port et du "barri xinés", dans une portion où jouxtent plusieurs salles de spectacle. Le métro est juste devant, les proportions sont bien conçues, les deux bars sont pratiques, le cadre est élégant avec tout ce bois laqué, les galeries, les lustres rouges et les alcôves, et je n'ai jamais été déçu du son.

La raison de ma venue était la première partie. DIVE est le principal projet solo du Belge Dirk Ivens, qu'il développe depuis 1990 quand il n'est pas embarqué dans la reformation de l'un de ses deux vieux groupes (Absolute Body Control, the Klinik, sans parler de Sonar). Il vient peu en France et privilégie les apparitions isolées à un bon rythme plutôt que les vraies tournées. Y compris pour promouvoir un nouvel album comme maintenant, le premier depuis douze ans.
Devant une bonne affluence arrivée pile à l'heure pour l'essentiel, c'était donc seul qu'Ivens se présenta dans son éternelle tenue noire, laissant derrière lui les pupitres et ordinateurs de la tête d'affiche déjà installés. Dès les premiers instants, le son me surprit même par sa qualité : puissance, clarté, équilibre… De quoi porter au mieux le set. Dive mêle les expérimentations sonores de l'Industriel avec les rythmes de l'EBM, souvent sur plusieurs couches qui donnent une épaisseur certaine à sa musique, très homogène depuis longtemps. L'éclairage demeura constamment dominé par des éclairs saccadés, qui renforçaient fortement par le visuel la binarité du tempo. Commençant par des titres récents, Dirk attaqua assez vite de vieux classiques tout en revenant de temps à autre aux nouveaux sur des enchaînements instantanés.
À dire vrai, toute la musique était enregistrée sauf le chant, mais il se donne toujours à fond pour vivre chaque beat, chaque mot comme un violent spasme, parcourant la scène et ouvrant sa chemise à mesure... Cet abattage, la densité de la musique et le charisme propre aux grands (de David Gahan à Jacques Chirac) emballèrent une bonne partie du public à danser plus ou moins allègrement. Il n'était pas besoin de beaucoup communiquer au-delà de quelques remerciements, haletants et en nage, le temps d'une intro. D'ailleurs les textes, toujours en anglais très simple et en voix claire naturelle, contrebalancent la dureté des sons et rendent le propos pénétrable. Avec l'utilisation d'un mégaphone pour un titre sur la fin, il fut vérifié que les vocaux étaient bien réels puisque l'instrument lâcha une ou deux fois ! Au bout d'une heure à ce régime, Ivens quitta la scène sous des vivats bien mérités vu son engagement.

Foin des longs changements de plateau du Rock, ESPLENDOR GEOMETRICO ne laissa que deux minutes d'intermède avant d'attaquer ! Formé depuis longtemps en duo, ce groupe apparu pendant la période de la Transition post-franquiste est l'institution vivante de la scène Industrielle Espagnole, reconnu par toute la scène mondiale presque au même titre que les pères fondateurs qu'ils rejoignirent avec quelques années de retard. Attention : par Industriel il ne faut pas entendre le Metal-Indus à la Ministry, Rammstein ou Godflesh qui en est partiellement issu, mais bien le courant apparu il y a une quarantaine d'années pour doubler le Punk par quelque chose d'encore moins musical en apparence, de plus choquant, plus radical et plus engagé encore, plus décadent et absurde, tout en revenant pour autant vers une attitude plus artistique. Mais tous les aspects visuels étaient assumés ce soir par avec des projections à l'arrière scène, assez sobres.
En effet au lieu de se paumer dans la surenchère et l'obscénité hideuse, Esplendor Geometrico privilégie une bonne musique faite de bruits étranges, rythmée et potentiellement accrocheuse. C'est en définitive plus proche du Cabaret Voltaire des débuts que des outrances de SPK, Fœtus et Throbbing Gristle malgré une parenté évidente. Pas d'images insoutenables, ni de déguisements extravagants donc, mais toujours un son irréprochable… de quoi combler l'assistance plus largement conquise encore vu le panel de corps se trémoussant, sous l'œil de Dirk Ivens revenu blaguer au merch' avec quelques ultras. Les beats et les boucles plus ou moins subtiles répétées adroitement (sans accumuler les couches cette fois) formaient en effet une Indus assez dansante.
Cette direction s'accentua quand Arturo, membre originel, s'aventura au-devant de la scène pour sauter un moment avec ses fans. Puis il revint définitivement pour prendre le micro et assurer des vocaux. N'entendez pas par là des paroles, mais bien des cris et vocalises filtrées agressivement. Quand il mordit le micro à pleines dents, ce n'était pas de la blague. Peu après, il le tendit au premier rang où bien des gens posèrent leurs propres expectorations sur une bonne boucle, sans que personne ne tente quelque chose d'incongru ou de débile, signe que nous étions avec de vrais fans en pleine communion. Quand il quitta son t-shirt et enroula sa ceinture de cuir en cravate autour du cou, quelques-uns tirèrent bien dessus mais c'était voulu, cela fait quand même partie du style.
Après plus d'une heure bien prenante à ce régime constant, fut consenti un bref rappel qu'Arturo clôtura en conviant une jeune fille sur scène, échangeant leurs hauts et l'invitant à tapoter l'un des claviers pour produire quelques effets puis couper le son, touche d'humour à contrepied du sérieux torturé qui caractérise habituellement l'Industriel.

Assez fatigué par deux sets gentiment physiques et le voyage, je n'ai pas trop traîné après un tour au petit merch' pour regagner l'hôtel et prolonger le weekend. Le concert qui devait me faire revenir dans un mois seulement étant annulé, ce sera partie remise. Je vous emmènerai plus près en attendant, c'est tout.

mercredi 20 septembre 2017

MetallicA Kvelertak Paris Bercy 10 septembre 2017

MetallicA…. Combien d'entre nous passèrent par eux pour aller vers l'extrême ? Vous souvenez-vous de ce que ce nom représentait au début des années 90 ? Les quatre cavaliers ne sont plus mon groupe favori depuis fort longtemps, mais je ne les ai pas reniés malgré moult errements. La grosse machine est tellement connue, tant rappelée à longueur de nouveaux DVD que depuis Nîmes, il avait fallu du temps pour que remonte assez le désir d'une nouvelle rencontre. J'y étais aidé par l'accompagnement d'un vieil ami qui, lui, ne les avait jamais vus et dont l'enthousiasme était nécessairement contagieux. Par commodité, nous avions choisi le second soir à Paris plutôt que les autres dates.

Je ne connaissais pas l'intérieur de Bercy. Le long protocole de sécurité au fil des halls, escalators, et larges couloirs plastiques faisait plutôt penser qu'on allait prendre l'avion… La salle est bien mieux conçue, une fois en place, que l'Arena bâtie par chez moi.
Évidemment le public était nombreux, familial, bon enfant et de tous âges, plus franchement masculin que ce que j'aurais pu attendre. Cette foule était en grande partie aux couleurs de MetallicA, mais aussi d'autres grands classiques fédérateurs, de Led Zep' à Gojira. Très peu de t-shirts rappelaient l'existence d'une scène indépendante, de formations plus modestes. Si l'on constate depuis une quinzaine d'années le morcellement des courants, n'en reste pas moins le clivage entre le grand public Metal focalisé sur les grosses affiches, grands festivals, groupes renommés dans des styles définis depuis longtemps, et les autres, qui étaient sans doute en nombre au Fall of Summer en même temps par exemple…


Jamais je n'avais soumis KVELERTAK à un examen approfondi, jusqu'à ce que se présente le batteur clopinant sur béquilles, suivi de ses cinq comparses dont le chanteur le torse à l'air avec un masque en forme de papillon, assez ridicule. La suite fut mieux séduisante. Les Norvégiens mélangent beaucoup de choses dans leurs compositions : MetalCore épique ou écrasant, Rock voire Hard traditionnel par moments, blasts plutôt Black gentil, galopades Punky… tout doit leur sembler bon pour peu que cela serve leur inspiration. Les trois guitares écrasaient inévitablement tout le reste, mais contrairement à la malédiction bien connue de toutes les premières parties de MetallicA, Kvelertak avait un son tout à fait correct. Le Norvégien, on le savait déjà, se prête aussi bien au Metal que l'Anglais. L'un des guitaristes appuyait parfois le chanteur. Le sextet prit l'ensemble de l'espace offert sur la large scène centrale sans timidité ni arrogance. La variété des titres s'enchaînant dévoilait un groupe assez original qui sonnait néanmoins dans le vent. Une minorité importante de l'assistance, confirmant de plus fort l'observation sur les deux publics Metal, n'en avait cure et laissa de vastes zones de gradins vides. Je ne crois pas que ce soit la conséquence de l'anticipation de l'arrêt des ventes d'alcool pendant le set de la tête d'affiche.
Peu communicatif entre les titres à part vers la fin, le chanteur empoigna une lourde bannière pour illustrer le dernier titre. Je ne suis pas sorti totalement conquis de cette quarantaine de minutes réglementaire, mais cette fois l'invité de MetallicA était plus consistant qu'un groupe déjà assez établi demeuré au niveau de gamins plus ou moins attardés.

La pause dura le double de ce qui était annoncé, meublée sur le tard par l'un de mes classiques préférés d'AC/DC.

Blasé au long de cette attente, lorsque les lumières s'éteignirent dans une clameur de bataille épique, et que la gueule d'Eli Wallach apparut sur les cubes tandis que montait "The Ecstasy of Gold' repris en chœur comme l'hymne de la nation des fans… mes yeux s'embuèrent comme mon cœur de fillette craquait sous la poussée des souvenirs…
METALLICA grimpa au son de l'intro de "Hardwired", dans la configuration traditionnelle de la scène centrale avec la batterie au centre qui tournera sur les quatre côtés au fil du set. Véloce et direct, le morceau titre de l'album que les Californiens venaient défendre précéda "Atlas, Rise !", plus représentatif de ce dernier répertoire qui roule à peu près droit généralement jusqu'aux refrains, qui mettent deux roues dans les bas-côtés avant de revenir sur la route… Et nous allions en bouffer, du dernier ! Les peaux de la batterie, sous la frappe forte et toujours un peu approximative de Lars, sonnaient très sec. Les guitares, abrasives, obligeaient James à lutter un peu pour se faire entendre, et laissèrent définitivement la basse noyée dans le mix. C'était très loin du son retravaillé des DVD, et encore plus du rendu plus que parfait au Parc des Princes il y a treize ans… et c'était tant mieux car je n'avais sans doute jamais entendu MetallicA avec un son aussi live et accrocheur.

Les cubes coulissants pour afficher les projections étaient assez esthétiques, bien qu'en descendant au plus  bas ils bouchaient la vue de la scène quelques instants. Les projections d'anciennes affiches de vieux concerts en France et autres images d'archive pour illustrer "Seek and Destroy" étaient sympathiques. Comme les vestes à patches d'Hetfield. Les deux classiques suivants permirent à Kirk Hammett de montrer qu'il était dans un bon soir, toujours dans le tempo pour ses solos, et peu enclin à s'égarer dans ses improvisations de moins en moins inspirées au fil des ans. Du pur plaisir sans prise de tête avec le MetallicA intemporel.
Pour "Now that we're Dead", quatre autres gros cubes sortirent de la scène, le morceau glissa tout à coup vers un intermède où les trois membres mobiles s'emparèrent de mailloches, et battirent chacun la face supérieure d'un de ces objets, vite rejoints par Lars. Ce n'était pas aussi bon que Sepultura dans le même exercice, mais assez inattendu. Puis vint "ManUNkind", titre récent encore jamais joué sur scène, avec projection d'extraits édulcorés de son clip troublant, pastiche assumé du Mayhem des tous débuts (jamais de tête de porc entièrement en plan) !! Si la tension retombait un peu sur ces nombreux extraits du dernier album, ces vieux monuments du Metal comme "For Whom the Bell Tolls" faisaient se relever sans peine tous les ramollis. Il faut admettre que le groupe n'a guère faibli en énergie communicative malgré les années dans le sillage d'un Hetfield qui n'a rien perdu de son charisme légendaire et dont le chant compense aisément l'usure par une diction plus claire que jamais (et sans doute un léger coup de potard en plus).
Après une nouvelle scie tirée de "Hardwired" dont le rythme et l'architecture relâchaient mécaniquement l'excitation, place était faite au moment de bravoure attendu pour Hammett et Trujillo. Il passa par une reprise instrumentale du tube mondial de Joe Dassin que j'eus du mal à reconnaître avec assurance sur le moment tant c'était incongru (vendredi c'était plus cohérent dans cet exercice). Et l'éternelle dernière roue du carrosse, ce pauvre vieux Rob put enfin se faire voir en première ligne… pour reprendre le mythique "Anesthesia" tandis que Cliff Burton apparaissait sur les écrans cubiques ! Effet garanti et apprécié d'une restitution impeccable, très respectueuse et facile, prélude à un leste, endiablé et irrésistible "Helpless", seule – vraie – reprise extérieure de la soirée. Avec "Fuel" ensuite, on vit moins de flammes que jadis comme sur l'ensemble du concert. Ce titre restait encore l'indéboulonnable représentant d'une certaine période, et faisait penser que certains albums et pas des moindres restaient encore absents, alors que le terme commençait à poindre au loin. Pire même, on revenait encore une fois au dernier après un bref échange de James avec un enfant dans la fosse et l'explication de texte de ce "Moth into Flames" dont le refrain boiteux illustre bien les points faibles de la dernière cuvée.
Ressortant le rituel "You like Heavy ? MetallicA gives you heavy.", Hetfield lança un assassin et inusable "Sad but True" porté par un Hammett décidément bien dans le coup. MetallicA, c'est une évidence, est sur une autre planète que le reste du big four sans parler d'en-dessous, vue l'armée de techniciens à l'œuvre en coulisses, dont ceux qui apparaissaient discrètement mais régulièrement sur scène n'étaient que la part émergée. Tout est millimétré et connu de longue date des fans, même si selon le sondage à main levée beaucoup prétendaient faire leur première, de certaines boutades de Hetfield aux promenades arrogantes et grimacières d'Ulrich. Même le numéro de tournis de Trujillo est devenu à présent un gimmick attendu. Mais personne n'attendait autre chose. Introduit de loin par des citations plus longues que d'habitude du film, plutôt que par les mitraillades interminables, "One" fut l'occasion d'un hommage épique et grave aux combattants des deux bords et acteurs divers de la Grande Guerre, sans doute car nous étions à quelques jours près au centenaire de l'entrée effective des premières troupes américaines dans ce carnage. C'était beau. Enfin "Master of Puppets", toujours sublime, était certes en version complète, mais ce n'est plus une surprise depuis longtemps.
Le rappel fut tout d'abord entamé par un explosif "Fight Fire…" mortellement thrashy et rogue, laissant croire que le groupe en avait encore bien sous la semelle. Mais cette énergie se déploya dans une interprétation parfaitement conforme de l'un des derniers grands slows du Hard et du Metal réunis. L'occasion de se dire que cette fois il n'y a pas eu de gros pain comme d'autres fois, juste de tous petits à côtés de live. Merci Lars. Comme couronnement fédérateur vint enfin "Enter Sandman" évidemment, avec ses quelques fusées d'artifice de bon aloi. Curieusement, MetallicA semble donc délaisser les finaux old-school auxquels nous étions habitués de si longue date.
Comme toujours par contre, le groupe revint longuement saluer ses fans, Hetfield dirigeant un clapping qui permettait habilement d'offrir une ultime communion non musicale, par un geste signifiant grossièrement à l'inconscient collectif titubant entre le contentement et l'envie d'en avoir encore que c'était bon mais que c'était fini. Absolument tout est calculé, vous disais-je.
Dernière tradition, chaque membre prononça quelques mots, Trujillo se lançant en français bien sûr (grâce à sa femme, vous savez) et Ulrich, toujours le dernier et encore excité, promit qu'ils reviendraient.

Il fallut quelque temps pour se retrouver dans la foule en mouvement et le vent piquant qui soufflait dessous le ministère, l'allégresse de mon compère rappelant l'effet que cela fait la première fois et combien donc la grosse machine susnommée est puissante. Cela se termina dans un estaminet de la rue de Lyon que je connaissais. Très étrangement j'appris que Denis Barthe, l'ancien batteur de Noir Désir que j'avais vu quelques jours avant dans une petite ville des Pyrénées avec son nouveau groupe, avait passé le concert assis non loin.
Si la setlist n'était pas bien équilibrée à mon avis, si l'on peut faire tant de procès rebattus à une institution aussi énorme, et autant de reproches à ceux qui y ont communié semble-t-il, je ne regrette en rien d'en avoir été.

The Ecstasy of Gold/ Hardwired/ Atlas, Rise !/ Seek and Destroy/ Through the Never/ Fade to Black/ Now that we're Dead/ ManUNkind/ For Whom the Bell Tolls/ Halo on Fire/ Eye of the Beholder-Champs Élysées/ Anesthesia/ Helpless/ Fuel/ Moth into Flames/ Sad but True/ One/ Master of Puppets/
Fight Fire with Fire/ Nothing Else Matters/ Enter Sandman.

vendredi 1 septembre 2017

Les Tambours du Bronx Mountain Men 26 août 2017 Salies du Salat

Près de mon lieu de vacances au pied des Pyrénées centrales, la petite ville de Salies-du-Salat organisait pour la première fois un festival d'été tous publics sur trois jours. Étonnamment l'affiche du samedi soir était alléchante et n'ayant rien de mieux à faire, j'ai honoré cette occasion imprévue.
La grosse chaleur du jour était encore pesante au crépuscule. Le Metalleux habitué trouvait sans peine ses marques dans le stade de village : les tentes, les jetons de paiement, stands de ravitaillement et autres toilettes sèches. Le public était assez nombreux et familial de tous les âges, local ou pour mieux dire, rural.

Les concerts se tenaient dans un grand chapiteau ovale en forme de gélule, qui gardait hélas une partie de la canicule accablante, avec des gradins en demi-cercle au fond bien garnis mais très éloignés de la scène. Bien que le parterre se remplît à l'approche du premier groupe, la répartition de l'assistance en deux masses largement séparées n'était certainement pas enthousiasmante à voir depuis la scène.

MOUTAIN MEN est à l'origine un duo Grenoblois devenu quartet depuis qu'ils ont inclus l'ancien batteur de Noir Désir en personne, Denis Barthe, et son compère des The Hyènes pour la basse. Tout de suite, on identifiait la bande de quinquas, vétérans de bien des scènes de toutes dimensions (et d'autant d'aventures), qui se contentent à présent de prendre du plaisir avec un style authentique, fondamental, mais qui plaira aussi à toutes sortes de publics. Après une saynète pour introduire le spectacle, il ne s'agira que de Blues Rock gentillet net et bien fait, taillé pour la scène. Le guitariste-chanteur originel assurait l'essentiel de la communication et le spectacle l'était plus par son vieux partenaire harmoniciste en gilet et cravate, qui s'exprimait avec un fort accent anglo-saxon dans un français parfait. Le public de sept à soixante-dix-sept ans se laissa prendre peu à peu par des titres d'une qualité régulière, au long d'un set étiré sur presque une heure et demie et parsemé de petits sketches (et une échappée de l'harmoniciste). Le chant était juste et convaincu même s'il manquait de grain, et l'harmonica épiçait assez brillamment des chansons plaisantes, mais un peu trop aimables. Tout en évitant largement de faire du sous-Johnny (y'avait ce risque !), leur répertoire était en effet bien lumineux et trop souvent optimiste pour le style. Au fond la rédemption est déjà venue pour eux, par la simple joie de jouer ensemble devant un vaste public favorable. Pour les uns c'est une forme de réussite, pour tel autre c'est plutôt une issue après toute l'ample histoire que chacun connaît. Comme la basse, Barthe survolait d'ailleurs à l'aise un répertoire franchement moins exigeant que celui pour lequel il restera immortel.

Je vous passe le mini spectacle d'hypnose en interlude, ainsi que le retard horaire sans conséquence trahissant le festival débutant.

LES TAMBOURS DU BRONX sont un investissement sûr avec leur trentaine d'années d'expérience. Comme toujours, la grosse douzaine de fûts en demi-cercle était surplombée par les claviers et deux rangées de barres sur les côtés. Pour une immersion progressive, le premier morceau était purement acoustique et rythmique, les mailloches seules contre les bidons et les parties bien distinguées pour que le public comprenne le fonctionnement complémentaire de l'orchestre, d'un bord à un autre avec le centre de l'hémicycle jouant aussi son propre rôle. Ensuite vint un titre chanté plus groovy, puis la reprise non annoncée de "Kaiowas" que bien peu de gens ont dû reconnaître à part moi ! Rappelant évidemment l'esprit du live partagé avec Sepultura, c'est le synthé qui suggérait les parties de guitare sèche tandis que la rythmique dominait, bien sûr. La relecture était fidèle tout en transformant substantiellement l'original, illustrant joliment l'une des pistes possibles quand on se lance sur une reprise. La moite touffeur n'ayant pas disparu, le collectif passa alors au torse poil pour le restant du concert.
Les Tambours du Bronx, c'est avant tout un spectacle de percussions rigoureux, où cela paraît très facile et à la portée de tous comme le tennis quand on regarde Federer, grâce au travail qu'il y a derrière. Les chorégraphies simples enrichissent un peu le show pour éviter une trop forte austérité visuelle, plusieurs frappeurs ayant leur moment de bravoure en venant au centre. Quelques rares personnes bougeaient bien, certainement des connaisseurs vues les dégaines, la large majorité préférant apprécier la performance et resta malgré l'heure, l'atmosphère pesante et la relative agressivité du propos.
Les Nivernais ont si bien su ouvrir les frontières de leur style d'origine et leur identité en son sein, qu'on en oublierait qu'il s'agit de Musique Industrielle. C'est la frange mêlée, la plus accessible du style, comme les Swans ou les Young Gods dans leurs propres genres. Et pourtant, quand on attaquait le cœur du set avec ses boucles ou ses basses, un peu de chant parfois, c'était clairement dans les périmètres de Vomito Negro, Fœtus et compagnie, indépendamment de la forte orientation rythmique. Certains titres faisaient plus Big Beat années 90, pour autant.
Je regrette seulement la communication bêtement arrogante du principal chanteur qui écorchait sciemment le nom de la ville et jugeait la mollesse apparente du public, au lieu de comprendre que dans un nouveau festival campagnard qui cherche encore son identité et drainait une foule d'ignorants complets de ce genre de musiques de tous âges, c'était un beau résultat d'en avoir conservé les trois quarts à minuit et demi passé un soir de canicule. Les autres étaient mieux lunés et il y eut une belle distribution de mailloches et même quelques bidons en fin de concert.

Fuyant "la soirée des jeunes" et son DJ qui allait suivre, à l'instar de la plupart des gens, je rentrai un peu usé mais satisfait vers ma fin de congés. La rentrée, je vous le dis, sera énorme.

jeudi 10 août 2017

Xtreme Fest Albi 1er jour 28 juillet 2017

À sa cinquième édition, l'Xtreme Fest est devenu le gros festival Metal-Punk-HardCore du Midi. Le lieu est assez central par rapport à cette aire géographique, mais plus difficile d'accès tout de même depuis la Méditerranée : je vous passe l'interminable trajet à travers la montagne, en guise d'introduction à l'esprit plutôt rural du rendez-vous. L'identité d'un festival tient en grande partie au site, en l'occurrence la vaste ancienne mine à ciel ouvert de Carmaux, point historique de la région depuis plusieurs siècles, connu notamment pour ses grévistes soutenus par Jaurès en son temps. C'est désormais une base de loisirs, avec son lac artificiel accessible en tyrolienne, au fond du large entonnoir creusé par des générations de mineurs. Une maison de la musique, sur le rebord de la déclivité, offre un accueil idéal pour ce type d'événements.

Ceux qui me suivent depuis longtemps ont remarqué que je n'étais pas trop amateur de festivals, mais en plus de la proximité spatiale, l'Xtreme Fest a l'avantage d'avoir une ville touristique proche (la belle Albi) avec un parc hôtelier à l'avenant pour les douillets comme moi ou les VIP – je crois bien avoir croisé l'ancienne direction de feu Holy Records à l'hôtel. Et surtout, il demeure un festival à dimension familiale : les groupes ne jouent pas en même temps, les deux scènes sont proches dans un périmètre compact mais pas étouffant, dont on peut sortir et rentrer aisément de toute façon. Néanmoins, une forte présence policière à quelques encablures du fest' rappelait que nous avons dorénavant changé de monde.
La programmation, enfin, reflète l'identité du public méridional, encore bien friand de Punk et de HardCore. La cohabitation des rebelles festifs avec les Metalleux avides de belles affiches estivales permet à ce festival d'exister, en mêlant ces publics dans la lourde chaleur de la campagne albigeoise, dès le vaste camping situé de l'autre côté de la bordure de la mine. Moi, je ne revenais cette année que pour le premier jour dont le programme me paraissait de loin le mieux. En plus, le parking visiteurs est beaucoup plus proche que le camping… et je ne voulais pas risquer de revivre l'orage que j'avais mangé en pleine nuit l'an dernier quand je traversais le bois pour y arriver !

À faire un seul jour il faut le faire bien et arriver pour l'ouverture. Une fois récupéré le bracelet et quelques jetons à convertir en boisson, les précoces pouvaient profiter des Coreux de TEN YEARS TOO LATE à qui revenait d'inaugurer l'édition, dans le contexte compliqué d'une scène extérieure pour un parterre encore maigre en plein cagnard. Originaires d'Albi, l'émotion se sentait dans les propos de leur chanteur mais ils ne se sont pas laissés déborder par l'enjeu. Leur HardCore Punk oscille entre les gros riffs East Coast et les passages mélodiques plus rapides à la Californienne, avec quelques cris quand il le faut. Les accélérations étaient encore limitées mais tout le set fut joué dans le tempo, ce qui est préférable, à choisir. C'était assez honnête pour encourager à persévérer. L'esprit de l'Xtreme Fest était déjà là.

Le premier déplacement vers la salle intérieure et sa fraîche pénombre salutaire, avec un public de mieux en mieux garni, était pour aller entendre GUILLOTINE, un autre groupe local (toulousain ou tarnais je n'ai pas saisi) encore bien plus jeune. Les cinq membres, dont trois filles, font du Death Old-School. Chic ! Avec un gros son propre et le growl, pitché sans effort mais parfait, de la chanteuse échappée d'un cosplay noir, ça partait pas mal. Quelques passages semi-acoustiques s'intercalaient assez longuement, mais manquaient d'âme. La chanteuse laissait la communication à son guitariste. Le public réagit, mais plus pour délirer que pogoter, jusqu'à ce circle-pit commencé comme une ronde main dans la main. Il faut dire que le mid-tempo gras et encore un peu intimidé ne se prêtait pas au déchaînement complet. Et surtout, les effets se révélaient souvent trop appuyés, révélant un collectif qui a encore besoin de se rassurer dans ses choix stylistiques en recourant à ses clichés sonores les plus caricaturaux (growl excessivement prolongé entre autres). Il y a encore une grosse marge de progression sur ces bases, mais un potentiel quand les traits typiques du jeune combo disparaîtront.

Comment être objectif avec les compères Montpelliérains de TERROR SHARK ? C'était la première fois que le trio abordait une aussi grosse scène, mais ils ont dévoré l'enjeu avec la férocité des grands blancs. Leur Crossover Thrash HC old-school fortement inspiré par MOD et DRI a profité d'un excellent son donnant toute la puissance voulue à la batterie, et restituant les riffs avec toute la précision qui est aujourd'hui atteinte après deux années à croiser plutôt dans des caves. Le pit se forma vite et atteint enfin une digne ébullition, le premier pogo à fond du festival. Les deux requins gonflables jetés aux moshers rendaient l'exercice assez drôle et quand ils volaient en l'air, créaient un côté sharknado surréaliste parfaitement recherché. Le chanteur Jérôme et quelques motivés s'offrirent des virées sur les mains tendues de la fosse (marine) captivée, avec la mini-planche estampillée en gros "MOSH" brandie comme un slogan à d'autres moments. Ce style longtemps regardé comme désuet s'offre un retour, et démontrait son efficacité, et même un certain esthétisme, aussi basique soit-il. Il n'y avait qu'à voir les sourires émergeant du mosh pit en fusion. Cela fait plaisir de voir avancer un groupe que l'on suit dès l'origine, et qui prouva ici sa capacité à assumer un niveau supérieur. Une reprise finale des Beastie Boys "Fight for Your Right", sur un rythme plus rapide que le mythique original, laissera des traces sur la fesse des baigneurs imprudents !

HATESPHERE se présenta sur la scène intérieure au son du générique d'"Amicalement vôtre". J'avais vu ces vieux dinosaures du Thrashcore il y a une douzaine d'années, sous une formation quasi entièrement différente. Rares sont les survivants de ce mouvement. Les Danois jouent désormais sur la bonne humeur, le chanteur tout sourire s'employant à blaguer sur la bonne bière française, avec un bracelet tricolore et autres amabilités scéniques bien connues. Ils se contentaient d'un son étonnamment faiblard et sale pour un groupe aussi expérimenté. À leur stade ils ont certes atteint un certain objectif, mais aussi renoncé à certaines choses… Aimant bien ce style bourrin et direct qui était à la mode quand je découvris le Metal, j'y ai évidemment trouvé mon compte même si Hatesphere n'a jamais atteint la qualité de PanterA.

Les Australiens de CLOWNS ont rapidement percé en trois albums, la jeunesse se trahissait par des dégaines fluettes et des chevelures massives. Ne craignant pas le soleil baissant, ils ont envoyé avec énergie un Punk Pop à l'américaine, façon Ramones ou MC5 en short et Vans. Le chanteur à lunettes noires catalysait ce cratère de pulsion vitale… Peu amateur de ce style, j'en ai profité pour faire une pause courses aux stands, plus nombreux que l'an dernier ; et un aller-retour à la voiture pour me débarrasser. Il y avait Season of Mist, une paire de disquaires indépendants bien achalandés, des bijoux, des accessoires divers pour coquettes. Quand je revins, Clowns attaquait une montée chromatique adroite et longue pour leur genre, que la fosse semblait apprécier.

Il y a six mois à peine j'avais savouré près de là le retour de NOSTROMO, invité par Gojira sur sa tournée française. Pas de grande différence, et il n'aurait manqué que cela ! Leur HC Grindy est décidément aussi sec et puissant que sur album, transcendé par une double autant présente et chirurgicale que dans le meilleur Death Brutal. Une seule guitare, grave, sèche, pleine et velue, suffit largement. Cette fois Xavier abandonna sa casquette vue la chaleur, mais occupait toujours tout le terrain central de la scène de son large pas, envoyant son micro filaire comme un fléau au-dessus de sa tête, son timbre rogue collant parfaitement à l'austère brutalité du propos. Sa communication est sobre, dans l'esprit du reste, mais aimable. À la Suisse. Le répertoire commence à s'enrichir et nous eûmes au moins un titre nouveau, qui ne troublera pas les anciens fans. Nostromo se distinguera toujours par ce goût constant pour l'expérimentation raisonnée, donnant une saveur unique à son HC new-school à la base si typée, si tannique : l'emploi d'instruments exotiques (ici samplés) ou de bidouillages furtifs intrigants est une marque, c'est la dimension spéciale des Genevois. Une reprise incontournable des amis disparus de Nasum se glissait en cours de set, avant de clore à nouveau sur la classique et remarquable régurgitation de Napalm Death, "Twist the Knife" dont le style singulier donne la piste de ce que cherche à faire Nostromo.

Dehors FACE TO FACE prit le relais… Dire qu'à une époque le HC mélodique récréatif était un style réservé aux grands adolescents, les quatre membres ne sont plus de première jeunesse. Et pourtant, le chanteur case le mot "cool" à chaque virgule. Le quartet empila les tranches avec une efficacité certaine sur un rythme assez souple. Comme quoi Michel Tournier a raison, nous avons chacun un âge de la vie après lequel on court pour ensuite s'y maintenir au mieux tout le restant de ses jours… Sur ces considérations j'allais faire la queue pour dîner et recharger ensuite un verre, la soirée était loin de sa fin et l'attente aux food trucks rallongée, car il y en avait un de moins que l'an dernier. Le set, assez long lui aussi puisqu'on arrivait aux têtes d'affiches, laissait au surplus le temps de blaguer avec quelques connaissances avec cette galopade en bruit de fond. Face to Face doit être connu dans le style, même si ce nom ne me disait rien, et il faut y reconnaître un certain savoir-faire même sans passer la cinquième.

SEPTIC FLESH a galéré en début de set avec un faux contact qui a compressé le son au milieu du premier titre, et n'a été réglé qu'au troisième. De quoi justifier une certaine nervosité et le passage fréquent des membres derrière les tentures tendues à l'arrière. À ce sujet je regrette qu'un groupe qui avait naguère une réelle identité visuelle se soit finalement rabattu sur une imagerie banale. Et les costumes en fausse peau de reptile n'ajoutent pas grand'chose. Le Death Metal orchestral des Hellènes ne change pas, même si j'ai décelé un resserrement sur la seconde période d'activité et ses titres plus simples mais indéniablement puissants, valorisés par une production forte, ample, opératique comme ils disent en Grèce pour nommer ce courant. Un fan plus pointu pourrait vous dire s'ils ont donné des titres de l'album qui doit sortir prochainement. En tout cas il y a eu pas mal de "Communion". La déferlante sonore, les pompes orchestrales et la présence du groupe autour de Spiros, avec leurs grands gestes, faisait oublier que ça ne jouait pas très carré. Et si ça peut surprendre, cela n'a pas beaucoup d'importance pour un live, dans ce style, qu'ils ont largement défriché avant tout le monde.
Après tout il y a peu de groupes qui marient un Death pur avec une musique orchestrale et, même si je n'aime pas forcément tout (il y a eu encore ce titre horripilant qui reprend le motif de "Requiem for a Dream"), Septic Flesh y apporte une âme, une part de beauté totalement absente chez certains groupes Italiens dont je tairai le nom.

La nuit étant bien tombée à cette heure, GOOD RIDDANCE attendait pour le dernier passage sur la scène extérieure, dans un rafraîchissement appréciable en harmonie avec cette dernière tournée de Punk sur roulettes. Pour couronner le parcours, c'était vraiment parfait. C'est l'une des plus typiques incarnations du HC mélodique Californien, signé sur Fat Wreck, enfilant gaillardement des titres à la course pour le bonheur des pogoteurs, avec un tempo il est vrai plus rapide que celui de Face to Face. Vous l'aurez deviné, sentant un léger épuisement j'ai préféré aller me reposer un peu et revoir quelques personnes avant que la journée se termine, puisque c'était la seule pour moi.

CARCASS honorait sa promesse de venir cette année, après avoir annulé en 2016 au profit d'une tournée Américaine. Et bien que ce soit l'un des groupes de Metal extrême que j'écoute le plus anciennement (plus de vingt ans), je n'avais jamais réussi à les voir malgré la reformation. Depuis 2007, aucune apparition dans le Sud de la France ; et je n'avais pu me déplacer à l'automne 2015 pour profiter de l'une des trois dates les plus proches de la tournée Deathcrusher.
Vous mesurez donc l'émotion un peu bête qui me saisit dans les premiers instants, elle devient rare après des lustres à parcourir les scènes : la lampe blanche, l'intro "1985" qui monte et le groupe qui entrait sous les acclamations d'un public toujours pas fatigué… C'était la première fois que j'entendais en live des riffs que je connais pourtant depuis si longtemps, qui ont dressé mon goût dans l'extrême. Balayée, la lassitude d'un marathon sonore !
Comme d'autres vieux briscards, Carcass enchaîne sans pauses ou quasiment, ne laissant pas le temps de souffler et casant intelligemment rapidement des titres comme "Buried Dreams" et "Incarnated Solvent Abuse" pour confirmer qu'on allait aborder presque tous les sujets. Les intros parlées de "Necroticism…" étaient bien là. À mesure que le set avançait, malgré une lucidité brouillée par le plaisir et le train des enfilades impitoyables, on remarquait que bien des titres étaient tronqués ici ou là, et des bouts d'autres greffés sur l'ensemble.
Je considère depuis longtemps que le Heavy est présent chez Carcass depuis le deuxième album en réalité, et c'est logiquement cette identité que le groupe a choisi pour jamais. Cela s'est confirmé dès le retour avec "Surgical Steel", et aussi dans le recours aux applaudissements en rythme, typiques de la scène Heavy, que Jeff Walker nous a faits faire même avec de forts anciens morceaux, de manière un peu incongrue. Et logiquement "Reek of Putrefaction" (l'album et non le titre, qui a été joué) reste écarté de la setlist, au grand dam des purs grindeux.
Les qualités de guitariste de Bill Steer ne sont plus à rappeler, malgré quelques facilités sur les solos, sa réserve concentrée mais très relâchée est la marque des grands. Il est bien moins marqué par l'âge que Jeff Walker, qui n'en a pas pour autant perdu de l'énergie dans ses vocaux qu'il assura quasi intégralement vu le répertoire choisi. Carcass est appréciable aussi pour l'humour purement anglais qui se dégage de toutes les paroles, bien que Jeff soit moins sarcastique en scène. Le français qu'il maniait trahit plus un trop long manque de pratique qu'une totale méconnaissance… ("but Bill is fluent !" prétendait-il !).
Ben Ash, l'inconnu qui a remplacé Mike Amott depuis le dernier album restera ma foi exempt de tout reproche, comme Dan Wilding (c'est de loin le cadet, on se croirait chez Sepultura) dont j'ai apprécié le jeu percutant, et un peu plus chaleureux que celui du regretté Ken. Après un dernier greffon des ultimes mesures de "Carneous Cacoffiny", le groupe s'éclipsa assez vite sur la reprise téléphonée de "1985" dans les enceintes, vue l'heure et l'impératif d'un autre festival le lendemain en Angleterre. Finalement, Carcass est notablement meilleur actuellement que les quelques extraits vidéos et reports datant des débuts de la reformation, les réserves sont désuètes et caduques, pour peu qu'on accepte ce qui est depuis 1993 : c'est d'abord un groupe de Death Heavy mélodique et assez Rock, parfois plus brutal sur de vieux titres, mais le reste n'est plus pour eux qu'un vieil accessoire faiblement assumé.

Il n'y avait plus qu'à rentrer, fourbu mais comblé par une intense journée, dans la nuit apaisante et la bonne humeur générale, jusqu'à la voiture puis l'hôtel. Cette année, pas de déluge. Nous nous retrouverons à la rentrée pour un rendez-vous historique.

lundi 17 juillet 2017

Agnostic Front Dys TAF 9 juillet 2017

Chaque été, la TAF propose son festival "See You in the Pit", qui est précisément un cycle de plateau HardCore étalé sur deux mois. Agnostic Front est une tarte à la crème de la programmation de la salle, ils doivent venir à peu près chaque année, dès qu'ils mettent le pied en Europe. Comme je restais sur le souvenir d'une performance mitigée au Rockstore en 2007, je n'ai pas participé aux nombreuses occasions qui ont suivi. Cette fois, après un mois sans pouvoir rien faire et ayant dû même sacrifier System of A Down aux arènes (c'était un peu raté paraît-il donc moins de remords), j'ai voulu donner une seconde chance à l'ultime légende vivante du NYHC, dans une salle plus compacte.
Les Coreux sont fidèles et la régularité des passages n'entame pas leur envie. Le public était là, même si assez peu étaient passés par la prévente. Mais avec deux groupes seulement, ce n'était pas la peine de se précipiter dès l'ouverture du portail en tôle ondulée. Dans la moiteur lourde étouffant la cour, je me sentais légèrement décalé avec mes cheveux, mon t-shirt de Death Metal choisi trop vite et mon petit corps frêle vierge de tout tatouage ni piercing quelconque… Les deux groupes avaient apporté leur merch'.

DYS est un vieux groupe emblématique de la scène de Boston, dont la présence confirmait que les vieilles bisbilles entre les scènes des deux villes sont bien loin maintenant – taper  ensemble sur les Californiens, ça rapproche. Leur HC est effectivement bien à l'ancienne, très Punk Pop avec ce que cela implique de mélodie. Le chanteur maîtrise le français, ce qui lui a permis de faire passer encore mieux certaines explications de titres, sur des thèmes classiques du HardCore avec parfois des métaphores inattendues (la construction d'une église…) et l'emploi de "you know" à la place de chaque virgule. Malheureusement le collectif semble bien fatigué, l'interprétation molle et le batteur assez limité ne pouvaient pas emballer l'assistance, pourtant assez fournie et polie pour rester tout le long du set. Chacun se contenta de bouger un peu à sa place tandis que la set list plongeait de plus en plus dans le passé du groupe, jusqu'à l'avant-dernier titre qui déclencha enfin quelques coups d'épaule.
C'est très gênant de devoir être juste envers un groupe de gens sympathiques qui affiche trente-cinq ans d'engagement, mais on avait vu des premières parties plus captivantes.

AGNOSTIC FRONT, comme un autre père fondateur d'une autre scène, débarquait sur la bande-son de "The Good, the Bad and the Ugly" (mais l'extrait le plus célèbre). Excité, Vinnie Stigma sautait sur place en brandissant sa célèbre guitare arborant son nom en grand au dos et se signe même dans les dernières secondes de l'introduction (l'agnostique n'est pas l'athée…). La tournée couronnant l'anniversaire du groupe, le gang attaqua à fond un chapelet de tubes immortels. Comme ça, même moi j'avais l'impression de bien connaître le répertoire du groupe ! Au début les vocaux de Miret étaient pourtant encore moins audibles que sur album, et les chœurs bien plus avantageusement mixés.
AxFx tisse des liens forts et il n'est pas surprenant que Stigma aie rapidement rendu hommage à Fify, maître des lieux qui les a conviés tant de fois, comme il encourageait individuellement les moshers du pit, parvenu cette fois à ébullition instantanément, lorsqu'ils passaient à sa portée, sans oublier les trois mots de français universels. Plus à la blague, Miret retrouvait assez vite un mixage décent et préférait ne pas éterniser les pauses, en se limitant essentiellement à des harangues percutantes de routard intouchable des scènes. Clairement, le groupe est mieux à l'aise dans une petite salle que dans des dimensions même moyennes comme celle de ma première rencontre. Le pit était déchaîné de "My Life – My Way" à "Crucified" en passant par "For my Family". L'air de rien le quintet joue au poil, aussi bien qu'en studio en y ajoutant une envie belle à voir après tant d'aventures. Roger invita le public à chanter et bisser "Happy Birthday" pour son batteur, avant d'enchaîner aussitôt le chœur de "Gotta Go", effet garanti ! Un membre de Madball vint participer à un titre, avec sa casquette et ses cheveux longs je n'ai pas su le reconnaître, c'était peut-être Freddy Cricien, (vrai) petit frère, en personne… à ce niveau de proximité du cœur de ce qu'est le NYHC c'était bien possible. Quand Stigma fait le gorille musclé il est premier degré, mais c'est tellement le noyau de l'esprit HC old-school. En trois quarts d'heure, tout était dit et une reprise de "Blitzkrieg Pop" dédiée à chacun des (faux) frères Ramones acheva l'assistance rincée sur une touche de bonne humeur. Nous laissant sonnés sous une musique incongrue, le groupe se dispersa en un instant.

Evidemment je ne regretterai pas d'avoir vu ce dinosaure dans sa pleine mesure. Effacé le vieux souvenir ingrat ! Sans forcément profiter du reste du cycle, totalement HC, c'était une excellente préparation pour le festival de cet été. D'ailleurs, saluons celui qui était là après avoir fait un aller-retour en 24 heures à l'Obscene Extreme, juste pour une journée.