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dimanche 3 décembre 2017

Ulcerate Pavillons Sauvages Toulouse 18 novembre 2017

À peine la claque Death Metal de l'année prise ici, il fallait repartir là-bas pour revoir le groupe qui a ouvert la brèche créatrice entrevue dans le genre ces dix dernières années. Pour des raisons pratiques, je me suis rendu en effet à Toulouse plutôt que de retourner au Jas'Rod. Passer du calisson au cassoulet en si peu de temps donne l'illusion de faire de grands voyages exotiques !
Après avoir écumé une demi-douzaine de lieux de concerts dans l'agglomération, je ne connaissais pas encore les Pavillons Sauvages, lieu associatif pour les "jeunes", écolo et musical, sis dans les faubourgs pavillonnaires au nord de la ville, près du débouché du Canal du Midi et de la station de métro la plus sûre du monde, qui donne sur le parvis du commissariat central. Comme il faisait froid et que le son qui sortait de la porte indiquait que cela avait déjà commencé, je suis rentré directement dans la villa puis la salle du fond après avoir versé ma participation en chemin.

Pour ce format de concert, il y avait pas mal de monde dans la pièce, face à une scène assez élevée où jouaient les Polonais d'OUTRE. Je n'avais pas regardé à quoi ressemblaient les premières parties, et j'ai constaté en un instant qu'en fait il s'agissait d'une tournée à dominante Black, avec un public à l'avenant.
Sous leurs capuches et warpaints estompées (à part le batteur), les cinq goules envoyaient un Black à la Mayhem ou Deathspell Omega, avec le son necro comme il faut mais pas inaudible, les riffs délayés mais les blasts bien présents. Sans être Attila, le chanteur s'écartait souvent des vocaux criés pour tenter des vocalises assez pertinentes, tout en luttant contre les trahisons du micro. Pendant les parties instrumentales il prenait toujours la même pose accoudé sur son genou, scrutant fixement l'assistance ce qui provoquait à mesure un certain malaise. Étrangement, tous préféraient le poing levé aux cornes. Malgré quelques longueurs à mon sens de touriste du Black, il y avait un certain intérêt musical à la chose, sous une lumière toujours rouge.

Pendant la pause, la nuée de tabac enveloppant l'entrée où se tenaient le bar, le stand et quelques tables pas chères et sièges récupérés me rappelait une époque devenue bien lointaine à présent, où c'était le lot dans bien des bars et autres petits concerts.

À première vue les autres Polonais de BLAZE OF PERDITION étaient très ressemblants, sous le même éclairage rouge, à part qu'à quatre ils avaient plus de place (le chanteur est aussi bassiste et inversement). Musicalement les différences étaient pourtant notables : le son était sensiblement plus propre à tous les niveaux si bien qu'un petit sample de guitare acoustique faisait son effet, les riffs étaient plus complexes et recherchés, c'était même presque mélodique. Cependant, les compos étaient sensiblement plus longues encore et je me suis donc perdu à chaque fois, malgré ces avantages et une agressivité assez présente pour balayer les pires accusations. N'arrivant pas à rentrer dedans, j'ai rendu les armes vers le début du dernier titre aussi long que les autres.

Avec le changement de plateau assez long, il devenait clair que l'horaire de fermeture officiel n'allait pas être tenu, ce qui serait sans importance compte tenu de la longueur des nuits toulousaines. Cela laissait le temps d'examiner le merch', par exemple, assez fourni – ce qui n'a pas toujours été le cas pour Ulcerate.

ULCERATE, cela commence à être une vieille histoire, depuis le premier album et in vivo depuis huit ans quasiment au jour près à quelques encablures de là au Bikini, quand ils n'étaient qu'une première partie curieuse avant Krisiun, Nile et Grave… À présent ils sont suivis d'un certain nombre de groupes disciples et d'une nuée d'adorateurs. Les fans de Black leur laissaient d'ailleurs plutôt les premiers rangs et se retiraient plus derrière, à l'inverse de la configuration pour les deux premiers groupes.
La surprise ne joue plus mais le phénomène explosa encore en quelques mesures. La formule à trois en place depuis quelques saisons forme maintenant l'un des plus terribles maelstroms musicaux en activité, et l'une des plus belles illustrations que ça peut marcher bien mieux ainsi qu'à quatre ou plus, contrairement à ce que je croyais à leur sujet il y a encore cinq ans.
La guitare de Michael Hoggard saisit en premier, avec ce son puissant à forte réverbération (encore audible pendant les intermèdes), car en s'inspirant à l'origine du Post-Core il a emmené le Death Metal vers de nouveaux territoires, des ambiances qui n'attendaient que d'être, par un riffing au mitan des deux styles. À mesure la formule s'est améliorée par le temps et la symbiose grandissante entre les trois compères pour dépasser le croisement astucieux de styles. Une parenté existe avec un certain Black par cette noirceur oppressante, spirituelle sans être religieuse ni occulte.
Le growl y participe également en transmettant ce feeling très sombre, vis-à-vis parfait de la guitare en y ajoutant même l'agressivité, visible sur le visage Paul Kelland avec cet invariable éclairage rouge… Le mutisme entre les titres est devenu une marque également, compensé par une expression physique plus forte qu'avant, ils vivent leur musique dans la tension de leurs visages, leurs mouvements à peine bridés par une interprétation exigeante. La basse, d'ailleurs, était comme toujours parfaitement distinguable dans ce chaos redoutablement organisé. Il faut saluer à ce stade la qualité du son, qui était aussi bon que dans une salle de professionnels chevronnés du style, d'autant que je venais avec un mauvais a priori sur ce point. Reste que le plus incroyable demeura encore Jamie Saint Merat, la tête en étau dans son casque, qui assure avec une fluidité écœurante des parties fort complexes. Et ce en frappant fort comme un vrai batteur de Death des anciens temps.
Paul prit enfin la parole pour annoncer le classique titre final "Everything is Fire", rappel vite accordé au terme d'une expérience d'une heure environ et d'une set list qui avait parcouru tous les albums (à part le premier) dans le désordre, en guise de fin d'une prestation à nouveau dantesque.
En tournant avec des groupes de Black il me semble qu'ils auront conquis de nouveaux fans, et pas seulement parce que dans un pays de Rugby comme Toulouse on respecte les Néo-Zélandais ! J'attends encore qu'ils me déçoivent une fois.

mercredi 29 novembre 2017

Dying Fetus Psycroptic Beyond Creation Disentomb 15 novembre 2017 Jas'Rod Pennes Mirabeau

Après quelques mois de disette et d’errements éclectiques qui auront pu inquiéter certains lecteurs, j’allais enfin revenir embrasser mes vieilles amours putrides, le Death aux multiples formes. Avoir deux groupes dont vous êtes fan le même soir, c’est rare et c’est l’assurance de passer une excellente soirée, mais trois à la suite ! Cela ne m’était jamais arrivé. Les échos de la tournée, déjà bien entamée, promettaient une énorme tarte.
Le Jas’Rod a donc repris un agenda métallique aussi dense qu’à la vieille époque, à la suite de l’évolution du Korigan vers d’autres activités. Il n’y a qu’à voir les affiches de programmation. Et c’est bien car c’est une salle adroitement conçue, on a toujours l’impression d’être près de la scène.
Pour une fois, il y avait une affluence correcte pour du pur Death Metal, la qualité de l’affiche le justifiait. Oh, ce n’était pas complet et beaucoup de gens étaient venus d'assez loin, mais cela rappelait qu'il y a encore un public de passionnés pour ce style au-delà du revival de la vieille école à la suédoise. Le stand de merch’ était d'ailleurs bien fourni en vêtements, accessoires et restes de séries d'albums, à un prix globalement plutôt bas.

Je ne connaissais guère DISENTOMB, quatre Australiens qui avaient la lourde tâche d’ouvrir le bal des brutes. Leur style très gras remplit très bien la mission. Pour situer rapidement, cela me semblait entre Cannibal Corpse et Disgorge, avec des relents du Suffocation des débuts. Le growl était bien placé, bien guttural mais point porcin, et des riffs assez classiques mais de bonne qualité s’enchaînèrent jusqu’à entraîner les premiers pogos, assez mâles. Les changements de rythme étaient suffisamment présents et l’absence de solos ne pesait pas. Pour une fois, j’arrivai même à très bien comprendre de l’anglais australien quand le growleur faisait ses annonces. Le temps passait sans se faire sentir, il fallait se rendre à l’évidence que Disentomb est plutôt dans le haut du panier. Non pour son originalité, ni pour un trait technique ou sonore quelconque, mais parce que c’est pas mal sur tous les points, si bien qu’au final il fait du Death brutal mieux que pas mal d’autres. Les grands passionnés le confirmeront sans doute. Au bout d’une demi-heure, tout le monde était chaud.

Fan de BEYOND CREATION, je ne les avais pas manqué l’an dernier sur leur première tournée en Europe (premier report pour Metalnews, allez revoir). On pouvait s’attendre à un show assez proche pendant qu’ils refaisaient quelques rapides balances où leur niveau technique se laissait déjà voir. Après un check de poings collectif, et l’installation discrète du téléphone de Kevin Chartré en caméra pour des copains en ligne restés au pays, les Montréalais attaquèrent par un long titre, des plus marquants du premier album. C’était impressionnant de voir combien ils étaient en symbiose tout en jouissant chacun d’une maîtrise à dégoûter les débutants, le plus visible étant Philippe Boucher derrière à la batterie. Les instruments sans tête des trois autres gardent quelque chose d’intriguant, cela reste plutôt rare. Simon Girard recourut bien sûr au français pour s’exprimer, et même pour les paroles du deuxième titre dont les intonations propres à notre langue commune ressortaient mieux que sur la version studio, sans gâcher pour autant une musique si propice au dégonflement express à la première faute de goût.
Le répertoire se cala à partir d’ici sur le second album, plus varié, bien qu’un autre titre du premier soit encore interprété plus tard. La fosse se calma, tout le monde badait la démonstration de jeu et la qualité des morceaux – cette intro en tapping ! L’effet découverte ne joue plus, toutefois c’est en accumulant ces performances que le groupe s’est rapidement hissé au premier rang de l’inépuisable scène technique Québécoise. Et pourtant, le son était critiquable, trop agressif et surtout bien mal mixé. En étant vers le centre droit de l’assemblée, la basse de Hugo Doyon (en face) dominait tout et la guitare de Kevin Chartré (de l’autre côté) ne s’entendait que fort peu. Et encore il valait certainement mieux être dans mon cas que du côté des spectateurs de l’aile gauche qui ont dû pâtir de l’inverse, car une bonne basse à la ligne propre est importante dans le Death technique et spécialement chez Beyond Creation. Les éclairages, par contre, resteront les mieux faits de la soirée avec leurs jeux assez raffinés.
Omnipresent Perception/ L'exorde/ Earthborn Evolution/ Neurotical Transmissions/ The Aura/ Fundamental Process.

On sait combien les PSYCROPTIC aiment PanterA, qui vint comme par hasard meubler l’interlude et dont ils s’amusaient à reprendre les notes en cours de réglages. Ces autres Australiens tournent si souvent en Europe que j’avais décidé sans remords de faire l’impasse sur leur dernier passage début 2016 en sachant que l’occasion reviendrait vite, d’autant que c’était la cinquième fois que je les voyais. La première était même en ces lieux il y a dix ans et demi. Au fil des ans ils ont dépassé la reconnaissance d’un petit cercle de fans pour devenir un classique du style. Il faut dire que tant les bourrins que les technicistes et les amateurs de Power Thrashcore années 90 peuvent s’y retrouver.
Comme cela était déjà arrivé en 2010 au moins ce n’est pas Jason Peppiatt qui assurait le chant pour cette tournée. J’ignore qui était ce grand growleur avec son t-shirt parodique de Darkthrone, mais il savait tenir le public comme un professionnel. De plus, son timbre corrigeait les aigus difficiles du titulaire et donnait ainsi un ton plus lourd, plus puissant et consensuel à l’ensemble des titres interprétés. Il n’est donc pas pour rien dans le succès du set, la fosse se réanimant après le coup d’arrêt Techno-Death précédent. En plus cette fois, le son revenait à un volume plus mesuré et à un mix correctement équilibré permettant de profiter de la double de David Haley sans se faire trop mal aux tympans. Son frère Joe distillait les riffs typiques du groupe, tirant la gravité Death vers une accroche propre au ThrashCore de jadis.
Après avoir consacré l’essentiel du set à des morceaux extraits des deux derniers albums, l’arrivée du plus rapide "Ob(Servant)" déchaîna complètement les pogoteurs malgré les glissades sur la bière renversée. La suite avec le vieux titre emblématique "The Color of Sleep" emballait les vieux fidèles et ne pouvait que séduire les autres avec ses riffs épiques d'une qualité que le groupe n'a plus jamais atteinte. Le final revint toutefois à un répertoire plus récent. Je ne suis pas loin de croire que c'était la meilleure prestation du groupe que j'ai vu, en tout cas la plus triomphale.
Echoes To Come/ Carriers of the Plague/ Forward to Submission/ Euphorinasia/ Ob(Servant)/ The Colour of Sleep/ The World Discarded/ Cold



Depuis le temps que je suis DYING FETUS, je ne les avais jamais vus devant si belle affluence. Le temps d'installer des drapeaux de scène et d'ultimes réglages (Gallagher porte des lunettes, je n'avais jamais remarqué), suivit enfin une intro assez kitsch faisant série télé années 80… et le carnage commença. Le trio de tueurs du Maryland s'est cette fois concentré sur ses deux derniers albums, qui ont formé le gros du programme. Le public demeura tout d'abord statique, peut-être en raison de l'attaque du set sans effet spectaculaire particulier. John Gallagher s'inquiéta donc de savoir si nous étions réveillés. Mais le headbang contamina peu à peu l'assistance, symptôme inhérent à l'abus massif du mélange de Death et de HardCore East Coast qui est à la base des recettes de Dx Fx, incomparablement plus dense que ce qu'on appelle couramment le DeathCore. Et cela dégénéra assez vite à nouveau par la réapparition de la fosse, encore plus violente qu'avant.
Bien sûr, Sean et John bougent moins qu'à la vieille époque, les projections de sueur sur le premier rang ne sont plus à l'ordre du jour d'autant que la salle est bien trop grande pour devenir une étuve. Pendant quelques intermèdes meublés par des enregistrements atmosphériques oppressants, les deux compères passaient brièvement derrière les tentures. Si Beasley assure quand même une bonne partie des vocaux, les moins graves, la rigueur de John à restituer les riffs, ponts et quelques envolées est remarquable. Il attaque toujours la corde par le haut, ce qui rend chaque note distinctement audible dans le déluge, si intense qu'on jurerait qu'il y a une seconde guitare.
Le larsen persistant gênait la bonne compréhension des harangues entre deux morceaux, bridant la réactivité aux invitations diverses, à part pour les fréquents circles-pit suggérés d'un tour de bras. Les quelques titres plus anciens étaient présentés un peu plus longuement par un John décidément aussi bourru que sa musique. Le stage-diver qui sur la fin, fit une révérence à chacun des trois parvint néanmoins à lui décrocher un sourire et une réponse de Trey Williams de derrière sa batterie surélevée. L'orientation de la setlist sur la période récente n'était pas regrettable, vue la qualité des deux derniers albums et l'homogénéité du répertoire sur presque un quart de siècle déjà. L'heure de jeu approchant, la bataille s'acheva sur le classique "Praise the Lord" au groove éternel, et le culte et court "Kill your Mother" à la suite pour achever les derniers survivants à terre levant pathétiquement leurs bras rompus…

From Womb to Waste/ Fixated on Devastation/ Grotesque Impalement/ Induce Terror/ Your Treachery Will Die With You/ One Shot, One Kill/ Subjected to a Beating/ Invert the Idols/ Seething With Disdain/ In the Trenches/ Wrong One to Fuck With/ Praise the Lord (Opium of the Masses)/ Kill your Mother, Rape your Dog.

L'orga est coutumière de balancer tout de suite en fin de concert un fond musical antynomique, propre à faire fuir n'importe quel métalleux, pour faciliter l'évacuation. Cette fois ce fut Kool and the Gang ! N'en ayant cure j'ai fait un tour au stand pour prendre un peu de musique (j'ai assez de t-shirts) avant de ramasser mes cervicales éparpillées et me diriger vers le parking vue l'heure tardive.
Clairement, c'est l'une des meilleures tournées de pur Death Metal que j'ai pu voir en vingt ans de concert et peu de gens auront oublié cette soirée de longtemps. Une suite homogène va pourtant très vite venir.

samedi 11 novembre 2017

Peter Hook and the Light Paris Trianon 28 octobre 2017

Quelques semaines seulement après MetallicA nous reprenions le TGV pour une autre affiche de prestige qui avait le bonheur d'être programmée un samedi ! L'ancien bassiste historique de Joy Division et New Order était déjà passé dans ma ville il y a presque quatre ans, et même en ayant vu dans l'intervalle ses anciens compères l'envie de revivre cela me titillait bien pour lors.
Ce "Substance Tour" vise donc à promouvoir le nouveau livre de mémoires de Hookie reprenant l'intitulé des deux compilations survolant l'histoire de ses groupes, ce qui laissait présager de la setlist.
Après une longue queue je pénétrai dans l'une des salles de Pigalle que je ne connaissais pas encore, le Trianon, ancien grand théâtre qui a conservé ce cachet art nouveau, essentiellement dans la salle proprement dite, bien proportionnée avec ses deux balcons. Pendant qu'un Jésus-Christ reconverti DJ envoyait quelques vieux classiques du Post-Punk plus ou moins remixés, il y avait du temps à perdre avant d'aller se placer. Comme on devait s'y attendre, l'assistance était largement quadra et plus, souvent revêtue des diverses déclinaisons existantes de la jaquette iconique d'"Unknown Pleasures", avec quelques vrais gothiques à l'ancienne visibles. Cela sentait les quartiers est, mais heureusement pas l'abonné aux Inrocks dans toute sa prétention. Et puis quelques lycéens en bande laissaient espérer que le bon goût survivra encore quelques générations. Pour la blague, j'étais apparemment le seul habillé aux couleurs des Sisters of Mercy ce qui m'a valu une paire d'amis à usage unique.

Un peu en avance, quelqu'un de la maison s'avança au micro pour annoncer PETER HOOK AND THE LIGHT, à l'Américaine, comme s'il était besoin de pousser le public massé. Les premières notes de "Dreams Never End" s'élevèrent, rendues cristallines par un son parfait, pour ouvrir un premier set consacré à New Order. Tubes connus et raretés s'enchaînèrent ensuite, pour le plaisir des vieux fans. Hookie a un charisme rogue certain, offrant sa poitrine et son chant juste qui n'a jamais été exploité en studio, peut-être pour un manque de grain qui n'est pas gênant en live. S'il portait une guitare ou le plus souvent une basse en bandoulière pour appuyer certains passages, c'est en réalité Ian Bates - son fils issu de son premier mariage -  qui assurait l'essentiel du travail à la basse. Il la tient bas, et se montrait aussi peu commode que Papa. Cette ressemblance dans l'attitude, plus forte encore que celles des visages, donnait une illusion de double rajeuni assez insolite. Le père a d'ailleurs encore besoin d'un lutrin avec un cahier de paroles à ses pieds, plus pour se rassurer que pour être le nez dedans heureusement. Pour un sexagénaire il en remontre à la concurrence avec une énergie entièrement canalisée dans le jeu : nulle pitrerie et très peu de communication, cette austérité bénéficie pleinement à ces morceaux légendaires.
Une version courte de "Blue Monday" permettait au claviériste de se laisser un peu plus entendre de derrière son Mac, et d'ouvrir une seconde phase consacrée aux singles plus Disco Rock, bourrés d'effets, qui ont fait le succès de New Order dans toutes les boîtes des années 80. Et si on pouvait s'attendre aux incontournables, joyeusement pataud "Bizarre Love Triangle" et fastueux "True Faith", il fallait profiter des plus rares tel "Thieves Like Us", ou des tubes impensables de nos jours comme  "The Perfect Kiss". Alors qu'ils sont essentiellement rythmés à la BAR, le batteur Paul Kehoe ne quitta pas son poste puisqu'on lui laissait quelques cymbales supplétives ou compléments à la grosse caisse gérés d'un talon désinvolte et l'esprit apparemment ailleurs à moins que ce ne fût pour le spectacle. L'autre ex-Monaco, le guitariste David Potts, assura sur ces titres les vocaux les plus hauts depuis son côté. En en une dizaine de titres tassés avec un son ultra pro', il y avait la place de s'immerger longuement dans l'ambiance révolue d'une époque particulière, à l'unisson de la salle et d'un plancher qui tanguait pire qu'au Rockstore ! Pour quelqu'un qui confesse n'avoir pas d'oreille, Hookie se tournait tout le temps vers le mixeur en coulisses pour lui ordonner de pousser ou baisser tel ou tel instrument selon les titres. L'heure et demie de jeu approchant, un "1963" moins endiablé apaisa légèrement les esprits pour conclure ce set anthologique !

L'interlude fut presque aussi long qu'entre deux vrais groupes, assez pour que le staff meuble le fond sonore.
Quand les cinq Anglais revinrent, un sentiment quasi religieux traversa la foule un instant : nulle autre formation n'incarne plus parfaitement le souvenir de Joy Division. Et selon la promesse Hookie et ses sbires nous ont emmenés aux racines de la légende, par la facette la plus Punk, restituée avec rage, par la montée irrésistible de "No Love Lost" et son refrain si à propos : "I Need it !". Le Gothique redevenait dur et physique, ça pogotait allègrement, la bière volait, de faces b ravageuses en titres archi-connus un peu plus chargés d'émotion comme "Shadowplay". Le timbre de Peter correspond encore mieux à celui de son défunt ami que sur le précédent répertoire, on pouvait se croire il y a quarante ans. Même l'antique "Warsaw" ressuscitait, et le public de reprendre "3 ! 1 ! G !".
Quelques titres plus lents comme "Komakino" ou "Autosuggestion" relâchaient peut-être la pression physique mais pas l'intensité de l'expérience. De légers réarrangements ici ou là, une brève descente de toms ou une baisse de puissance pour ménager une montée en suivant, sont des effets basiques. Mais ils redonnaient vraiment vie à tous ces titres mille fois auditionnés depuis des lustres, qui se sont figés dans les mémoires comme des statues antiques, dont la beauté est tellement familière qu'on ne la voit plus si bien. C'est le miracle du live : ainsi l'enchaînement de "Transmission" et d'un hypnotique "She's Lost Control" touchait au trip mystique du vieux fan de Rock.
Pour l'instrumental "Incubation", Hook eut l'élégance de s'effacer, quitter la scène pour que ses partenaires puissent se mettre pleinement en valeur. Venait enfin "Atmosphere" dédié à Curtis, encore un titre majeur que je n'avais jamais pu entendre sur aucune scène ; et un évident "Love will Tear Us Apart" fédérateur, la scie inusable alliant idéalement mélancolie et énergie au terme duquel Peter fit mine, comme à chaque fois, de jeter son t-shirt (trempé) à l'effigie de son groupe.
Ce long concert (notamment par rapport à ma première fois) est allé fouiller en profondeur dans les œuvres des deux formations, pour le bonheur intégral du fan. Finalement, The Light se pose en bon complément d'un New Order certes encore tourné vers la création, mais fortement Dance Pop et revenu à négliger ses origines. Si la réconciliation n'est pas à l'ordre du jour, il est bien que les parties aient trouvé un accord terminant leur différend.
Dernière chose : si vous trouvez que je m'égare, vous devriez être rassurés dans les prochaines semaines.

Dreams Never End/ Procession/ Cries and Whispers/ Ceremony/ Everything's Gone Green/ Temptation/ Blue Monday/ Confusion/ Thieves Like Us/ The Perfect Kiss/ Subculture/Shellshock/ State of the Nation/ Bizarre Love Triangle/ True Faith/ 1963.

No Love Lost/ Disorder/ Shadowplay/ Komakino/ These Days/ Warsaw/ Leaders of Men/ Digital/ Autosuggestion/ Transmission/ She's Lost Control/ Incubation/ Dead Souls/ Atmosphere/ Love Will Tear Us Apart.

jeudi 26 octobre 2017

Anathema Alcest Paloma Nîmes 14 octobre 2017

La curiosité et l'amitié de certains vrais fans m'ont amené à faire le court trajet vers la Paloma pour cette affiche éthérée assez éloignée de mes goûts. Autant j'ai beaucoup vu The Gathering à la grande époque et assez apprécié leur musique, Anathema me touchait largement moins et je n'ai plus tellement suivi ce qu'ils faisaient, même de loin. Bref, l'occasion de s'aventurer un peu sans réel danger sur une valeur connue pour sûre.
Bien d'autres sont restés avec eux depuis l'époque, vue la longue queue à la fouille. Car malgré vingt ans d'évolution ce public restait très typé Metal, mélangé à un peu de kawaii noir et quelques vrais gothiques. Un vrai succès public, étant entendu que le groupe s'est bien éloigné de tout cela en théorie. La grande salle, bien faite, pouvait accueillir ce quasi complet sans aucun mal.

Ceci dit nous étions arrivés juste à temps, ALCEST commençait son set, en formation à quatre. Dans force fumée et éclairages. Le set attaquait par des titres récents, les plus versés vers le Shoegaze, avec un son impeccable et une batterie sonnant même bien fort, préservant ainsi un minimum de puissance au rythme et permettant de confirmer l'existence du batteur, souvent perdu dans les limbes à l'arrière à l'instar du logo surplombant haut la scène. De fait, l'ambiguïté entre deux styles aux histoires fort éloignées prend une certaine cohérence esthétique, malgré les longueurs que le Shoegaze pur porte toujours avec lui. L'emploi régulier du français renforce la douce froideur atonale de cette facette acoustique. Et plutôt que de se focaliser sur ces paroles de peur d'être consterné, il valait mieux examiner plus attentivement que jamais ces mélopées et de constater qu'en réalité il y a aussi beaucoup de Sigur Ros dans ce profil. Le Grand Nord restait également présent quand les montées atteignaient enfin le Black (dans une version cependant propre sur lui) au long des compositions à prétention monumentale, un souffle épique tonifiait enfin les émotions délayées. On comprenait l'une des voies par où le Black français fascine le reste du monde. Du reste, une bonne part du public réagissait tout à fait. Neige aussi était connecté, ému de jouer pour la première fois de sa carrière aussi près de sa ville natale (Bagnols-sur-Cèze). Pour ma part… j'ai sans doute perdu depuis trop longtemps mon âme d'enfant, et encore je doute que cet audacieux croisement aurait marché à mon époque. Je regrette pour le spectacle l'emploi de samples, par exemple sur la fin du set et l'interminable délaiement de "Délivrance".

Vous pouviez aller faire un tour au merch' si vous vouliez, il était assez fourni. Nous, l'urgence était plutôt à la faim et la soif.

ANATHEMA entra dans la pénombre et le sillage de Dan Cavanagh, clope au bec et casque de retour sur la tête, sous des acclamations qui ne tarirent guère sur les premiers titres tirés du dernier album, chantés par un Vince assez à fond sur sa guitare malgré une musique qui à première vue n'y porterait guère. Question de conviction, en fait. Franchement légers, ils en tiraient au moins l'avantage d'être lisibles dès la première rencontre. Cela laissait le loisir de s'immerger dans l'important accompagnement visuel, franchement cinématique qui dura tout le long du spectacle : ciels nuageux, conduite sur des routes dans fins, voyages spatiaux… Cela avait une pure gueule d'Atmosphérique. Vince profita d'un interlude pour essayer son très bon français, effort poussé à un niveau jamais vu pour ma part de la part de n'importe quel artiste non francophone. Heureusement la jaquette d'"A Fine Day to Exit" apparut tout à coup et le set vira vers des titres plus anciens, retrouvant enfin un peu de cette tension nécessaire (à base métallique malgré tout) pour emballer. Avec ces illustrations visuelles et ces éclairages pleins par-dessus, nous étions confortablement assoupis dans le meilleur Floyd… Si Daniel avait son clavier devant lui sur son côté, Vincent devait monter à l'arrière-scène pour ses propres parties, plus élaborées en moyenne, laissant un vide assez inhabituel au centre de l'estrade. Mais peu importait, la musique était tant apaisante et lumineuse qu'une telle futilité ne pouvait guère troubler. Certains étaient en larmes. Sans en arriver là, j'accorde depuis longtemps à Anathema d'avoir su conserver son Rock Progressif très épuré, à l'instar de son modèle.
Seule Lee Douglas représentait l'autre fratrie composant le collectif, mais selon Daniel l'absence de John était simplement due à des impératifs familiaux. Le chant puissant et clair de Lee apporte une dimension supplémentaire, même s'il n'a pas le grain unique d'une Anneke. Jamie, le troisième frère roux, restait assez discret de son côté. Le set, parsemé de ces quelques plaisanteries à l'anglaise que le groupe a toujours eu l'intelligence de cultiver comme pour éviter que l'on prenne trop au sérieux une musique aussi typée, s'avança jusqu'à des morceaux un peu plus originaux comme celui relativement excité avec le vocoder qui est, de mémoire, tiré d'"A Natural Disaster". Reste que… si je ne dirais pas qu'être batteur d'Anathema est une sinécure, Cardoso est loin de devoir supporter autant de pression que ses camarades, fatalement. L'on atteignit le terme avec "Fragile Dreams", que Dan amena par une introduction piquée ouvertement à Pink Floyd (mais de quel titre exactement je ne saurais plus dire), l'interprétation globale ramenant même le morceau vers le style définitif du groupe plutôt que respectant très fidèlement le feeling un peu plus énergique de cet album. Les adieux se tinrent sous le son déroutant d'un mix entre Louis Armstrong et Radiohead, qui sentait bien la blague échangée en studio et mise en pratique pour la tournée. L'humour sauvera le monde.

Je ne suis pas rentré converti, mais j'ai trouvé Anathema à peu près comme je m'y attendais et donc assez satisfait de cette petite escapade comme chez un vieux voisin qu'on ne fréquente pas d'habitude. D'autres sont revenus très heureux.

mardi 17 octobre 2017

Today is the Day Fashion Week Black Sheep Montpellier 10 octobre 2017

Après nous être aventurés dans les grandes métropoles, nous revenions à la maison pour une affiche prestigieuse dans ce cher vieux Black Sheep. Today is the Day était déjà passé il y a deux ans pour un set explosif inoubliable, et d'autres fois il y a plus longtemps encore. Ce groupe a compté dans l'inspiration de la scène locale. Malheureusement, l'affluence n'a pas suivi pour des raisons qui m'échappent. Je ne veux pas croire que ce soit simplement à cause du football. Mais peut-être plus à cause de l'absence de première partie locale, le public languedocien pouvant être considéré aussi comme une vaste bande de gens qui aiment bien se regarder jouer les uns les autres. Naturellement, le set commença donc assez tard pour qu'il y ait un peu de monde quand même, ce qui laissait le temps de bien regarder un merchandising assez fourni pour ne pas pester contre l'absentéisme.

En ouverture le trio chevelu FASHION WEEK arrivait de New York comme entrée homogène, lancé par la batterie seule peu à peu rejointe par les autres instruments, je croyais qu'on testait les balances au début. Il s'agissait de pur Noise HC dans la lignée d'Unsane, mais avec un accordage sensiblement plus grave pour la guitare. La basse, dans cette configuration, jouissait d'un bon espace sonore pour imposer son fuzz équilibré. Le guitariste assurait le chant, essentiellement un cri aigu suggérant beaucoup de souffrance avec un timbre similaire au Black suicidaire à la Silencer, assez curieusement. Il se tenait loin du micro pour s'obliger à se pencher dessus et favoriser ce rendu. Régulièrement, des passages parlés voire chuchotés relâchaient la pression. Les titres s'enchaînèrent plaisamment, dans la pure orthodoxie du genre mais en privilégiant un peu plus la noirceur sur l'agressivité pure. Un coup d'harmonica L'assistance de connaisseurs accrocha à ce matériel de qualité et se décoinça peu à peu, une poignée de jeunes s'agitèrent, ce qui permit au chanteur dans ses rares commentaires de faire preuve d'un humour pince-sans-rire inattendu. On atteignit ainsi les trois quarts d'heure sans ennui, on n'en attendait pas tant.

J'ai beaucoup de respect pour TODAY IS THE DAY, entité rattachée à la Noise pour mieux en éclater les frontières selon son inspiration. En accord avec les paroles une vraie folie se dégage d'un répertoire fourni et assez génial au vu de la qualité d'écriture. Le pauvre Steve Austin était cette fois coincé du dos et contraint à une attitude plus en retenue, rendant la prestation plus menaçante qu'en 2015 et montrant ainsi mieux cette autre facette de son œuvre.
Cette tournée célébrait l'anniversaire de l'album "Temple of the Morning Star" qui fut donc repris en intégralité pour former l'essentiel du set. TITD oscille entre Noise, Metal plutôt Sabbathien, HC et Rock dans une tension constante et une créativité comme en n'en fait plus. Certains riffs sont franchement remarquables. Les nombreux samples parlés accroissent l'impression de dérangement mental gagnant par les oreilles. Le trio modifia plusieurs fois la répartition des instruments, certains titres n'ayant pas de guitare, beaucoup comprenant des bidouillages subtils au synthé que le bassiste assurait. Le batteur, dans son t-shirt de Joy Division, se contentait de taper fort sur des parties pas toujours simples. La variété était favorisée aussi par le format court des morceaux. Bien sûr, quelques titres tirés d'autres albums vinrent compléter le set, amenant certains purs fans au paradis. Le son, d'ailleurs, était encore une fois parfait. Arrivé au terme, Austin se lança dans de longs remerciements puis, comme l'idée lui vint, dirigea sa troupe pour une reprise fidèle et impensable de Johnny Cash… chanté par un type arborant, lui, un t-shirt à l'effigie de la pochette de "To mega therion", ce morceau de country rapide prenait une saveur unique, de celles que seuls de vrais grands artistes peuvent donner en croisant les styles selon leur intuition propre. Un projet unique, dont j'ai encore découvert ce soir des aspects que je saisissais mal, à revoir donc si Dieu le veut. En espérant que dans un avenir proche, nous revenions aux affluences de la grande époque pour des groupes de ce calibre.

mercredi 4 octobre 2017

Esplendor Geometrico Dive Apolo Barcelone 22 septembre 2017

Les frontaliers savent comme c'est pratique d'avoir pas trop loin l'opportunité de voir des tournées qui évitent la France, ou des dates plus faciles pour ceux qui bossent. Ce sont les deux raisons cumulées qui m'ont ramené à Barcelone. J'irai même plus loin sur le premier point : parfois on aime des styles ou des artistes qui marchent peu chez nous, et qui sont mieux appréciés à l'étranger. C'est le cas de tout ce qui est Electro-Indus-EBM dont les Espagnols, et tout spécialement les Catalans, sont aussi friands que les Belges ou les Allemands.
Même si la vie si intense de la ville aussi bouillonnante et touristique ne s'arrête pas, l'ambiance est étrangement pesante : les attentats qui ont bouleversé le Monde il y a un mois à peine sont comme oubliés, la tension amenée par les évolutions au jour le jour de la poussée séparatiste est quasi omniprésente. Heureusement, il y a toujours les disquaires comme on n'en fait plus chez nous dans le quartier du Raval, avec leurs clients qui ont de telles têtes de passionnés qu'on se croirait dans un vivarium. Quelques affiches de concerts proches donnaient envie de tout planter pour rester…

J'aime vraiment la sala Apolo, au bas de l'avenue Paral-lel, près du port et du "barri xinés", dans une portion où jouxtent plusieurs salles de spectacle. Le métro est juste devant, les proportions sont bien conçues, les deux bars sont pratiques, le cadre est élégant avec tout ce bois laqué, les galeries, les lustres rouges et les alcôves, et je n'ai jamais été déçu du son.

La raison de ma venue était la première partie. DIVE est le principal projet solo du Belge Dirk Ivens, qu'il développe depuis 1990 quand il n'est pas embarqué dans la reformation de l'un de ses deux vieux groupes (Absolute Body Control, the Klinik, sans parler de Sonar). Il vient peu en France et privilégie les apparitions isolées à un bon rythme plutôt que les vraies tournées. Y compris pour promouvoir un nouvel album comme maintenant, le premier depuis douze ans.
Devant une bonne affluence arrivée pile à l'heure pour l'essentiel, c'était donc seul qu'Ivens se présenta dans son éternelle tenue noire, laissant derrière lui les pupitres et ordinateurs de la tête d'affiche déjà installés. Dès les premiers instants, le son me surprit même par sa qualité : puissance, clarté, équilibre… De quoi porter au mieux le set. Dive mêle les expérimentations sonores de l'Industriel avec les rythmes de l'EBM, souvent sur plusieurs couches qui donnent une épaisseur certaine à sa musique, très homogène depuis longtemps. L'éclairage demeura constamment dominé par des éclairs saccadés, qui renforçaient fortement par le visuel la binarité du tempo. Commençant par des titres récents, Dirk attaqua assez vite de vieux classiques tout en revenant de temps à autre aux nouveaux sur des enchaînements instantanés.
À dire vrai, toute la musique était enregistrée sauf le chant, mais il se donne toujours à fond pour vivre chaque beat, chaque mot comme un violent spasme, parcourant la scène et ouvrant sa chemise à mesure... Cet abattage, la densité de la musique et le charisme propre aux grands (de David Gahan à Jacques Chirac) emballèrent une bonne partie du public à danser plus ou moins allègrement. Il n'était pas besoin de beaucoup communiquer au-delà de quelques remerciements, haletants et en nage, le temps d'une intro. D'ailleurs les textes, toujours en anglais très simple et en voix claire naturelle, contrebalancent la dureté des sons et rendent le propos pénétrable. Avec l'utilisation d'un mégaphone pour un titre sur la fin, il fut vérifié que les vocaux étaient bien réels puisque l'instrument lâcha une ou deux fois ! Au bout d'une heure à ce régime, Ivens quitta la scène sous des vivats bien mérités vu son engagement.

Foin des longs changements de plateau du Rock, ESPLENDOR GEOMETRICO ne laissa que deux minutes d'intermède avant d'attaquer ! Formé depuis longtemps en duo, ce groupe apparu pendant la période de la Transition post-franquiste est l'institution vivante de la scène Industrielle Espagnole, reconnu par toute la scène mondiale presque au même titre que les pères fondateurs qu'ils rejoignirent avec quelques années de retard. Attention : par Industriel il ne faut pas entendre le Metal-Indus à la Ministry, Rammstein ou Godflesh qui en est partiellement issu, mais bien le courant apparu il y a une quarantaine d'années pour doubler le Punk par quelque chose d'encore moins musical en apparence, de plus choquant, plus radical et plus engagé encore, plus décadent et absurde, tout en revenant pour autant vers une attitude plus artistique. Mais tous les aspects visuels étaient assumés ce soir par avec des projections à l'arrière scène, assez sobres.
En effet au lieu de se paumer dans la surenchère et l'obscénité hideuse, Esplendor Geometrico privilégie une bonne musique faite de bruits étranges, rythmée et potentiellement accrocheuse. C'est en définitive plus proche du Cabaret Voltaire des débuts que des outrances de SPK, Fœtus et Throbbing Gristle malgré une parenté évidente. Pas d'images insoutenables, ni de déguisements extravagants donc, mais toujours un son irréprochable… de quoi combler l'assistance plus largement conquise encore vu le panel de corps se trémoussant, sous l'œil de Dirk Ivens revenu blaguer au merch' avec quelques ultras. Les beats et les boucles plus ou moins subtiles répétées adroitement (sans accumuler les couches cette fois) formaient en effet une Indus assez dansante.
Cette direction s'accentua quand Arturo, membre originel, s'aventura au-devant de la scène pour sauter un moment avec ses fans. Puis il revint définitivement pour prendre le micro et assurer des vocaux. N'entendez pas par là des paroles, mais bien des cris et vocalises filtrées agressivement. Quand il mordit le micro à pleines dents, ce n'était pas de la blague. Peu après, il le tendit au premier rang où bien des gens posèrent leurs propres expectorations sur une bonne boucle, sans que personne ne tente quelque chose d'incongru ou de débile, signe que nous étions avec de vrais fans en pleine communion. Quand il quitta son t-shirt et enroula sa ceinture de cuir en cravate autour du cou, quelques-uns tirèrent bien dessus mais c'était voulu, cela fait quand même partie du style.
Après plus d'une heure bien prenante à ce régime constant, fut consenti un bref rappel qu'Arturo clôtura en conviant une jeune fille sur scène, échangeant leurs hauts et l'invitant à tapoter l'un des claviers pour produire quelques effets puis couper le son, touche d'humour à contrepied du sérieux torturé qui caractérise habituellement l'Industriel.

Assez fatigué par deux sets gentiment physiques et le voyage, je n'ai pas trop traîné après un tour au petit merch' pour regagner l'hôtel et prolonger le weekend. Le concert qui devait me faire revenir dans un mois seulement étant annulé, ce sera partie remise. Je vous emmènerai plus près en attendant, c'est tout.

mercredi 20 septembre 2017

MetallicA Kvelertak Paris Bercy 10 septembre 2017

MetallicA…. Combien d'entre nous passèrent par eux pour aller vers l'extrême ? Vous souvenez-vous de ce que ce nom représentait au début des années 90 ? Les quatre cavaliers ne sont plus mon groupe favori depuis fort longtemps, mais je ne les ai pas reniés malgré moult errements. La grosse machine est tellement connue, tant rappelée à longueur de nouveaux DVD que depuis Nîmes, il avait fallu du temps pour que remonte assez le désir d'une nouvelle rencontre. J'y étais aidé par l'accompagnement d'un vieil ami qui, lui, ne les avait jamais vus et dont l'enthousiasme était nécessairement contagieux. Par commodité, nous avions choisi le second soir à Paris plutôt que les autres dates.

Je ne connaissais pas l'intérieur de Bercy. Le long protocole de sécurité au fil des halls, escalators, et larges couloirs plastiques faisait plutôt penser qu'on allait prendre l'avion… La salle est bien mieux conçue, une fois en place, que l'Arena bâtie par chez moi.
Évidemment le public était nombreux, familial, bon enfant et de tous âges, plus franchement masculin que ce que j'aurais pu attendre. Cette foule était en grande partie aux couleurs de MetallicA, mais aussi d'autres grands classiques fédérateurs, de Led Zep' à Gojira. Très peu de t-shirts rappelaient l'existence d'une scène indépendante, de formations plus modestes. Si l'on constate depuis une quinzaine d'années le morcellement des courants, n'en reste pas moins le clivage entre le grand public Metal focalisé sur les grosses affiches, grands festivals, groupes renommés dans des styles définis depuis longtemps, et les autres, qui étaient sans doute en nombre au Fall of Summer en même temps par exemple…


Jamais je n'avais soumis KVELERTAK à un examen approfondi, jusqu'à ce que se présente le batteur clopinant sur béquilles, suivi de ses cinq comparses dont le chanteur le torse à l'air avec un masque en forme de papillon, assez ridicule. La suite fut mieux séduisante. Les Norvégiens mélangent beaucoup de choses dans leurs compositions : MetalCore épique ou écrasant, Rock voire Hard traditionnel par moments, blasts plutôt Black gentil, galopades Punky… tout doit leur sembler bon pour peu que cela serve leur inspiration. Les trois guitares écrasaient inévitablement tout le reste, mais contrairement à la malédiction bien connue de toutes les premières parties de MetallicA, Kvelertak avait un son tout à fait correct. Le Norvégien, on le savait déjà, se prête aussi bien au Metal que l'Anglais. L'un des guitaristes appuyait parfois le chanteur. Le sextet prit l'ensemble de l'espace offert sur la large scène centrale sans timidité ni arrogance. La variété des titres s'enchaînant dévoilait un groupe assez original qui sonnait néanmoins dans le vent. Une minorité importante de l'assistance, confirmant de plus fort l'observation sur les deux publics Metal, n'en avait cure et laissa de vastes zones de gradins vides. Je ne crois pas que ce soit la conséquence de l'anticipation de l'arrêt des ventes d'alcool pendant le set de la tête d'affiche.
Peu communicatif entre les titres à part vers la fin, le chanteur empoigna une lourde bannière pour illustrer le dernier titre. Je ne suis pas sorti totalement conquis de cette quarantaine de minutes réglementaire, mais cette fois l'invité de MetallicA était plus consistant qu'un groupe déjà assez établi demeuré au niveau de gamins plus ou moins attardés.

La pause dura le double de ce qui était annoncé, meublée sur le tard par l'un de mes classiques préférés d'AC/DC.

Blasé au long de cette attente, lorsque les lumières s'éteignirent dans une clameur de bataille épique, et que la gueule d'Eli Wallach apparut sur les cubes tandis que montait "The Ecstasy of Gold' repris en chœur comme l'hymne de la nation des fans… mes yeux s'embuèrent comme mon cœur de fillette craquait sous la poussée des souvenirs…
METALLICA grimpa au son de l'intro de "Hardwired", dans la configuration traditionnelle de la scène centrale avec la batterie au centre qui tournera sur les quatre côtés au fil du set. Véloce et direct, le morceau titre de l'album que les Californiens venaient défendre précéda "Atlas, Rise !", plus représentatif de ce dernier répertoire qui roule à peu près droit généralement jusqu'aux refrains, qui mettent deux roues dans les bas-côtés avant de revenir sur la route… Et nous allions en bouffer, du dernier ! Les peaux de la batterie, sous la frappe forte et toujours un peu approximative de Lars, sonnaient très sec. Les guitares, abrasives, obligeaient James à lutter un peu pour se faire entendre, et laissèrent définitivement la basse noyée dans le mix. C'était très loin du son retravaillé des DVD, et encore plus du rendu plus que parfait au Parc des Princes il y a treize ans… et c'était tant mieux car je n'avais sans doute jamais entendu MetallicA avec un son aussi live et accrocheur.

Les cubes coulissants pour afficher les projections étaient assez esthétiques, bien qu'en descendant au plus  bas ils bouchaient la vue de la scène quelques instants. Les projections d'anciennes affiches de vieux concerts en France et autres images d'archive pour illustrer "Seek and Destroy" étaient sympathiques. Comme les vestes à patches d'Hetfield. Les deux classiques suivants permirent à Kirk Hammett de montrer qu'il était dans un bon soir, toujours dans le tempo pour ses solos, et peu enclin à s'égarer dans ses improvisations de moins en moins inspirées au fil des ans. Du pur plaisir sans prise de tête avec le MetallicA intemporel.
Pour "Now that we're Dead", quatre autres gros cubes sortirent de la scène, le morceau glissa tout à coup vers un intermède où les trois membres mobiles s'emparèrent de mailloches, et battirent chacun la face supérieure d'un de ces objets, vite rejoints par Lars. Ce n'était pas aussi bon que Sepultura dans le même exercice, mais assez inattendu. Puis vint "ManUNkind", titre récent encore jamais joué sur scène, avec projection d'extraits édulcorés de son clip troublant, pastiche assumé du Mayhem des tous débuts (jamais de tête de porc entièrement en plan) !! Si la tension retombait un peu sur ces nombreux extraits du dernier album, ces vieux monuments du Metal comme "For Whom the Bell Tolls" faisaient se relever sans peine tous les ramollis. Il faut admettre que le groupe n'a guère faibli en énergie communicative malgré les années dans le sillage d'un Hetfield qui n'a rien perdu de son charisme légendaire et dont le chant compense aisément l'usure par une diction plus claire que jamais (et sans doute un léger coup de potard en plus).
Après une nouvelle scie tirée de "Hardwired" dont le rythme et l'architecture relâchaient mécaniquement l'excitation, place était faite au moment de bravoure attendu pour Hammett et Trujillo. Il passa par une reprise instrumentale du tube mondial de Joe Dassin que j'eus du mal à reconnaître avec assurance sur le moment tant c'était incongru (vendredi c'était plus cohérent dans cet exercice). Et l'éternelle dernière roue du carrosse, ce pauvre vieux Rob put enfin se faire voir en première ligne… pour reprendre le mythique "Anesthesia" tandis que Cliff Burton apparaissait sur les écrans cubiques ! Effet garanti et apprécié d'une restitution impeccable, très respectueuse et facile, prélude à un leste, endiablé et irrésistible "Helpless", seule – vraie – reprise extérieure de la soirée. Avec "Fuel" ensuite, on vit moins de flammes que jadis comme sur l'ensemble du concert. Ce titre restait encore l'indéboulonnable représentant d'une certaine période, et faisait penser que certains albums et pas des moindres restaient encore absents, alors que le terme commençait à poindre au loin. Pire même, on revenait encore une fois au dernier après un bref échange de James avec un enfant dans la fosse et l'explication de texte de ce "Moth into Flames" dont le refrain boiteux illustre bien les points faibles de la dernière cuvée.
Ressortant le rituel "You like Heavy ? MetallicA gives you heavy.", Hetfield lança un assassin et inusable "Sad but True" porté par un Hammett décidément bien dans le coup. MetallicA, c'est une évidence, est sur une autre planète que le reste du big four sans parler d'en-dessous, vue l'armée de techniciens à l'œuvre en coulisses, dont ceux qui apparaissaient discrètement mais régulièrement sur scène n'étaient que la part émergée. Tout est millimétré et connu de longue date des fans, même si selon le sondage à main levée beaucoup prétendaient faire leur première, de certaines boutades de Hetfield aux promenades arrogantes et grimacières d'Ulrich. Même le numéro de tournis de Trujillo est devenu à présent un gimmick attendu. Mais personne n'attendait autre chose. Introduit de loin par des citations plus longues que d'habitude du film, plutôt que par les mitraillades interminables, "One" fut l'occasion d'un hommage épique et grave aux combattants des deux bords et acteurs divers de la Grande Guerre, sans doute car nous étions à quelques jours près au centenaire de l'entrée effective des premières troupes américaines dans ce carnage. C'était beau. Enfin "Master of Puppets", toujours sublime, était certes en version complète, mais ce n'est plus une surprise depuis longtemps.
Le rappel fut tout d'abord entamé par un explosif "Fight Fire…" mortellement thrashy et rogue, laissant croire que le groupe en avait encore bien sous la semelle. Mais cette énergie se déploya dans une interprétation parfaitement conforme de l'un des derniers grands slows du Hard et du Metal réunis. L'occasion de se dire que cette fois il n'y a pas eu de gros pain comme d'autres fois, juste de tous petits à côtés de live. Merci Lars. Comme couronnement fédérateur vint enfin "Enter Sandman" évidemment, avec ses quelques fusées d'artifice de bon aloi. Curieusement, MetallicA semble donc délaisser les finaux old-school auxquels nous étions habitués de si longue date.
Comme toujours par contre, le groupe revint longuement saluer ses fans, Hetfield dirigeant un clapping qui permettait habilement d'offrir une ultime communion non musicale, par un geste signifiant grossièrement à l'inconscient collectif titubant entre le contentement et l'envie d'en avoir encore que c'était bon mais que c'était fini. Absolument tout est calculé, vous disais-je.
Dernière tradition, chaque membre prononça quelques mots, Trujillo se lançant en français bien sûr (grâce à sa femme, vous savez) et Ulrich, toujours le dernier et encore excité, promit qu'ils reviendraient.

Il fallut quelque temps pour se retrouver dans la foule en mouvement et le vent piquant qui soufflait dessous le ministère, l'allégresse de mon compère rappelant l'effet que cela fait la première fois et combien donc la grosse machine susnommée est puissante. Cela se termina dans un estaminet de la rue de Lyon que je connaissais. Très étrangement j'appris que Denis Barthe, l'ancien batteur de Noir Désir que j'avais vu quelques jours avant dans une petite ville des Pyrénées avec son nouveau groupe, avait passé le concert assis non loin.
Si la setlist n'était pas bien équilibrée à mon avis, si l'on peut faire tant de procès rebattus à une institution aussi énorme, et autant de reproches à ceux qui y ont communié semble-t-il, je ne regrette en rien d'en avoir été.

The Ecstasy of Gold/ Hardwired/ Atlas, Rise !/ Seek and Destroy/ Through the Never/ Fade to Black/ Now that we're Dead/ ManUNkind/ For Whom the Bell Tolls/ Halo on Fire/ Eye of the Beholder-Champs Élysées/ Anesthesia/ Helpless/ Fuel/ Moth into Flames/ Sad but True/ One/ Master of Puppets/
Fight Fire with Fire/ Nothing Else Matters/ Enter Sandman.