Après Soulfly nous allions garder un pied au Brésil pour cet autre concert caniculaire. J'avais découvert Nervosa il y a deux ans à pareille époque dans une petite salle en ville. Le premier progrès visible était le gain d'affluence. Oh, c'était loin du complet dans la cour et la salle de la TAF, mais sensiblement mieux alors qu'elles se présentaient cette fois comme l'unique tête d'affiche internationale.
Craignant d'être en retard pour une stupide étourderie, j'arrivai pendant le début du set d'ALTERED BEAST. Je vous avais déjà parlé de ce groupe Biterrois au printemps dernier, et je ne serai pas redondant sur leur ThrashCore typé années 90 déjà disponible sur un premier album, le set étant très semblable. Le passé du chanteur dans le groupe de Heavy Mystria se sent sur le recours fréquent aux aigus, qui font ressembler les morceaux à du Channel Zero ou "Cowboys from Hell". La reprise à nouveau de "Roots Bloody Roots", de circonstance, passa cette fois sans incident. Je leur souhaite de gagner en férocité pour franchir un palier. Avec une chaleur si lourde encore, il était difficile de bouléguer le public.
Par contre je ne vous avais encore jamais parlé de nos compères Montpelliérains de SEKATOR. Le quartet se présentait avec un pigiste à l'une des guitares. Le début de set fut compliqué avec une corde cassée sur les deux premiers titres. Comme le nom le suggère, il s'agit de Thrash dans l'esprit du revival, exécuté pied au plancher avec des riffs qui font penser à Exodus ou Slayer. Toutefois, les vocaux bien rauques du bassiste ramènent nettement le style vers le moment historique précis où certains groupes comme Sepultura ou Incubus (de Louisiane) faisaient émerger le Death Metal. Les quatre années d'expérience se sentent et à part la péripétie mentionnée le gang a atteint les moyens de ses ambitions dans le sillage d'une batterie aux parties assez simples mais jamais à la peine. La communication, plus sympathique et détendue que vraiment charismatique, devra peut-être oser perdre en naturel pour incarner encore mieux cette musique assez sombre et indéniablement violente, mais c'était difficile de le faire quand on jouait à domicile il est vrai.
Comme en 2016, les Brésiliennes ont pris un long moment pour régler leur son et l'assistance commençait à taper du pied quand le set débuta enfin. Là encore à fond les manettes (ce son fort !), NERVOSA montrait un progrès important pour qui les connaissait déjà avec la nouvelle batteuse. En dépit d'une brève engueulade en portugais avec la bassiste-chanteuse Fernanda, elle tient une cadence nettement plus rapide que celle qui la précédait ; et chacun sait l'énorme incidence que cela représente quand on fait du Thrash furibard à l'Allemande. Sur le fond, il n'y avait donc pas la moindre évolution à guetter à part ce net avantage qualitatif. Le public donna enfin toute l'énergie conservée patiemment.
Avec le ventilateur qui étoilait ses longs cheveux noirs et ses grimaces sur un micro toujours placé très bas pour l'obliger à se pencher, Fernanda paraissait comme une vraie possédée du démon quand elle grognait des paroles apparemment aussi basiques que les titres d'un répertoire maintenant assez étoffé. Elle se plaît à alterner une voix douce et caressante de lusophone, accompagnée d'un sourire complice, avec le cri de la thrasheuse en fureur qui n'en fait que plus mal. Prika étant seule guitariste, elle délivra tous les solos sans que l'ensemble ne perde en puissance quand elle devait quitter la rythmique, rouvrant l'éternel débat : un seul gratteux avec un gros volume n'est-il pas en fin de compte suffisant dans bien des cas ?
Le set dura un peu plus d'une heure. L'hermétisme d'un Thrash sans merci, et la redondance des compositions encore sensible malgré le déchaînement d'agressivité restituée au poil, laissa en route quelques personnes mais les nombreux amateurs du genre venus prendre leur dose, ont eu la fessée de riffs, galopades, cris, cornes et poings en l'air qu'ils attendaient. Comme en attestent ces poses, le nombre de photos et ces intitulés de morceaux enchaînant les clichés les plus éculés du style il faut reconnaître, une fois que l'excitation du set est retombée, qu'il leur faudra impérativement se détacher de l'exercice de style du Thrash qui avoine pour se singulariser. Devenir un groupe qu'on veut aussi écouter seul, et un peu plus que des gardiennes de la flamme.
En attendant la douche au retour fut bonne, après une telle dose de Thrash dans la touffeur d'une nuit de canicule interminable. Malheureusement je ne pourrai pas assister aux bonnes affiches qui termineront cet été – c'est là qu'on se félicite de s'être bougé pour aller voir ces mêmes groupes un peu plus loin un peu plus tôt dans l'année. Pire encore, la rentrée s'annonce maigre.
Bienvenue sur mon blog relatant mes impressions et souvenirs de concerts depuis 2004.
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Les intitulés ne mentionnent pas forcément tous les groupes qui ont fait tel concert, je privilégie les têtes d'affiche. Utilisez là encore le moteur de recherche.
jeudi 30 août 2018
vendredi 10 août 2018
Soulfly 400 the Cat TAF Saint Jean de Védas 27 juillet 2018
Le programme estival proposait pléthore de groupes déjà vus. Notamment, Soulfly était déjà venu dans le même contexte il y a quelques années. Et même si dans la querelle j'ai pris depuis longtemps le parti de Sepultura tant en droit qu'artistiquement, on n'allait pas encore étaler la trêve des concerts.
D'ailleurs ce fut un beau succès public : la cour de la Secret Place était bondée et laissait imaginer le sauna à venir puisque le concert se tenait dedans comme en 2013. Beaucoup semblaient être des vacanciers au sein d'un public de tous âges. Apparemment j'avais raté NOTHING FROM NO ONE, bien qu'arrivant à vingt heures.
Caser ici les Cévenols de 400 THE CAT était assez courageux, car l'autre groupe des légendaires Morgue et Superstatic Revolution a une orientation HardCore Noisy new-school éloignée de la tête d'affiche. Revenus d'une tournée en Russie, ils avaient rodé leur set et la nouvelle formation à quatre avec des changements de poste importants (Max passé à la batterie, Patrick le chanteur prenant une seconde guitare) est dorénavant en place. Le second album occupait la quasi-totalité du temps de jeu. Sur le fond, il n'y a pas de bouleversement dans un terrain balisé entre Breach, Botch, Knut et les premiers Converge : des riffs lourds et marquants structurent chaque titre, de manière à traduire des émotions voisines mais nuancées d'un morceau à l'autre.
Il est difficile de faire la part des choses au fil des années d'amitié que j'ai tissé avec les membres. N'empêche que l'évolution découlant des départs subis apporte une autre sensibilité, rendant les riffs plus lourds peut-être un peu au détriment de la basse, l'attitude moins extravertie et plus menaçante, l'explosivité se réduisant à quelques départs assassins au détour de rythmes plutôt mid-tempo mais complexes – en dépit d'un kit assez modeste. La présentation enchaînée des titres, avec peu de commentaires, est traditionnelle chez le groupe mais renforçait évidemment la saveur bourrue de ce nouveau set. Le chant demeurait impeccable, bien que souffrant d'un mixage trop faible pour l'unique passage parlé. Une part notable du public resta tout le long du temps de jeu, en dépit de la chaleur à l'intérieur, ce qui aura permis au quartet de gagner un peu de notoriété auprès d'un nouveau public qui, heureusement, reste curieux.
Quand la salle fut pleine à ras bord, il devint impossible de voir SOULFLY avec cette scène à peine surélevée. Les fans de l'ex-Sepultura se considèrent comme une tribu, on le sait, et cela explique le fonctionnement du spectacle en refrains fédérateurs mis à la chaîne, créant une communion élémentaire à sauter et taper des mains ensemble. Généralement, les morceaux sont assemblés deux ensemble pour aller directement à l'essentiel des meilleurs passages des plus gros titres d'une discographie quand même conséquente. Et cela marchait bien : une fosse se formait malgré la pression de la foule, et la température montait au point que je battis en retraite au bar au bout de vingt minutes pour ne pas mourir déshydraté.
Marc Rizzo fit montre de ses belles capacités sur plusieurs solos, et également une improvisation enchaînant Slayer, SOD et PanterA. De temps en temps Zion Cavalera se tapait une accélération, mais je ne vois pas ce qu'il apporte spécialement de plus, à part qu'on peut dire qu'il joue dans le groupe de son père. Et Papa Max me direz-vous ? Il gérait encore le growl même si l'on était loin du coffre du temps de Sepultura. Il reste le chef adulé de la tribu, et en indécrottable fan de football il se fendit de félicitations pour le second trophée conquis il y a deux semaines.
Le set avançant, on retrouvait quelques vieux classiques comme "Jumpdafuckup", "No", "Eye for an Eye" "Back to the Primitive", tous ces thèmes d'adolescent éternel qui n'avaient pas plus de chances de me charmer aujourd'hui qu'il y a vingt ans, en dépit de l'efficacité certaine de ces plans qui passaient pour le renouveau du Metal à l'époque. La tribu des fans, elle, était toujours au taquet. L'ultime titre dériva pour le bonheur de tous par une reprise esquissée de "The Trooper", comme il y a cinq ans.
La ressemblance globale avec cette précédente rencontre était frappante, d'autant qu'alors cela avait eu lieu à la même saison dans les mêmes conditions. La seule grande différence restera toutefois l'absence totale de titres repris à Sepultura. Une heure cinq, c'était bien assez vu le four que c'était dans cette bonne vieille salle, j'en sortis essoré. Ce n'était cependant que l'effet d'une setlist conçue ainsi. Et quand Machine Head offre de son côté deux heures quarante…
Au-delà de mes perpétuelles réserves envers Soulfly, je garderai un bon souvenir de cette soirée que je prolongeai en bonne compagnie. En temps de canicule, la nuit est un moment privilégié.
D'ailleurs ce fut un beau succès public : la cour de la Secret Place était bondée et laissait imaginer le sauna à venir puisque le concert se tenait dedans comme en 2013. Beaucoup semblaient être des vacanciers au sein d'un public de tous âges. Apparemment j'avais raté NOTHING FROM NO ONE, bien qu'arrivant à vingt heures.
Caser ici les Cévenols de 400 THE CAT était assez courageux, car l'autre groupe des légendaires Morgue et Superstatic Revolution a une orientation HardCore Noisy new-school éloignée de la tête d'affiche. Revenus d'une tournée en Russie, ils avaient rodé leur set et la nouvelle formation à quatre avec des changements de poste importants (Max passé à la batterie, Patrick le chanteur prenant une seconde guitare) est dorénavant en place. Le second album occupait la quasi-totalité du temps de jeu. Sur le fond, il n'y a pas de bouleversement dans un terrain balisé entre Breach, Botch, Knut et les premiers Converge : des riffs lourds et marquants structurent chaque titre, de manière à traduire des émotions voisines mais nuancées d'un morceau à l'autre.
Il est difficile de faire la part des choses au fil des années d'amitié que j'ai tissé avec les membres. N'empêche que l'évolution découlant des départs subis apporte une autre sensibilité, rendant les riffs plus lourds peut-être un peu au détriment de la basse, l'attitude moins extravertie et plus menaçante, l'explosivité se réduisant à quelques départs assassins au détour de rythmes plutôt mid-tempo mais complexes – en dépit d'un kit assez modeste. La présentation enchaînée des titres, avec peu de commentaires, est traditionnelle chez le groupe mais renforçait évidemment la saveur bourrue de ce nouveau set. Le chant demeurait impeccable, bien que souffrant d'un mixage trop faible pour l'unique passage parlé. Une part notable du public resta tout le long du temps de jeu, en dépit de la chaleur à l'intérieur, ce qui aura permis au quartet de gagner un peu de notoriété auprès d'un nouveau public qui, heureusement, reste curieux.
Quand la salle fut pleine à ras bord, il devint impossible de voir SOULFLY avec cette scène à peine surélevée. Les fans de l'ex-Sepultura se considèrent comme une tribu, on le sait, et cela explique le fonctionnement du spectacle en refrains fédérateurs mis à la chaîne, créant une communion élémentaire à sauter et taper des mains ensemble. Généralement, les morceaux sont assemblés deux ensemble pour aller directement à l'essentiel des meilleurs passages des plus gros titres d'une discographie quand même conséquente. Et cela marchait bien : une fosse se formait malgré la pression de la foule, et la température montait au point que je battis en retraite au bar au bout de vingt minutes pour ne pas mourir déshydraté.
Marc Rizzo fit montre de ses belles capacités sur plusieurs solos, et également une improvisation enchaînant Slayer, SOD et PanterA. De temps en temps Zion Cavalera se tapait une accélération, mais je ne vois pas ce qu'il apporte spécialement de plus, à part qu'on peut dire qu'il joue dans le groupe de son père. Et Papa Max me direz-vous ? Il gérait encore le growl même si l'on était loin du coffre du temps de Sepultura. Il reste le chef adulé de la tribu, et en indécrottable fan de football il se fendit de félicitations pour le second trophée conquis il y a deux semaines.
Le set avançant, on retrouvait quelques vieux classiques comme "Jumpdafuckup", "No", "Eye for an Eye" "Back to the Primitive", tous ces thèmes d'adolescent éternel qui n'avaient pas plus de chances de me charmer aujourd'hui qu'il y a vingt ans, en dépit de l'efficacité certaine de ces plans qui passaient pour le renouveau du Metal à l'époque. La tribu des fans, elle, était toujours au taquet. L'ultime titre dériva pour le bonheur de tous par une reprise esquissée de "The Trooper", comme il y a cinq ans.
La ressemblance globale avec cette précédente rencontre était frappante, d'autant qu'alors cela avait eu lieu à la même saison dans les mêmes conditions. La seule grande différence restera toutefois l'absence totale de titres repris à Sepultura. Une heure cinq, c'était bien assez vu le four que c'était dans cette bonne vieille salle, j'en sortis essoré. Ce n'était cependant que l'effet d'une setlist conçue ainsi. Et quand Machine Head offre de son côté deux heures quarante…
Au-delà de mes perpétuelles réserves envers Soulfly, je garderai un bon souvenir de cette soirée que je prolongeai en bonne compagnie. En temps de canicule, la nuit est un moment privilégié.
samedi 7 juillet 2018
What the Fest 3 Young Gods Horskh Wheelfall Thot 8 juin 2018
Le What the Fest n'en est qu'à sa troisième édition mais montait en puissance cette année avec un meilleur plateau pour le volet musical. L'événement se tenait dans un parc d'un village de la banlieue, un coin de campagne au bout d'un chemin longeant la rivière, avec les chevaux dans les champs clos derrière les camionnettes à burgers. Heureusement, les orages prévus encore ce soir avaient préféré déserter le ciel.
Quand j'arrivai, les quatre Belges de THOT finissaient de s'installer. Les dégaines hippies des filles aux synthés et les colliers du guitariste chanteur n'étaient pas très engageantes au départ, mais la musique rassura assez vite. Leur Rock ternaire et lent mélangeait plusieurs inspirations assez éloignées en théorie. Les sonorités de la New Wave servaient à bâtir des paysages sonores de désolation à la Neurosis en plus lumineux. Comme si Nine Inch Nails, Depeche Mode période "Ultra" ou "Playing the Angel" et Stabbing Westward revenaient illuminer le monde après l'apocalypse. Peu à peu, une autre facette plus Rock Progressif moderne se révélait dans ces compositions, à la Mars Volta. La brise gêna l'envoi de fumée apparemment tenté sur le côté de la scène. Malgré l'espace pris par un fan alcoolisé, le public se rapprocha volontiers sur demande. Le son concocté par Mathieu Croux, de Verdun, était parfait malgré les conditions de plein air.
Après un long intermède, les Lorrains de WHEELFALL venaient apporter la dose de pur Metal de la soirée, avec leurs tenues noires et leurs bannières rouges dont le logo est très similaire aux Dead Kennedys… Le quintet maîtrise un répertoire cohérent, de vrais morceaux peignaient encore des paysages, cependant bien plus sombres que les précédents. Nantis d'un son hyper propre, ils mêlaient des guitares froides de Black nouvelle vague à la Celeste ou Deafheaven avec des arrangements Indus constants et des accords tirant vers le Sludge. Rien ne dépassait de l'interprétation, à part les mouvements du chanteur qui empêchait que ça ne semble trop austère. Wheelfall est représentatif de la dernière génération de la scène Metal, travaillant sérieusement pour offrir de la qualité, certes au détriment d'une certaine dangerosité.
Un mot sur GÉRARD JUGNO 106, l'un des projets de Lucien Dall'Aglio, déguisé en survêtement années 80 et casquette de camping. Pour distraire l'assistance pendant les changements de plateau, il déroula de l'Electro dansante et rigolote avec de vieux synthés de collection. Pour ma part je préfère Stolearm, son projet Synth-Rock sérieux.
Les deux Franc-Comtois de HORSKH, par contre, étaient beaucoup mieux dans mes goûts. Sur un contre-jour rouge et une assez longue intro, un batteur s'installait à gauche et un programmeur-chanteur-polyvalent prenait la droite. Leur Electro Indus à gros beats, sobre et sèche, lancée à plein volume, a fessé l'assistance. Malgré ses multiples occupations, le chanteur dégage une énergie à la mesure de l'agressivité du mélange explosif de Nitzer Ebb et Skinny Puppy. Comment ne pas penser à Youth Code ? Peut-être que les compos de la première moitié du set étaient un peu moins dingues et ralentissant plus souvent que celles des Californiens, sans oublier bien sûr un timbre plus mâle. Parfois on pouvait penser à l'Electro-Dark dans une version plus sobre et pas seulement sur le rimmel, ou à Prodigy. Souvent la guitare fut employée pour muscler encore plus un propos déjà très physique, parfois le tambour aussi vers la fin de set. Vous savez que j'apprécie ce genre bionique peu pratiqué par chez nous et il n'a pas fallu me pousser pour me joindre aux danseurs dans la nuit enfin tombée et perdre un kilo sur une perf assez longue, une musique conçue pour faire mouvoir les corps sur des rythmes durs et des effets secs comme des claques. C'était excellent.
J'étais néanmoins venu surtout pour revoir les YOUNG GODS, que je suis depuis longtemps et que je réécoute beaucoup ces dernières années. C'est certainement le meilleur groupe de Rock Industriel de l'Histoire, dont l'éclectisme a permis d'intégrer beaucoup d'univers dans un répertoire pour autant remarquablement cohérent. Le Metal n'en est pas absent, et il n'est pas bien difficile pour le chevelu un peu ouvert de se laisser séduire. Le groupe évolue actuellement en trio, Treichler et Trontin ayant récupéré depuis quelques années Cesare Pizzi, ancien membre du temps des deux premiers albums dans les 80's. Mais il me semble que ce soir ce n'était pas lui qui était aux programmations.
Dans la fraîcheur étoilée, le set commença par deux inédits, certainement en avant-goût du prochain album en préparation, qui étaient dans le style assez atmo' des plus récents ou d'"Only Heaven". Ensuite cela se focalisa franchement sur l'album éponyme et l'"Eau rouge" dont furent issus la plupart des titres interprétés. Et je n'aurai jamais cru entendre en live certains d'entre eux ! Avec un son idéal, c'était le retour aux racines des jeunes dieux : une musique industrielle pure mais accessible par une démarche Rock, des textes à la poésie unique en français et parfois en anglais portés par la tessiture tout aussi unique du chant de Franz Treichler, reflet du bilinguisme de son canton d'origine. Il a un petit peu perdu à la marge avec l'âge, mais rien de grave (et il compense actuellement en cheveux longs !). Tout de même, un tube un peu moins ancien comme "Skinflowers" était incontournable et tira encore plus haut la communion avec les nombreux vieux fans. Comme à l'accoutumée, Franz brandit une paire de fois son pied de micro pour nous arroser avec le spot fixé à son pied. Les guitares, bien présentes sur album, étaient samplées comme tout le reste à part la batterie. Trontin, dans un registre un peu plus physique qu'avec les titres plus récents, commit une prestation quasi parfaite. Avant le rappel, le dernier titre était encore un inédit apparemment, dont l'introduction enfin jouée à la guitare par Franz rappelait furieusement l'un des plus fameux titres de Joy Division, pour l'emmener vers un terrain bien plus atmosphérique. Le vieux classique "Did You Miss Me ?" termina la rencontre, laissant sur d'excellentes émotions en attendant un nouveau disque.
LES TÉTINES NOIRES, autre vieux classique, venait couronner le parcours après une longue installation meublée par un long mantra aum… Le visuel est important pour ce groupe. On avait remarqué les grands os et insectes découpés en carton peint suspendus sur la scène. Mais vint surtout son célèbre pied de micro humain, un figurant nu qui se laisse manipuler comme un mannequin, avec une barre fixée sur la tête vers le bas, pour mettre l'outil à la hauteur de la bouche d'Emmanuel Hubaut toujours un peu androgyne. Je reconnaissais son bassiste, passé jadis par Treponem Pal. Malgré une introduction en douceur avec de petits concertinas, je n'ai jamais accroché à leur Rock gothique tendance "Death Rock", fortement inspiré de Christian Death pour la musique malgré des paroles en français délayées d'une voix maladive. L'esprit reprend à notre époque celui du surréalisme dada, le plus absurde. J'ai préféré aller discuter avec une ancienne connaissance, puis me retirer définitivement.
C'était une excellente soirée, qui aurait mérité une meilleure affluence encore. J'espère que l'orga rentrera dans ses frais.
Quand j'arrivai, les quatre Belges de THOT finissaient de s'installer. Les dégaines hippies des filles aux synthés et les colliers du guitariste chanteur n'étaient pas très engageantes au départ, mais la musique rassura assez vite. Leur Rock ternaire et lent mélangeait plusieurs inspirations assez éloignées en théorie. Les sonorités de la New Wave servaient à bâtir des paysages sonores de désolation à la Neurosis en plus lumineux. Comme si Nine Inch Nails, Depeche Mode période "Ultra" ou "Playing the Angel" et Stabbing Westward revenaient illuminer le monde après l'apocalypse. Peu à peu, une autre facette plus Rock Progressif moderne se révélait dans ces compositions, à la Mars Volta. La brise gêna l'envoi de fumée apparemment tenté sur le côté de la scène. Malgré l'espace pris par un fan alcoolisé, le public se rapprocha volontiers sur demande. Le son concocté par Mathieu Croux, de Verdun, était parfait malgré les conditions de plein air.
Après un long intermède, les Lorrains de WHEELFALL venaient apporter la dose de pur Metal de la soirée, avec leurs tenues noires et leurs bannières rouges dont le logo est très similaire aux Dead Kennedys… Le quintet maîtrise un répertoire cohérent, de vrais morceaux peignaient encore des paysages, cependant bien plus sombres que les précédents. Nantis d'un son hyper propre, ils mêlaient des guitares froides de Black nouvelle vague à la Celeste ou Deafheaven avec des arrangements Indus constants et des accords tirant vers le Sludge. Rien ne dépassait de l'interprétation, à part les mouvements du chanteur qui empêchait que ça ne semble trop austère. Wheelfall est représentatif de la dernière génération de la scène Metal, travaillant sérieusement pour offrir de la qualité, certes au détriment d'une certaine dangerosité.
Un mot sur GÉRARD JUGNO 106, l'un des projets de Lucien Dall'Aglio, déguisé en survêtement années 80 et casquette de camping. Pour distraire l'assistance pendant les changements de plateau, il déroula de l'Electro dansante et rigolote avec de vieux synthés de collection. Pour ma part je préfère Stolearm, son projet Synth-Rock sérieux.
Les deux Franc-Comtois de HORSKH, par contre, étaient beaucoup mieux dans mes goûts. Sur un contre-jour rouge et une assez longue intro, un batteur s'installait à gauche et un programmeur-chanteur-polyvalent prenait la droite. Leur Electro Indus à gros beats, sobre et sèche, lancée à plein volume, a fessé l'assistance. Malgré ses multiples occupations, le chanteur dégage une énergie à la mesure de l'agressivité du mélange explosif de Nitzer Ebb et Skinny Puppy. Comment ne pas penser à Youth Code ? Peut-être que les compos de la première moitié du set étaient un peu moins dingues et ralentissant plus souvent que celles des Californiens, sans oublier bien sûr un timbre plus mâle. Parfois on pouvait penser à l'Electro-Dark dans une version plus sobre et pas seulement sur le rimmel, ou à Prodigy. Souvent la guitare fut employée pour muscler encore plus un propos déjà très physique, parfois le tambour aussi vers la fin de set. Vous savez que j'apprécie ce genre bionique peu pratiqué par chez nous et il n'a pas fallu me pousser pour me joindre aux danseurs dans la nuit enfin tombée et perdre un kilo sur une perf assez longue, une musique conçue pour faire mouvoir les corps sur des rythmes durs et des effets secs comme des claques. C'était excellent.
J'étais néanmoins venu surtout pour revoir les YOUNG GODS, que je suis depuis longtemps et que je réécoute beaucoup ces dernières années. C'est certainement le meilleur groupe de Rock Industriel de l'Histoire, dont l'éclectisme a permis d'intégrer beaucoup d'univers dans un répertoire pour autant remarquablement cohérent. Le Metal n'en est pas absent, et il n'est pas bien difficile pour le chevelu un peu ouvert de se laisser séduire. Le groupe évolue actuellement en trio, Treichler et Trontin ayant récupéré depuis quelques années Cesare Pizzi, ancien membre du temps des deux premiers albums dans les 80's. Mais il me semble que ce soir ce n'était pas lui qui était aux programmations.
Dans la fraîcheur étoilée, le set commença par deux inédits, certainement en avant-goût du prochain album en préparation, qui étaient dans le style assez atmo' des plus récents ou d'"Only Heaven". Ensuite cela se focalisa franchement sur l'album éponyme et l'"Eau rouge" dont furent issus la plupart des titres interprétés. Et je n'aurai jamais cru entendre en live certains d'entre eux ! Avec un son idéal, c'était le retour aux racines des jeunes dieux : une musique industrielle pure mais accessible par une démarche Rock, des textes à la poésie unique en français et parfois en anglais portés par la tessiture tout aussi unique du chant de Franz Treichler, reflet du bilinguisme de son canton d'origine. Il a un petit peu perdu à la marge avec l'âge, mais rien de grave (et il compense actuellement en cheveux longs !). Tout de même, un tube un peu moins ancien comme "Skinflowers" était incontournable et tira encore plus haut la communion avec les nombreux vieux fans. Comme à l'accoutumée, Franz brandit une paire de fois son pied de micro pour nous arroser avec le spot fixé à son pied. Les guitares, bien présentes sur album, étaient samplées comme tout le reste à part la batterie. Trontin, dans un registre un peu plus physique qu'avec les titres plus récents, commit une prestation quasi parfaite. Avant le rappel, le dernier titre était encore un inédit apparemment, dont l'introduction enfin jouée à la guitare par Franz rappelait furieusement l'un des plus fameux titres de Joy Division, pour l'emmener vers un terrain bien plus atmosphérique. Le vieux classique "Did You Miss Me ?" termina la rencontre, laissant sur d'excellentes émotions en attendant un nouveau disque.
LES TÉTINES NOIRES, autre vieux classique, venait couronner le parcours après une longue installation meublée par un long mantra aum… Le visuel est important pour ce groupe. On avait remarqué les grands os et insectes découpés en carton peint suspendus sur la scène. Mais vint surtout son célèbre pied de micro humain, un figurant nu qui se laisse manipuler comme un mannequin, avec une barre fixée sur la tête vers le bas, pour mettre l'outil à la hauteur de la bouche d'Emmanuel Hubaut toujours un peu androgyne. Je reconnaissais son bassiste, passé jadis par Treponem Pal. Malgré une introduction en douceur avec de petits concertinas, je n'ai jamais accroché à leur Rock gothique tendance "Death Rock", fortement inspiré de Christian Death pour la musique malgré des paroles en français délayées d'une voix maladive. L'esprit reprend à notre époque celui du surréalisme dada, le plus absurde. J'ai préféré aller discuter avec une ancienne connaissance, puis me retirer définitivement.
C'était une excellente soirée, qui aurait mérité une meilleure affluence encore. J'espère que l'orga rentrera dans ses frais.
samedi 23 juin 2018
Shellac Marvin 30 mai 2018 Rockstore Montpellier
Le nom de Steve Albini devrait alerter bon nombre de gens. Ce monument vivant est l'un des plus grands producteurs et ingé son des trente dernières années, bourreau de travail qui a offert ses talents aux plus célèbres groupes (Nirvana, Nine Inch Nails, Pixies, Fugazi, Jon Spencer, PJ Harvey, Breeders, Mogwaï, Neurosis, Dyonisos, etc, etc…) comme aux plus obscurs. Il a depuis fort longtemps aussi son groupe à l'activité intermittente, difficilement prévisible, qui a inspiré beaucoup de musiciens plus modestes parmi les plus authentiques. Même si l'ami qui m'accompagnait était pour sa part un vrai fan ancien de Shellac, venir prêter son hommage me semblait de toute manière obligatoire.
De tout temps le Rockstore a été une salle qui commence très tôt. Même en arrivant pour vingt heures ce fut trop tard pour voir DECIBELLES, la toute première partie. La salle était bien garnie de rockers d'âge mûrs, mais n'avait pas atteint la jauge quasi complète qui viendra au pic de la soirée. Il n'y avait quasiment pas de merch au stand.
Revoir MARVIN était à marquer d'une pierre blanche, la dernière remontait à douze ans et demi (un huitième de siècle !) dans d'anciennes écuries d'un village de l'arrière-pays, bien avant la sortie du premier album… Je ne m'étais pas rendu compte d'une telle ancienneté, en croisant les musiciens régulièrement en ville ou dans le bar de l'un d'entre eux. Entretemps, c'est devenu l'un des plus célèbres groupes de la ville au niveau national indépendant.
Pourtant le trio n'a pas substantiellement changé, mais plutôt pris toute son envergure dans un croisement ouvert à beaucoup de variations. En l'absence de quatre cordes, c'est le culte de Korg qui s'est amplifié aujourd'hui à plusieurs claviers et synthés employés simultanément, et qui apportent notamment les basses aux sonorités changeantes, et des bruitages vintage. Le fonds est resté enraciné dans un excellent riffing de type Stoner, joué avec un groove redoutable qui se mêle à la démarche expérimentale du Krautrock. Ce fort héritage seventies rencontre souvent l'inspiration créative de la Noise des années 90. Ce portrait ne rend compte cependant que du cœur de l'identité du groupe, qui peut aussi se permettre un titre totalement Cramps en seconde position ou d'explorer rapidement des territoires tellement dansants qu'on se rapprochait fugacement d'une disco alternative juste le temps d'en douter. Le chant est assez rare, les quelques passages étant tous fortement filtrés avec des effets divers… à part le premier où Émilie restait inaudible (une spécialité regrettable de la maison quels que soient les intervenants aux manettes…). Le public se remua allègrement une fois atteint le style propre après des titres un peu plus originaux à mon sens en début de set. Ce succès ne tenait pas simplement au fait de jouer à domicile et de pouvoir faire des plaisanteries hors micro : la batterie a été une fois encore l'élément essentiel pour que tout cela fonctionne : nanti d'un matériel assez simple, Grégoire cogne juste et fort. Marvin a choisi un style qui n'est pas de ma prédilection, mais s'est révélé au final le plus doué de sa bande.
Après que la grande roadie noire chargée du mixage ait installé le matériel avec attention, SHELLAC attaqua. Albini est connu pour ne pas porter sa guitare en bandoulière comme tout le monde, mais à l'aide d'une ceinture qu'il juge plus pratique. Il portait un t-shirt de Cocaïne Piss, groupe de Liège qu'il a produit et ce choix ne pouvait pas être un hasard vue la dramatique actualité de la veille. Sans y rajouter un commentaire, c'était encore plus fort. Le Noise Rock à chausse-trappes auditifs du trio est de la vieille école, à rebours de la guitare écrasante et des vocaux trafiqués d'Unsane. Bob Weston le bassiste a ses parties parfaitement audibles et bénéficiait de fréquents arpèges, tout comme il donnait des chœurs d'autant plus utiles que son timbre se distingue bien de celui d'Albini. Ce dernier adopte un son de guitare propre, tout à fait équilibré au mixage, et n'a pas changé d'instrument de tout le set, ce qui vaut un discours de la méthode de la part d'un producteur et surtout de l'un des plus grands. En dépit de cette modestie de moyens on ne pouvait douter de l'agressivité de nombreux riffs lourds ou improbables, d'un chant sincère, de ces notes tellement pincées qu'on frisait l'acoustique ou le Math Rock le temps d'une mesure, pour retomber de plus haut dans des accords saturés. Cela ne peut laisser indifférent le Métalleux. Shellac est brut, aussi vrai que l'éclairage choisi sans aucun effet, laissé naturel tout le long du set. Cette mise à nu sans théâtralité sentait bon l'esprit des années 90, le retour du Rock. Le grand batteur dégingandé avait un set tout aussi modeste que le précédent, mais distingué par une cymbale installé en surplomb derrière lui qu'il utilisa certes une fois où il aurait très bien pu se servir des autres, je n'en ai pas compris la vraie utilité.
La poésie étrange des paroles, faite de récits surréalistes et d'images bizarres, se marie en profondeur avec ces compositions changeantes faussement déstructurées et aussi audibles que l'anglais fort compréhensible du taulier. Après avoir fait l'avion comme des enfants pour illustrer une métaphore au cœur d'un des titres, les discours s'allongèrent un peu et tournèrent clairement autour de l'amour physique (mais dans le respect, attention !) et finissant sur celui qu'il portait à leur public de ce soir et l'envie que ce moment se prolonge éternellement. Cela n'empêcha pas que le set se termine brusquement, sans aucune cérémonie et que l'on plie le matériel sous un éclairage a giorno imperturbable.
Pour avoir vu beaucoup de Noise au long des années, il est clair que Shellac est un monument du style et qu'au-delà, c'est un modèle d'authenticité qui n'a pas besoin d'aller chercher ailleurs.
De tout temps le Rockstore a été une salle qui commence très tôt. Même en arrivant pour vingt heures ce fut trop tard pour voir DECIBELLES, la toute première partie. La salle était bien garnie de rockers d'âge mûrs, mais n'avait pas atteint la jauge quasi complète qui viendra au pic de la soirée. Il n'y avait quasiment pas de merch au stand.
Revoir MARVIN était à marquer d'une pierre blanche, la dernière remontait à douze ans et demi (un huitième de siècle !) dans d'anciennes écuries d'un village de l'arrière-pays, bien avant la sortie du premier album… Je ne m'étais pas rendu compte d'une telle ancienneté, en croisant les musiciens régulièrement en ville ou dans le bar de l'un d'entre eux. Entretemps, c'est devenu l'un des plus célèbres groupes de la ville au niveau national indépendant.
Pourtant le trio n'a pas substantiellement changé, mais plutôt pris toute son envergure dans un croisement ouvert à beaucoup de variations. En l'absence de quatre cordes, c'est le culte de Korg qui s'est amplifié aujourd'hui à plusieurs claviers et synthés employés simultanément, et qui apportent notamment les basses aux sonorités changeantes, et des bruitages vintage. Le fonds est resté enraciné dans un excellent riffing de type Stoner, joué avec un groove redoutable qui se mêle à la démarche expérimentale du Krautrock. Ce fort héritage seventies rencontre souvent l'inspiration créative de la Noise des années 90. Ce portrait ne rend compte cependant que du cœur de l'identité du groupe, qui peut aussi se permettre un titre totalement Cramps en seconde position ou d'explorer rapidement des territoires tellement dansants qu'on se rapprochait fugacement d'une disco alternative juste le temps d'en douter. Le chant est assez rare, les quelques passages étant tous fortement filtrés avec des effets divers… à part le premier où Émilie restait inaudible (une spécialité regrettable de la maison quels que soient les intervenants aux manettes…). Le public se remua allègrement une fois atteint le style propre après des titres un peu plus originaux à mon sens en début de set. Ce succès ne tenait pas simplement au fait de jouer à domicile et de pouvoir faire des plaisanteries hors micro : la batterie a été une fois encore l'élément essentiel pour que tout cela fonctionne : nanti d'un matériel assez simple, Grégoire cogne juste et fort. Marvin a choisi un style qui n'est pas de ma prédilection, mais s'est révélé au final le plus doué de sa bande.
Après que la grande roadie noire chargée du mixage ait installé le matériel avec attention, SHELLAC attaqua. Albini est connu pour ne pas porter sa guitare en bandoulière comme tout le monde, mais à l'aide d'une ceinture qu'il juge plus pratique. Il portait un t-shirt de Cocaïne Piss, groupe de Liège qu'il a produit et ce choix ne pouvait pas être un hasard vue la dramatique actualité de la veille. Sans y rajouter un commentaire, c'était encore plus fort. Le Noise Rock à chausse-trappes auditifs du trio est de la vieille école, à rebours de la guitare écrasante et des vocaux trafiqués d'Unsane. Bob Weston le bassiste a ses parties parfaitement audibles et bénéficiait de fréquents arpèges, tout comme il donnait des chœurs d'autant plus utiles que son timbre se distingue bien de celui d'Albini. Ce dernier adopte un son de guitare propre, tout à fait équilibré au mixage, et n'a pas changé d'instrument de tout le set, ce qui vaut un discours de la méthode de la part d'un producteur et surtout de l'un des plus grands. En dépit de cette modestie de moyens on ne pouvait douter de l'agressivité de nombreux riffs lourds ou improbables, d'un chant sincère, de ces notes tellement pincées qu'on frisait l'acoustique ou le Math Rock le temps d'une mesure, pour retomber de plus haut dans des accords saturés. Cela ne peut laisser indifférent le Métalleux. Shellac est brut, aussi vrai que l'éclairage choisi sans aucun effet, laissé naturel tout le long du set. Cette mise à nu sans théâtralité sentait bon l'esprit des années 90, le retour du Rock. Le grand batteur dégingandé avait un set tout aussi modeste que le précédent, mais distingué par une cymbale installé en surplomb derrière lui qu'il utilisa certes une fois où il aurait très bien pu se servir des autres, je n'en ai pas compris la vraie utilité.
La poésie étrange des paroles, faite de récits surréalistes et d'images bizarres, se marie en profondeur avec ces compositions changeantes faussement déstructurées et aussi audibles que l'anglais fort compréhensible du taulier. Après avoir fait l'avion comme des enfants pour illustrer une métaphore au cœur d'un des titres, les discours s'allongèrent un peu et tournèrent clairement autour de l'amour physique (mais dans le respect, attention !) et finissant sur celui qu'il portait à leur public de ce soir et l'envie que ce moment se prolonge éternellement. Cela n'empêcha pas que le set se termine brusquement, sans aucune cérémonie et que l'on plie le matériel sous un éclairage a giorno imperturbable.
Pour avoir vu beaucoup de Noise au long des années, il est clair que Shellac est un monument du style et qu'au-delà, c'est un modèle d'authenticité qui n'a pas besoin d'aller chercher ailleurs.
samedi 2 juin 2018
Moshfest 11 et 12 mai 2018 TAF Saint-Jean de Védas
Le MoshFest, rendez-vous printanier du Grind, du Fast, du Crossover et de tous leurs amis, s'est pérennisé au fil des ans et nous y participons à nouveau. La formule s'est rodée au fil des éditions, avec les têtes d'affiche poussées plutôt au second soir. Il semblait difficile de faire mieux que l'an dernier avec Inhumate, Blockheads et SCD. Mais l'orga' s'est surpassée pour 2018, en convoquant cette fois Napalm Death en personne !
L'heure du coup d'envoi n'étant pas très claire, j'arrivai un peu trop tôt. Mais au moins n'ai-je rien raté.
La lourde tâche d'ouvrir le festival revenait aux Cévenols de VÉNÈRE. Leur Punk-HardCore joué par des métalleux sonnait un peu Crust avec ce chant growlé, thrashy sur du D-beat. Cela n'exigeait pas d'être très carré, mais ce propos sans prétention était efficace et tout à fait pertinent pour permettre aux premiers arrivants de se chauffer avant de plus rudes hostilités. Le batteur prenait à charge une partie du chant. Sonnant comme une sorte de Discharge gras ou Exploited à la cool, le trio profita d'un set relativement long pour un groupe qui n'a publié qu'une démo. Je pense qu'on les reverra.
La caution internationale de ce premier soir était assurée par les ex-compatriotes Majorquins de SICKSIDE (saviez-vous en effet que les Baléares et Montpellier ont fait partie d'un seul et même royaume au Moyen-Âge pendant cent vingt ans ?). Après une salutation en français mal assuré mêlé d'anglais, les quatre Espagnols ont envoyé un HardCore old-school basique aux paroles en castillan. On grimpait un niveau d'agressivité avec cette version méditerranéenne du Punk Américain. La reprise de Youth of Today passait parfaitement dans l'ensemble et le premier vrai pogo farci de moshers apparut, avec le dauphin en plastique, la guitare gonflable et la planchette de surf. Le chanteur était épuisé entre les titres, qu'il présentait en quelques mots asphyxiés. Là encore le set parut assez long au regard d'une discographie réduite à un 7'' selon le merch' disponible. Mais le combo roule assez droit et paraît bien lancé.
Un peu d'humour tombait bien ensuite avec les faux guérandais de GROSSEL, dont deux membres sur quatre venaient en fait de Whoresnation et donc de bien plus à l'est. Cette fois nous passions au Grind, mais dans sa version antique, plus déjantée et punky mais pas moins radicale, celle qu'il convient de nommer MinceCore. Ils ont fait un split avec Agathoclès, ça vous dira tout. Enfin tombait du brutal, avec de la guitare accordée bien grave, un chant guttural et du vrai blast ! Les annonces du growleur étaient assez peu audibles au-delà de la blague répétée ("Salut !"). Toutefois la musique n'en avait guère besoin pour transmettre l'ordre de mosh et headbang général avec quelques plans ralentis, granitiques et doucement dingues ici où là. En bon cétacé bien dressé le dauphin s'offrit quelques plongeons dans la petite scène, pas forcément bien appréciés des musiciens en plein jeu, tandis que d'autres moshers se prenaient plutôt pour des primates à monter par le fameux poteau de devant la scène ou agrippant les barres des spots en cours de slam. Le rappel en remit une couche – de sel. Mais il y avait encore de la marge dans cette première journée de marathon de l'extrême.
Pour HAUT & COURT les ultimes fêtards avaient daigné quitter les voitures et s'étaient joints enfin au cœur de l'événement, nous devions être une bonne centaine. Je ne connaissais que de loin les Strasbourgeois qui ont mis certainement la claque la plus violente d'une soirée pourtant éminemment brutale. Leur Grind mélange autant la rigueur et la dureté sonore du Metal que l'agressivité du Crust en colère. La communication était quasi absente mais l'impact n'en était que plus dur, comme y aidait aussi ce growl quasiment Death Metal. La fosse, increvable, accueillait comme un don du ciel ce déchaînement un peu hermétique à force d'intensité. Les titres ne sont pas du tout monolithiques et ennuyeux, mais les compos sont si rapides, les breaks passaient si vite que restait à peine le temps d'en profiter. Seule la caisse claire sonnait mal à mon avis, indépendamment de la qualité quasi professionnelle de l'interprétation par les quatre Alsaciens. Les pointes d'humour dans certains intitulés disparaissaient complètement dans le format live. Un rappel ne fut pas possible. Après ce set méchant qui parut regrettablement court, le corps du festivalier même le plus placide commençait à ressentir les premières traces de l'exercice annuel…
Pourtant venait encore un groupe Français qui monte avec WHORESNATION. Deux des membres de Grossel remontaient donc sur l'exiguë scène triangulaire, avec seulement un batteur cette fois pour compléter. On put alors observer à nouveau combien le terme "Grindcore" peut désigner des sons si différents. Non pas que le leur soit abâtardi de quelques autres styles extérieurs, mais simplement à cause de l'accordage grave, sale et légèrement fuzzy de la guitare. Le growleur rendait donc un effet tout autre qu'avec son premier groupe, dur mais quasi macabre. Les interludes de chasse d'eau samplée renforçaient évidemment ces impressions un peu dérangeantes. La puissance était moindre en comparaison avec le groupe précédent, c'est plutôt l'absence de basse qui m'a troublé pourtant. Le pauvre dauphin ne survécut pas à une nouvelle séance de mosh, finissant écartelé et revêtu par l'un des pogoteurs tel Hercule avec le lion de Némée.
Comme groupe de clôture à une heure avancée se présentait enfin les vétérans revenus de PUTRID OFFAL. Avec leurs blouses tachées, le faux sang et les fausses perfusions, les bannières de côté et le merch' le plus complet du plateau, nous passions pour ce final à un autre niveau. J'aime le Goregrind et il n'est plus aussi fréquent que naguère d'en voir. Les Nordistes ont une expérience certaine et ont pu restituer un son ample à la General Surgery, ainsi qu'une exécution irréprochable. Une partie du public avait certes déserté et le chanteur s'efforça de tirer tout ce qui nous restait d'énergie, d'autant qu'il était très content de jouer devant une affluence à laquelle ils ne sont apparemment pas habitués. La harangue fonctionna assez bien auprès du dernier carré des moshers sauvages, autour du poteau qui aura vu encore de bons caramels se choquer. Le bassiste grimacier laissa son instrument pour trois titres à son prédécesseur à ce poste sorti du public, mais demeura sur scène avec son micro pour faire les chœurs. Le gros atout du groupe, le plus âgé de la soirée, était la maîtrise des quatre opérateurs, on sent le coup de main des vieux chirurgiens. À l'inverse le point faible restera ces compos franchement basiques, dans un style dont les connaisseurs savent qu'il est possible de tirer des merveilles. Une reprise de SOD en avant-dernière position ("Freddy Krueger") collait astucieusement à l'esprit profond du festival. Un dernier titre à eux acheva le set, nous laissant traîner fourbus jusqu'aux voitures pour prendre un peu de repos avant un lendemain qui promettait encore plus. Déjà, cette première journée avait valu cependant le coup de faire la totale.
Comme prévu, la seconde soirée ramenait sensiblement plus de monde alléché par la tête d'affiche idéale d'un tel festival. Malheureusement le temps avait tourné, la grisaille et le froid ne présageant rien de bon pour la nuit à venir.
Comme à l'Xtreme Fest, c'étaient les autochtones de TERROR SHARK qui allaient relancer le pit. Depuis lors nous savons que le groupe a quitté le niveau débutant. Leur Crossover ne varie pas, pour la joie des moshers comme des spectateurs plus réservés (ou encore fatigués de la veille), mais est devenu redoutable par la rigueur du batteur et la clarté des riffs. D'ailleurs les requins gonflables prenaient la place du dauphin pour ce nouveau jour (c'est la loi de la chaîne alimentaire, peut-être…). N'étaient les chœurs et un riffing un peu plus recherché on aurait presque cru voir du FastCore tellement le rythme était rude, déjà, et les titres brefs. Le trio ayant profité de l'hiver pour écrire de nouveaux titres, il n'était pas nécessaire cette fois de recourir à une reprise pour meubler le set. Ces nombreux inédits n'annoncent pas exactement un virage vers le Prog' symphonique et se sont fondus parfaitement dans l'ensemble.
Pendant ce temps le déluge s'était abattu au dehors et obligea les uns à se presser sous le préau de la cour et les quelques autres à rester dans la salle pendant la pause. On pouvait faire un tour au merch', chacun des groupes ayant quelque chose à proposer.
Un MoshFest sans Powerviolence serait incomplet. Ce sont encore des Alsaciens, LMDA, qui étaient les premiers à en arroser. Pour une fois que des Français se lancent dans ce style par trop confidentiel dans l'hexagone ! Une fois de plus il s'agissait d'un trio sans basse. Le genre tranche, dans un tel rendez-vous, par son recours décomplexé (mais raisonné) aux plans ralentis, apportant un peu de variation et d'expressivité, peut-être même un rayon d'émotion brute après tant de bombardements sonores. Hélas, ils pâtirent de quelques problèmes techniques à la guitare qui ont quelque peu brisé la dynamique globale de leur temps de passage et sans doute écourté celui-ci. La sécheresse des fins de titres, déjà brefs, laissait même se demander si ce n'était pas le même problème qui revenait planter un morceau en plein milieu. Cela n'empêcha pas un certain succès, mais il faudra les revoir sans imprévus intempestifs.
LØVVE était là en joker d'un groupe défaillant. J'avais vu les Tourangeaux il y a deux mois à peine, je vous en ai parlé. Bien entendu, il n'y avait pas de bouleversement à attendre sur un si faible intervalle et vous me pardonnerez si je n'ai pas rejoint la salle pour les premiers titres. Les quatre ont balancé à nouveau leur Powerviolence au rythme D-Beat, offrant un autre visage complémentaire au précédent groupe. La chanteuse n'a rien perdu de sa rage et l'ensemble rendait même une musique plus carrée, plus dure que l'autre fois, presque un peu moins Punk et légèrement métallisé. Peut-être que la guitare était mixée plus en avant, tout simplement.
Le final approchait et nous passions dans la sphère pro avec les Belges de LENG TCH'E. Il y a quelques années je les avais déjà croisés au feu Korigan, et cela fait encore plus longtemps qu'ils n'ont plus rien publié, sans pour autant arrêter donc. Aucune évolution n'était donc à attendre, leur style étant déjà assez particulier comme cela. Leur musique se singularise par ce son de guitare puissant et propre à la façon du Death Brutal, posé toutefois sur des compositions clairement Grindy farci de breaks et d'envolées plus proches du HardCore nouvelle école. L'humour à demi-mot de Serge Kasongo est tout autant spécial et imprévisible, parlant d'hormones, se signant ou racontant une anecdote sans doute fausse mais drôle sur Barney Greenway. Cela ne l'empêcha pas d'assurer des vocaux impeccables, au niveau de l'interprétation de ses compères flamands. À leur tour ils apprécièrent de se produire devant un public plus fourni qu'à leur habitude, et selon ce que j'appellerai la loi de Hetfield l'énergie dégagée par une fosse increvable se transmit aux musiciens – qui jouaient tout contre et à peine surélevés – et en retour leur pêche nourrissait l'envie des moshers et ainsi de suite en cercle vertueux…
Pour l'ultime intermède, beaucoup restèrent observer Danny Herrera faire ses réglages malgré l'accalmie.
NAPALM DEATH passe presque tous les ans en ces lieux et c'est devenu l'un des groupes que j'ai le plus vu à présent. Mais qui s'en lasserait ? Certainement pas le pit qui atteignit, si je peux dire, le sommet de son ébullition. Faire monter la sauce par l'hymne séculaire "Multinational Corporations" en ouverture repris par bon nombre d'adorateurs, enchaîné comme sur l'album par la course déjantée d'"Instinct of Survival", y'avait pas mieux à offrir ! La programmation ne se focalisa guère sur la compilation qui vient de paraître, tapant au choix dans un répertoire pléthorique. Surtout, le son était bien meilleur que la dernière fois, pour des raisons qu'il aurait fallu demander au tech' sound qu'ils avaient emmené. La basse de Shane Embury, toujours aussi discrète, est pourtant essentielle pour polir le son de John Cooke, aujourd'hui totalement installé à la guitare. La fosse déchaînée laissa échapper régulièrement des stage divers qui replongeaient presque aussitôt. L'hystérie touchait un tel niveau qu'elle produisit fatalement quelques accrochages sans conséquences, en marge de la tornade humaine orbitant autour du poteau impassible.
Toujours aussi engagé, Barney allongeait toujours avec son accent impayable et de son anglais châtié quelques commentaires introductifs sur les causes développées dans ses paroles, du danger nucléaire au droit de vivre dignement. Vous connaissez ses poses de grand dadais. Il se prit parfois aussi de nostalgie pour annoncer quelques vieux titres. Le passage attendu de pur grind originel provoqua le chaos avec "Scum" et s'acheva sur l'enchaînement culte au carré des deux titres les plus courts du monde, "You Suffer" et "Dead" ("Two different songs" soulignait Barney) ! La première reprise peu après mit à l'honneur les antiques Punk Suédois Anti-Cimex avec leur "Victims of a Bomb Raid" déjà repris en studio. "Nazi Punks etc." revint bien sûr un peu plus tard. Entretemps l'usé "Suffer the Children" prenait, avec une interprétation menée au galop par Herrera, une saveur Punk différente de l'original. Je suis toujours épaté par l'indévissable batteur qui tape fort et juste en se tenant toujours affalé en arrière sur son siège comme s'il lisait le journal. Enchaîné avec "Cesspits", le discutable "Inside the Torn Apart" vint terminer cette fessée qui, en une heure à peine, n'épargna nul spectateur qu'il soit resté au bord ou happé par la fosse en folie.
Vue l'heure, personne n'attendit de rappel. L'intensité du set m'amène à juger que ce fut l'une de leurs meilleures performances en ma présence, ce qui est assez fantastique après tant d'années.
Multinational Corporations/Instinct of Survival/ On the Brink of Extinction/ Oh So Pseudo/ Smash a Single Digit/ The Wolf I Feed/ Practice What You Preach/ Standardization/ Scum/ Life ?/ Control/ You Suffer/ Dead/ Cleanse Impure/ Narcoleptic/ Victims of a Bomb Raid (Anti-Cimex)/ Suffer the Children/ Breed to Breathe/ Self Betrayal/ Call That An Option ?/ How the Years Condemn/ Nazi Punks Fuck Off (DK)/ Cesspits/ Inside the Torn Apart.
Il faut souligner pour conclure l'esprit fraternel qui anime ce festival entre habitués locaux des concerts et passionnés venus de bien loin parfois. Déjà que l'an dernier je m'inquiétais à imaginer comment la programmation pourrait s'améliorer, ce sera une vraie angoisse en vue de la prochaine !
L'heure du coup d'envoi n'étant pas très claire, j'arrivai un peu trop tôt. Mais au moins n'ai-je rien raté.
La lourde tâche d'ouvrir le festival revenait aux Cévenols de VÉNÈRE. Leur Punk-HardCore joué par des métalleux sonnait un peu Crust avec ce chant growlé, thrashy sur du D-beat. Cela n'exigeait pas d'être très carré, mais ce propos sans prétention était efficace et tout à fait pertinent pour permettre aux premiers arrivants de se chauffer avant de plus rudes hostilités. Le batteur prenait à charge une partie du chant. Sonnant comme une sorte de Discharge gras ou Exploited à la cool, le trio profita d'un set relativement long pour un groupe qui n'a publié qu'une démo. Je pense qu'on les reverra.
La caution internationale de ce premier soir était assurée par les ex-compatriotes Majorquins de SICKSIDE (saviez-vous en effet que les Baléares et Montpellier ont fait partie d'un seul et même royaume au Moyen-Âge pendant cent vingt ans ?). Après une salutation en français mal assuré mêlé d'anglais, les quatre Espagnols ont envoyé un HardCore old-school basique aux paroles en castillan. On grimpait un niveau d'agressivité avec cette version méditerranéenne du Punk Américain. La reprise de Youth of Today passait parfaitement dans l'ensemble et le premier vrai pogo farci de moshers apparut, avec le dauphin en plastique, la guitare gonflable et la planchette de surf. Le chanteur était épuisé entre les titres, qu'il présentait en quelques mots asphyxiés. Là encore le set parut assez long au regard d'une discographie réduite à un 7'' selon le merch' disponible. Mais le combo roule assez droit et paraît bien lancé.
Un peu d'humour tombait bien ensuite avec les faux guérandais de GROSSEL, dont deux membres sur quatre venaient en fait de Whoresnation et donc de bien plus à l'est. Cette fois nous passions au Grind, mais dans sa version antique, plus déjantée et punky mais pas moins radicale, celle qu'il convient de nommer MinceCore. Ils ont fait un split avec Agathoclès, ça vous dira tout. Enfin tombait du brutal, avec de la guitare accordée bien grave, un chant guttural et du vrai blast ! Les annonces du growleur étaient assez peu audibles au-delà de la blague répétée ("Salut !"). Toutefois la musique n'en avait guère besoin pour transmettre l'ordre de mosh et headbang général avec quelques plans ralentis, granitiques et doucement dingues ici où là. En bon cétacé bien dressé le dauphin s'offrit quelques plongeons dans la petite scène, pas forcément bien appréciés des musiciens en plein jeu, tandis que d'autres moshers se prenaient plutôt pour des primates à monter par le fameux poteau de devant la scène ou agrippant les barres des spots en cours de slam. Le rappel en remit une couche – de sel. Mais il y avait encore de la marge dans cette première journée de marathon de l'extrême.
Pour HAUT & COURT les ultimes fêtards avaient daigné quitter les voitures et s'étaient joints enfin au cœur de l'événement, nous devions être une bonne centaine. Je ne connaissais que de loin les Strasbourgeois qui ont mis certainement la claque la plus violente d'une soirée pourtant éminemment brutale. Leur Grind mélange autant la rigueur et la dureté sonore du Metal que l'agressivité du Crust en colère. La communication était quasi absente mais l'impact n'en était que plus dur, comme y aidait aussi ce growl quasiment Death Metal. La fosse, increvable, accueillait comme un don du ciel ce déchaînement un peu hermétique à force d'intensité. Les titres ne sont pas du tout monolithiques et ennuyeux, mais les compos sont si rapides, les breaks passaient si vite que restait à peine le temps d'en profiter. Seule la caisse claire sonnait mal à mon avis, indépendamment de la qualité quasi professionnelle de l'interprétation par les quatre Alsaciens. Les pointes d'humour dans certains intitulés disparaissaient complètement dans le format live. Un rappel ne fut pas possible. Après ce set méchant qui parut regrettablement court, le corps du festivalier même le plus placide commençait à ressentir les premières traces de l'exercice annuel…
Pourtant venait encore un groupe Français qui monte avec WHORESNATION. Deux des membres de Grossel remontaient donc sur l'exiguë scène triangulaire, avec seulement un batteur cette fois pour compléter. On put alors observer à nouveau combien le terme "Grindcore" peut désigner des sons si différents. Non pas que le leur soit abâtardi de quelques autres styles extérieurs, mais simplement à cause de l'accordage grave, sale et légèrement fuzzy de la guitare. Le growleur rendait donc un effet tout autre qu'avec son premier groupe, dur mais quasi macabre. Les interludes de chasse d'eau samplée renforçaient évidemment ces impressions un peu dérangeantes. La puissance était moindre en comparaison avec le groupe précédent, c'est plutôt l'absence de basse qui m'a troublé pourtant. Le pauvre dauphin ne survécut pas à une nouvelle séance de mosh, finissant écartelé et revêtu par l'un des pogoteurs tel Hercule avec le lion de Némée.
Comme groupe de clôture à une heure avancée se présentait enfin les vétérans revenus de PUTRID OFFAL. Avec leurs blouses tachées, le faux sang et les fausses perfusions, les bannières de côté et le merch' le plus complet du plateau, nous passions pour ce final à un autre niveau. J'aime le Goregrind et il n'est plus aussi fréquent que naguère d'en voir. Les Nordistes ont une expérience certaine et ont pu restituer un son ample à la General Surgery, ainsi qu'une exécution irréprochable. Une partie du public avait certes déserté et le chanteur s'efforça de tirer tout ce qui nous restait d'énergie, d'autant qu'il était très content de jouer devant une affluence à laquelle ils ne sont apparemment pas habitués. La harangue fonctionna assez bien auprès du dernier carré des moshers sauvages, autour du poteau qui aura vu encore de bons caramels se choquer. Le bassiste grimacier laissa son instrument pour trois titres à son prédécesseur à ce poste sorti du public, mais demeura sur scène avec son micro pour faire les chœurs. Le gros atout du groupe, le plus âgé de la soirée, était la maîtrise des quatre opérateurs, on sent le coup de main des vieux chirurgiens. À l'inverse le point faible restera ces compos franchement basiques, dans un style dont les connaisseurs savent qu'il est possible de tirer des merveilles. Une reprise de SOD en avant-dernière position ("Freddy Krueger") collait astucieusement à l'esprit profond du festival. Un dernier titre à eux acheva le set, nous laissant traîner fourbus jusqu'aux voitures pour prendre un peu de repos avant un lendemain qui promettait encore plus. Déjà, cette première journée avait valu cependant le coup de faire la totale.
Comme prévu, la seconde soirée ramenait sensiblement plus de monde alléché par la tête d'affiche idéale d'un tel festival. Malheureusement le temps avait tourné, la grisaille et le froid ne présageant rien de bon pour la nuit à venir.
Comme à l'Xtreme Fest, c'étaient les autochtones de TERROR SHARK qui allaient relancer le pit. Depuis lors nous savons que le groupe a quitté le niveau débutant. Leur Crossover ne varie pas, pour la joie des moshers comme des spectateurs plus réservés (ou encore fatigués de la veille), mais est devenu redoutable par la rigueur du batteur et la clarté des riffs. D'ailleurs les requins gonflables prenaient la place du dauphin pour ce nouveau jour (c'est la loi de la chaîne alimentaire, peut-être…). N'étaient les chœurs et un riffing un peu plus recherché on aurait presque cru voir du FastCore tellement le rythme était rude, déjà, et les titres brefs. Le trio ayant profité de l'hiver pour écrire de nouveaux titres, il n'était pas nécessaire cette fois de recourir à une reprise pour meubler le set. Ces nombreux inédits n'annoncent pas exactement un virage vers le Prog' symphonique et se sont fondus parfaitement dans l'ensemble.
Pendant ce temps le déluge s'était abattu au dehors et obligea les uns à se presser sous le préau de la cour et les quelques autres à rester dans la salle pendant la pause. On pouvait faire un tour au merch', chacun des groupes ayant quelque chose à proposer.
Un MoshFest sans Powerviolence serait incomplet. Ce sont encore des Alsaciens, LMDA, qui étaient les premiers à en arroser. Pour une fois que des Français se lancent dans ce style par trop confidentiel dans l'hexagone ! Une fois de plus il s'agissait d'un trio sans basse. Le genre tranche, dans un tel rendez-vous, par son recours décomplexé (mais raisonné) aux plans ralentis, apportant un peu de variation et d'expressivité, peut-être même un rayon d'émotion brute après tant de bombardements sonores. Hélas, ils pâtirent de quelques problèmes techniques à la guitare qui ont quelque peu brisé la dynamique globale de leur temps de passage et sans doute écourté celui-ci. La sécheresse des fins de titres, déjà brefs, laissait même se demander si ce n'était pas le même problème qui revenait planter un morceau en plein milieu. Cela n'empêcha pas un certain succès, mais il faudra les revoir sans imprévus intempestifs.
LØVVE était là en joker d'un groupe défaillant. J'avais vu les Tourangeaux il y a deux mois à peine, je vous en ai parlé. Bien entendu, il n'y avait pas de bouleversement à attendre sur un si faible intervalle et vous me pardonnerez si je n'ai pas rejoint la salle pour les premiers titres. Les quatre ont balancé à nouveau leur Powerviolence au rythme D-Beat, offrant un autre visage complémentaire au précédent groupe. La chanteuse n'a rien perdu de sa rage et l'ensemble rendait même une musique plus carrée, plus dure que l'autre fois, presque un peu moins Punk et légèrement métallisé. Peut-être que la guitare était mixée plus en avant, tout simplement.
Le final approchait et nous passions dans la sphère pro avec les Belges de LENG TCH'E. Il y a quelques années je les avais déjà croisés au feu Korigan, et cela fait encore plus longtemps qu'ils n'ont plus rien publié, sans pour autant arrêter donc. Aucune évolution n'était donc à attendre, leur style étant déjà assez particulier comme cela. Leur musique se singularise par ce son de guitare puissant et propre à la façon du Death Brutal, posé toutefois sur des compositions clairement Grindy farci de breaks et d'envolées plus proches du HardCore nouvelle école. L'humour à demi-mot de Serge Kasongo est tout autant spécial et imprévisible, parlant d'hormones, se signant ou racontant une anecdote sans doute fausse mais drôle sur Barney Greenway. Cela ne l'empêcha pas d'assurer des vocaux impeccables, au niveau de l'interprétation de ses compères flamands. À leur tour ils apprécièrent de se produire devant un public plus fourni qu'à leur habitude, et selon ce que j'appellerai la loi de Hetfield l'énergie dégagée par une fosse increvable se transmit aux musiciens – qui jouaient tout contre et à peine surélevés – et en retour leur pêche nourrissait l'envie des moshers et ainsi de suite en cercle vertueux…
Pour l'ultime intermède, beaucoup restèrent observer Danny Herrera faire ses réglages malgré l'accalmie.
NAPALM DEATH passe presque tous les ans en ces lieux et c'est devenu l'un des groupes que j'ai le plus vu à présent. Mais qui s'en lasserait ? Certainement pas le pit qui atteignit, si je peux dire, le sommet de son ébullition. Faire monter la sauce par l'hymne séculaire "Multinational Corporations" en ouverture repris par bon nombre d'adorateurs, enchaîné comme sur l'album par la course déjantée d'"Instinct of Survival", y'avait pas mieux à offrir ! La programmation ne se focalisa guère sur la compilation qui vient de paraître, tapant au choix dans un répertoire pléthorique. Surtout, le son était bien meilleur que la dernière fois, pour des raisons qu'il aurait fallu demander au tech' sound qu'ils avaient emmené. La basse de Shane Embury, toujours aussi discrète, est pourtant essentielle pour polir le son de John Cooke, aujourd'hui totalement installé à la guitare. La fosse déchaînée laissa échapper régulièrement des stage divers qui replongeaient presque aussitôt. L'hystérie touchait un tel niveau qu'elle produisit fatalement quelques accrochages sans conséquences, en marge de la tornade humaine orbitant autour du poteau impassible.
Toujours aussi engagé, Barney allongeait toujours avec son accent impayable et de son anglais châtié quelques commentaires introductifs sur les causes développées dans ses paroles, du danger nucléaire au droit de vivre dignement. Vous connaissez ses poses de grand dadais. Il se prit parfois aussi de nostalgie pour annoncer quelques vieux titres. Le passage attendu de pur grind originel provoqua le chaos avec "Scum" et s'acheva sur l'enchaînement culte au carré des deux titres les plus courts du monde, "You Suffer" et "Dead" ("Two different songs" soulignait Barney) ! La première reprise peu après mit à l'honneur les antiques Punk Suédois Anti-Cimex avec leur "Victims of a Bomb Raid" déjà repris en studio. "Nazi Punks etc." revint bien sûr un peu plus tard. Entretemps l'usé "Suffer the Children" prenait, avec une interprétation menée au galop par Herrera, une saveur Punk différente de l'original. Je suis toujours épaté par l'indévissable batteur qui tape fort et juste en se tenant toujours affalé en arrière sur son siège comme s'il lisait le journal. Enchaîné avec "Cesspits", le discutable "Inside the Torn Apart" vint terminer cette fessée qui, en une heure à peine, n'épargna nul spectateur qu'il soit resté au bord ou happé par la fosse en folie.
Vue l'heure, personne n'attendit de rappel. L'intensité du set m'amène à juger que ce fut l'une de leurs meilleures performances en ma présence, ce qui est assez fantastique après tant d'années.
Multinational Corporations/Instinct of Survival/ On the Brink of Extinction/ Oh So Pseudo/ Smash a Single Digit/ The Wolf I Feed/ Practice What You Preach/ Standardization/ Scum/ Life ?/ Control/ You Suffer/ Dead/ Cleanse Impure/ Narcoleptic/ Victims of a Bomb Raid (Anti-Cimex)/ Suffer the Children/ Breed to Breathe/ Self Betrayal/ Call That An Option ?/ How the Years Condemn/ Nazi Punks Fuck Off (DK)/ Cesspits/ Inside the Torn Apart.
Il faut souligner pour conclure l'esprit fraternel qui anime ce festival entre habitués locaux des concerts et passionnés venus de bien loin parfois. Déjà que l'an dernier je m'inquiétais à imaginer comment la programmation pourrait s'améliorer, ce sera une vraie angoisse en vue de la prochaine !
samedi 19 mai 2018
Hexis Départ Vegan Fox Montpellier Black Sheep 30 avril 2018
Entre quelques belles affiches, un petit concert fait toujours du bien pour ne pas perdre pied avec la base de notre passion, et prendre des risques à prix modiques. Dans la cave du Black Sheep, il y avait une belle affluence au demeurant à la veille du jour férié par excellence. Sans doute l'astuce de caser une première partie locale a-t-elle à nouveau fait ses preuves.
En l'occurrence c'était le quartet VEGAN FOX qui jouait ce rôle. Ce groupe rassemble des membres de Quasar et Weaksaw pour une musique plus extrême. Dans la lumière rouge, leur mélange de Grindcore et de HardCore avec une pointe d'accent rappelle nos Morse ou 400 the Cat, ou venant d'ailleurs Nostromo ou un Converge métallisé… La bassiste, si elle se contenta de suivre la ligne, n'en apportait pas moins une rondeur appréciable à cette énergique explosion de fureur. Une fosse se forma rapidement, la complicité avec les amis présents étant évidente au cours des quelques annonces. Avec un répertoire encore court, le set ne fut pas très long non plus, mais j'en reprendrai volontiers les prochaines fois.
C'était le grand écart avec DÉPARTE. J'avais déjà vu les quatre Tasmaniens en ouverture d'Ulcerate il y a quelques années (ce n'était donc pas leur premier passage en Europe comme l'affirmait la promo…). Depuis lors, la machine n'a pas dérivé de son style originel mélangeant Sludge, Black et Death dans une esthétique post-apocalyptique. L'accordage et le chant sont trop hauts pour singer justement Ulcerate, le mixage trop clair pour rejoindre la secte des Aevangelists, Portal et compagnie. Les tempos, enfin, étaient bien trop lents pour n'y voir qu'un clone antipode de nos Deathspell Omega. Au fond, les compositions me paraissaient très franchement inspirées de Neurosis ou Amen-Râ. La même lumière bleue abyssale en contre-jour que la fois précédente, avec la fumée à plein régime, accompagnaient à point le ton glacial de l'ambiance. Il était étonnant que le massif chanteur-guitariste ait si peu de coffre au chant en live, ce qui ne l'a pas empêché de partir dans quelques envolées claires. Ce n'était pas le mixage, là encore c'était pareil jadis au Korigan. Pas de pogo évidemment, ni de grands discours, l'ambiance bien rafraîchie était à l'introspection. Assez friand de ce style, j'ai apprécié le set.
Avec leurs dégaines lambdas aux cheveux mi-longs, les Danois d'HEXIS n'annonçaient pas la couleur. C'est la scène actuelle, me direz-vous : on croise le Black avec le HC new school, comme Regarde les hommes tomber ou Celeste chez nous. Et puis avec un nouveau contre-jour (blanc) et fumée dans la face, le jean-chemise n'a plus d'importance. On pouvait donc se concentrer sur un son relativement original, avec la grosse basse qui fuzzait au point de se mêler à la guitare, pour dominer ensemble le reste. Le blast était irréprochable mais noyé en dessous. Quant au chanteur, mixé également un peu trop en arrière à mon sens, il a un charisme certain. Il s'appuyait sur les têtes du premier rang ou se penchait volontiers complètement en arrière pour dégager pleinement sa gorge.
Au fil du temps de parole une certaine redondance se laissait pourtant sentir dans le riffing. Le corps suivait ce son assez personnel, mais l'oreille attentive tiquait sur cette faiblesse. Ceci dit le riff en boucle, sa monotonie insistante est un trait typique du black norvégien, et le même effet dérangeant en découlait. Pendant ce temps le chanteur se jeta dans un slam qui aurait pu mal finir, le mur du fond n'étant qu'une porte de secours… N'empêche, beaucoup de gens partirent sans attendre un rappel hésitant et long à venir, qui ne gâcha ni n'ajouta rien. Parfois je me méfie de mes impressions en matière de Black, n'étant pas un vrai amateur de ce style, mais je n'étais peut-être pas seul à voir les choses ainsi et la discussion de sortie l'a quelque peu confirmé.
La tiède pluie nocturne qui accompagna le retour à pied à travers la colline de la cité était assez en harmonie avec l'esprit d'une soirée sans prétention, mais sympathique. Le prochain rendez-vous peut faire très mal, préparez-vous.
En l'occurrence c'était le quartet VEGAN FOX qui jouait ce rôle. Ce groupe rassemble des membres de Quasar et Weaksaw pour une musique plus extrême. Dans la lumière rouge, leur mélange de Grindcore et de HardCore avec une pointe d'accent rappelle nos Morse ou 400 the Cat, ou venant d'ailleurs Nostromo ou un Converge métallisé… La bassiste, si elle se contenta de suivre la ligne, n'en apportait pas moins une rondeur appréciable à cette énergique explosion de fureur. Une fosse se forma rapidement, la complicité avec les amis présents étant évidente au cours des quelques annonces. Avec un répertoire encore court, le set ne fut pas très long non plus, mais j'en reprendrai volontiers les prochaines fois.
C'était le grand écart avec DÉPARTE. J'avais déjà vu les quatre Tasmaniens en ouverture d'Ulcerate il y a quelques années (ce n'était donc pas leur premier passage en Europe comme l'affirmait la promo…). Depuis lors, la machine n'a pas dérivé de son style originel mélangeant Sludge, Black et Death dans une esthétique post-apocalyptique. L'accordage et le chant sont trop hauts pour singer justement Ulcerate, le mixage trop clair pour rejoindre la secte des Aevangelists, Portal et compagnie. Les tempos, enfin, étaient bien trop lents pour n'y voir qu'un clone antipode de nos Deathspell Omega. Au fond, les compositions me paraissaient très franchement inspirées de Neurosis ou Amen-Râ. La même lumière bleue abyssale en contre-jour que la fois précédente, avec la fumée à plein régime, accompagnaient à point le ton glacial de l'ambiance. Il était étonnant que le massif chanteur-guitariste ait si peu de coffre au chant en live, ce qui ne l'a pas empêché de partir dans quelques envolées claires. Ce n'était pas le mixage, là encore c'était pareil jadis au Korigan. Pas de pogo évidemment, ni de grands discours, l'ambiance bien rafraîchie était à l'introspection. Assez friand de ce style, j'ai apprécié le set.
Avec leurs dégaines lambdas aux cheveux mi-longs, les Danois d'HEXIS n'annonçaient pas la couleur. C'est la scène actuelle, me direz-vous : on croise le Black avec le HC new school, comme Regarde les hommes tomber ou Celeste chez nous. Et puis avec un nouveau contre-jour (blanc) et fumée dans la face, le jean-chemise n'a plus d'importance. On pouvait donc se concentrer sur un son relativement original, avec la grosse basse qui fuzzait au point de se mêler à la guitare, pour dominer ensemble le reste. Le blast était irréprochable mais noyé en dessous. Quant au chanteur, mixé également un peu trop en arrière à mon sens, il a un charisme certain. Il s'appuyait sur les têtes du premier rang ou se penchait volontiers complètement en arrière pour dégager pleinement sa gorge.
Au fil du temps de parole une certaine redondance se laissait pourtant sentir dans le riffing. Le corps suivait ce son assez personnel, mais l'oreille attentive tiquait sur cette faiblesse. Ceci dit le riff en boucle, sa monotonie insistante est un trait typique du black norvégien, et le même effet dérangeant en découlait. Pendant ce temps le chanteur se jeta dans un slam qui aurait pu mal finir, le mur du fond n'étant qu'une porte de secours… N'empêche, beaucoup de gens partirent sans attendre un rappel hésitant et long à venir, qui ne gâcha ni n'ajouta rien. Parfois je me méfie de mes impressions en matière de Black, n'étant pas un vrai amateur de ce style, mais je n'étais peut-être pas seul à voir les choses ainsi et la discussion de sortie l'a quelque peu confirmé.
La tiède pluie nocturne qui accompagna le retour à pied à travers la colline de la cité était assez en harmonie avec l'esprit d'une soirée sans prétention, mais sympathique. Le prochain rendez-vous peut faire très mal, préparez-vous.
mardi 15 mai 2018
Havok Darkest Hour Cephalic Carnage Harlott TAF Saint-Jean de Védas 21 avril 2018
En termes d'affluence, vaut-il mieux des affiches homogènes ou tapant dans plusieurs directions ? En quatre heures, la réponse de ce soir était clairement la seconde. Il y avait bien du monde. Peut-être que le beau temps avait tiré quelques indécis de chez eux, aussi. En tout cas je me faisais la remarque qu'on voit de plus en plus d'enfants aux concerts.
Cependant il fallait être à l'heure avec un tel programme, et j'arrivai pile quand HARLOTT donnait la première canonnade. J'avais vu passer le nom de ces jeunes Australiens mais je ne me souvenais pas tellement qu'il s'agissait de Thrash aussi pur. L'influence du grand Slayer est évidente, mais avec le son plus cru du live j'y voyais souvent du vieux Kreator aussi. Complices et blagueurs, ils ont envoyé pied au plancher des brûlots vite convaincants, toniques et intègres. Le t-shirt Metal Blade revêtu par le bassiste disait tout, même si quelques mouvements finaux ou solos mélodiques sentaient plus Göteborg. Goûtant favorablement l'entrée en matière, de nombreuses têtes oscillaient frénétiquement et il ne fait aucun doute que dans d'autres circonstances la fosse se serait déjà formée. Mais disais-je, plutôt que de jouer les méchants cloutés, les Aussies étaient plutôt sourire et plaisir de jouer, offrant en partant un mediator à l'un des enfants au premier rang. J'en aurais bien pris un quart d'heure de plus, ne serait-ce que pour voir si la cinquième corde de basse allait vraiment servir.
J'avais déjà vu CEPHALIC CARNAGE il y a un certain temps au feu Korigan. Cette fois ils tournaient sans album à promouvoir et malgré les changements de personnel, ça n'a pas tellement changé. Comme le résumerait le classique d'introduction '"Endless Cycle of Violence", leur Death Grind gentiment halluciné et imprévisible n'en est pas moins redoutable quand tout redémarre à fond après un passage instrumental ou samplé. La tête fêlée du groupe, Lenzig Leal, a conservé son obsession pour l'herbe ("Kill for Weed" n'a pas été oublié bien entendu), nous invitant notamment à reprendre son slogan "Beer ! Weed !" et mélangeant souvent avec l'espagnol – probable langue de ses origines lointaines. Les samples laissaient parfois retomber la pression que met un ensemble très lourd dans ses meilleurs moments, c'était même dommage d'ailleurs par moments que certains bruitages enregistrés soient si longs et restitués intégralement comme sur album. Aussi parodiques que Cannabis Corpse il y a quelques jours, les Cephalic n'ont pas oublié leur titre parodique de Black, avec les masques de faux corpse paint et la tête de cheval, Leal attaquant dès l'annonce des vocaux aigus peu éloignés au fond de son guttural un peu Slam. Mais comme le groupe est un peu passé d'actualité faute d'album depuis un moment, il fallait se contenter d'un set assez court là encore. Vous comprenez ce qu'il resterait à faire…
Les cinq DARKEST HOUR nous emmenaient encore dans un autre style avec leur MetalCore velu. Je ne suis pas très amateur de ce courant, mais ils cultivent un son plus lourd et ont conservé d'At the Gates l'équilibre entre mélodie et bourrinage. Si bien que le temps ne semblait pas long au fil des titres. Serrés sur la petite scène en coin, les Washingtoniens ont des dégaines et l'aisance typique des groupes qui ont une certaine expérience, les t-shirts assez sobres au stand confirmant cette appartenance à l'ancienne école, à rebours des coupes courtes et des accessoires nombreux et multicolores souvent pratiqués dans cette scène. Dans le tas, une reprise expliquée de "Nazi Punks Fuck Off" plus directe encore tranchait dans l'enchaînement tant les styles sont éloignés, et sonnait un peu trop propre (pas castrée quand même). La fosse apprécia ce répertoire assez rapide et susceptible d'emballer, le temps d'un pogo, les fans d'extrême aux côtés du cœur de cible de ce genre de groupes. Sans être conquis j'ai vu pire, je reconnais.
Comme Cephalic, j'avais déjà croisé HAVOK au Korigan, il y a moins longtemps, parmi plusieurs groupes du même tonneau emmenés dans les bagages de Suffocation (!). Ce n'est pas franchement ma formation préférée dans la vague Néo-Thrash. Après de longues balances, le cri de guerre déjà utilisé l'autre fois parut toujours autant incongru : "It's time to rock n' roool !" en parlant de Thrash, ça ne colle pas. Au cours du set le plus long de la soirée, les passages rapides donnaient de bonnes montées malgré le chant de David Sanchez bien mixé en avant, qui rappelait celui de Matt Harvey, potable mais pas fascinant dans la durée. Les gimmicks de batterie réguliers ne font pas très Metal non plus. Le bassiste était celui de Cephalic Carnage (les deux groupes sont de la même ville, Denver) et utilisait cette fois un instrument avec des diodes vertes entre les frettes. Au fil des titres, une certaine parenté avec le Punk HC Crossover à roulettes se laissait voir, un je ne sais quoi entre ces rythmiques au galop, ces quelques chœurs, et une attitude de braves jeunes américains qui font du bruit et un peu de spectacle pas bien méchant… La majorité du public n'en avait cure et profitait d'une musique incontestablement efficace au-delà des réserves que je peux émettre. Un rappel de quatre titres fut accordé à un public largement conquis, le mosh-pit en première ligne. La reprise de "TNT" pouvait surprendre, mais en disait long encore sur les repères réels du groupe avant de finir sur des titres bien à eux malgré quelques défections dans les derniers rangs.
Sans être le concert de l'année, les petits regrets accumulés n'ont pas empêché de profiter de quatre groupes de bon niveau.
Cependant il fallait être à l'heure avec un tel programme, et j'arrivai pile quand HARLOTT donnait la première canonnade. J'avais vu passer le nom de ces jeunes Australiens mais je ne me souvenais pas tellement qu'il s'agissait de Thrash aussi pur. L'influence du grand Slayer est évidente, mais avec le son plus cru du live j'y voyais souvent du vieux Kreator aussi. Complices et blagueurs, ils ont envoyé pied au plancher des brûlots vite convaincants, toniques et intègres. Le t-shirt Metal Blade revêtu par le bassiste disait tout, même si quelques mouvements finaux ou solos mélodiques sentaient plus Göteborg. Goûtant favorablement l'entrée en matière, de nombreuses têtes oscillaient frénétiquement et il ne fait aucun doute que dans d'autres circonstances la fosse se serait déjà formée. Mais disais-je, plutôt que de jouer les méchants cloutés, les Aussies étaient plutôt sourire et plaisir de jouer, offrant en partant un mediator à l'un des enfants au premier rang. J'en aurais bien pris un quart d'heure de plus, ne serait-ce que pour voir si la cinquième corde de basse allait vraiment servir.
J'avais déjà vu CEPHALIC CARNAGE il y a un certain temps au feu Korigan. Cette fois ils tournaient sans album à promouvoir et malgré les changements de personnel, ça n'a pas tellement changé. Comme le résumerait le classique d'introduction '"Endless Cycle of Violence", leur Death Grind gentiment halluciné et imprévisible n'en est pas moins redoutable quand tout redémarre à fond après un passage instrumental ou samplé. La tête fêlée du groupe, Lenzig Leal, a conservé son obsession pour l'herbe ("Kill for Weed" n'a pas été oublié bien entendu), nous invitant notamment à reprendre son slogan "Beer ! Weed !" et mélangeant souvent avec l'espagnol – probable langue de ses origines lointaines. Les samples laissaient parfois retomber la pression que met un ensemble très lourd dans ses meilleurs moments, c'était même dommage d'ailleurs par moments que certains bruitages enregistrés soient si longs et restitués intégralement comme sur album. Aussi parodiques que Cannabis Corpse il y a quelques jours, les Cephalic n'ont pas oublié leur titre parodique de Black, avec les masques de faux corpse paint et la tête de cheval, Leal attaquant dès l'annonce des vocaux aigus peu éloignés au fond de son guttural un peu Slam. Mais comme le groupe est un peu passé d'actualité faute d'album depuis un moment, il fallait se contenter d'un set assez court là encore. Vous comprenez ce qu'il resterait à faire…
Les cinq DARKEST HOUR nous emmenaient encore dans un autre style avec leur MetalCore velu. Je ne suis pas très amateur de ce courant, mais ils cultivent un son plus lourd et ont conservé d'At the Gates l'équilibre entre mélodie et bourrinage. Si bien que le temps ne semblait pas long au fil des titres. Serrés sur la petite scène en coin, les Washingtoniens ont des dégaines et l'aisance typique des groupes qui ont une certaine expérience, les t-shirts assez sobres au stand confirmant cette appartenance à l'ancienne école, à rebours des coupes courtes et des accessoires nombreux et multicolores souvent pratiqués dans cette scène. Dans le tas, une reprise expliquée de "Nazi Punks Fuck Off" plus directe encore tranchait dans l'enchaînement tant les styles sont éloignés, et sonnait un peu trop propre (pas castrée quand même). La fosse apprécia ce répertoire assez rapide et susceptible d'emballer, le temps d'un pogo, les fans d'extrême aux côtés du cœur de cible de ce genre de groupes. Sans être conquis j'ai vu pire, je reconnais.
Comme Cephalic, j'avais déjà croisé HAVOK au Korigan, il y a moins longtemps, parmi plusieurs groupes du même tonneau emmenés dans les bagages de Suffocation (!). Ce n'est pas franchement ma formation préférée dans la vague Néo-Thrash. Après de longues balances, le cri de guerre déjà utilisé l'autre fois parut toujours autant incongru : "It's time to rock n' roool !" en parlant de Thrash, ça ne colle pas. Au cours du set le plus long de la soirée, les passages rapides donnaient de bonnes montées malgré le chant de David Sanchez bien mixé en avant, qui rappelait celui de Matt Harvey, potable mais pas fascinant dans la durée. Les gimmicks de batterie réguliers ne font pas très Metal non plus. Le bassiste était celui de Cephalic Carnage (les deux groupes sont de la même ville, Denver) et utilisait cette fois un instrument avec des diodes vertes entre les frettes. Au fil des titres, une certaine parenté avec le Punk HC Crossover à roulettes se laissait voir, un je ne sais quoi entre ces rythmiques au galop, ces quelques chœurs, et une attitude de braves jeunes américains qui font du bruit et un peu de spectacle pas bien méchant… La majorité du public n'en avait cure et profitait d'une musique incontestablement efficace au-delà des réserves que je peux émettre. Un rappel de quatre titres fut accordé à un public largement conquis, le mosh-pit en première ligne. La reprise de "TNT" pouvait surprendre, mais en disait long encore sur les repères réels du groupe avant de finir sur des titres bien à eux malgré quelques défections dans les derniers rangs.
Sans être le concert de l'année, les petits regrets accumulés n'ont pas empêché de profiter de quatre groupes de bon niveau.
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