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samedi 20 avril 2019

Incantation Defeated Sanity Skinned TAF Saint-Jean de Védas 21 mars 2019

Parfumez vos mouchoirs, ça va bien sentir le bouc ce soir ! Cette tournée s'arrêtait peu en France, mais parfois on a la chance que ça arrive près de chez vous. Bien que la date soit calée depuis beau temps, j'ai eu de la peine à m'extirper des tracas de la journée et craignais d'arriver en retard. Nenni, je pénétrai à temps dans les lieux, que j'avais un peu délaissés ces derniers mois.

Si l'on pouvait constater au stand que SKINNED a une discographie étoffée, je m'étonnais que ce nom ne m'évoque pourtant rien. En plus ils sont actuellement signés sur l'excellent label Français Xenocorp. C'est un vieux groupe du Colorado, qui se présentait ce soir en formation trio. Leur Death brutal se résumerait en basique et bien fait comme un bon vin de table. Les titres ne prenaient aucun risque, leurs intitulés étaient courts et simplissimes, la communication était minimale. Les compositions étaient… basiques... et tombaient comme du plomb sur les tympans. L'ancienneté du groupe avait l'avantage de conserver une recette traditionnelle, sans abus de caisse claire, un growl naturel, le rejet de la facilité excessive des riffs slams à vide. Avec une seule guitare pas poussée de reste au mixage cela pouvait gêner certains, quand cela me permettait d'apprécier un peu mieux la section rythmique, simple question de préférences. Ce n'est peut-être pas le meilleur groupe du genre, mais ils ont offerts une bonne immersion dans la soirée et se feront peut-être mieux connaître des fans européens par cette tournée. On a souvent vu bien pire à cette place.

Finalement l'affluence était assez correcte, renforçant mon opinion que dans l'extrême il vaut mieux faire une affiche typée plutôt que de mélanger des groupes disparates. Certaines personnes avaient fait de la route.

DEFEATED SANITY était déjà passé il y a six mois à peine, et pourtant en discutant avec les uns ou les autres il apparaît que beaucoup de gens ne l'avaient pas su. Certainement parce qu'en septembre ils étaient tête d'affiche d'une tournée plus modeste, et non pas rattachés à une locomotive prestigieuse. Pour ma part donc pas de surprises, c'était un festival de gravity blast entre quelques ponts complexes, avec un son impeccable et le growl ô combien guttural de leur chanteur Américain. Le pilonnage était exécuté plus en finesse encore, de la grande boucherie rendue possible par une haute maîtrise technique au service d'une brutalité trop ancrée dans le Slam à mon goût. Contraints par le temps, les blancs entre les titres se faisaient moins sentir. Même si cela avait moins de saveur en les revoyant à si peu d'écart, même si je suis agacé par cette caisse claire qui plaît à tant de gens et ce flirt trop poussé envers un courant un peu  fourvoyé, c'était bien pour passer les énervements des derniers jours à coup de marteau de guerre virtuel.

Il fallut que le public entende les premiers riffs d'INCANTATION pour s'arracher à la fraîcheur printanière de la cour extérieure. Au terme du premier titre John McEntee nous prévint qu'ils venaient nous botter les fesses avec du Death Metal, ce n'était pas une menace en l'air. L'évolution de la scène a fait que son groupe a désormais un statut comparable aux pères fondateurs, ayant une influence majeure sur la génération du renouveau Old-School. Le set assez long amenait à s'immerger dans un Death Metal composé avec intelligence et très lourd. On qualifie parfois Incantation de Death mid-tempo mais en réalité les rythmes sont variés et passent du Doomy écrasant (remarquez le t-shirt Saint Vitus du bassiste) à des galopades pachydermiques dirigées par un Kyle Severn arborant un sourire détendu assez décalé avec la noirceur oppressante de l'ensemble.
À la différence d'autres formations voisines, McEntee ne surjouait pas le chef bourru, mais faisait les cornes à tout bout de champ. Évidemment pas de pogos, cela s'est limité à quelques coups d'épaule ; mais le gros headbang généralisé a fait que j'ai dû passer plus de temps les yeux vers le sol qu'à regarder la scène, sur la durée d'un long set de plus d'une heure. C'était dense comme au fond des abysses, et les cris ou distorsions par la seconde guitare rendent les ponts encore plus éprouvants. Le micro de McEntee rendit d'ailleurs l'âme en cours d'exercice ce qui laissa le growl fort peu audible pendant une paire de titres. Le rendu sonore, à part cet incident, était impeccable. L'avant dernier morceau fut dédié à Killjoy décédé il y a un an environ. Il n'y eut pas de rappel, qui eût été franchement superflu vue la force de la démonstration.

C'était une belle remise au point de haut niveau sur le Death Metal de tradition Américaine, qui va nous laisser la conscience tranquille pour tout le printemps si jamais on se retrouvait devant des choses plus gaies et légères.

mardi 2 avril 2019

No Return Mind Whispers Gate of Mind Black Sheep Montpellier 16 février 2019

En fait je me suis décidé au dernier moment pour aller à ce concert, les frustrations accumulées dans la journée n'étant pas pour rien dans l'envie de se changer les idées. Sans doute ce qui m'avait manqué pour les précédents passages de No Return en ville.

Le groupe local GATE OF MIND ouvrait le set dans une cave bien bourrée. Ils fêtaient la sortie de leur nouvel EP – et l'anniversaire de leur batteur. Suivant un mouvement de revival palpable ici et là, ils ont proposé du Power Thrash à la PanterA et Sepultura, avec des gros riffs bien graves, des rythmiques lourdes et des compositions encore assez basiques. Quelques titres de la seconde partie d'un long set, tirés de la nouvelle publication, laissaient entrevoir un peu plus d'ambition sur ce point. Devant un public d'amis, le chanteur n'eut pas de mal à établir une complicité. Nous verrons dans l'avenir si les progrès nécessaires pour s'imposer viendront.

Il fallut un long intermède d'une bonne demi-heure pour que MIND WHISPERS s'installe à son aise, tellement bien que les gens crurent que le set commençait enfin lorsqu'ils ne faisaient que les balances. Le pied en vrac de l'un des guitaristes, contraint de jouer sur un siège haut et de se déplacer en béquilles, n'aidait certes pas à faire vite.
Le sextet, qui était un peu serré sur la petite scène en coin du Black Sheep, servit sur des rythmes invariablement lents un Doom-Death à nette orientation progressive et atmosphérique. À ceci près que je n'ai plus beaucoup distingué le clavier après le premier titre. Le mixage très équilibré mêlait tous les instruments. Le chanteur était vêtu tout en blanc avec une veste croisée de modèle militaire assez surprenante. Son growl était correct et son humour un peu à côté… mais il était content de revenir à Montpellier où il avait vécu dans sa jeunesse et où Brett Caldas-Lima a mixé leur dernier album. Le répertoire est assez homogène et on se disait que ce groupe aurait pu finir chez Holy Records à l'époque, les deux guitaristes se distinguant par leur compétence en solo, malgré le fait que l'estropié soit gêné par les larsens provoqués par le chanteur dès qu'il allait de son côté, ce dont il ne semblait pas même se rendre compte aux retours. La compétence de tous les musiciens était nettement plus avancée bien évidemment, vu le style. Le décalage entre ce voyage spatio-mental assombri et le ton plus physique des deux autres groupes compliqua toutefois l'adhésion du public. De toute façon une fois de plus, une partie notable s'était taillée après le premier groupe… Moi je suis resté, et je pense qu'il faudrait les revoir dans une programmation plus cohérente.

Après tout ça, il était bien bon de se prendre l'efficacité du Thrash-Death à l'ancienne de NO RETURN ! Le groupe Francilien célèbre ses trente ans live par cette tournée. Je les avais déjà vus à l'époque de Steeve Petit. Vieux classique de la scène française d'avant Gojira, le groupe garde reste mal aimé en son pays comme tous ceux de cette époque qui se sont accrochés. Certes les riffs restent basiques dans un style déjà assez primaire et physique à la base, mais la fosse en profitait bien. Revenir aux bases physiques et exutoires du Metal n'est jamais un mauvais choix, d'autant que la section rythmique assurée par les frères Barbosa est d'un irréprochable niveau technique. Le matériel de cette chère salle est connu pour être très bon, mais pas celui idéal habituellement pour le Metal lourd et propre ; et pourtant le mix était impeccable. Mieux encore, je trouve que le chanteur actuel issu de Destinity a une attitude plus ferme qui sied bien mieux à cette musique que la gentille candeur de Petit naguère. Mick rendit cependant hommage à l'âme incarnée du groupe, Alain Clément, le seul toujours resté là au milieu de continuelles valses de personnel.
La setlist était logiquement un best of, puisqu'on ne venait pas promouvoir d'album. Mais l'originalité dans cet exercice d'anniversaire fut qu'elle commença par les titres les plus anciens pour remonter jusqu'au dernier opus. Ceci dit comme le répertoire du groupe est resté toujours homogène, lui, au fil des ans, ça n'a pas eu d'effet énorme sur l'ambiance du set. Quelques samples introductifs rappelaient cette génération où c'était couramment utilisé et que cela faisait moderne. Si les compos ne sont pas aussi marquantes que celles des rois internationaux du genre, la maîtrise technique du quintet est appréciable pour mener un défoulement en règle, les vieux en remontrant aux jeunes encore une fois.
Restant sur place un peu plus longtemps que prévu après la fin, c'était bien la preuve que je n'avais finalement pas de regret d'avoir participé à ce petit concert, avant une période un peu plus calme.

vendredi 8 mars 2019

Obscura Fallujah Allegaeon First Fragment Metronum Toulouse 10 février 2019

Vous rappelez-vous? Mon premier live report pour Metalnews était la précédente tournée d'Obscura. J'ai retenu "Diluvium" parmi les meilleurs albums de 2018, il a apaisé mes craintes sur l'évolution qui se dessinait avec les deux disques antérieurs. Alors c'est volontiers que je retournai au Metronum Toulousain une semaine à peine après Brendan Perry, toujours dans la grisaille mais une température plus clémente.

Et comme il y a huit jours je tenais à être à l'heure pour ne rien rater de FIRST FRAGMENT. Très amateur de la scène québécoise j'étais curieux de les voir. Ce quintet peut passer pour un nouveau groupe en raison de l'impact de son premier album d'il y a deux ans, mais il rassemble des gens déjà expérimentés. Et effectivement le niveau était placé très haut dès les premières notes, les solos de guitare ne laissant le chanteur entrer qu'inhabituellement tard par rapport au reste du groupe. Le premier titre fut chaleureusement acclamé et la démonstration technique le méritait. Le célèbre bassiste Dominic "Forest" Lapointe, avec son instrument à six cordes, est certainement l'un des plus brillants de sa génération et il occupait à l'aise l'espace sonore que laissent les deux guitares quand elles se battent en duels comme dans la tradition. Les solos virevoltants à forte inspiration néoclassique forment le trait principal de ce groupe, c'était assez impressionnant à voir et à entendre, on en avait plein les sens, sur un rythme de blast assez monotone mais toujours intense. Le batteur s'était d'ailleurs pointé directement torse poil…
Dans une telle florescence de solos le growleur a fatalement un rôle un peu plus limité qu'ailleurs : sa performance restera impeccable, mais ses parties sont espacées entre de longs passages purement instrumentaux pendant lesquels il allait se placer en retrait pour faire headbanguer sa tête rase. Et au demeurant, comme par hasard, il était légèrement sous-mixé. Il s'exprimait en français bien sûr et essaya bien de lancer le pit. Mais le spectacle était trop fort pour en détacher l'assistance. Passé l'émerveillement devant une telle virtuosité, le concept était quand même vite cerné. La limitation à une demi-heure de parole permit au groupe de se retirer avant de lasser. Car comme sur album, cette démonstration impressionnante peut toutefois décourager, assez vite, l'auditeur qui ne se contentera pas d'un Death de guitar hero. En attendant une suite qui répondra à cette interrogation déterminante pour l'avenir du groupe, on applaudit volontiers la leçon une dernière fois.

Pendant ce temps, tout le monde était arrivé. La salle est bien vaste mais l'affluence était satisfaisante à mon avis pour une telle affiche, brassant les générations. Le merchandising se divisait sur deux stands éloignés, les deux petits à l'entrée et les deux grands après le bar.

Je ne connaissais presque pas ALLEGAEON (prononcez Alledjaon, apparemment) du Colorado. Le style Death mélodique, a fortiori influencé par le MetalCore, n'est pas trop mon trip. Et pourtant, peu à peu, une accumulation de détails positifs convainquait à mesure que le set avançait. Le chanteur extraverti et fort à l'aise aime jongler avec les bouteilles d'eau. Mais son mixage intelligemment modéré évitait d'entraîner le propos dans le DeathCore lambda au growl artificiel qui écrase tout. Ces 'Ricains jouent vite, très vite même, une musique mieux variée, sans guère de pauses. Les solos de gratte aussi y ont toute leur place mais ils sonnaient bien plus moderne et laissaient place à des riffs variés. La musique prenait le pas sur les poses et les effets rebattus, tout en suivant un rythme auquel le public ne résista pas, entraînant légitimement les premiers pogos de la soirée. Voire, l'efficacité n'était pas l'horizon ultime. Au détour d'un riff, d'une ligne de chant, d'une descente chromatique inattendue ou d'un solo on a pu entrevoir du sentiment. Quelque chose qui n'est pas très courant dans ce style même chez les plus grands. Pas bien longtemps mais plusieurs fois, ce n'était donc pas un accident. Sans être la grande révélation dans un style bien encombré, Allegaeon présente bien des atouts cumulés qui justifient un certain succès pour une discographie déjà fournie.

Il y a quelques années j'avais déjà croisé FALLUJAH ailleurs, au moment où avec leur deuxième album les Californiens venaient de définir leur style à part alors qu'ils étaient encore sur un label aussi typé que Unique Leader. J'y ai retrouvé mes marques sans aucun mal. Le nouveau chanteur, dans son perfecto et sa dégaine plus Black Punky, un peu décalé pour une musique aussi retenue, se jucha sur les retours à peu près en permanence. Au départ le set montra la face la plus massive, un Death polyrythmique essentiellement ternaire, fortement influencé par Textures ou Meshuggah, avec un son très sensiblement compressé qui jurait avec les standards actuels, qui était déjà assumé la première fois. Puis les parties atmosphériques firent leur apparition pour le plaisir des vieux fans : ces notes claires posées devant des accords conservés par les doigts triturant la corde sur le manche, amplifiés d'une réverbération sagement dosée, qui arrondissent nettement les aspérités à l'approche de longs solos complexes et aériens… Le batteur doit rester concentré sur des parties changeantes et compliquées, sans pouvoir se défouler ni par du tchouka ni par des blasts, bannis autant l'un que l'autre. Quelques effets des versions studios m'ont semblé avoir disparu. Tout en rentrant à l'aise dans le mouvement actuel Fallujah s'est bâti sa propre personnalité, une musique pas si évidente à pénétrer sous des apparences banales, assez cérébrale au-delà du "simple" voyage spatial. Les Franciscanais ont trouvé pourtant un public, observable à mesure que le set remontait apparemment dans l'histoire du combo par les réactions de plus en plus comblées de quelques spectateurs du devant. Si leur opinion sur le nouveau chanteur serait intéressante à connaître, moi, sur le coup je ne vois rien à lui reprocher. Intéressé sans être parfaitement captivé par ces ambiances, qui souffrent à mon avis d'une production délibérément constipée, le groupe force néanmoins un certain respect de classique en pleine nymphose.

En apothéose d'une soirée de très bon niveau, OBSCURA se présenta sur scène sans cérémonie et tout sourire pour commencer évidemment par un extrait du dernier album, sur lequel le mixeur cala doucement les derniers réglages et les quatre membres prirent aussi leurs repères sans pour autant avoir besoin de se rapprocher ni même se chercher du regard. La suite confirma combien le groupe a su retrouver un équilibre entre technique et efficacité. Comme avec le groupe d'ouverture fort apparenté, le public resta les yeux grands ouverts à part quelques belles chevelures s'envoyant dans les figures des voisins derrière. L'enchaînement de titres éponymes d'albums et incontournables du répertoire restitués impeccablement avec la chaleur du live était suprême. Obscura sait faire des titres complexes, brillants et pourtant accessibles, harmonieux, émouvants même, au même titre que les vieux classiques dont les Allemands s'inspirent sans honte. L'épique "Septuagint" en resta peut-être le meilleur exemple, en témoigna le frisson palpable dans les premiers rangs quand monta l'intro de guitares sèches enregistrée. Même les éclairages semblaient rappeler les couleurs fortes des pochettes spatiales des albums antérieurs.
Pour permettre à ses compères de faire un break vers le milieu de set, le bassiste Linus joua seul le bonus instrumental clôturant "Diluvium", alors qu'il ne peut pas se plaindre d'être mal exposé dans les compos ni dans le mix. Puis Steffen annonça en revenant au centre de la scène une ballade Death Metal pour "Mortification…" qui est plutôt à mon avis un titre juste lent, parfois presque atmosphérique, mais tout à fait réussi car l'attention de l'assistance ne se dispersa pas. Le balancement avec un titre au gros riff syncopé morbidangelesque – et à l'appellation apparentée – était judicieux pour défouler un peu les nuques. Car Obscura n'a jamais oublié que le Death Metal doit rester une musique physique, ce qui est pour beaucoup dans la largesse de leur succès. Justement l'album par lequel ils se révélèrent au monde fut enfin évoqué ensuite par un premier tube, avant de repartir pour la dernière longueur avec des titres à l'architecture recherchée et au nom curieusement à nouveau apparenté. Sans trop faire attendre, un rappel fut consacré à un autre gros tube de dix ans d'âge, où l'euphorie palpable tout au long du set se défoula enfin non seulement dans la fosse qui se reforma enfin en cette dernière limite, mais surtout sur scène et malheureusement car la version me parut quelque peu bâclée par rapport à tout ce qu'on avait entendu.

Emergent Evolution/ Ten Sepiroth/ Diluvium/ Akroasis/ Septuagint/ A Last Farewell/ Mortification of the Vulgar Sun/ Ode to the Sun/ Incarnated/ Perpetual Infinity/ An Epilogue to Infinity
Rappel : The Anticosmic Overload.

Cette dernière réserve ne gâchera certainement pas le souvenir général d'un concert de haut niveau de bout en bout, équilibrant bien homogénéité et variété, découvertes et confirmations pour plusieurs types de spectateurs. De quoi repartir avec la banane de Kummerer.

Brendan Perry Metronum Toulouse 2 février 2019

Avant la tournée mondiale de Dead Can Dance (DCD pour la suite), Brendan Perry a calé une autre petite tournée européenne solo qui fait la part belle à la France. Cela peut se comprendre par le fait que depuis quelques années il s'est installé en Bretagne. La date de Toulouse était pratique (un samedi), à un prix plus qu'abordable, et coïncidait avec l'anniversaire du Metronum. Même si la tempête empêchait de profiter de la cour j'aime bien le confort de cette SMAC, au nord de la ville, proche dans l'esprit comme dans l'architecture de la Paloma de Nîmes et de toutes les salles construites ces dernières années dans des matières métalliques, entre le blanc et le jaune. Le déroulement de la soirée était donc spécial avec les sets de djs et autres performances de groupes locaux, Perry se retrouvait programmé inhabituellement tôt pour un musicien de cette envergure. J'avais donc bien fait de viser vraiment à l'heure ! L'affluence était bonne dans cette salle de capacité moyenne, c'était bien le moins qu'on pouvait attendre.

Comme les chaises et instruments déjà posés sur scène le suggéraient BRENDAN PERRY se présenta avec deux assistants pour un set assis. Ses deux comparses, à vrai dire, ne sont pas exactement des jambons : Richard Yale à la basse, technicien de tournée pour MetallicA ou Muse, collabore à DCD depuis la reformation. Astrid Williamson, musicienne Écossaise préposée aux claviers et tous autres instruments a derrière elle sa solide carrière en groupe ou solo où elle a pu croiser des gens comme John Cale, Bernard Sumner, Johnny Marr… et elle participe aussi à la réincarnation de DCD.
Certains concerts basculent dès les premières mesures et il en restera un bel exemple. Avec ce volume étonnamment fort pour qui n'aurait jamais vu DCD, tous les clichés du set acoustique volaient en éclats. La basse jouissait d'un large espace mais c'est surtout la voix, cette voix du maître à laquelle les vrais fans anciens sont autant attachés qu'à celle de Lisa, qui plaça le niveau très haut dès qu'elle se fit entendre. Elle n'a fait que se bonifier légèrement avec l'âge, sans rien perdre de sa puissance. Déjà que d'habitude DCD s'amuse à truffer ses sets de reprises ou de titres inédits là c'est bien simple, je n'ai presque rien reconnu ! Pourtant je crois connaître plutôt bien les deux albums de Perry comme bien entendu son groupe principal. Ainsi qu'il y fit allusion pour introduire un titre, il a un nouveau disque solo prêt et nous avons donc découvert en partie ce nouveau répertoire. C'est une sensation étrange de revoir une de ses idoles de longtemps n'offrir que des créations fraîches, d'autant plus qu'au début elles étaient dans la ligne de la Country Gothique de son premier disque, accompagnées à la Gibson par le boss au centre (qui en changeait à chaque titre), entre une basse imposante et des claviers restituant des effets sobres ou déjà connus chez son groupe principal, comme la harpe chinoise chère à sa partenaire historique.
Logiquement, Perry fit l'effort de communiquer exclusivement dans un français approximatif mais méritoire, qui relâchait l'ambiance un peu solennelle que dégage une telle musique. Le programme évolua vers quelques surprises tel ce titre totalement Latino en Portugais, celui plus intimiste où Astrid prit une aussi une guitare pour quelques notes réverbérées posant l'ambiance, ou le retour de la reprise de "Song to the Siren" de Tim Buckley, raccourcie mais bouleversante à vous dresser le pelage. Surtout, les titres originaux prenaient peu à peu une tournure plus épaisse, s'éloignant de la sobriété initiale pour se rapprocher des orchestrations amples de DCD ou de l'album "Ark". Demeure invariablement ce schéma de composition épurée très classique, sans facilités, qui caractérise toute son œuvre qu'il soit seul ou avec Lisa. Après avoir présenté ses compagnons, au moment où on se disait qu'il serait bon de recevoir ce nouvel album à venir pour revivre cette soirée, Yale abandonna sa basse et le trio embraya un "Severance" tiré du vieux répertoire classique de DCD sous les acclamations, mais servi débarrassé de sa texture néo-médiévale originelle, par cet accompagnement au piano synthétique. Cette recréation sagement iconoclaste acheva une heure de set franchement enchanteur.
Très rapidement le directeur de la salle prit la parole pour présenter le reste de la soirée, rendre hommage à son personnel technique mais aussi à Spatsz, tête pensante du mythique Kas Product qui venait de nous quitter subitement. Après diffusion de quelques extraits vidéos du passage du groupe Lorrain dans cette salle, la soirée reprit tranquillement.

Après cette parenthèse de poids, nos prochaines aventures nous éloigneront des chauves qui jouent assis pour des cheveux longs qui riffent le pied sur les retours…

samedi 9 février 2019

Pitbulls in the Nursery Exocrine Ceild Geostygma TAF Saint-Jean de Védas 20 janvier 2019

La reprise après la trêve des fêtes est plus ou moins longue selon les années. Cette fois, ce sera par une affiche purement française, assez homogène, que sera égayée ce dimanche soir froid et pluvieux dans cette bonne vieille Secret Place, aussi indémontable que son pilier central.

GEOSTYGMA avait déjà bien entamé son set quand j'arrivai. Avec un membre de la tête d'affiche comme co-guitariste, les cinq Yvelinois envoyaient sans timidité un Death brutal et groovy de niveau débutant plein d'envie, cherchant à varier les plans sans s'égarer et osant ainsi un riff final complexe syncopé et ralenti, totalement dans le premier style de Gojira, pour achever un titre. Hélas au-delà d'une production franchement basique desservant une interprétation acceptable dans l'ensemble le mixage mettait la basse trop en avant au détriment de l'une des guitares et peut-être aussi du growl, assez naturel. Un très vieux long titre de Dying Fetus était déterré pour se couler à l'aise dans l'ensemble, avant un titre final à eux. Il y a une bonne marge de progression pour un groupe qui a encore toute sa carrière devant lui et se place dans un style que j'apprécie particulièrement.

L'affluence moyenne était dans la fourchette prévisible, malgré un prix plus que raisonnable. Il y avait du merch', mais j'ai privilégié les retrouvailles avec les habitués pour échanger des dates et des souvenirs.

En s'installant, les Avignonais de CEILD, font un peu Black Indus à la Wheelfall avec leurs tenues noires sobres et leurs bannières tout aussi noires à lune blanche. Leur Metal strictement instrumental joué à quatre ne s'avérait pas si extrême, cependant. Il est plus accrocheur et atmosphérique, avec un son équilibré, propre où les toms roulent très fréquemment. Le groupe compensait l'absence d'expression vocale par une agitation sans simagrées, dans une froide lumière bleue. On pensait évidemment à feu leurs compatriotes comtadins de Mudbath dans la démarche, à un Psygnosis moins cérébral ou un Hypno5e plus lourd qui limiterait les notes claires à quelques breaks ou finaux cristallins. Malheureusement la tour d'enceintes à droite de la scène lâcha en cours de set, sans l'interrompre, gâchant le plaisir par une réparation un peu laborieuse. Comme toujours avec ce style de groupe instrumental ménageant le groove et l'atmosphérique, la sauce prit à mesure et emballa patiemment, titre après titre et plan après plan, le public resté au chaud. Là encore Ceild a encore tout un chantier devant eux pour se faire connaître, mais je pense qu'ils pourraient intéresser pas mal d'auditeurs aux profils différents.

Je connaissais déjà les Bordelais d'EXOCRINE qui évoluent dans mes terrains de prédilection et j'étais curieux de voir ce qu'ils donnaient sur scène. Les dégaines et le son ne laissent aucun doute aux innocents : il s'agit clairement de Death Metal, mais exactement dans le style technique et dans sa direction la plus moderne, avec beaucoup de ponts et solos en moulinets, de passages plus planants et de grosses syncopes brutales et parfois deux de ces éléments ensemble. Sagement, aucune concession hasardeuse au chant clair n'est tentée. Si l'ombre de Gorod recouvre fatalement ce collectif encore assez nouveau (cela doit être lourd par moments, en venant de la même ville), j'ai songé aussi à Beneath the Massacre ou the Faceless – référence certes soufflée par le t-shirt de l'un des guitaristes. Les solos de l'autre guitare, un drôle de petit modèle étêté, rappelaient Nocturnus ou Mithras, surtout quand ils étaient posés sur l'un de ces tempos plus planants avec parfois un petit sample vaguement cosmique comme faisait Mike Browning en son temps. Cependant le riffing penchait souvent vers des structures non euclidiennes. Mis bout à bout avec tout le reste, il devenait ainsi incontestable que s'ils ont clairement choisi de faire du Death technique, ils écoutent aussi beaucoup de Djent et cela déteint fortement sur l'écriture des morceaux les plus anciens du répertoire. Ils essayèrent bien de nous faire pogoter, mais le froid était trop dissuasif et je ne crois pas non plus que le style pousse tellement à plus qu'un gigotement partiellement headbangué en suivant des plans relativement complexes.

Longtemps j'ai considéré PITBULLS IN THE NURSERY comme les Coprofago français, leur mixture entre Death technique et influence de Meshuggah étant très apparentée. Pour autant, je n'avais encore jamais vu un groupe de Metal s'installer avec un sitar pour les morceaux du début de set. Ces premiers titres y prenaient évidemment une sonorité tout à fait particulière, le contrepoint de cet instrument indien sur les riffs de plomb déstructurés et le chant crié donnait un mélange tout à fait original, exotique peut-être mais surtout pionnier. Cela exige une interprétation carrée et malgré de multiples galères qui font que le groupe n'a pas – encore – eu la reconnaissance que son ancienneté justifierait, ils ont la maîtrise à la hauteur de leurs ambitions. Après quelques titres sous cette formation, le joueur de sitar rangea son jouet pour prendre une seconde guitare et ramener le débat à des termes plus classiques. Hélas là encore, le micro du chant lâcha peu après entraînant avec lui l'ensemble du dispositif, obligeant le groupe à meubler le temps de résoudre la panne par quelques mesures de bossa nova, trahissant au passage le type d'influences transgressives que l'on rencontre fréquemment chez beaucoup de projet de ce genre. Cette seconde partie de set déroula une suite de morceaux plus proches d'un Death technique aux influences Jazz à la Atheist ou Martyr, sur un chant façon vieux Voïvod. Mais les riffs brisés, l'accordage et le chant rappelaient bien assez les fous Suédois pour ne pas rompre les étiquettes. Comme on avait commencé assez tôt, le retard causé par les pannes n'interdirent pas un petit rappel d'un titre.

Les conditions climatiques ne poussaient pas à prolonger indéfiniment une soirée pourtant sympathique. Prochainement, il faudra se déplacer plus loin que ça.


jeudi 3 janvier 2019

Klone Cloud Cuckoo Land Black Sheep Montpellier 13 décembre 2018

Après Slayer, on aurait pu décider d'arrêter d'aller voir des groupes et mourir tranquilles. Mais je suis trop faible face aux tentations, et malgré cette pluie qui semble décidée à m'accompagner à chaque fois, le premier concert du reste de notre vie amorçait une reprise en douceur.
Comme je m'y attendais, la cave du Black Sheep n'accueillit qu'une demi-jauge environ d'un public assez jeune en moyenne, de ceux qui ont grandi avec Klone. Au-delà du mauvais temps, le fait qu'ils soient déjà passés en ville au format acoustique l'an dernier aura immanquablement dissuadé une partie des gens. Le merchandising de la tête d'affiche était profus. Bizarrement Arbre, le sonorisateur de la salle, balança à chaque interlude de la soirée un morceau de New Order.

Le premier groupe à s'asseoir sur les sièges hauts occupant la scène était les cinq locaux de QUINE, avec deux guitares et une chanteuse. Sans trop connaître encore le groupe et ses influences, sur ce format débranché on nageait dans un Rock Atmosphérique placide très classique, qui m'a rappelé The Gathering ou Radiohead dans leurs secondes périodes. Le son quasi cristallin des cordes, que le bon matériel du lieu rendait fort bien, rappelait celui du vieux Rock des origines sur des tempos bien moins endiablés. Après quelques créations homogènes et de bonne facture, une reprise fidèle du "Teardrop" de Massive Attack se coulait parfaitement dans ce répertoire. Le timbre haut de la chanteuse, s'il n'est évidemment pas encore aussi souverain que ceux d'Anneke van Giesbergen ou Elizabeth Fraser, est tout à fait maîtrisé et prudent là où d'autres caseraient quelque effet de vocalises inopérant. C'est à l'image d'un collectif qui préfère bien tenir ses bases pour commencer, et j'ai trouvé ce court set tout à fait encourageant (cartong pleing…).

CLOUD CUCKOO LAND n'est rien d'autre qu'un projet parallèle rassemblant les trois quarts de Klone avec une chanteuse à la place de Yann Ligner. De fait, il apparut vite que cet autre groupe emprunte une direction très différente après un lancement de set progressif. Entre les petites notes pincées tirées d'une bonne vieille Stratocaster (on peut en faire tellement de choses !) et la guitare sèche de Guillaume Bernard, les paysages sonores étaient beaucoup plus changeants autour de la voix largement plus voyageuse de la seconde chanteuse de la soirée. Elle explore en effet des variations et modulations amples, expressives et introspectives à la fois, changeantes comme un rêve malgré la délicatesse de l'ensemble, osant quelques montées de puissance pour tendre tel ou tel morceau avant sa rupture comme on se réveille d'un songe qui tourne mal. Une fois de plus, on comparera ce type de travail vocal avec celui de Kate Bush, référence difficilement contournable dans ces territoires, malgré un encadrement instrumental plus moderne et intimiste. La variété des passages rendait la communication assez superflue et l'expérience plaisante.

Que de chemin parcouru par KLONE depuis la première fois que j'avais vu une bande d'adolescents chevelus et rigolards tenter de doubler Gojira par des riffs plus mélodiques et un peu de chant clair ! C'était il y a treize ans et le personnel a bien changé, transformant le plan de base en quelque chose de plus ambitieux et personnel. J'avais déjà revu les Poitevins ensuite, moins qu'à mon tour du fait de conflits de dates répétés, mais pas encore sous cette formation "unplugged" des derniers temps. Même à ce volume, l'écriture de Klone est identifiable, par ses rythmes de sauropodes et ses notes mélancoliques et lumineuses. La tessiture particulière de Yann Ligner renforce à l'oreille ce lien entre les deux incarnations, ce chant de tête haut et étincelant glissant régulièrement dans des passages râpeux. L'influence évidente d'Alice in Chains était surpassée cependant par quelques passages à pleines mains des deux guitares, alors que la Fender avait disparu et la basse jamais apparu, où ressurgissait une identité Metal indélébile. Sans pouvoir en être sûr, cela venait certainement de titres antérieurs au dernier album purement acoustique. L'ambiance restait tout à fait bon enfant, quelques fans entonnant muettement les paroles et applaudissaient généreusement les quatre membres formant l'équipe actuelle. Le rappel clôturant ce parcours tranquille fut composé de deux reprises assumant on ne peut plus clairement les inspirations déjà discernables : "Heart-Shaped Box" où le timbre de Ligner ressemblait à s'y méprendre à celui de Kurt Cobain, puis ce "Black Hole Sun" plus puissant, qui avait été un tube grand public d'une façon inconcevable pour l'époque actuelle.
Un dernier salut plein d'amabilités réciproques clôtura probablement cette année de grand cru sur le front des concerts sur une note apaisée.

vendredi 14 décembre 2018

Slayer Lamb of God Anthrax Obituary Palau Sant Jordi Barcelone 18 novembre 2018

Quand le planning de la tournée d'adieu de Slayer fut publié, la France récrimina une fois encore sur son sort d'abandonnée, car la date de l'an prochain au Hellfest n'était pas encore connue. Et les frontaliers s'apprêtèrent à prendre une nouvelle fois la route. Ainsi la date en weekend à Barcelone était une opportunité en or pour tous les méridionaux, et je n'avais pas tardé à me jeter dessus une fois les ventes ouvertes. Surtout que je n'ai vraiment jamais eu de chance avec Slayer. Comme beaucoup d'entre nous ce nom a marqué au fer rouge mon entrée définitive dans le Metal extrême (bien que ce soit plus pour la musique que pour tout le décorum). Et pourtant, j'avais dû attendre quinze ans ensuite pour les voir enfin, cumulant les impossibilités variées à chaque passage, y compris l'empêchement majeur de dernière minute en ayant la place achetée !!! Ce cas étrange dans ma vie musicale m'a longtemps tracassé, cela a été certainement un ressort pour aller voir bien d'autres affiches moins prestigieuses ou moins dans mes goûts et devenir ensuite accro du live. Jusqu'à cette première fois, enfin, au Zénith de Paris en 2011, alors que Jeff Hannemann ne participait déjà plus. Alors puisque ça serait l'ultime occasion, rien n'allait m'empêcher de rendre tribut pour l'éternité.

Le Club du Palau Sant Jordi est une grande salle de Barcelone, bâtie depuis les JO de 1992 dans le vaste complexe de la colline de Montjuic qui domine le sud de la ville. Sans voiture, je n'avais d'autre choix que de remonter à pied sous la pluie battante et le jour baissant l'allée monumentale des tours vénitiennes partant de la Plaça de Espanya, puis contourner l'imposant Musée au sommet. Il y avait déjà un peu de queue, mais en se retrouvant par hasard avec des compatriotes venus de divers secteurs proches du Midi l'attente fut nettement moins pénible. Et surtout la suite prouva que nous étions en réalité bien au début de la file qui serpentait à perte de vue le long de l'allée d'accès principale venant de l'autre côté de la colline.
Comme on peut le voir dans certains DVDs, la salle "Club" accolée à la principale n'est pas très belle à l'intérieur : c'est un immense rectangle avec quelques gradins sur la longueur de gauche en regardant la scène. On peut cependant y rentrer quelques milliers de fanatiques à l'aise. On y retrouvait cette fois les copains prévus, retardés par les gilets jaunes sur la partie française de leur trajet. On avait le temps aussi de parcourir les merchs et autres recommandations d'avant-concert.

Je vénère OBITUARY au sommet des pères fondateurs du Death Metal et leur présence en apéritif donnait encore plus de saveur à l'événement. J'étais curieux de voir ce que les Floridiens pouvaient donner cette fois sur un temps rétréci face à une audience beaucoup plus vaste, et non plus en tête de tournées ciblées Death Metal. Ils prirent les choses sans complexes avec leur recette habituelle, secouant les tignasses au rythme d'une setlist orientée quasi-exclusivement sur des classiques de toujours sous une toile affichant sobrement leur logo. Un seul titre était issu de la période de reformation. "Deadly Intentions" au début souffrit d'un mixage trop faible de John Tardy, rapidement corrigé, qui restera la seule imperfection sonore à signaler de toute la soirée. Montrant autant d'envie que lorsqu'ils sont en tête d'affiche, le groupe remporta un succès imparable avec un enchaînement prévisible mais toujours irrésistible "Chopped in Half-Turned Inside Out", attesté par les premiers slammers surnageant de la foule, suivi de "Find the Arise" avec son intro orageuse doublement de circonstance. Depuis le temps qu'il est là, Ken Andrews maîtrise maintenant tous les solos sans difficultés, en y donnant le sentiment qu'il faut, ce qui n'était pas encore le cas il y a quelques années. Même "I'm In Pain" retrouve le solo d'ouverture, il n'y avait rien à dire. Même si l'on aurait volontiers prolongé, l'affaire fut emballée aussi clairement en quarante minutes que sur un set au format plus habituel, jusqu'à l'attendu "Slowly We Rot" de clôture.

Au passage, ANTHRAX était le dernier pied du Big Four que je n'avais encore jamais vu. L'esprit fendard pied au plancher des New-Yorkais m'attire moins, mais a inspiré beaucoup de groupes du revival Thrash en revanche. Après avoir fait envoyer "Number of the Beast" pour terminer l'intermède, le groupe se présentait devant une toile de fond reprenant une version zombifiée de la pochette d'"Among the Living" et surtout Joey Belladonna au chant, avec sa longue tignasse, son micro sur une tige façon Freddy Mercury comme d'habitude, et son énergie à sautiller à travers la grande scène. Plus surprenant, le groupe attaquait en reprenant aux défunts amis les frères Darrell le riff d'ouverture de "Cowboys From Hell", avant d'attaquer deux vieux classiques puis le titre plus récent qui consacrait le retour de Belladonna. Le quintet a conservé une pêche contagieuse dont la fine pointe tenait à mon avis au toucher enthousiaste de Scott Ian à la rythmique, même si le chanteur préférait mettre en valeur avec son micro le dernier arrivé John Donais sur les solos qu'il restituait convenablement. Le public Espagnol, où domine toujours la culture et les gimmicks du Heavy traditionnel, reprit volontiers certains riffs en chœurs comme à son habitude.
Vinrent ensuite les reprises institutionnelles du répertoire d'Anthrax, à commencer par celle de Joe Jackson présentée comme du "fresh Metal", à moins que j'aie mal entendu et que Belladonna n'aie inversé avec l'adaptation d'"Anti-Social" qui devait suivre, chaleureusement reprise à pleine voix par nos hôtes transpyrénéens (et dans sa version originale par quelque français près de moi). Bien que je n'aie jamais été très fan de Trust non plus, il faut admettre que cela était quelque peu émouvant. Revenant enfin sur d'anciens titres sur lesquels gigoter et gueuler joyeusement pour les Indiens, le set ne pouvait hélas trop se prolonger et le riff de clôture de "Cowboys from Hell" à nouveau marqua la fin d'une expérience à parfaire volontiers. Les reprises nombreuses ont certes toujours fait partie de l'identité d'Anthrax, mais cela en faisait un peu beaucoup sur un temps si limité. Et je regrette encore que toute la production avec John Bush passe aussi à la trappe.

Cowboys From Hell (premier riff)/ NFL/ Caught… in a Mosh/ Fight 'Em 'Til You Can't/ Got the Time/ Antisocial/ Be All, End All/ Indians/ Cowboys From Hell dernier riff

Bien que notablement plus jeune, LAMB OF GOD jouissait d'une plage plus large que ses prédécesseurs. Toutefois ce ne fut pas le soir de ma réconciliation avec les Virginiens. Nantis d'une décoration de scène plus élaborée avec ces espèces de longues marches illuminées de part et d'autre la batterie, le groupe ne parvint toujours pas à m'arracher mieux que des hochements de tête à moitié distraits. Sur scène il est encore plus évident qu'ils étaient voués à reprendre la place de PanterA, assurer la relève du ThrashCore Groove face à la montée du MetalCore plus mélodique où Machine Head se vautrait outrageusement, tandis que Chimaira ne pouvait pas plaire à tout le monde. Malheureusement, toutes leurs compos souffrent de cet inexplicable blocage rythmique, l'incapacité quasi-totale à passer la cinquième vers un tchouka-tchouka couillu et libérateur. Et puis tous ces riffs au tempo freiné n'arrivent comme par hasard jamais à imprimer la mémoire auditive, à faire vibrer quelque chose au fond de l'auditeur.
C'était le moment de relâcher et traiter divers besoins physiques tant que tout était facilement accessible (surtout qu'un des distributeurs ambulants de bière qui sillonnaient la salle vint me débaucher dans la courte file !). Pendant ce temps, l'ascendant de Randy Blythe sur son groupe se vérifiait lorsque ses musiciens disparaissaient lors des pauses en le laissant seul faire de brefs discours aimables, mêlant un peu de castillan aux formules habituelles en anglais, mais brisant maladroitement une partie de son effort en appelant régulièrement le public "Spain" malgré les protestations d'une partie (la tension politique en Catalogne est encore trop forte pour être mise de côté le temps d'un concert…). Sur ce plan encore, la différence entre le franc succès et la simple performance estimable tient à si peu.


Et après l'ultime intermède l'obscurité se fit, l'introduction monta sous les acclamations tandis que des croix puis des pentagrammes se mouvaient sur une fine toile suspendue devant la scène, qui s'effondra pour laisser apparaître SLAYER envoyer au taquet "Repentless", titre d'ouverture de l'album qui sera certainement le dernier. Quel tsunami ! Au-delà d'un Thrash agressif et rapide, le volume élevé et une pyrotechnie somptuaire frappaient très fort et ont captivé l'auditoire définitivement. Même en vidéo je n'avais jamais vu Slayer dispenser à profusion un tel feu d'enfer, par un double mur de part et d'autre de la batterie surélevée, soit par des jets brefs suggérant à nouveau des croix ou des pentagrammes incomplets, ou encore de ces coups de torches qui mettent un coup de chaud à un public déjà ensorcelé… À ce niveau c'était à la fois Rammstein et un Slayer décidé à mourir en emportant tout avec lui.
Il n'était pourtant pas facile de bien tout voir, avec tous les téléphones qui dépassaient et ce père qui passa le concert à jucher son fils sur les épaules, lequel avait certes l'air de bien prendre son pied mais emmerda bien des gens derrière (à mesure j'ai pu les contourner peu à peu). En me plaçant sur l'axe central, j'avais choisi cette fois de profiter équitablement des deux guitaristes équitablement (vous savez comment Slayer fonctionne). Kerry King en masse bougonne et taciturne est toujours un soliste quasi parfait sur ses parties, le seul des deux bénéficiant de focales d'éclairage sur sa petite et compacte personne, tandis que Gary Holt faisait ses parties sans avoir le même feeling que Jeff Hannemann, fatalement. Malgré ce, comment ne pouvait-on pas être à fond avec ce répertoire immortel qui a façonné la scène extrême, de tels musiciens et ce spectacle exceptionnellement travaillé ? Par le headbang, les cornes levées et la reprise des paroles les plus célèbres, par l'urgence de l'ultime communion c'était une expérience rarement intense, où les souvenirs et états d'âme charriés au long des années d'écoute fusionnaient avec une exécution magistrale et transcendaient les colères les plus intimes…
En plus les titres gagnent en impact depuis que Tom Araya fait moins d'annonces, se prendre sans prévenir les premières mesures de "Mandatory Suicide" ou "Postmortem" à plein volume les rend encore plus puissants, comme on redécouvre celles de "Dead Skin Mask" sans la reprise du refrain en introduction qui était devenue traditionnelle. Et en avantage, les oublis de versets sont redevenus plus limités qu'à une longue période. Tom n'a quand même pas tout abandonné : un speech introductif et le cri à l'ancienne rendaient "Waaâââr Ensemble" totalement jouissif, ou lançaient ce "Payback" sardonique. Mais sa simple présence iconique et silencieuse, le visage enfin rasé (ça lui va quand même bien mieux) au bord de l'éclat de rire, suffit à électriser le public et il en joue. Un peu d'espagnol permettait opportunément de créer un lien un peu spécial.
La setlist alternait grands classiques et des morceaux plus récents mais invariablement rapides. Au-dessus d'une longue épée figurée en bas de sa batterie, Paul Bostaph avait deux sculptures métalliques du logo historique du groupe de part et d'autre. S'il n'a pas la finesse de touche quasi sentimentale de Lombardo, sa puissance de frappe et sa maîtrise quasi irremplaçable du catalogue ont balayé tous les ricanements les plus tenaces des fans qui se voulaient plus authentiques que les autres. Voyez ce féroce "Dittohead" par exemple. Derrière lui, plusieurs fonds de scène se succédèrent, notamment une version fluo du dernier album. Après un "Hell Awaits" enchaîné, la pause rappelait que le temps passait hélas. L'introduction enregistrée de "South of Heaven" relançait l'enthousiasme d'un public loin d'être fatigué, tout en laissant au quartet infernal le temps de se réinstaller sans hâte pour une dernière longueur de titres de trente ans d'âge minimum. Le halo à contre-jour pour mettre en valeur Bostaph sur les trois coups annonçant un "Raining Blood" hystérique confirmait qu'à la fin de l'histoire, les deux membres originels (enfin, surtout un…) le considéraient pleinement comme l'un des leurs, honneur discret mais pas du tout anodin qui n'aura jamais été accordé en aucune sorte à Gary Holt, bloqué à toujours au poste du copain sympa qui dépanne la famille. Le membre défunt, d'ailleurs, sera honoré une fois de plus par la projection du logo pastiche d'une marque de bière de grande consommation qui lui rendait déjà hommage sur de précédentes tournées pour cet "Angel of Death" final, ultima ratio d'un rappel qui n'avait pas été avare non plus en feu et flammes.
L'ultime carnage achevé, les quatre restèrent inhabituellement longtemps pour saluer et jeter quelques mediators ou baguettes aux fidèles, Kerry King esquissant même des sourires et de brefs échanges. Puis ils laissèrent encore Tom seul dire quelques mots et un "Gracias para todo, adios !" qui prenait tout son sens dans ces circonstances. Si Slayer a choisi de mourir en possession de ses moyens, ils n'ont pas menti et partent sur une démonstration de force. J'en ai eu un acouphène jusqu'au lendemain après-midi malgré mes protections.

Delusions of Saviour - Repentless/ Blood Red/ Disciple/ Mandatory Suicide/ Hate Worldwide/ War Ensemble/ Jihad/ When the Stillness Comes/ Postmortem/ Black Magic/ Payback/ Seasons in the Abyss/ Dittohead/ Dead Skin Mask/ Hell Awaits
South of Heaven/ Raining Blood/ Chemical Warfare/ Angel of Death

Ne restait plus qu'à récupérer ses affaires et rallier tranquillement le bus de nuit par le chemin inverse de l'aller à travers une nuit au calme tellement contrasté. Celui qui suit les plus sanglantes victoires.