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lundi 3 juin 2019

Dead can Dance Grand Rex Paris 11 mai 2019

Eh non, je ne pourrai vous raconter le Moshfest cette année, puisque le passage de Dead Can Dance s'était annoncé bien avant sur la même date. C'est l'un des plus anciens pensionnaires non Metal de ma discothèque, et au-delà l'un des groupes pour lesquels mon amour s'est déclaré le plus naturellement à la découverte, qui demeura fort et sans nuages au fil des lustres. Il était évidemment hors de question de rater cette nouvelle tournée célébrant l'histoire du duo plutôt que le court "Dyonisus". Il était plus frustrant à mesure que l'échéance arrivait de voir plusieurs autres concerts intéressants dans les jours alentour.
Après nous être sustentés dans l'un des nombreux établissements du quartier des grands boulevards, nous pénétrions dans le Grand Rex avec un ami également monté pour l'occasion. Je ne connaissais pas encore cette vaste salle au décor Art Nouveau amusant, qui a le bon goût de ne pas être trop chargé. Je n'ai guère l'habitude d'assister à des concerts assis mais c'était déjà le cas la première fois, et au moins c'était infiniment plus confortable que les minces bancs de bois des arènes de Nîmes ! L'assistance n'était évidemment pas très jeune, et drainait pas mal de gothiques sur le retour au milieu d'amateurs venant sans doute plus des autres horizons du mythique label 4AD, moins excentriques et plus colorés.

La première partie était assurée par le même musicien assistant de l'autre fois, DAVID KUCKHERMANN, pour un set instrumental en solo très similaire. Il commença à nouveau avec les grandes soucoupes métalliques, puis divers instruments de percussions exotiques et aussi basiques que peut l'être un tambourin. Avec quelques explications ce set introductif avait un tour pédagogique qui n'est pas absent de son groupe principal, et permet de faire passer une prestation d'intérêt un peu limité, en soi.

Vous pouvez imaginer la forte acclamation quand les huit musiciens de DEAD CAN DANCE entrèrent sans cérémonie sur scène. On reconnaissait parmi eux Rick Yale et Astrid Williamson qui avaient accompagné Brendan Perry cet hiver lors de sa tournée solo. La tenue de la mère Lisa était spectaculaire, avec une grande robe blanche qui la rendait énorme et devait lui tenir bien chaud, plus un turban assorti étoilé autour de son désormais habituel chignon de gala.
Dès les deux premiers titres les intentions étaient claires, c'était totalement old-school et le couple venait combler ses vieux fans : le titre d'ouverture de l'album considéré généralement comme le meilleur, puis un extrait du tout premier que je pensais ne voir jamais évoqué en live ! Sans communication, l'effet est encore plus puissant, on retouchait aux racines Post-Punk de l'aventure et à ses sommets les plus mystiques et intemporels. L'éclairage n'était pas surchargé mais n'évitait pas les effets, avec des faisceaux de couleurs assez intenses. Le rare "Labour of Love" aux accents Shoegaze de son temps avait déjà été essayé par Brendan en solo quelques mois avant. Dans un son de grande qualité, la basse se détachait inhabituellement en ces débuts. Si les assistants passaient d'un instrument à un autre, Lisa se contentait comme toujours de sa harpe chinoise et Brendan alternait essentiellement entre une bonne vieille Fender de couleur menthe et un bouzouki. En parcourant la période légendaire d'il y a plus de trente ans, ils ne pouvaient qu'enchaîner des applaudissements nourris à mesure, jusqu'à ce grandiose "Xavier" commencé a capella sous la direction de Perry et légèrement remanié au final pour permettre à Gerrard de placer quelques chœurs. Aussitôt l'éclairage suggéra une pleine lune au sommet et Lisa demeura seule sur scène avec son accompagnateur au pipeau, qui introduisit une interprétation bouleversante de "The Wind that Shakes the Barkley", plus intense que celles disponibles, où elle fit ressentir mieux que jamais la charge tragique de cette histoire irlandaise. Par contre le "Sanvean" qui suivit fut un peu gâché par un désaccord chronique avec le tempo du synthé et quelques ristournes quant à l'amplitude vocale mobilisée (non la puissance, intacte), jusqu'au dernier mouvement qui atteignit enfin l'impeccable.
Après une nouvelle incursion dans le lointain passé, deux classiques furent tirés de l'envoûtant "Into the Labyrinth" avant un autre incontournable titre d'ouverture, où le chauve à barbe effilochée qui jouait tout à l'heure du pipeau assura très à l'aise le second chant masculin dans une symétrie évidente avec le boss, pour une restitution parfaite de l'original. En regardant Perry regarder Gerrard je me demandais ce qui pouvait lui passer par la tête quand il la contemple, lui aussi, dans ses moments de bravoure. Par rapport aux scènes plus modestes de sa tournée solo, Brendan n'osa pas tout à fait se lancer en français, langue qu'il a apprise tardivement je crois du fait qu'il vit actuellement en Bretagne. En abordant enfin la période de la reformation avec l'unique extrait du puissant "Anastasis", on se rendait compte que le temps avait passé ; ce n'était pas le morceau le plus poignant mais son ton plus relâché allait bien après des moments aussi intenses. "Autumn Sun" est un titre moins connu des fans mais suintant le déjà-vu, reprise du groupe Américano-Arménien Delayaman (non, pas SoaD !) où apparaît Brendan sur l'original. Il était profondément réapproprié à la façon maison. Enfin le seul extrait du récent "Dyonisus" venait clore le principal, totalement tribal, et révélant mieux sa complexité multi-instrumentale par rapport à l'album. Je me suis attaché à un détail : la façon dont Lisa Gerrard battait des mains en marquant nettement l'écartement et l'arrêt en plusieurs mouvements, pour garder un tempo parfait, comme si ses membres formaient un instrument à part entière ; cela n'a rien à voir avec la façon dont le fait le spectateur moyen de concert ou de stade.

Cela ne pouvait évidemment se terminer ainsi et Brendan Perry revint pour jouer sa reprise habituelle mais toujours sincère de Tim Buckley. Le collectif réunit au complet servit ensuite l'obligatoire mais transportant "Cantara", à la longue introduction réarrangée au bouzouki de Perry pour annoncer la phrase principale du morceau, ce qui peut plaire au fan mais alourdit un peu le passage. Quelques discrets écarts de la ligne originelle n'empêchèrent pas le triomphe assuré des capacités vocales exceptionnelles de Gerrard, par une ovation debout du public qui pouvait alors croire atteindre réellement le terme de son voyage.
Nenni, deux derniers titres permirent d'atteindre les deux heures de performance et disposer l'air de rien les foules à se calmer, avec le doux "Promised Womb" enchanteur et ultra médiéval, tiré d'"Aion" que l'on avait fini par oublier dans tout ça. Enfin "Severance", comme sur la tournée de Perry en solo mais interprété plus fidèlement, vint clore pour de bon un concert d'exception avec son final sournoisement berçant.
Un dernier salut collectif scella la communion respectueuse de fans fidèles et reconnaissants pour avoir passé une soirée véritablement enchanteresse, comme une parenthèse dans un autre monde ou un séjour parmi les Elfes et les Dieux à Valinor… Dead Can Dance reste encore en 2019 au sommet.

Anywhere Out of the World/ Mesmerism/ Labour of Love/ Avatar/ In Power We Entrust the Love Advocated/ Bylar/ Xavier/ The Wind that Shakes the Barkley/ Sanvean/ Indoctrination/ Yulunga/ The Carnival is Over/ The Host of Seraphim/ Amnesia/ Autumn Sun/ Dance of the Bacchantes
Song to the Siren/ Cantara
The Promised Womb/ Severance

Nous partîmes ensuite achever la redescente dans un bar faussement Rock des grands boulevards, mon compère enchaînant avec MetallicA le lendemain. Si je n'ai pas voulu remiser dessus un an et demi après Bercy, les prochaines échéances seront tout de même plus métalliques, et bien plus au sud.

Peter Hook and the Light Rockstore Montpellier 4 mai 2019

D'habitude je ne me sens pas obligé de revoir un groupe que j'ai déjà recroisé un an ou deux avant, mais en ce moment c'est fréquent. Là il s'agissait d'une légende vivante qui repassait à trois rues de chez moi, le bassiste de Joy Division puis New Order qui a décidé de célébrer l'histoire de ses anciens groupes une fois consommée la rupture avec ses ex-compagnons. Et j'avais bien envie de revivre la date de Paris que je vous avais raconté à l'automne 2017, au point d'avoir réussi à motiver quelques vieux amis à s'y joindre.

Malgré le fait que la billetterie soit encore ouverte à l'entrée, ce cher vieux Rockstore a dû finir à peu près complet et j'ai bien fait d'arriver tôt pour prendre une bonne place, sachant qu'il n'y aurait pas de première partie sinon un double set. Comme toujours le public était assez mûr, le merch' était sensiblement renouvelé par de nouveaux t-shirts, mais seulement des vinyles au rayon audio.

Au terme de l'intro' PETER HOOK et ses actuels comparses formant THE LIGHT pénétrèrent sur scène, le chef ayant revêtu un t-shirt hilarant représentant des pilules d'extasy mêlant le smiley traditionnel avec le motif de la jaquette d'"Unknown Pleasures" ! Toute une vie résumée en un symbole !
Comme plus ou moins annoncé le set démarra par "Regret", single phare de l'album "Republic" plus apprécié en Amérique que par chez nous mais parfait pour mettre tout le monde dans le bain et commander les derniers réglages d'un doigt autoritaire… On continua dans les surprises avec "Vanishing Point" tiré de l'album le plus House de New Order, songe drogué d'une nuit d'été à Ibiza, chanté en grande partie par le guitariste David Potts (ancien compagnon de Hook dans feu le projet Monaco). Ensuite le programme se rapprocha de celui de 2017, empruntant aux singles compilés dans "Substance", collection de tubes énormes emballant un public pourtant relativement peu mobile, à l'exception de boulets venus s'incruster à nos côtés… Hookie se montra assez peu en voix même s'il est acquis que Pottsie assure tous les vocaux les plus aigus du répertoire de New Order. Le second bassiste qui assure l'essentiel n'était plus Ian Bates, le fils du patron, puisqu'il a trouvé un vrai groupe en rejoignant récemment les Smashing Pumpkins. Le père, en fin de compte, ne fait que doubler les parties où la basse est en avant et laisse généralement son instrument pendre bas quasiment aux genoux. Le son était impeccable, autrement, les chœurs du public et la qualité de l'interprétation instrumentale finissaient de compenser la faiblesse vocale. Il faut reconnaître que pour New Order beaucoup tenait aux samples et synthés tenus dans l'ombre par le cinquième membre, y compris les beats électroniques laissant le batteur Paul Kehoe gérer le restant à coup de charleys et plans basiques pour doubler tout en regardant le plafond avec désinvolture.
Après quelques vieux titres plus Rock, conformément à l'Histoire "Blue Monday", un peu poussif au démarrage et rythmé des poings de Hookie en personne sur une petite batterie synthétique, marqua le basculement du set vers les gros titres dansants embrochés sans pause à part un bref court-circuit qui fit rire tout le monde y compris un Hookie plutôt bougon comme toujours. Cette collection bien connue des fans de titres forgés dans la House et la Dance de club des années 80 créa plutôt une communion durable plutôt qu'amenant à un sommet, si l'on excepte les mouvements créés par les déplacements du boss d'un côté ou d'un autre de la scène pour balancer – enfin – un passage de sa basse de temps en temps. La variété rythmique se résuma au final par l'enchaînement du quasi comique "Bizarre Love Triangle" avec le puissant, populaire et élégant "True Faith" pour parachever un temps de jeu d'une heure vingt, offrant un déjà-vu qui comblait le spectateur.

Après quelques minutes de pause meublée discrètement par un doux remix, le quintet revint acclamé pour donner ce qu'ils restent les derniers à maintenir vraiment, le New Order actuel étant revenu à la position antérieure de ne plus assumer grand-chose concrètement de la période avec Ian Curtis.
Le timbre grave de Hookie étant assez proche de celui de son défunt compagnon de scène, il assura cette fois la très grande majorité des vocaux en dépit de quelques placements plus faciles que les versions originales et des effets moins marqués… sauf quand Potts vint parfois à son secours. Cette fois encore le programme privilégia les singles et raretés malgré un départ offrant trois titres d'album mythiques, celui commençant "Unknown Pleasures" et par lequel le monde commença réellement à connaître Joy Division, puis les poignants "Isolation" et "A Means to An End" du second album. À présent les samples étaient moins présents quoique non disparus. En voyant Hookie demander au mixeur – qui s'endormait littéralement ! – à ce qu'ils soient moins poussés, on se rappelait le constant reproche qu'il fit jadis à Martin Hannett de négliger la base Rock qu'il souhaitait donner. En tout cas cette fois le mix était à sa main, avec un son décidément parfait en ce sens plus Rock, à part donc quelques insuffisances vocales. Parfois Hook échangea sa basse contre une guitare, et c'est surtout le batteur qui put se mettre mieux en valeur avec le programme beaucoup plus Punk amorcé par le "Warsaw" emblématique des premiers efforts sous ce nom, le pogo prenant enfin une dimension un peu conséquente puis rafraîchi par un "Leaders of Men" rare et mid-tempo, et plus loin par le lent "Autosuggestion", un morceau de basse comme par hasard. Une ligne droite finale de tubes incontournables suivit, marquant toujours leur puissant effet. Un bref intermède s'y glissait toutefois par l'instrumental "Incubation", permettant à Hook de faire une vraie pause en coulisses tout en mettant ses partenaires en valeur, Joy Division sans Joy Division. "Atmosphere" fut dédié cette fois à un ami de Salford dont je n'ai pas capté le nom, décédé dans la semaine, titre simple et toujours bouleversant. Peut-être la raison pour laquelle Hookie était resté encore moins causant qu'à l'accoutumée. Enfin un enthousiaste, attendu mais toujours déchirant "Love Will Tear Us Apart" acheva le parcours en apothéose et cette fois il jeta pour de bon son t-shirt qui devint pour le coup une relique mythique comme celle qu'il met en vente ces temps-ci. Je vous laisse imaginer le ventre de sexagénaire aux poils blanchis ornée de quelques médailles laissé comme dernière image à un public peu pressé de quitter la salle, comme pour prolonger cette expérience collective rare et précaire de reconnecter avec les racines d'une musique qui vous a tant donné.

Regret/ Vanishing Point/ Ceremony/ Everything's Gone Green/ Temptation/ Blue Monday/ Confusion/ Thieves Like Us/ The Perfect Kiss/ Subculture/ Shellshock/ State of the Nation/ Bizarre Love Triangle/ True Faith

Disorder/ Isolation/ A Means to An End/ Warsaw/ Leaders of Men/ Digital/ Autosuggestion/ Transmission/ She's Lost Control/ Incubation/ Dead Souls/ Atmosphere/ Love Will Tear Us Apart

Sur la foi d'un tuyau, nous sommes allés prolonger la soirée un peu plus loin dans le bar d'after à peu près officiel où le groupe devait passer. On ne vit que Paul Kehoe mais ce n'est pas grave, au moins ce n'était pas tout à fait faux et la seconde partie de soirée fut bien assez agréable. Quant au concert, je n'avais nul regret d'avoir à peu près revécu le précédent vue la qualité de la prestation au service d'un témoignage si précieux.

dimanche 5 mai 2019

Author & Punisher Lingua Ignota HAG Black Sheep Montpellier 17 avril 2019

Annoncée et promue de longue date, cette affiche prometteuse était un bon test pour mesurer ce qui reste du public Indus dans le secteur, dont on peut craindre qu'il vieillisse en même temps qu'une scène qui vit certes toujours mais se renouvelle fort peu malgré quatre décennies d'existence. Et force fut d'admettre qu'à la mesure de la cave du Black Sheep ce fut un succès public, la chère salle renouant ainsi avec sa tradition expérimentale de qualité.

Assez logiquement HAG ouvrait la soirée en tant qu'autochtone. Caché sous sa cagoule, l'unique musicien se contentait d'une basse Rickenbacker et d'une myriade de pédales à ses pieds pour compléter les samples qui sortaient des enceintes. Sous ses airs de la Crampe de Pulp Fiction, sa personnalité assez extravertie voire franchement joviale transparaît dans un jeu plutôt expressif et la tonalité globale de sa musique. L'Indus' de HAG est pure, de tradition, tendant plus vers l'Ambient que vers les courants dansants, très souvent un sample de vocaux parlé en diverses langues venait rendre toutes paroles superflues. Mais on n'y retrouvait pas tellement la morbidité oppressante habituelle du genre, ni les rythmiques plus ou moins martiales. Au contraire une forme d'humour noir s'affirmait lentement mais clairement au fil du set, prenant à contrepied certains clichés d'une scène à laquelle les morceaux appartiennent incontestablement. La performance fut assez longue mais plaisante, apportant une sensibilité peu attendue et maîtrisée à une musique tout à fait orthodoxe envers son genre pour autant.

N'avoir que des projets solos au programme offrait un avantage : les changements de plateau étaient assez simples et le départ très retardé par rapport à l'horaire annoncé sera aisément rattrapé.

LINGUA IGNOTA est arrivée il y a peu de temps sur la scène mais sa forte personnalité a vite attiré l'attention. Tout porte sur sa voix, le plus souvent a capella et parfois accompagnée d'effets typiquement Industriels qu'elle jouait avec un simple clavier. Une lampe mobile était son seul autre accessoire et unique éclairage, avec lequel elle fit un tour au milieu de l'assistance dès les premières minutes de son set. Déjà la performance est remarquable de faire tenir tout un set presque uniquement sur une voix, qui s'est révélée en avoir bel et bien les moyens. Avec sa sensibilité tourmentée à fleur de peau et son esthétisme minimal un peu solennel, on pensait aux travaux de Diamanda Galas, à un héritage Soul, dans un univers à la David Lynch. L'agressivité de certains passages criés aurait pu passer dans le Metal et rappelait les racines Industrielles qu'on aurait pu oublier à d'autres instants. C'était à la fois spirituel et émouvant. Une reprise du standard "Jolene" était tellement bien réappropriée qu'il a fallu qu'on m'aide à la reconnaître. Le "thank you" tout doucement soufflé au terme du tour contrastait fort avec l'engagement donné dans cette véritable performance. Que ce soit dans ses projets individuels ou dans ses collaborations (avec The Body, par exemple), nul doute qu'une telle personnalité va enrichir la scène et mérite d'être suivie dès à présent.

Si certains ayatollahs commencent à protester que tout cela n'est pas exactement Metal, AUTHOR & PUNISHER est actuellement signé chez Relapse et est passé par le label de Phil Anselmo. Le spectacle est déjà de voir Tristan Shone avec tout son appareillage électronique et mécanique, inventé et monté par l'artiste lui-même à base de claviers, vérins manuels pour le rythme, et son micro étrange, baigné dans un éclairage inhabituellement marqué pour la salle. Musicalement, son Industriel est massivement puissant et tend ouvertement vers le Drone, avec des rythmes massifs majoritairement ternaires et forcément lents, un chant généralement distordu mais parfois plus clair, laissant imaginer une copulation sous substances entre Justin Broadrick et Trent Reznor au-delà de l'originalité du matériel instrumental. C'était tout à fait immersif, épais et à la mesure de l'engagement total de l'unique exécutant et concepteur. Cependant il était difficile d'éviter le piège habituel du Drone, et sournoisement mon attention glissait vers l'assoupissement debout. Ce d'autant que le son des titres était très homogène. Les vrais fans étaient clairement au Ciel, pour ma part cette direction continue du début à la fin du set m'a effectivement un peu lassé vers les derniers titres, sans pour autant me décrocher tout de même.
Après une petite inspection au stand nous sommes montés au bar pour poursuivre insouciamment la soirée, car il y avait un anniversaire à fêter. Et puis un bon concert dans un style rarement donné, ça devait aussi s'arroser.

Orphaned Land Subterranean Masquerade TAF Saint-Jean de Védas 14 avril 2019

Dès le titre, le lecteur assidu de Metalnews se souviendra que c'était quasiment la même tournée qui était venue l'an dernier au même endroit. Mais quand on est fan et qu'on habite à côté, on ne  se pose pas de grandes questions. Je n'avais peut-être pas l'excitation des grands soirs ou du cas le plus fréquent du groupe qu'on n'a pas revu depuis son dernier album, mais il était inconcevable de rater ça, La tête d'affiche compte encore beaucoup pour moi. Surtout que quelques annulations et indisponibilités nous ont laissé sur un hiver assez maigre du côté des concerts.

Bien qu'essayant d'arriver tôt un dimanche soir, je débarquai alors que SYSTEM HOUSE 33 tirait déjà à la fin de son set. Il va falloir que je me reprenne ! Le groupe d'ouverture venait d'Inde, de Bombay et c'est bien la première fois que je voyais une formation de ce pays qui émerge doucement sur la scène Metal depuis quelques années et apparemment c'est l'un de ses représentants emblématiques. Il donnait avec application dans un mélange de MetalCore et de ThrashCore, servi à fort volume. Décidément, il y a un retour en grâce par la base du vieux style de PanterA et Machine Head. Un peu trop d'ailleurs peut-être ici avec le riff principal du dernier titre qui repompait sans vergogne l'ouverture célèbre de "Davidian". Le chanteur était très bavard, à vouloir expliquer longuement le sens de ses morceaux. C'était assez courant dans ce style déjà à l'époque.

Cette fois le merch' était particulièrement fourni et gratiné. Les barboteuses en multiples tailles et le whisky Orphaned Land, ça va quand même assez loin.

SUBTERRANEAN MASQUERADE, pour son retour bénéficiait d'un temps de jeu rallongé. Mais le programme serait sensiblement différent de la dernière fois car un nouvel album arrive, et il y a de la marge car malgré son ancienneté le groupe a peu produit du fait des modifications de line-up amenant le groupe à se baser en Israël alors qu'il est né aux États-Unis. Il y avait d'ailleurs encore des changements de personnel : ils ont à présent retrouvé un batteur à eux alors que l'an dernier celui d'Orphaned Land prêtait ses services, et un seul chanteur officie à présent… mais il en abattait pour trois ! Dans sa tunique noire il sautait partout et hélait l'assistance à en perdre le souffle, sans nous lâcher, pour que nous fassions les chœurs ou les vagues de bras… à se demander ce qu'il avait pris en coulisses ! Au reste ses compagnons n'étaient pas franchement statiques y compris le claviériste.
Musicalement Subterranean Masquerade aborde un large spectre allant du Progressif de tradition au Metal extrême avec des growls : le Floyd, King Crimson s'emmanchent avec Opeth. La sensibilité orientale s'y ajoute, avec une forte inspiration indienne qui se confirmait dans l'esthétique des projections en fond de scène (détail absent l'an dernier). L'intenable chanteur se jucha sur les crash-barriers et passa un bon tiers du set perché dessus en s'accrochant au plafond, sa petite taille lui permettant de s'y tenir debout à l'aise pour en remettre une couche à nous demander des chœurs… ou à se balancer comme un singe ! Le nombre d'expressions françaises qu'il casa dans ses propos me laissent penser qu'il a dû un peu étudier la langue de Desproges même s'il ne se sent pas assez sûr sans doute pour s'y lancer complètement. Plusieurs titres du prochain album furent joués dont un jamais encore essayé sur scène, avec son refrain à la ligne surprenante. On regrettait que le son ne soit pas assez léché, comme l'autre fois. Pour la fin du set ils invitèrent une partie du public sur scène. Ne restait plus qu'à prendre une photo finale en faisant une dernière blague confirmant que le chanteur connaît le français. Assurément, Subterranean Masquerade gagnait à être revu.

Ce jour c'était les Rameaux, Jésus est dans la place, triomphant… ou tout au moins son sosie officiel Kobi Farhi et ses apôtres. ORPHANED LAND n'est plus vraiment dans la promotion de son dernier album mais il restait dominant comme le montrait l'ouverture avec "The Cave", morceau qui semble conçu pour cela bien qu'il souffrit de quelques imperfections au mixage. Les options de l'an dernier se confirmaient aussi par une setlist un peu modifiée mais persistant à retenir d'anciens titres plus Folk ou Progressifs, notamment les grands tubes indispensables de "Mabool" qui font toujours leur effet. Une brève coupure de courant dans les dernières notes d'"Ocean Land" fit craindre un problème plus grave mais ce fut l'ultime incident technique, sans conséquence même sur le morceau. Cela fait un certain nombre de fois que je les ai vus au fil des ans en plus d'un faible dernier intervalle et dans ces conditions les sensations sont fatalement moins intenses bien que le plaisir n'en soit pas moins là.
La formule est en effet connue et Kobi n'a guère qu'à lever les bras pour que tout le monde suive, il en a moins fait que d'autres fois en termes de communication, ce qui s'explique aussi qu'il n'y avait plus à expliquer de nouveaux morceaux. Avec des fans complices la sauce prenait aussi bien, battre des mains sur de la guitare sèche est assez naturel dans le Midi, Matan Shmuely tentait même un peu d'humour depuis sa batterie quand il quittait son t-shirt. La nouveauté au personnel était la claviériste, pas complexée du tout malgré la grande importance de son poste vue l'orientation actuelle. Doublant les coups de cymbale de Matan, elle montrait une complicité plus tendre avec Chen Balbus, jouant en collant longuement leurs crânes… Au moins en live, le départ de Yossi Sassi est complètement digéré par les deux guitares. Le groupe est clairement une machine qui roule même si le pauvre Uri Zelcha, second membre fondateur encore présent, voit toujours sa basse noyée dans l'ensemble. Avec ses chœurs et ses pompes orchestrales samplés le répertoire choisi est de grande qualité, homogène entre Metal, Folk orientale aux multiples sources et Progressif épique et inspiré, il fait à présent l'impasse sur les vieux titres de la première époque du groupe quand ils étaient chez Holy Records, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors et c'est regrettable car ce n'était pas moins inspiré. Sur "Sapari" une danseuse du ventre (vraisemblablement française) fit une rapide mais marquante apparition.
Au fil du temps l'enchaînement final des concerts du groupe s'est standardisée et on comprenait quand résonnèrent les premières notes d'"In Thy Neverending Way" que l'on attaquait la dernière longueur, c'est un titre brillant malgré ses chœurs simples et taillé lui aussi pour ce poste de dernier titre, pendant lequel Kobi présenta brièvement ses compères. Avant le rappel qui était tout autant prévisible avec l'exutoire "Norra el Norra" pour sauter tous ensemble sur un air puissant, un peu triste et totalement enraciné dans leur culture, enchaîné une fois encore sur le final d'"Ornaments of Gold" et ses vocalises rajoutées, seule concession à la première époque du  groupe qui est systématiquement utilisée pour terminer tous leurs sets depuis des lustres.

Setlist sous toutes réserves (je me demande si je n'en oublie pas un) :
The Cave/ All is One/ Barakah/ The Kiss of Babylon/ Ocean Land/ Like Orpheus/ We Do Not Resist/ Brother/ Let the Truce be Known/ Chains Fall to Gravity/ All Knowing Eye /Sapari/ In Thy Neverending Way/ Norra el Norra-Ornaments of Gold.

Comme prévu je repartis avec l'impression d'avoir à peu près revécu la dernière fois, ce qui était toute la satisfaction que j'en espérais vu ce contexte. Ce qui est curieux, c'est que pas mal de concerts prévus cette année seront aussi dans cette configuration. Toutefois le prochain va nous demander d'ouvrir l'esprit et de s'accrocher un peu.

samedi 20 avril 2019

Incantation Defeated Sanity Skinned TAF Saint-Jean de Védas 21 mars 2019

Parfumez vos mouchoirs, ça va bien sentir le bouc ce soir ! Cette tournée s'arrêtait peu en France, mais parfois on a la chance que ça arrive près de chez vous. Bien que la date soit calée depuis beau temps, j'ai eu de la peine à m'extirper des tracas de la journée et craignais d'arriver en retard. Nenni, je pénétrai à temps dans les lieux, que j'avais un peu délaissés ces derniers mois.

Si l'on pouvait constater au stand que SKINNED a une discographie étoffée, je m'étonnais que ce nom ne m'évoque pourtant rien. En plus ils sont actuellement signés sur l'excellent label Français Xenocorp. C'est un vieux groupe du Colorado, qui se présentait ce soir en formation trio. Leur Death brutal se résumerait en basique et bien fait comme un bon vin de table. Les titres ne prenaient aucun risque, leurs intitulés étaient courts et simplissimes, la communication était minimale. Les compositions étaient… basiques... et tombaient comme du plomb sur les tympans. L'ancienneté du groupe avait l'avantage de conserver une recette traditionnelle, sans abus de caisse claire, un growl naturel, le rejet de la facilité excessive des riffs slams à vide. Avec une seule guitare pas poussée de reste au mixage cela pouvait gêner certains, quand cela me permettait d'apprécier un peu mieux la section rythmique, simple question de préférences. Ce n'est peut-être pas le meilleur groupe du genre, mais ils ont offerts une bonne immersion dans la soirée et se feront peut-être mieux connaître des fans européens par cette tournée. On a souvent vu bien pire à cette place.

Finalement l'affluence était assez correcte, renforçant mon opinion que dans l'extrême il vaut mieux faire une affiche typée plutôt que de mélanger des groupes disparates. Certaines personnes avaient fait de la route.

DEFEATED SANITY était déjà passé il y a six mois à peine, et pourtant en discutant avec les uns ou les autres il apparaît que beaucoup de gens ne l'avaient pas su. Certainement parce qu'en septembre ils étaient tête d'affiche d'une tournée plus modeste, et non pas rattachés à une locomotive prestigieuse. Pour ma part donc pas de surprises, c'était un festival de gravity blast entre quelques ponts complexes, avec un son impeccable et le growl ô combien guttural de leur chanteur Américain. Le pilonnage était exécuté plus en finesse encore, de la grande boucherie rendue possible par une haute maîtrise technique au service d'une brutalité trop ancrée dans le Slam à mon goût. Contraints par le temps, les blancs entre les titres se faisaient moins sentir. Même si cela avait moins de saveur en les revoyant à si peu d'écart, même si je suis agacé par cette caisse claire qui plaît à tant de gens et ce flirt trop poussé envers un courant un peu  fourvoyé, c'était bien pour passer les énervements des derniers jours à coup de marteau de guerre virtuel.

Il fallut que le public entende les premiers riffs d'INCANTATION pour s'arracher à la fraîcheur printanière de la cour extérieure. Au terme du premier titre John McEntee nous prévint qu'ils venaient nous botter les fesses avec du Death Metal, ce n'était pas une menace en l'air. L'évolution de la scène a fait que son groupe a désormais un statut comparable aux pères fondateurs, ayant une influence majeure sur la génération du renouveau Old-School. Le set assez long amenait à s'immerger dans un Death Metal composé avec intelligence et très lourd. On qualifie parfois Incantation de Death mid-tempo mais en réalité les rythmes sont variés et passent du Doomy écrasant (remarquez le t-shirt Saint Vitus du bassiste) à des galopades pachydermiques dirigées par un Kyle Severn arborant un sourire détendu assez décalé avec la noirceur oppressante de l'ensemble.
À la différence d'autres formations voisines, McEntee ne surjouait pas le chef bourru, mais faisait les cornes à tout bout de champ. Évidemment pas de pogos, cela s'est limité à quelques coups d'épaule ; mais le gros headbang généralisé a fait que j'ai dû passer plus de temps les yeux vers le sol qu'à regarder la scène, sur la durée d'un long set de plus d'une heure. C'était dense comme au fond des abysses, et les cris ou distorsions par la seconde guitare rendent les ponts encore plus éprouvants. Le micro de McEntee rendit d'ailleurs l'âme en cours d'exercice ce qui laissa le growl fort peu audible pendant une paire de titres. Le rendu sonore, à part cet incident, était impeccable. L'avant dernier morceau fut dédié à Killjoy décédé il y a un an environ. Il n'y eut pas de rappel, qui eût été franchement superflu vue la force de la démonstration.

C'était une belle remise au point de haut niveau sur le Death Metal de tradition Américaine, qui va nous laisser la conscience tranquille pour tout le printemps si jamais on se retrouvait devant des choses plus gaies et légères.

mardi 2 avril 2019

No Return Mind Whispers Gate of Mind Black Sheep Montpellier 16 février 2019

En fait je me suis décidé au dernier moment pour aller à ce concert, les frustrations accumulées dans la journée n'étant pas pour rien dans l'envie de se changer les idées. Sans doute ce qui m'avait manqué pour les précédents passages de No Return en ville.

Le groupe local GATE OF MIND ouvrait le set dans une cave bien bourrée. Ils fêtaient la sortie de leur nouvel EP – et l'anniversaire de leur batteur. Suivant un mouvement de revival palpable ici et là, ils ont proposé du Power Thrash à la PanterA et Sepultura, avec des gros riffs bien graves, des rythmiques lourdes et des compositions encore assez basiques. Quelques titres de la seconde partie d'un long set, tirés de la nouvelle publication, laissaient entrevoir un peu plus d'ambition sur ce point. Devant un public d'amis, le chanteur n'eut pas de mal à établir une complicité. Nous verrons dans l'avenir si les progrès nécessaires pour s'imposer viendront.

Il fallut un long intermède d'une bonne demi-heure pour que MIND WHISPERS s'installe à son aise, tellement bien que les gens crurent que le set commençait enfin lorsqu'ils ne faisaient que les balances. Le pied en vrac de l'un des guitaristes, contraint de jouer sur un siège haut et de se déplacer en béquilles, n'aidait certes pas à faire vite.
Le sextet, qui était un peu serré sur la petite scène en coin du Black Sheep, servit sur des rythmes invariablement lents un Doom-Death à nette orientation progressive et atmosphérique. À ceci près que je n'ai plus beaucoup distingué le clavier après le premier titre. Le mixage très équilibré mêlait tous les instruments. Le chanteur était vêtu tout en blanc avec une veste croisée de modèle militaire assez surprenante. Son growl était correct et son humour un peu à côté… mais il était content de revenir à Montpellier où il avait vécu dans sa jeunesse et où Brett Caldas-Lima a mixé leur dernier album. Le répertoire est assez homogène et on se disait que ce groupe aurait pu finir chez Holy Records à l'époque, les deux guitaristes se distinguant par leur compétence en solo, malgré le fait que l'estropié soit gêné par les larsens provoqués par le chanteur dès qu'il allait de son côté, ce dont il ne semblait pas même se rendre compte aux retours. La compétence de tous les musiciens était nettement plus avancée bien évidemment, vu le style. Le décalage entre ce voyage spatio-mental assombri et le ton plus physique des deux autres groupes compliqua toutefois l'adhésion du public. De toute façon une fois de plus, une partie notable s'était taillée après le premier groupe… Moi je suis resté, et je pense qu'il faudrait les revoir dans une programmation plus cohérente.

Après tout ça, il était bien bon de se prendre l'efficacité du Thrash-Death à l'ancienne de NO RETURN ! Le groupe Francilien célèbre ses trente ans live par cette tournée. Je les avais déjà vus à l'époque de Steeve Petit. Vieux classique de la scène française d'avant Gojira, le groupe garde reste mal aimé en son pays comme tous ceux de cette époque qui se sont accrochés. Certes les riffs restent basiques dans un style déjà assez primaire et physique à la base, mais la fosse en profitait bien. Revenir aux bases physiques et exutoires du Metal n'est jamais un mauvais choix, d'autant que la section rythmique assurée par les frères Barbosa est d'un irréprochable niveau technique. Le matériel de cette chère salle est connu pour être très bon, mais pas celui idéal habituellement pour le Metal lourd et propre ; et pourtant le mix était impeccable. Mieux encore, je trouve que le chanteur actuel issu de Destinity a une attitude plus ferme qui sied bien mieux à cette musique que la gentille candeur de Petit naguère. Mick rendit cependant hommage à l'âme incarnée du groupe, Alain Clément, le seul toujours resté là au milieu de continuelles valses de personnel.
La setlist était logiquement un best of, puisqu'on ne venait pas promouvoir d'album. Mais l'originalité dans cet exercice d'anniversaire fut qu'elle commença par les titres les plus anciens pour remonter jusqu'au dernier opus. Ceci dit comme le répertoire du groupe est resté toujours homogène, lui, au fil des ans, ça n'a pas eu d'effet énorme sur l'ambiance du set. Quelques samples introductifs rappelaient cette génération où c'était couramment utilisé et que cela faisait moderne. Si les compos ne sont pas aussi marquantes que celles des rois internationaux du genre, la maîtrise technique du quintet est appréciable pour mener un défoulement en règle, les vieux en remontrant aux jeunes encore une fois.
Restant sur place un peu plus longtemps que prévu après la fin, c'était bien la preuve que je n'avais finalement pas de regret d'avoir participé à ce petit concert, avant une période un peu plus calme.

vendredi 8 mars 2019

Obscura Fallujah Allegaeon First Fragment Metronum Toulouse 10 février 2019

Vous rappelez-vous? Mon premier live report pour Metalnews était la précédente tournée d'Obscura. J'ai retenu "Diluvium" parmi les meilleurs albums de 2018, il a apaisé mes craintes sur l'évolution qui se dessinait avec les deux disques antérieurs. Alors c'est volontiers que je retournai au Metronum Toulousain une semaine à peine après Brendan Perry, toujours dans la grisaille mais une température plus clémente.

Et comme il y a huit jours je tenais à être à l'heure pour ne rien rater de FIRST FRAGMENT. Très amateur de la scène québécoise j'étais curieux de les voir. Ce quintet peut passer pour un nouveau groupe en raison de l'impact de son premier album d'il y a deux ans, mais il rassemble des gens déjà expérimentés. Et effectivement le niveau était placé très haut dès les premières notes, les solos de guitare ne laissant le chanteur entrer qu'inhabituellement tard par rapport au reste du groupe. Le premier titre fut chaleureusement acclamé et la démonstration technique le méritait. Le célèbre bassiste Dominic "Forest" Lapointe, avec son instrument à six cordes, est certainement l'un des plus brillants de sa génération et il occupait à l'aise l'espace sonore que laissent les deux guitares quand elles se battent en duels comme dans la tradition. Les solos virevoltants à forte inspiration néoclassique forment le trait principal de ce groupe, c'était assez impressionnant à voir et à entendre, on en avait plein les sens, sur un rythme de blast assez monotone mais toujours intense. Le batteur s'était d'ailleurs pointé directement torse poil…
Dans une telle florescence de solos le growleur a fatalement un rôle un peu plus limité qu'ailleurs : sa performance restera impeccable, mais ses parties sont espacées entre de longs passages purement instrumentaux pendant lesquels il allait se placer en retrait pour faire headbanguer sa tête rase. Et au demeurant, comme par hasard, il était légèrement sous-mixé. Il s'exprimait en français bien sûr et essaya bien de lancer le pit. Mais le spectacle était trop fort pour en détacher l'assistance. Passé l'émerveillement devant une telle virtuosité, le concept était quand même vite cerné. La limitation à une demi-heure de parole permit au groupe de se retirer avant de lasser. Car comme sur album, cette démonstration impressionnante peut toutefois décourager, assez vite, l'auditeur qui ne se contentera pas d'un Death de guitar hero. En attendant une suite qui répondra à cette interrogation déterminante pour l'avenir du groupe, on applaudit volontiers la leçon une dernière fois.

Pendant ce temps, tout le monde était arrivé. La salle est bien vaste mais l'affluence était satisfaisante à mon avis pour une telle affiche, brassant les générations. Le merchandising se divisait sur deux stands éloignés, les deux petits à l'entrée et les deux grands après le bar.

Je ne connaissais presque pas ALLEGAEON (prononcez Alledjaon, apparemment) du Colorado. Le style Death mélodique, a fortiori influencé par le MetalCore, n'est pas trop mon trip. Et pourtant, peu à peu, une accumulation de détails positifs convainquait à mesure que le set avançait. Le chanteur extraverti et fort à l'aise aime jongler avec les bouteilles d'eau. Mais son mixage intelligemment modéré évitait d'entraîner le propos dans le DeathCore lambda au growl artificiel qui écrase tout. Ces 'Ricains jouent vite, très vite même, une musique mieux variée, sans guère de pauses. Les solos de gratte aussi y ont toute leur place mais ils sonnaient bien plus moderne et laissaient place à des riffs variés. La musique prenait le pas sur les poses et les effets rebattus, tout en suivant un rythme auquel le public ne résista pas, entraînant légitimement les premiers pogos de la soirée. Voire, l'efficacité n'était pas l'horizon ultime. Au détour d'un riff, d'une ligne de chant, d'une descente chromatique inattendue ou d'un solo on a pu entrevoir du sentiment. Quelque chose qui n'est pas très courant dans ce style même chez les plus grands. Pas bien longtemps mais plusieurs fois, ce n'était donc pas un accident. Sans être la grande révélation dans un style bien encombré, Allegaeon présente bien des atouts cumulés qui justifient un certain succès pour une discographie déjà fournie.

Il y a quelques années j'avais déjà croisé FALLUJAH ailleurs, au moment où avec leur deuxième album les Californiens venaient de définir leur style à part alors qu'ils étaient encore sur un label aussi typé que Unique Leader. J'y ai retrouvé mes marques sans aucun mal. Le nouveau chanteur, dans son perfecto et sa dégaine plus Black Punky, un peu décalé pour une musique aussi retenue, se jucha sur les retours à peu près en permanence. Au départ le set montra la face la plus massive, un Death polyrythmique essentiellement ternaire, fortement influencé par Textures ou Meshuggah, avec un son très sensiblement compressé qui jurait avec les standards actuels, qui était déjà assumé la première fois. Puis les parties atmosphériques firent leur apparition pour le plaisir des vieux fans : ces notes claires posées devant des accords conservés par les doigts triturant la corde sur le manche, amplifiés d'une réverbération sagement dosée, qui arrondissent nettement les aspérités à l'approche de longs solos complexes et aériens… Le batteur doit rester concentré sur des parties changeantes et compliquées, sans pouvoir se défouler ni par du tchouka ni par des blasts, bannis autant l'un que l'autre. Quelques effets des versions studios m'ont semblé avoir disparu. Tout en rentrant à l'aise dans le mouvement actuel Fallujah s'est bâti sa propre personnalité, une musique pas si évidente à pénétrer sous des apparences banales, assez cérébrale au-delà du "simple" voyage spatial. Les Franciscanais ont trouvé pourtant un public, observable à mesure que le set remontait apparemment dans l'histoire du combo par les réactions de plus en plus comblées de quelques spectateurs du devant. Si leur opinion sur le nouveau chanteur serait intéressante à connaître, moi, sur le coup je ne vois rien à lui reprocher. Intéressé sans être parfaitement captivé par ces ambiances, qui souffrent à mon avis d'une production délibérément constipée, le groupe force néanmoins un certain respect de classique en pleine nymphose.

En apothéose d'une soirée de très bon niveau, OBSCURA se présenta sur scène sans cérémonie et tout sourire pour commencer évidemment par un extrait du dernier album, sur lequel le mixeur cala doucement les derniers réglages et les quatre membres prirent aussi leurs repères sans pour autant avoir besoin de se rapprocher ni même se chercher du regard. La suite confirma combien le groupe a su retrouver un équilibre entre technique et efficacité. Comme avec le groupe d'ouverture fort apparenté, le public resta les yeux grands ouverts à part quelques belles chevelures s'envoyant dans les figures des voisins derrière. L'enchaînement de titres éponymes d'albums et incontournables du répertoire restitués impeccablement avec la chaleur du live était suprême. Obscura sait faire des titres complexes, brillants et pourtant accessibles, harmonieux, émouvants même, au même titre que les vieux classiques dont les Allemands s'inspirent sans honte. L'épique "Septuagint" en resta peut-être le meilleur exemple, en témoigna le frisson palpable dans les premiers rangs quand monta l'intro de guitares sèches enregistrée. Même les éclairages semblaient rappeler les couleurs fortes des pochettes spatiales des albums antérieurs.
Pour permettre à ses compères de faire un break vers le milieu de set, le bassiste Linus joua seul le bonus instrumental clôturant "Diluvium", alors qu'il ne peut pas se plaindre d'être mal exposé dans les compos ni dans le mix. Puis Steffen annonça en revenant au centre de la scène une ballade Death Metal pour "Mortification…" qui est plutôt à mon avis un titre juste lent, parfois presque atmosphérique, mais tout à fait réussi car l'attention de l'assistance ne se dispersa pas. Le balancement avec un titre au gros riff syncopé morbidangelesque – et à l'appellation apparentée – était judicieux pour défouler un peu les nuques. Car Obscura n'a jamais oublié que le Death Metal doit rester une musique physique, ce qui est pour beaucoup dans la largesse de leur succès. Justement l'album par lequel ils se révélèrent au monde fut enfin évoqué ensuite par un premier tube, avant de repartir pour la dernière longueur avec des titres à l'architecture recherchée et au nom curieusement à nouveau apparenté. Sans trop faire attendre, un rappel fut consacré à un autre gros tube de dix ans d'âge, où l'euphorie palpable tout au long du set se défoula enfin non seulement dans la fosse qui se reforma enfin en cette dernière limite, mais surtout sur scène et malheureusement car la version me parut quelque peu bâclée par rapport à tout ce qu'on avait entendu.

Emergent Evolution/ Ten Sepiroth/ Diluvium/ Akroasis/ Septuagint/ A Last Farewell/ Mortification of the Vulgar Sun/ Ode to the Sun/ Incarnated/ Perpetual Infinity/ An Epilogue to Infinity
Rappel : The Anticosmic Overload.

Cette dernière réserve ne gâchera certainement pas le souvenir général d'un concert de haut niveau de bout en bout, équilibrant bien homogénéité et variété, découvertes et confirmations pour plusieurs types de spectateurs. De quoi repartir avec la banane de Kummerer.