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mardi 20 août 2019

Combichrist Terrorolokaust Lecks Inc. Secret Place Saint Jean de Védas 9 juillet 2019

Les concerts s'enchaînent en ce moment, mais la lassitude n'est pas en vue grâce à une programmation qui s'écarte encore parfois de ses fondamentaux. Par chez nous il n'est pas courant de voir une affiche orientée Electro Indus, même bien coupée au Metal comme celle-là. Comme c'était la seule date de la tournée de Combichrist dans le Midi, beaucoup de gens sont venus d'assez loin comme le confirmaient les plaques du grand nombre de voitures garées aux abords de la salle. Avant même d'entrer, on savait donc que c'était un succès public.

Cette fois encore j'ai raté une partie du set du trio LECKS INC, venu de Provence en voisins comme groupe inaugural. Pareillement à leurs compatriotes l'autre soir, le groupe devait déborder un peu de la scène déjà investie par le matériel d'autres groupes et occuper ce qui est habituellement la fosse. L'espèce de zombie cyberpunk arboré sur une bannière de côté faisait office de quatrième mousquetaire, juste derrière le grand guitariste bardé de symboles antichrétiens plus dans un style Alien Vampires que Gorgoroth. La batteuse faisait correctement le boulot et le chanteur, probablement tête pensante du groupe, posait un peu. Tous les trois étaient grimés à la mode Dark Electro avec le visage blanc et une bande noire à hauteur des yeux, mais leur musique était bien plutôt un Metal Indus assez lyrique, aux plans pas franchement originaux mais souvent changeants. On pensait aux vieux Manson en plus Metal, avec ce chant un peu nasillard.

Plus âgés et comptant un membre de plus, TERROROLOKAUST promettait de monter un peu le niveau. Leur Electro Indus Metal se rapprochait plus à première vue de Skinny Puppy, Hocico avec la grosse différence d'avoir un chant sans filtres, me rappelant bizarrement celui d'Eddie Vedder dans ces conditions live. La batterie dominait lourdement le mix, le fond de sauce charleys-coup de caisse étant servi sous diverses variations, au détriment du synthé et des samples sur le côté. Étonné de remarquer que le chanteur prononçait correctement "Montpaillier" (et non pas "Montpeullier" comme la plupart des gens), je compris un peu plus tard quand ils se présentèrent comme venant de la Catalogne espagnole, d'autres voisins ! Au fil des titres, la présence de la guitare, ce chant naturel à l'accent fort éloigné de l'anglais faisaient pencher l'ensemble vers la ressemblance avec nos Punish Yourself sans le côté Punk, ni la qualité de jeux d'éclairages à laquelle nous ont habitués les Toulousains. À l'oreille sans le visuel, on aurait pu rapprocher ce Metal Indus du Néo de l'époque à la Static-X, aussi, dans ses passages les plus faciles et encore une fois avec ce chant qui cherchait à exprimer quelque chose au lieu de se contenter de cracher une folie haineuse à travers des distorsions poussées à fond. Remarquez que cette sobriété limitée au cuir noir et à des visages à nouveau peinturlurés n'était pas déplacée. Avec un mix plus équilibré (difficile à obtenir en live) et de meilleurs spots, cela aurait aurait été encore mieux. J'ai laissé tomber ce style précis depuis un bail mais on pouvait bien se trémousser le popotin sans se prendre la tête.

J'avais écouté COMBICHRIST dans la période "TBM" des tous débuts, quand Andy LaPlegua était encore installé en Norvège et menait de front aussi Icon of Coil, Panzer AG et j'en passe, et que ce projet-ci excluait encore les guitares Metal du mélange d'Indus Rythmique et de Dark-Electro. Cela donnait un son assez technoïde en effet, et l'un des titres emblématiques de cette époque était balancé par les enceintes pour chauffer le public dans les dernières minutes de l'intermède. Était-ce vraiment nécessaire ? Je constatais dans ces instants que si pour ma part je me suis éloigné, Combichrist a gagné une base de fans bien accrochés, dont l'enthousiasme explosa à mesure que le groupe arriva. Au lieu d'avoir un claviériste ou un programmateur sur scène, ce sont deux batteurs qui occupent l'essentiel de la scène, le blond à droite étant plus spectaculaire que l'antillais (?) à gauche. Les deux jouent la même chose (je n'ai jamais été convaincu de l'utilité d'avoir deux batteurs comme on peut avoir deux chanteurs ou deux guitaristes) mais au moins ça assure une puissance redoutable au rythme. Avec les gros riffs d'Eric 13 et la voix rauque et bien virile du chef qui arpentait la scène d'un bord à l'autre en hélant avec autorité et chaleur ses fidèles, le groupe rappelle avec autorité que le Metal Industriel est un jeu de bourrins aussi violent et primaire que celui dit extrême, quand on le veut. Les multiples basses programmées sont typiques d'une Power Noise vulgarisée et se coulent très bien à cette formule en y apportant la dureté nécessaire. Elles étaient si fortes, quand la guitare ne jouait pas avec, que j'ai senti plusieurs fois mes yeux vibrer dans leurs orbites !
L'assistance bougeait et la température de la petite salle monta aussi brûlante qu'avec le GrindCore ou le Thrash des précédents jours, et des circle-pits assez virils se lancèrent plusieurs fois. Je me laissai à nouveau prendre volontiers à ce mélange explosif, qui a gagné en impact ce qu'il a perdu en finesse. Quelques vieux titres écrits sans guitare à l'origine se fondirent très bien dans cet ensemble. L'ambiance clairement Metal du concert était loin de celle froide et austère des sets de pure Indus rythmique sans paroles. Comme d'autres classiques avant, Combichrist a trouvé une formule qui marche en franchissant à son tour cet interdit, se nourrissant allègrement du fruit interdit à six cordes. De même, l'esthétique ne se réfère plus tellement aux spectres fluorescents de l'Aggrotech mais la virilité des riffs et des paroles pas franchement délicates (…) rendent l'ensemble trop efficace pour avoir besoin de se cacher derrière des déguisements outranciers. Le set se déroula jusqu'à son terme sans accroc, professionnel et sincère, nous laissant à nouveau suffoquant, sur les rotules, et un peu meurtri sur les pieds et les flancs.

Même si l'ensemble était bien chargé cette soirée un peu différente restera un bien bon souvenir, pour quelqu'un qui s'intéresse aussi à l'Electro Indus dans une région d'Europe que les tourneurs spécialisés négligent habituellement. Mais un peu de repos va nous faire du bien, plusieurs concerts rapprochés valent bien une journée complète de grand festival.

lundi 22 juillet 2019

Napalm Death ACOD TAF Saint Jean de Védas 4 juillet 2019

Parmi les vieux copains que l'on est toujours aussi heureux de retrouver tous les ans, Napalm Death serait un bon exemple. Chacun s'accorde à admirer le rythme que le groupe continue à tenir depuis plus de trente ans, avec une intégrité et un enthousiasme jamais défaillants comme en témoignait le souvenir encore fumant du set de clôture du Moshfest 2018. Si ce n'est peut-être pas mon classique ultra favori, je ne les ai jamais lâchés depuis que je les ai découverts. C'est l'un des plus anciens pensionnaires de ma discothèque, évidemment l'un des plus volumineux... et certainement le groupe étranger que j'ai vu le plus, sans pour autant avoir à beaucoup me déplacer tellement leur maillage de tournées tient la France serrée ces dernières années.


Retardé par un accident de circulation qui compliqua mon trajet, lorsque j'arrivai enfin les Toulonnais de MANIAC avaient déjà bien entamés leur temps de jeu. Ils servaient un Death mâtiné de HardCore rappelant Dying Fetus ou Despised Icon dans leurs débuts, avec quelques plans plus simples rappelant le PanterA plus mélodique. Le groupe gérait assez bien le blast et je regrette même qu'ils n'y insistent pas plus par rapport à des plans plus ordinaires sur des tempos plus lents. Le son, d'un niveau de première partie potable, n'aidait pas à singulariser le résultat. Il me semble que l'un des morceaux était une reprise non identifiée. Le public bougea un peu déjà, sans qu'on puisse espérer une explosion d'enthousiasme dans le pit, vu ce qui allait suivre.



Les Marseillais d'A.C.O.D. assurent régulièrement des premières parties de gros concerts ici où là dans le Midi, mais ce soir l'écart de style avec la tête d'affiche créait un beau challenge. La place manquant sur scène, le quintet n'y laissa que la batterie et les doubles épées de décor, occupant la place habituelle de la fosse en se retrouvant ainsi à hauteur du public. Leur Death Black symphonique se révéla assez bon pour une découverte pour un tout petit amateur du genre comme moi, avec un son compressé mais propre et bien équilibré, et des compositions franchement épiques. On pensait à un mélange entre Emperor comme élément dominant, Dissection ou Arch Enemy sans les soli. Quelques beumeus étaient certainement venus spécialement pour eux m'aperçus-je. Une partie des Grindeux n'éprouvait par contre aucun intérêt pour cet intermède divergent où le headbang dans des couleurs froides remplaçait le pogo.
Avec les poses et les harangues fréquentes au début, les peintures discrètes, le cuir léger conservé malgré la chaleur et une apparence générale travaillée, il devenait évident que les Phocéens visaient habituellement des scènes plus importantes et un certain professionnalisme. Et moi qui ne suis pas spécialement amateur de ce style, j'ai été assez emballé le temps d'un concert. Le dernier titre illustrait bien le bon usage des effets symphoniques, à part l'utilisation des quelques accords de piano en boucle qui ne me parait pas très pertinente. Un détail.

Pendant les pauses je me suis fait complimenter par plusieurs personnes pour mon t-shirt Carcass, que je ne pensais pourtant pas franchement original pour cette soirée… Le merch', justement, proposait de nouveaux t-shirts de Napalm qui ne décevront pas les traditionalistes les plus sourcilleux, ainsi que du matériel des deux premières parties.


Une fois installés tranquillement et toutes les balances faites, NAPALM DEATH attendit encore quelques instants que Barney rejoigne les trois autres pour balancer un enchaînement mortel tiré du plus profond de leur histoire "Unchallenged Hate" et "Instinct of Survival", provoquant une explosion généralisée du public entré au complet dans la salle. La férocité de la guitare, la vitesse légèrement accélérée de Herrera à la batterie, la colère de Barney paraissaient ensemble nous projeter au seuil d'un nouveau concert d'anthologie ! Et patatras. La basse de Shane lâcha au terme du second morceau, obligeant à tout arrêter le temps de s'en occuper. Cette panne était plus grave qu'en apparence, et on perdit une vingtaine de minutes dessus. Une partie de l'assistance ressortit, d'autres restèrent à blaguasser en se disant qu'au moins il était déjà certain que cet énième passage de Napalm resterait dans nos mémoires, afin de conjurer l'angoisse de voir que ça s'éternisait. Finalement l'un des groupes de première partie prêta sa basse et l'on put repartir.

Vous devinez que la reprise était un poil énervée. Les titres plus récents étant tout autant appréciés des fans, ce fut un flot continu de slammers qui écumaient (…) de la fosse en ébullition. Le son arrivait passablement modifié au détriment de la batterie après cet incident, mais quelques coups de mollette sur la table de mixage y remédièrent. Les discours de Mark Greenway se suivent et se ressemblent depuis des lustres, pourtant il s'y perdit une fois en oubliant le nom du classique pourtant obligatoire "Suffer the Children" qu'il devait annoncer, soufflé par John Cooke à son oreille (c'est dire s'il a pu s'intégrer !). Puis quand Barney expliqua soudain que le groupe était formé de gens qui écoutaient un tas de choses très différentes on se demanda qu'est-ce que cela annonçait, et ce fut ce "Self Betrayal" moins que probable, exhumé d'un vieil EP de la période groove, jurant par son rythme lent, sa longueur et son sarcasme dépité, qui dérouta légèrement la fosse. Normalement c'est sans doute ce choix qui aurait dû faire l'originalité de cette rencontre annuelle. Suivit le traditionnel passage par le Grind pur des premières origines, où le public annonça lui-même l'imparable "Scum" à l'oreille tendue de Barney. Au terme de ces quelques minutes de folie particulière et incontournables, chacun put distinguer les deux titres les plus courts de l'histoire de la musique.
Ayant trouvé une place dans un bon angle de vision et dans l'axe d'un ventilateur, j'ai pu tenir bon tout le set mais la salle s'était vidée un peu. Les moshers arrivaient encore parfois entre mes mains, péguant de plus en plus la sueur à mesure ! La première reprise, déjà entendue la dernière fois, était celle des Punks Suédois d'Anti-Cimex. Après être revenu à des titres plus récents pour un ultime tour, l'autre reprise carrément rebattue mais toujours sincère vu les propos introductifs passant par le français, des Punks Californiens. L'horaire étant largement dépassé du fait de la sortie de route initiale, les Midlanders n'en restituèrent pas moins le set complet prévu, achevé par ce "Siege of Power" rogue et idéal pour finir sur ce solo rare chez eux et totalement déglingué. Aucun rappel ne fut même demandé, vu l'épuisement général et l'heure.

Unchallenged Hate/ Instinct of Survival/ Continuing War on Stupidity/ When All Is Said and Done/ Smash a Single Digit/ Everyday Pox/ Standardization/ Suffer the Children/ Breed to Breathe/ Call That an Option?/ Self Betrayal/ Scum/ Life?/ Control/ Deceiver/ The Kill/ You Suffer/ Dead/ Cesspits/ Victims of a Bomb Raid (Anti Cimex)/ Silence Is Deafening/ How the Years Condemn/ Nazi Punks Fuck Off (Dead Kennedys)/ Siege of Power


Même en repassant par un certain nombre de figures imposées, même quand la malchance s'en mêle, Napalm Death demeure un monument incontournable, qui ne déçoit jamais ses fidèles, ni ses valeurs. Nous voilà regonflé jusqu'à la prochaine, et paré pour de prochaines aventures dans des territoires assez différents.

Municipal Waste Terror Shark Dirty Wheels TAF Saint Jean de Védas 1er juillet 2019

Ce même soir Slipknot se produisait aux Arènes de Nîmes mais plus aucune hésitation ne planait sur mon agenda depuis que cette affiche concurrente était officialisée ! Parmi le peloton de tête du revival Thrash, Municipal Waste est le dernier qui manquait à mon tableau de chasse, notamment parce qu'il n'avait encore jamais investi la Secret Place qui les a pourtant tous vus passer. Avec l'extrême chaleur des derniers jours j'avais espéré que la scène soit installée dans la cour mais cela ne semble plus possible à présent, par la faute de riverains pourtant largement éloignés. Bref. Heureusement, la clim' et les ventilateurs ont tenus bon la forte sollicitation pour rendre le concert tenable au moins dans les derniers rangs.

DIRTY WHEELS attaquait son set peu après mon arrivée. Les cinq Marseillais ne sont plus franchement des débutants malgré leur placement en ouverture. Ils jouent du NYHC Crossover classique, qui rappelle le bon temps des années 90, de Biohazard, Madball, Sworn Enemy… J'ai un peu tiqué sur la batterie mal tendue au tempo imparfait, d'autant que le mixage encore approximatif la privilégiait au détriment des deux guitares et de la basse, les solos en souffrant principalement. Le chant un peu yaourt à mon goût se plaçait cependant dans la droite lignée de la famille Miret-Cricien. Surtout, ces points faibles se compensèrent à l'aise tout d'abord par des compos de réelle qualité. Ces types savent écrire des titres de pur HardCore en variant les options possibles offertes par les canons du genre, et sans du tout abuser des chœurs aux slogans bateaux à faire reprendre en live en guise d'efficacité bon marché. Le succès public, réel bien que bridé par ce positionnement inaugural, s'y justifie. Il faut aussi saluer une attitude remarquable : Dirty Wheels est un groupe d'hommes fiers comme il se doit, mais où personne ne joue les cacous et surtout pas le chanteur. Dans le HC old-school, à Marseille, et très spécialement encore chez les groupes de HardCore Marseillais, c'est une qualité remarquable, remercions-en la Bonne Mère.

Fraîchement revenus de leur première prestation au Hellfest, nos locaux de TERROR SHARK. La formule des amis est au point. En trio batterie-chant-guitare, leur Crossover à eux plonge des racines un peu plus loin dans le temps vers M.O.D, D.R.I. et autres joyeusetés de cette époque avec humour et un enthousiasme inentamé. Les morceaux sont courts, trèèès directs, généralement structurés autour d'un bon riff tout simple, d'un refrain à reprendre ou d'un quelconque effet instrumental basique qui suffit à l'individualiser. La fosse s'y laissa prendre volontiers, les uns ou les autres s'en échappant pour reprendre ponctuellement un verset des paroles bien connus des paroissiens les plus fidèles du groupe. Et ce malgré le danger d'être croqué par l'un des deux mégalodons en plastique qui volaient et plongeaient dans le pogo, tradition incontournable de Terror Shark. La chaleur semblait oubliée par les nageurs du moshpit, qui n'avaient cure des pauses systématiques meublées entre chaque titre par Jérôme au chant, interventions complices et un peu bavardes. Elles avaient aussi pour but de laisser souffler ses partenaires, éreintés par un répertoire intense à reproduire. D'ailleurs il serait bien que le groupe prenne le temps de retourner un peu au studio et nous concocter de nouveaux titres, pour renouveler un stock trop bien connu maintenant. En attendant, les piètres squales gisant au sol tous dégonflés au terme d'un set ravageur donnaient une image de ce que le groupe donne à ses fans.

MUNICIPAL WASTE prit un peu plus de temps pour s'installer mais dès les premiers accords, les premiers coups de la double, on comprenait que ça allait être violent… Rapidement les moshers se sont totalement lâchés. À un tel degré d'ébullition que je n'ai presque rien vu avec mon mètre quatre-vingt de la scène à peine surélevée comme en témoignera le cliché illustratif... Les Virginiens envoient du Thrash, du pur Thrash qui ne se place sous le patronage d'aucun grand classique du genre en particulier, qui ne penche pas trop vers le Punk-HC, ni ne lorgne trop vers le Heavy, ce qui justifie leur statut au sein du mouvement dont ils incarnent sans doute la fine pointe par leur ancienneté relative et la pureté du produit fini, en dépit du bandana multicolore du batteur ! Le public connaissait d'ailleurs bien les morceaux et leurs textes, remplissant les silences volontaires du chanteur et réagissant au quart de tour selon les riffs.
La proximité de la fosse était dangereuse même pour les chevronnés, je n'ai pas vu certains astéroïdes sortir à pleine bourre de la ceinture pour me percuter à fond (par exemple dans la seconde suivant ledit cliché illustratif qui ne laissait rien prévoir comme vous en conviendrez) ! Le vrai responsable de ces collisions n'est jamais le mosher dérouté, de toute façon, sinon le groupe qui met son monde dans cet état. Rendez-vous compte, Municipal Waste est le seul groupe que j'ai vu à ce jour qui accélère le rythme en plein circle-pit, sans prévenir. Et les piteurs suivent ! Les vocaux éraillés, eux, ne partent jamais dans le décor. Les paroles reprennent des registres classiques du Thrash, avec une appétence sensible pour celui de la fête. Naturellement, "Terror Shark" fut joué et dédié au groupe précédent. Cela paraît évident, mais ils l'ont fait. Je n'ai pas vu passer le set même sans être fan, tellement le quintet illustre parfaitement ce qu'est le Thrash Metal, pour l'éternité, et non pas un simple phénomène de génération il y a une grosse trentaine d'années.
Nous avons traîné un peu pour laisser nos plaies rafraîchir, parmi une assistance qui avait été plutôt fournie et parfois venue d'assez loin. D'autres préparaient ce soir leur départ pour l'Obscene Extreme. Sans aller jusqu'en Bohême, un monument du GrindCore va nous honorer très bientôt justement.

mercredi 10 juillet 2019

Carcass Nitzer Ebb Myrkur Stiff Little Fingers Primavera Barcelone 30 mai 2019

Il y a quelques années j'avais découvert le Sonar, le festival Electro de Barcelone d'envergure mondiale. Pour 2019, l'autre grand festival musical de la capitale de Catalogne tombait à une meilleure date pour moi et proposait sur une journée une affiche suffisamment intéressante pour justifier un déplacement, au moins un jour, pour s'y initier enfin après une occasion manquée il y a deux ans. Le Primavera se différencie du Sonar par son orientation généraliste, malgré une vague prépondérance historique du Rock en général. Et sur un événement de telle importance, on peut toujours y trouver quelque chose d'intéressant.
Quelques jours avant l'arrivée le tableau d'ordre des groupes était enfin publié et, première déception, plusieurs groupes que je souhaitais voir allaient jouer en même temps. De plus cette programmation s'étalait vraiment jusqu'au petit matin – mais l'on sait bien que les Espagnols ne dorment pas – sans offrir grand'chose d'intéressant en cours de journée.
Qu'importe, le jour j nous passions les divers sas de sécurité et admission, alors qu'un doux beau temps régnait sur le gigantesque site du Parc du Forum, situé directement en front de mer à l'est de la ville. Le lieu d'accueil était réellement vaste, pouvant accueillir des dizaines de milliers de participants sans qu'ils ne se marchent dessus. Certains éléments comme le panneau photovoltaïque et le pont sur le petit port de plaisance voisin sont franchement monumentaux. L'inconvénient reste qu'il faut faire des kilomètres d'une scène à une autre, ce qui ôtait tout espoir de voir un bout de l'un puis un bout de l'autre.
Mon programme personnel avait l'avantage de se tenir exclusivement sur une même scène un peu à l'écart, et j'ai donc passé la première partie du temps à flâner dans l'immense périmètre pour m'imprégner un peu du concept. Tout l'équipement du festival confortable était à profusion pour pouvoir aisément se sustenter, s'asseoir, faire les vidanges et se laver les mains à l'eau recyclée, acheter des t-shirts ou des vinyles, etc. À la différence du Sonar, on peut encore payer en cash ce que je trouve beaucoup mieux. Habitué à traîner dans des scènes typées et homogènes, cela me faisait bizarre de me retrouver au milieu d'un public aussi varié, en tenues souvent extravagantes, des festivaliers venus du monde entier avec une forte proportion d'anglo-saxons y compris Américains. Entre les gays mélomanes, les hipsters déguisés et simples passants en tenue de routard des festivals, quelques t-shirts signalaient parfois des goûts voisins des nôtres au lieu d'un message arty… Et encore faut-il décompter les imitations comiques de design Metal, selon la mode des dernières années. Les stands de vin, de spritz ou de "sensibilisation aux violences de genre" confirmaient que c'était quand même un autre monde. Au milieu de tout ça on pouvait aller regarder quelques minutes du gros hip-hop ici, des rockeuses énervées mais sympas là-bas, Christine and the Queens (and surtout ses danseurs) sur une autre scène expliquer en anglais qu'elle voulait se faire appeler autrement maintenant… et j'en passe car le premier rendez-vous approchait enfin.

Sur une petite scène face à la mer, à l'angle de la passe du petit port de plaisance voisin, STIFF LITTLE FINGERS se présentait légèrement en avance. Ce groupe Nord-Irlandais est une vieille institution encore vivante de la première vague Punk de 1977. Le son était impeccable pour ce style, les quatre membres avaient les dégaines des pépés de la scène qui n'avaient rien à prouver en tant que vieille machine qui tourne très bien. Bien que Britanniques, leur Punk-Rock dansant et le chant de tête aigu du chanteur-second guitariste faisaient beaucoup plus penser aux Ramones ou à la scène mélodique Californienne d'Epitaph. Le public s'y prit facilement, ce genre marche encore très bien en Espagne. L'attitude sincère et sans manières du groupe le rend incontestablement sympathique : après avoir déclaré que vu le peu de temps accordé il parlerait peu pour pouvoir jouer plus, le chanteur présenta quand même quelques titres parlant du racisme, de sa dépression ou de leur titre le plus Heavy Metal (parce qu'il y a un peu de moulinets…) rappelant leur précédent set en ouverture de MetallicA quelques jours avant. Je n'ai pas vu le set passer jusqu'à leurs grands classiques en fin de set bien connus des fans apparemment… Sincère, direct, intègre, accessible et maîtrisé, ces atouts simples suffisaient à convaincre et m'emballer enfin dans le festival.

Après un nouvel intermède je revenais au même endroit pour voir CARCASS, venu spécialement pour l'occasion hors toute tournée. C'est l'un des premiers groupes que j'ai découvert dans le Metal extrême, jamais lâché depuis et je n'avais pu les voir qu'une seule fois en raison de la longue période de séparation. Y'avait donc encore de l'émotion même si je savais à quoi m'attendre.
N'ayant pas d'album à promouvoir, une fois passée l'intro on attaqua toutefois de plain-pied les classiques lourds par l'attaque féroce de "Buried Dreams" entonnée encore en forme par Jeff Walker dans son t-shirt de Crass, suité sans pause par deux monuments qui comblèrent les fans massés en assez bon nombre. Le vent s'était levé avec la tombée de la nuit et cela gêna un peu le rendu du mixage et Tom Draper, nouveau second guitariste, n'était pas parfaitement assuré sur le premier solo que Bill Steer lui laissa. L'ex Napalm Death, lui, maîtrise tout sur le bout des doigts caché derrière sa tignasse hors d'âge. Surexcité, Walker commença à semer un peu trop souvent ses mediators, y compris au cours du long passage consacré ensuite à "Surgical Steel". Si les intros samplées étaient un peu malmenées par un quartet enthousiaste et pressé d'enchaîner, après une énième blague de Walker la montée de l'intro de "Genital Grinder" laissait enfin une place symbolique au plus vieux passé Goregrind qu'ils n'assument plus tellement au profit du Death Mélodique vite réaffirmé par deux extraits de "Heartwork". Le passage chant-batterie de "This Mortal Coil" fut sectionné apparemment sans concertation par Wilding, globalement très professionnel derrière ses fûts. S'il partait bien par le riff assassin de l'intro' de "Black Star", l'unique évocation de l'album le plus Heavy Rock du groupe passa pour le moment un peu faible du concert, avec une recomposition du morceau qui l'émousse en live. Ceci dit cela permit au public de souffler un instant, ma propre nuque vous le confirmerait. De son côté, l'espèce des mélomanes curieux qui ont entendu du son et sont descendus voir, très rare en concert payant et beaucoup plus observée en festival, s'étant enfuie depuis un moment.
Toujours à la blague, Walker lança quelques bouteilles aux braves de la fosse en précisant ensuite qu'elles étaient remplies de sa semence et d'un peu de merde. Finalement, le Goregrind demeure encore ! D'ailleurs on revint enfin vers l'option Death-Grind mélodique pour la fin du set, avec une agressivité à présent éprouvée mais qui réjouit encore des fans marqués par une douzaine d'années de disparition au profit de projets bien moins tranchants. Le dernier riff de "Carneous Cacoffiny" plaqué sans effet ni transition faisait comprendre clairement à tous ces vieux fidèles qu'on allait débrancher. Après un salut enthousiaste devant une assistance comblée, une petite explication sans gravité sembla avoir lieu entre Walker et Wilding qui rangeait sa batterie. Peu importe, pour moi le voyage était déjà rentabilisé.
1985/ Buried Dreams/ Exhume to Consume/ Reek of Putrefaction/ Incarnated Solvent Abuse/ Unfit for Human Consumption/ Cadaver Pouch Conveyor System/ Captive Bolt Pistol/ Genital Grinder – This Mortal Coil/ Death Certificate/ Black Star – Keep On Rotting/ Corporal Jigsore Quandary/ Ruptured in Purulence – Heartwork/ Carneous Cacoffiny outro.

Les horaires des différentes scènes ayant fini par se décaler inévitablement, j'ai pu voir un petit bout de l'Indie-Rock Noisy Lo-Fi de Guided by Voices, pour fans de Shellac ou Sonic Youth qui connaissaient déjà de toute façon.

Un peu plus tard encore MYRKUR investissait avec trois comparses la scène décorée de boules lumineuses perchées sur des supports imitant des arbustes blancs, son micro lui-même collé à une plante verte mal identifiée ressemblant à du magnolia sans cellulose. Le Dannebrog était fixé au fond à côté des potards. On n'imagine pas tellement du Black à ce genre de festival… mais justement on sait aussi combien la Danoise attise les débats dans une scène aussi attentive à sa pureté. De fait elle a servi en réalité un mélange de Folk-Ethereal à fond Black Metal, avec son chant à la Liv Kristine invitant au doux rêve de paysages enneigés. Le son sortait très lisse, froid mais propre, la guitare mixée avec modération. Apparemment elle eut quelques problèmes techniques dont elle parla entre deux titres mais sans grandes conséquences franchement, sans doute les retours. Les éclairages étaient assez jolis et recréaient régulièrement le logo du projet. Par contre je ne comprends pas comment on a pu laisser les ventilateurs de scène en marche : ils ne servaient vraiment plus à rien en pleine nuit à quelques mètres de la mer, sauf à laisser voir plus qu'il n'en fallait des formes d'Amalie Bruun dans sa robe de mousseline blanche !!!
Quelques blasts, rares mais d'autant plus percutants, rappelaient que l'enracinement Black était réel quoiqu'on puisse juger du résultat. De fait, Myrkur confirme qu'aujourd'hui le simple rattachement à cet univers ne fait plus peur à une bonne part du public, à un point certainement regrettable. En effet si les gens sont restés, les Espagnols ne se gênent jamais pour continuer à parloter à voix forte pendant les concerts dès que le niveau sonore le permet, comme c'était ici. Je me suis rapproché en plusieurs étapes pour échapper à cette tradition nationale agaçante qu'on ne s'attendrait pas à voir ressurgir devant du Metal, c'est évidemment significatif. Pour clore le set, l'artiste resta seule avec un tambour viking et chanta un bref titre traditionnel acoustique. À condition de ne pas se complaire à tout crin dans les malentendus sur Myrkur, ça ne m'a pas paru horrible.

Au bout de la nuit il me restait un ultime groupe à voir, qui avait en bonne partie motivé le fan d'EBM traditionnelle que je suis à venir découvrir le Primavera. NITZER EBB est devenu parmi les pères fondateurs du style le plus emblématique. Le duo s'est actuellement reformé, depuis qu'ils s'étaient récemment retrouvés comme par hasard invités ensemble dans le projet Black Line, ce qui leur a donné envie de remettre le couvert une fois encore puisque, Dieu merci, les envies de faire autre chose n'avaient jamais donné lieu à de brouilles entre Bon Harris et Doug McCarthy. L'avenir n'étant jamais certain, je ne voulais pas les laisser passer comme en 2011 !
Tout juste débarqués d'une tournée Américaine, le groupe actuellement en formation à quatre revient bien rodé et a choisi clairement d'emprunter à présent le versant techno et épuré de l'EBM. Aussi la setlist était nettement orientée vers le répertoire le plus ancien au détriment des albums plus récents qui avaient préféré la voie du Rock, notamment celui de la précédente reformation totalement écarté bien qu'excellent. Qu'importe ! Cela laissait une brochette de vieux classiques enchaînés tous ensemble avec la fluidité offerte par les beats programmés et les boucles, dans une ambiance très club avec ces lumières chaudes largement envoyées vers le public, la fosse Punk ou Goregrind du début de la nuit se transformant en dancefloor où l'on se démenait volontiers entre quelques boulets qui voulaient danser en tournant le dos à la scène (compatriotes en plus apparemment…) et un grand type complètement perché à la MDMA.
Certains titres étaient non seulement arrangés pour les transitions mais même légèrement remixés par rapport à leurs versions originales plus sèches et moins dansantes (voir par exemple "For Fun" très vite). Malheureusement le son n'était pas fort de reste et les basses, si importantes en matière d'EBM, ne ressortaient pas autant qu'il aurait fallu.
Visuellement, par-delà l'éclairage éblouissant, le spectacle se partageait comme d'habitude entre le petit Bon Harris martelant assez spectaculairement une petite batterie électronique et le premier plan entièrement pris par le grand Douglas McCarthy, tous deux de noir vêtus. Le charisme sensuel et viril du chanteur, en veste et lunettes noires totalement pour le style, fait toujours son effet de par son jeu de scène physique, expressif, en accord profond avec une diction parfaite ne laissant perdre aucune syllabe. Comment ne pas penser par moments à son vieux copain David Gahan ? David Gooday et Simon Granger, à moitié cachés derrière leurs écrans et des toiles, restaient concentrés sur les programmations en dodelinant toutefois de leurs crânes bien rasés au diapason de celui du boss Bon…
Ce dernier rejoignit Doug sur le devant pour partager les vocaux de "Getting Closer" comme en version studio. Si la communion était scellée une heure durant avec le contrebas de la scène, cela atteignit bien évidemment le sommet avec ce "Join in the Chant" rallongé pour la joie générale. De toute façon la kyrielle de refrains de dancefloor ponctuant quasiment chaque titre était connue par cœur de tous, y compris certainement des camés partis mentalement trop loin pour les reprendre avec les cleans… Après que Doug aie présenté rapidement la formation, la boîte à rythmes et ses accompagnements s'arrêtèrent en douceur comme un moteur dont on couperait l'alimentation, et tout le monde s'éclipsa assez vite vue l'heure et la fraîcheur revenue.

Blood Money/ For Fun/ Captivate/ Hearts & Minds/ Getting Closer/ Lightning Man/ Fun to be Had/ Shame/ Join In the Chant/ Family Man/ Control I'm Here/ Let Your Body Learn/ Murderous.

Nitzer Ebb revient en bonne forme, faisant revivre pour une durée indéterminée sa propre conception de l'EBM, celle que les DJs et fans de techno trouvent la plus inspirante, complémentaire des shows surpuissants et bien chargés de Front 242, du Metal Indus des Krupps comme de l'Electro Punk de la partie la plus underground de cette scène.

Même si je ne me suis pas trop reconnu dans l'esprit généraliste et bien-pensant du Primavera, je n'exclus pas d'y revenir si une autre fois la programmation vaut le coup. Dans l'immédiat, nous nous remettrons à consommer local et l'été promet d'être chaud dans les t-shirts, dans le pogo !

lundi 3 juin 2019

Dead can Dance Grand Rex Paris 11 mai 2019

Eh non, je ne pourrai vous raconter le Moshfest cette année, puisque le passage de Dead Can Dance s'était annoncé bien avant sur la même date. C'est l'un des plus anciens pensionnaires non Metal de ma discothèque, et au-delà l'un des groupes pour lesquels mon amour s'est déclaré le plus naturellement à la découverte, qui demeura fort et sans nuages au fil des lustres. Il était évidemment hors de question de rater cette nouvelle tournée célébrant l'histoire du duo plutôt que le court "Dyonisus". Il était plus frustrant à mesure que l'échéance arrivait de voir plusieurs autres concerts intéressants dans les jours alentour.
Après nous être sustentés dans l'un des nombreux établissements du quartier des grands boulevards, nous pénétrions dans le Grand Rex avec un ami également monté pour l'occasion. Je ne connaissais pas encore cette vaste salle au décor Art Nouveau amusant, qui a le bon goût de ne pas être trop chargé. Je n'ai guère l'habitude d'assister à des concerts assis mais c'était déjà le cas la première fois, et au moins c'était infiniment plus confortable que les minces bancs de bois des arènes de Nîmes ! L'assistance n'était évidemment pas très jeune, et drainait pas mal de gothiques sur le retour au milieu d'amateurs venant sans doute plus des autres horizons du mythique label 4AD, moins excentriques et plus colorés.

La première partie était assurée par le même musicien assistant de l'autre fois, DAVID KUCKHERMANN, pour un set instrumental en solo très similaire. Il commença à nouveau avec les grandes soucoupes métalliques, puis divers instruments de percussions exotiques et aussi basiques que peut l'être un tambourin. Avec quelques explications ce set introductif avait un tour pédagogique qui n'est pas absent de son groupe principal, et permet de faire passer une prestation d'intérêt un peu limité, en soi.

Vous pouvez imaginer la forte acclamation quand les huit musiciens de DEAD CAN DANCE entrèrent sans cérémonie sur scène. On reconnaissait parmi eux Rick Yale et Astrid Williamson qui avaient accompagné Brendan Perry cet hiver lors de sa tournée solo. La tenue de la mère Lisa était spectaculaire, avec une grande robe blanche qui la rendait énorme et devait lui tenir bien chaud, plus un turban assorti étoilé autour de son désormais habituel chignon de gala.
Dès les deux premiers titres les intentions étaient claires, c'était totalement old-school et le couple venait combler ses vieux fans : le titre d'ouverture de l'album considéré généralement comme le meilleur, puis un extrait du tout premier que je pensais ne voir jamais évoqué en live ! Sans communication, l'effet est encore plus puissant, on retouchait aux racines Post-Punk de l'aventure et à ses sommets les plus mystiques et intemporels. L'éclairage n'était pas surchargé mais n'évitait pas les effets, avec des faisceaux de couleurs assez intenses. Le rare "Labour of Love" aux accents Shoegaze de son temps avait déjà été essayé par Brendan en solo quelques mois avant. Dans un son de grande qualité, la basse se détachait inhabituellement en ces débuts. Si les assistants passaient d'un instrument à un autre, Lisa se contentait comme toujours de sa harpe chinoise et Brendan alternait essentiellement entre une bonne vieille Fender de couleur menthe et un bouzouki. En parcourant la période légendaire d'il y a plus de trente ans, ils ne pouvaient qu'enchaîner des applaudissements nourris à mesure, jusqu'à ce grandiose "Xavier" commencé a capella sous la direction de Perry et légèrement remanié au final pour permettre à Gerrard de placer quelques chœurs. Aussitôt l'éclairage suggéra une pleine lune au sommet et Lisa demeura seule sur scène avec son accompagnateur au pipeau, qui introduisit une interprétation bouleversante de "The Wind that Shakes the Barkley", plus intense que celles disponibles, où elle fit ressentir mieux que jamais la charge tragique de cette histoire irlandaise. Par contre le "Sanvean" qui suivit fut un peu gâché par un désaccord chronique avec le tempo du synthé et quelques ristournes quant à l'amplitude vocale mobilisée (non la puissance, intacte), jusqu'au dernier mouvement qui atteignit enfin l'impeccable.
Après une nouvelle incursion dans le lointain passé, deux classiques furent tirés de l'envoûtant "Into the Labyrinth" avant un autre incontournable titre d'ouverture, où le chauve à barbe effilochée qui jouait tout à l'heure du pipeau assura très à l'aise le second chant masculin dans une symétrie évidente avec le boss, pour une restitution parfaite de l'original. En regardant Perry regarder Gerrard je me demandais ce qui pouvait lui passer par la tête quand il la contemple, lui aussi, dans ses moments de bravoure. Par rapport aux scènes plus modestes de sa tournée solo, Brendan n'osa pas tout à fait se lancer en français, langue qu'il a apprise tardivement je crois du fait qu'il vit actuellement en Bretagne. En abordant enfin la période de la reformation avec l'unique extrait du puissant "Anastasis", on se rendait compte que le temps avait passé ; ce n'était pas le morceau le plus poignant mais son ton plus relâché allait bien après des moments aussi intenses. "Autumn Sun" est un titre moins connu des fans mais suintant le déjà-vu, reprise du groupe Américano-Arménien Delayaman (non, pas SoaD !) où apparaît Brendan sur l'original. Il était profondément réapproprié à la façon maison. Enfin le seul extrait du récent "Dyonisus" venait clore le principal, totalement tribal, et révélant mieux sa complexité multi-instrumentale par rapport à l'album. Je me suis attaché à un détail : la façon dont Lisa Gerrard battait des mains en marquant nettement l'écartement et l'arrêt en plusieurs mouvements, pour garder un tempo parfait, comme si ses membres formaient un instrument à part entière ; cela n'a rien à voir avec la façon dont le fait le spectateur moyen de concert ou de stade.

Cela ne pouvait évidemment se terminer ainsi et Brendan Perry revint pour jouer sa reprise habituelle mais toujours sincère de Tim Buckley. Le collectif réunit au complet servit ensuite l'obligatoire mais transportant "Cantara", à la longue introduction réarrangée au bouzouki de Perry pour annoncer la phrase principale du morceau, ce qui peut plaire au fan mais alourdit un peu le passage. Quelques discrets écarts de la ligne originelle n'empêchèrent pas le triomphe assuré des capacités vocales exceptionnelles de Gerrard, par une ovation debout du public qui pouvait alors croire atteindre réellement le terme de son voyage.
Nenni, deux derniers titres permirent d'atteindre les deux heures de performance et disposer l'air de rien les foules à se calmer, avec le doux "Promised Womb" enchanteur et ultra médiéval, tiré d'"Aion" que l'on avait fini par oublier dans tout ça. Enfin "Severance", comme sur la tournée de Perry en solo mais interprété plus fidèlement, vint clore pour de bon un concert d'exception avec son final sournoisement berçant.
Un dernier salut collectif scella la communion respectueuse de fans fidèles et reconnaissants pour avoir passé une soirée véritablement enchanteresse, comme une parenthèse dans un autre monde ou un séjour parmi les Elfes et les Dieux à Valinor… Dead Can Dance reste encore en 2019 au sommet.

Anywhere Out of the World/ Mesmerism/ Labour of Love/ Avatar/ In Power We Entrust the Love Advocated/ Bylar/ Xavier/ The Wind that Shakes the Barkley/ Sanvean/ Indoctrination/ Yulunga/ The Carnival is Over/ The Host of Seraphim/ Amnesia/ Autumn Sun/ Dance of the Bacchantes
Song to the Siren/ Cantara
The Promised Womb/ Severance

Nous partîmes ensuite achever la redescente dans un bar faussement Rock des grands boulevards, mon compère enchaînant avec MetallicA le lendemain. Si je n'ai pas voulu remiser dessus un an et demi après Bercy, les prochaines échéances seront tout de même plus métalliques, et bien plus au sud.

Peter Hook and the Light Rockstore Montpellier 4 mai 2019

D'habitude je ne me sens pas obligé de revoir un groupe que j'ai déjà recroisé un an ou deux avant, mais en ce moment c'est fréquent. Là il s'agissait d'une légende vivante qui repassait à trois rues de chez moi, le bassiste de Joy Division puis New Order qui a décidé de célébrer l'histoire de ses anciens groupes une fois consommée la rupture avec ses ex-compagnons. Et j'avais bien envie de revivre la date de Paris que je vous avais raconté à l'automne 2017, au point d'avoir réussi à motiver quelques vieux amis à s'y joindre.

Malgré le fait que la billetterie soit encore ouverte à l'entrée, ce cher vieux Rockstore a dû finir à peu près complet et j'ai bien fait d'arriver tôt pour prendre une bonne place, sachant qu'il n'y aurait pas de première partie sinon un double set. Comme toujours le public était assez mûr, le merch' était sensiblement renouvelé par de nouveaux t-shirts, mais seulement des vinyles au rayon audio.

Au terme de l'intro' PETER HOOK et ses actuels comparses formant THE LIGHT pénétrèrent sur scène, le chef ayant revêtu un t-shirt hilarant représentant des pilules d'extasy mêlant le smiley traditionnel avec le motif de la jaquette d'"Unknown Pleasures" ! Toute une vie résumée en un symbole !
Comme plus ou moins annoncé le set démarra par "Regret", single phare de l'album "Republic" plus apprécié en Amérique que par chez nous mais parfait pour mettre tout le monde dans le bain et commander les derniers réglages d'un doigt autoritaire… On continua dans les surprises avec "Vanishing Point" tiré de l'album le plus House de New Order, songe drogué d'une nuit d'été à Ibiza, chanté en grande partie par le guitariste David Potts (ancien compagnon de Hook dans feu le projet Monaco). Ensuite le programme se rapprocha de celui de 2017, empruntant aux singles compilés dans "Substance", collection de tubes énormes emballant un public pourtant relativement peu mobile, à l'exception de boulets venus s'incruster à nos côtés… Hookie se montra assez peu en voix même s'il est acquis que Pottsie assure tous les vocaux les plus aigus du répertoire de New Order. Le second bassiste qui assure l'essentiel n'était plus Ian Bates, le fils du patron, puisqu'il a trouvé un vrai groupe en rejoignant récemment les Smashing Pumpkins. Le père, en fin de compte, ne fait que doubler les parties où la basse est en avant et laisse généralement son instrument pendre bas quasiment aux genoux. Le son était impeccable, autrement, les chœurs du public et la qualité de l'interprétation instrumentale finissaient de compenser la faiblesse vocale. Il faut reconnaître que pour New Order beaucoup tenait aux samples et synthés tenus dans l'ombre par le cinquième membre, y compris les beats électroniques laissant le batteur Paul Kehoe gérer le restant à coup de charleys et plans basiques pour doubler tout en regardant le plafond avec désinvolture.
Après quelques vieux titres plus Rock, conformément à l'Histoire "Blue Monday", un peu poussif au démarrage et rythmé des poings de Hookie en personne sur une petite batterie synthétique, marqua le basculement du set vers les gros titres dansants embrochés sans pause à part un bref court-circuit qui fit rire tout le monde y compris un Hookie plutôt bougon comme toujours. Cette collection bien connue des fans de titres forgés dans la House et la Dance de club des années 80 créa plutôt une communion durable plutôt qu'amenant à un sommet, si l'on excepte les mouvements créés par les déplacements du boss d'un côté ou d'un autre de la scène pour balancer – enfin – un passage de sa basse de temps en temps. La variété rythmique se résuma au final par l'enchaînement du quasi comique "Bizarre Love Triangle" avec le puissant, populaire et élégant "True Faith" pour parachever un temps de jeu d'une heure vingt, offrant un déjà-vu qui comblait le spectateur.

Après quelques minutes de pause meublée discrètement par un doux remix, le quintet revint acclamé pour donner ce qu'ils restent les derniers à maintenir vraiment, le New Order actuel étant revenu à la position antérieure de ne plus assumer grand-chose concrètement de la période avec Ian Curtis.
Le timbre grave de Hookie étant assez proche de celui de son défunt compagnon de scène, il assura cette fois la très grande majorité des vocaux en dépit de quelques placements plus faciles que les versions originales et des effets moins marqués… sauf quand Potts vint parfois à son secours. Cette fois encore le programme privilégia les singles et raretés malgré un départ offrant trois titres d'album mythiques, celui commençant "Unknown Pleasures" et par lequel le monde commença réellement à connaître Joy Division, puis les poignants "Isolation" et "A Means to An End" du second album. À présent les samples étaient moins présents quoique non disparus. En voyant Hookie demander au mixeur – qui s'endormait littéralement ! – à ce qu'ils soient moins poussés, on se rappelait le constant reproche qu'il fit jadis à Martin Hannett de négliger la base Rock qu'il souhaitait donner. En tout cas cette fois le mix était à sa main, avec un son décidément parfait en ce sens plus Rock, à part donc quelques insuffisances vocales. Parfois Hook échangea sa basse contre une guitare, et c'est surtout le batteur qui put se mettre mieux en valeur avec le programme beaucoup plus Punk amorcé par le "Warsaw" emblématique des premiers efforts sous ce nom, le pogo prenant enfin une dimension un peu conséquente puis rafraîchi par un "Leaders of Men" rare et mid-tempo, et plus loin par le lent "Autosuggestion", un morceau de basse comme par hasard. Une ligne droite finale de tubes incontournables suivit, marquant toujours leur puissant effet. Un bref intermède s'y glissait toutefois par l'instrumental "Incubation", permettant à Hook de faire une vraie pause en coulisses tout en mettant ses partenaires en valeur, Joy Division sans Joy Division. "Atmosphere" fut dédié cette fois à un ami de Salford dont je n'ai pas capté le nom, décédé dans la semaine, titre simple et toujours bouleversant. Peut-être la raison pour laquelle Hookie était resté encore moins causant qu'à l'accoutumée. Enfin un enthousiaste, attendu mais toujours déchirant "Love Will Tear Us Apart" acheva le parcours en apothéose et cette fois il jeta pour de bon son t-shirt qui devint pour le coup une relique mythique comme celle qu'il met en vente ces temps-ci. Je vous laisse imaginer le ventre de sexagénaire aux poils blanchis ornée de quelques médailles laissé comme dernière image à un public peu pressé de quitter la salle, comme pour prolonger cette expérience collective rare et précaire de reconnecter avec les racines d'une musique qui vous a tant donné.

Regret/ Vanishing Point/ Ceremony/ Everything's Gone Green/ Temptation/ Blue Monday/ Confusion/ Thieves Like Us/ The Perfect Kiss/ Subculture/ Shellshock/ State of the Nation/ Bizarre Love Triangle/ True Faith

Disorder/ Isolation/ A Means to An End/ Warsaw/ Leaders of Men/ Digital/ Autosuggestion/ Transmission/ She's Lost Control/ Incubation/ Dead Souls/ Atmosphere/ Love Will Tear Us Apart

Sur la foi d'un tuyau, nous sommes allés prolonger la soirée un peu plus loin dans le bar d'after à peu près officiel où le groupe devait passer. On ne vit que Paul Kehoe mais ce n'est pas grave, au moins ce n'était pas tout à fait faux et la seconde partie de soirée fut bien assez agréable. Quant au concert, je n'avais nul regret d'avoir à peu près revécu le précédent vue la qualité de la prestation au service d'un témoignage si précieux.

dimanche 5 mai 2019

Author & Punisher Lingua Ignota HAG Black Sheep Montpellier 17 avril 2019

Annoncée et promue de longue date, cette affiche prometteuse était un bon test pour mesurer ce qui reste du public Indus dans le secteur, dont on peut craindre qu'il vieillisse en même temps qu'une scène qui vit certes toujours mais se renouvelle fort peu malgré quatre décennies d'existence. Et force fut d'admettre qu'à la mesure de la cave du Black Sheep ce fut un succès public, la chère salle renouant ainsi avec sa tradition expérimentale de qualité.

Assez logiquement HAG ouvrait la soirée en tant qu'autochtone. Caché sous sa cagoule, l'unique musicien se contentait d'une basse Rickenbacker et d'une myriade de pédales à ses pieds pour compléter les samples qui sortaient des enceintes. Sous ses airs de la Crampe de Pulp Fiction, sa personnalité assez extravertie voire franchement joviale transparaît dans un jeu plutôt expressif et la tonalité globale de sa musique. L'Indus' de HAG est pure, de tradition, tendant plus vers l'Ambient que vers les courants dansants, très souvent un sample de vocaux parlé en diverses langues venait rendre toutes paroles superflues. Mais on n'y retrouvait pas tellement la morbidité oppressante habituelle du genre, ni les rythmiques plus ou moins martiales. Au contraire une forme d'humour noir s'affirmait lentement mais clairement au fil du set, prenant à contrepied certains clichés d'une scène à laquelle les morceaux appartiennent incontestablement. La performance fut assez longue mais plaisante, apportant une sensibilité peu attendue et maîtrisée à une musique tout à fait orthodoxe envers son genre pour autant.

N'avoir que des projets solos au programme offrait un avantage : les changements de plateau étaient assez simples et le départ très retardé par rapport à l'horaire annoncé sera aisément rattrapé.

LINGUA IGNOTA est arrivée il y a peu de temps sur la scène mais sa forte personnalité a vite attiré l'attention. Tout porte sur sa voix, le plus souvent a capella et parfois accompagnée d'effets typiquement Industriels qu'elle jouait avec un simple clavier. Une lampe mobile était son seul autre accessoire et unique éclairage, avec lequel elle fit un tour au milieu de l'assistance dès les premières minutes de son set. Déjà la performance est remarquable de faire tenir tout un set presque uniquement sur une voix, qui s'est révélée en avoir bel et bien les moyens. Avec sa sensibilité tourmentée à fleur de peau et son esthétisme minimal un peu solennel, on pensait aux travaux de Diamanda Galas, à un héritage Soul, dans un univers à la David Lynch. L'agressivité de certains passages criés aurait pu passer dans le Metal et rappelait les racines Industrielles qu'on aurait pu oublier à d'autres instants. C'était à la fois spirituel et émouvant. Une reprise du standard "Jolene" était tellement bien réappropriée qu'il a fallu qu'on m'aide à la reconnaître. Le "thank you" tout doucement soufflé au terme du tour contrastait fort avec l'engagement donné dans cette véritable performance. Que ce soit dans ses projets individuels ou dans ses collaborations (avec The Body, par exemple), nul doute qu'une telle personnalité va enrichir la scène et mérite d'être suivie dès à présent.

Si certains ayatollahs commencent à protester que tout cela n'est pas exactement Metal, AUTHOR & PUNISHER est actuellement signé chez Relapse et est passé par le label de Phil Anselmo. Le spectacle est déjà de voir Tristan Shone avec tout son appareillage électronique et mécanique, inventé et monté par l'artiste lui-même à base de claviers, vérins manuels pour le rythme, et son micro étrange, baigné dans un éclairage inhabituellement marqué pour la salle. Musicalement, son Industriel est massivement puissant et tend ouvertement vers le Drone, avec des rythmes massifs majoritairement ternaires et forcément lents, un chant généralement distordu mais parfois plus clair, laissant imaginer une copulation sous substances entre Justin Broadrick et Trent Reznor au-delà de l'originalité du matériel instrumental. C'était tout à fait immersif, épais et à la mesure de l'engagement total de l'unique exécutant et concepteur. Cependant il était difficile d'éviter le piège habituel du Drone, et sournoisement mon attention glissait vers l'assoupissement debout. Ce d'autant que le son des titres était très homogène. Les vrais fans étaient clairement au Ciel, pour ma part cette direction continue du début à la fin du set m'a effectivement un peu lassé vers les derniers titres, sans pour autant me décrocher tout de même.
Après une petite inspection au stand nous sommes montés au bar pour poursuivre insouciamment la soirée, car il y avait un anniversaire à fêter. Et puis un bon concert dans un style rarement donné, ça devait aussi s'arroser.