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mardi 13 novembre 2018

Killing Joke Turbowolf Cabaret Sauvage Paris 27 octobre 2018

Il a fallu que je le mérite, ce concert ! 4 h 40 de retard de train ! Affichant complet depuis beau temps, en tout cas avant que je réalise que je me trouverai à nouveau à Paris à ce moment-là, j'ai pu y accéder finalement par la grande chance de bénéficier d'un désistement.
Et rencontrer Killing Joke avait du sens. Même si je n'y touche plus beaucoup, la blague fatale a eu jadis une grande importance dans mon parcours musical. Pas tellement parce que le groupe est presque de mon âge. Mais parce qu'en les découvrant en quelque sorte trop en avance par rapport à la progression normale d'un novice vers les profondeurs de la musique indépendante, ces Londoniens ont été là à la fois pour sceller mon appétence aux gros riffs Metal, m'introduire aux personnalités artistiques affirmées ouvrant des parcours improbables, me familiariser avec l'Industriel et le Post-Punk, enfin me rappeler que je resterai toujours sensible à la New Wave même si pour un étudiant de cette époque c'était impossible à assumer.

Dans la froideur brutalement tombée et la nuit tombante, j'ai encore eu un peu de mal à trouver le chapiteau du Cabaret Sauvage dans le vaste parc de la Villette. Une fois rentré j'ai immédiatement apprécié ce cadre assez spacieux et subtilement désuet, où la scène n'est toutefois pas au centre mais sur un bord. Assez vite on réalisait que le complet n'était pas de la blague. L'assistance était assez âgée et représentative du panel des fans prévisibles de Killing Joke : rockers quinquas nostalgiques du tournant des années 80, fans pointus de musique Industrielle (normal, à la Villette), Metalleux en nombre significatif, occultistes en civil…

En première partie venaient leurs compatriotes de TURBOWOLF, de Bristol précisément. En formation trio, cheveux longs et tenues bariolées (enfin, pas le batteur trapu installé côté gauche), sans bassiste, ils présentaient une musique assez différente. Leur Stoner Psychédélique est bourré d'énergie, ne laissant guère l'auditeur se relâcher tant les plans se succèdent vite. Le chanteur, fortement réverbéré, cabotinait avec l'assistance notamment avec quelques souvenirs de français ou en indiquant le refrain à reprendre pour le morceau à venir, avec cette manie agaçante des Anglo-Saxons de pointer dans le public façon Obama. La guitare fuzzait tellement qu'une basse était effectivement superflue, sans pour autant agresser l'oreille. Entre Stoner vitaminé, résurrection de Zappa et microtraces de Funk, l'affaire était catchy et remporta quelque succès. Mais elle me rappela à son désavantage Philm, un ancien groupe de Dave Lombardo beaucoup plus intense dans un style approchant, mais moins préoccupé par le succès. Décrochant peu à peu malgré l'abattage certain sur scène, je me suis retiré avant la fin du set pour profiter tranquillement de la faible queue au bar. Du reste, leur temps de jeu ne me parut pas très long pour un groupe qui a quand même trois albums en stock.

La longue pause fut agrémentée d'un fond musical parcourant par moments l'EBM pour mon plus grand bonheur. Heureusement car tout ce temps pour faire trois vérifications espacées et installer une bougie (?), y'avait de l'abus.

Après toutes les péripéties traversées, KILLING JOKE commet l'exploit de réunir son line-up originel et stabilisé pour son quarantième anniversaire. Si Youth et Geordie accusent le poids des ans (seulement des ans ?), Jaz Coleman reste éternel dans sa combinaison noire, son maquillage blanc aux yeux noirs, et son air ahuri de fou pas trop dangereux. Mais l'avantage d'une personnalité pareille, c'est qu'il vit avec autant de foi les vieux titres Post-Punk comme celui de l'ouverture que les morceaux plus récents qui fessent Ministry sur son propre terrain venus par la suite. Tout cela est uni par les thématiques conspirationnistes et spirituelles de son esprit gentiment fêlé, qui ont nourri constamment son écriture au fil des époques.
Logiquement la production était calée sur le style actuel du groupe, un gros son bien Metal parfaitement balancé, propret mais accrocheur et massif. L'effet était garanti pour les énormes riffs de salaud de Geordie Walker avec son éternel calot sur la tête, syncopés en mid-tempo sur les rythmes de Big Paul. En plus les intros étaient parfaitement audibles ce qui calait haut la puissance de blast de l'ensemble. Écartant toute nostalgie excessive, le programme parcourait avec équilibre les albums récents et les légendaires premiers, et l'on passait ainsi du headbang au pogo Punky sautant dans tous les sens. "Eigthies", victime du plus fameux plagiat de l'Histoire du Rock, vint assez vite pour la plus grande joie du jeune fan de Nirvana à côté de moi…
S'il passait très facilement du chant clair à des tons plus gutturaux, Jaz nous fit quelques tomarayades sur certains commencements et surtout refrains que le public compacté connaissait par cœur de toute façon. Sur un titre, Big Paul et Youth assurèrent certains couplets. Les chœurs de l'assistance sur "Loose Canon" étaient par contre inévitables et surtout chaleureux. Coleman se livra en compensation à quelques brèves allocutions géopolitiques (avant "New Cold War" évidemment) ou spirituelles (il paraît qu'ils adorent tous les dieux).
Au-delà du plaisir intense à parcourir un répertoire assez phénoménal, on constatait à la marge que les vieux titres souffraient quand même du choix d'une production et d'un accordage bas ultra Métalleux pas idéalement adapté au ton plus léger des nombreux extraits du premier album, "Bloodsport" ou "The Wait" sonnaient assez différemment de l'origine par exemple, sans pour autant que l'enthousiasme de la fosse n'en pâtisse tout de même.
Après que Jaz eut dédié, après une longue pause, le titre à venir à la mémoire de Paul Raven, ce "Love Like Blood" était toutefois méconnaissable dans les premiers instants tant ce son était éloigné des réglages de la New Wave, comme sa veine mélancolique tranchait avec le ton général du concert. Ceci accepté, cette facette franchement délaissée – à part ce titre immortel – fait  pleinement partie de l'identité du groupe et aérait plaisamment l'ambiance pour le moins corpulente et physique du show. Pour le finish s'enchaînèrent les incontournables "Wardance" et "Pandemonium" laissant le monde sur son riff imparable et son refrain fédérateur tourné vers l'avenir.
Le temps de reprendre ses esprits (autrement dit un demi pour rattraper une partie de ce qu'on avait sué !) et laisser l'assistance s'égrener lentement par l'unique sortie, on se disait qu'encore une fois, les pépés avaient donné une leçon. Le froid mordant pour la saison et le long trajet à faire vers mon hébergeur m'achevèrent tout à fait. Nos prochaines aventures nous emmèneront plus au sud, peut-être même au sud du Ciel.

vendredi 9 novembre 2018

Sworn Enemy Surra TAF Saint-Jean de Védas 23 octobre 2018

Dans mes plus belles années 90 j'aimais bien le crossover Metal HC, et je m'y replonge très facilement le temps d'un concert de temps à autre. Surtout que là j'avais déjà vu Sworn Enemy il y a une dizaine d'années en support d'Agnostic Front, et c'est toujours intéressant de revoir un groupe d'un certain poids après un tel laps de temps, au cours duquel il y a même eu un vrai break.
Le faible nombre de voitures aux abords de la salle faisait comprendre tout de suite que ce soir, cela se restreindrait aux plus mordus de la scène et c'était hélas une réunion d'habitués en effet. La douceur de la soirée était peut-être un peu en cause, qui sait ?

Et pourtant le trio Brésilien SURRA lançait remarquablement l'affaire. Leur Crossover est un peu plus traditionnel, mélangeant le Thrash et le HC Punk, Anthrax et les Dead Kennedys. Malgré les paroles en portugais, l'énergie explosive et la communication en anglais international suffisaient à faire comprendre qu'ils sont en colère. Comment ne pas faire le lien avec l'actualité dans leur pays ? Malgré cette circonstance, la débauche d'énergie restait positive et le guitariste principal chanteur gardait une expression souriante au milieu de poses parfois déjantées, perdant même une fois sa casquette retournée. Enchaînant les riffs efficaces, le son restait très primaire mais gagnait en chaleur avec la basse qui pouvait même se permettre une paire d'arpèges rapides (enfin des jeunes qui ont redécouvert tout ce que cet instrument apporte !). Mais le plus marquant restera à mon avis le batteur, toujours dans le tempo, qui frappait fort et haut sur des tempos extrêmes sans trop se forcer. Il en remontrerait à bien de ses confrères qui truquent leurs blasts. Le public appréciait mais restait globalement sur sa réserve pour la suite. Je regrettai d'avoir raté Surra une fois précédente, ils sont dans le haut du panier de ce style qui n'en finit pas de revenir de plus en plus fort.

En parlant de ça, SWORN ENEMY aussi nous est revenu nettement plus costaud que dans mes souvenirs. À part le chanteur, le quintet a été entièrement renouvelé et atteint une puissance de frappe redoutable. Leur HC est très métallisé mais ne ressemble pas à du MetalCore banal, notamment par le chant crié et surtout enfin dignement mixé de manière à gommer ce qui était dans mes souvenirs le principal défaut à l'époque. Un copain sarcastique appelait naguère ce genre de mélange "du Hardcore à la Slayer" mais je pensais plutôt au Kickback des débuts en plus cool, des New-Yorkais comme eux n'ont pas besoin de singer des codes dans lesquels ils se sont forgés depuis la première fois qu'ils ont mis le pied en bas du bloc. La fosse, évidemment, était déchaînée. La symbiose d'énergie entre le groupe remonté comme un coucou et les moshers à fond, cette fameuse "loi de Hetfield" qui veut que l'énergie reçue de l'un pousse l'autre à lui en donner encore plus et réciproquement, se vérifiait une fois de plus. Si bien que le chanteur s'interrompit à un moment pour nous dire qu'il avait vu que tout le monde, absolument tout le monde bougeait jusqu'au dernier rang (oui, moi aussi) qu'il n'avait jamais vu ça et que ça méritait le respect. Et son ton ne sentait pas totalement la galéjade de frontman. Le paquito traditionnel fit beaucoup rire le chanteur de Surra glissé dans l'assistance. Tout en bougeant allègrement, les guitaristes et bassiste assuraient sans trop de déchet avec un son bien plus propre, métallisé là encore, devant un batteur afro relâché et impassible mais impeccable.
La set list, à ce que j'ai compris, laissa large place à un de leurs albums atteignant cette année ses quinze ans. Mais quand l'heure de set approchait, sans qu'on s'en soit rendu compte, fut annoncée une reprise du "Punishment" de Biohazard qui passait parfaitement tant la parenté entre les deux formations est proche. Au titre suivant le chanteur Sal, qui domine le groupe de sa taille et enfin à présent de par son chant poussé comme il le faut, partagea la parole avec un roadie à la bonne gueule avec ses oreilles décollées, qui offrait un ton plus à la Stigma intéressant en contrepoint. Enfin le riff final de "Domination" de PanterA marqua le terme d'un set sans rappel sur un héritage générationnel décidément revendiqué sans complexes. Les complexes, ce n'est pas le genre de la famille et vu le niveau atteint, il ferait beau voir.

Le format à deux groupes laissant la soirée se terminer tôt, nous avons eu tout le temps de nous dire unanimement que ce concert aurait mérité une bien meilleure affluence. Une fois de plus les absents ont eu tort, ce retour fait mal.
Je vous emmènerai très vite assez loin de là tant musicalement que géographiquement…

mercredi 31 octobre 2018

Voïvod Bio-Cancer Hexecutor 29 septembre 2018 Paris Petit Bain

Il n'était pas prévu que je sois présent à ce concert. Monté ce weekend à Paris pour des raisons extramusicales et me trouvant libre ce soir, l'idée me vint naturellement de regarder ce qui passait. Le reste allait ensuite de soi, même si je n'ai jamais suivi Voïvod que d'assez loin et que je vous offrirai donc un regard moins pénétrant que celui d'un Mortne2001.
Direction donc le Petit Bain, malgré la petite bise courant le long du quai de la Gare (en face du quai de Bercy). Comme beaucoup savent certainement, une fois dans la cale plus rien ne rappelle que cette petite salle est en réalité un bateau amarré, à part un discret hublot donnant sur le fleuve. En plus la bière était encore moins chère qu'au tarif happy hour. Si le public était typé Metal, les vieux thrashers n'en formaient qu'une partie aux côtés de vestes à patches et t-shirts plus contemporains.

L'actualité avait été douloureusement marquée quelques jours auparavant par le décès d'un membre de Voight Kampff qui devait initialement assurer l'ouverture du set. D'autres Bretons prenaient la relève dans un style plus direct. Les clous et les chevelures d'HEXECUTOR annonçaient bel et bien un Thrash old-school primaire et agressif dans le sillage de Destruction, Sodom, Slayer, Hellhammer et Venom. J'ai vite apprécié cet exercice de style balisé impeccablement rempli : le tempo rapide dévalait en totale maîtrise, les compositions homogènes ménageant quelques ralentissements dont les riffs arrivaient en accord avec les galopades précédentes. Un titre fut naturellement dédié au défunt. Les vocaux déraillaient systématiquement dans les pires aigus, mais le Speed Thrash a l'avantage que cela y passe bien mieux que dans tout autre style. Il me parut injuste que le public reste si réservé sans lancer le pit, se contentant de hocher du chef ou d'un bras. De toute façon n'importe quel fan de Metal extrême, où qu'il se situe précisément, ne peut qu'aimer un minimum ce genre ne serait-ce qu'en live, sous peine de déchéance.

J'eus une brève émotion en allant faire la vidange, non pas directement dans la Seine par-dessus bord mais dans les waters prévus à cet effet. J'y aperçus un autocollant de l'Eko des Garrigues, radio libre emblématique de mon Bas-Languedoc depuis plus de quarante ans.

Avec Suicidal Angels ou Exarsis plus récemment j'abordais BIO-CANCER en étant déjà convaincu que les Grecs s'y connaissent très bien en Thrash AOC. Après une pompeuse intro symphonique de cinéma, ces Athéniens ont servi une recette différente de leurs compatriotes, beaucoup plus Américaine avec quelques chœurs sur des passages brefs fortement influencés par le Mosh à la MOD. Le son un peu plus ample, la pochette de Bouzikov façon Repka arborée en fond de scène étaient plus typés que les t-shirts portés par les membres suggérant des influences plus diverses. Avec les solos de guitare, je songeais à du Death Angel ou du Toxic Holocaust. Quelques courageux tâchèrent d'animer péniblement la fosse, ne parvenant qu'à l'élargir. Au moment où quelques longueurs auraient pu se laisser sentir, des riffs plus mélodiques à la Megadeth surgirent et redonnèrent de l'intérêt à un spectacle globalement au point. Seul un léger manque d'originalité réelle parmi la masse du revival Thrash devrait être concédé à charge, au terme d'un set d'environ trois gros quarts d'heure.

Comme on sait, les vétérans Québécois de VOÏVOD n'ont pas de fans mais de véritables adorateurs très fidèles, depuis des lustres pour la plupart d'entre eux. Au milieu de cette masse soudainement compactée j'abordai le set avec une certaine humilité, comme le parent éloigné invité à la fête familiale. Car c'en était une, pour les trente-cinq ans du groupe et le nouvel album. Snake traitait naturellement l'assemblée en "cousins" en employant bien entendu la langue de Gilles Vigneault pour communiquer. La force de ce lien avec les fans tient beaucoup à la forte personnalité esthétique du groupe. Notamment, ces dessins simples mais chargés à gros traits aux couleurs rosâtres, œuvres du batteur Away assis juste en-dessous, qui étaient projetés sur la toile de fond. Ces thèmes alternant entre SF et monstres issus de l'imagination d'un enfant qui aurait lu Lovecraft bien trop tôt pour son âge ont lentement essaimé à travers la scène, depuis cette époque où apparaissait beaucoup plus au sud-ouest le Thrash Bay-Area.
La programmation alterna dès le départ les "tunes" du disque nouveau-né, leur bébé, et titres plus anciens. Les uns et les autres étant acclamés en totale équité, car les adeptes de Voïvod sont décidément amoureux comme au premier jour. Pour avoir vu pas mal de vieux groupes à ce jour, je peux dire qu'un tel niveau de communion n'est pas courant. Cette complicité se traduisait par une interaction remarquable, les airs de joyeux anniversaire enchaînant avec les blagues qui fusaient de la fosse dans les moments d'apaisement. Et encore bien évidemment par la fosse enfin agitée malgré la densité, et les stage-divings. L'un d'entre eux, en fin de concert, rentra grossièrement dans le nez de Snake qui sembla avoir assez mal mais qui tint bon.
Musicalement, la singularité du groupe demeurera pour jamais très forte, par ce Thrash aux compos d'une complexité inhabituelle, qui contribua largement à enraciner le goût de la technique dans le Metal extrême naissant. Demandez à Vektor, de nos jours, ce qu'ils en pensent. Si le son pourrait paraître daté sur les versions album, la guitare tenue actuellement par Denis Mongrain et le chant toujours assez naturel de Denis Bélanger préservent la subtile texture Rock traditionnel que j'ai toujours cru déceler au fond de ce groupe. Comme pour confirmer, une brève reprise de "House of the Rising Sun" fut esquissée parmi les joyeuses improvisations suscitées par tant de bonheur partagé. Également, ce titre intéressant issu du nouvel album présenté comme Punk et Psychédélique, qui rappelait la force de l'influence déterminante bien que non évidente du Rock progressif de l'Âge d'Or sur l'œuvre imposante dont Snake et Away veillent à préserver l'esprit des origines avec l'aide des deux plus jeunes. D'ailleurs la présentation des membres du groupe à l'Américaine, quand la fin du set approchait, inclut un hommage court mais émouvant à Denis d'Amour, "Piggy", le guitariste disparu il y a treize ans. Un vieux titre fut accordé en rappel avant un long salut clôturant un set d'une heure vingt environ.
Sans pouvoir me prévaloir de la passion et de la connaissance approfondie du répertoire qui peuvent porter l'expérience d'un concert à un rare niveau d'intensité, on pouvait particulièrement bien observer tout cela autour de soi et y communier en bonne partie. La musique, c'est magique.


vendredi 12 octobre 2018

Defeated Sanity Epicardiectomy Oral Fistfuck In Demise TAF 27 septembre 2018

Avec les vacances j'avais raté Dying Fetus mais une telle affiche ce soir était de nature à effacer les remords. Une tournée aussi fournie et homogène n'est plus très courante de nos jours. Et pour être aussi ciblée, il n'est pas venu grand monde malheureusement. Étaient présents les passionnés connus du quartier, une affluence bien éloignée de la parité comme à l'époque.

Peu avant mon arrivée avaient commencés les cinq Berlinois d'IN DEMISE remplaçant Acranius à ce stade de la tournée. Leur Death brutal et basique ne souffrait guère d'un son peu raffiné. Enchaînant gaiement les gimmicks du style autour de compositions simples, les Allemands ne montraient pas de vrais points faibles, le passage fréquent par des rythmes lents donnant une orientation assez Slam. Un solo de guitare souffrit du mixage un peu trop favorable au chant guttural et à la guitare. La caisse claire sonnait aigu à la Deeds of Flesh. Plutôt que de se disperser dans des risques inutiles, la maîtrise des bases permettait aux plus chauds de se décoincer et aux connaisseurs d'apprécier sans mélange le son qu'ils étaient venus chercher. Cela partait sur des bases modestes mais sûres.

Toujours plus en délicatesse et tous vêtus du t-shirt de leur propre groupe, les quatre Suisses Alémaniques d'ORAL FISTFUCK montaient le niveau d'agressivité. Avec un accordage plus aigu de la guitare et un mixage plus aéré cela cherchait plus à faire mal qu'à écraser. De même le blast à fond qui revenait beaucoup plus souvent était joué à la manière classique, et non pas comme du gravity. Le chanteur n'était pas pitché et se montrait capable d'aller sur plusieurs tons, tout prenant volontiers des poses hystériques ou mimant de mitrailler l'assistance qui forma sans se forcer les premiers pogos. Je pensais au vieux Benighted, celui d'avant "Icon". Après avoir exprimé ses premiers mots dans un français tout à fait acceptable, le chanteur préféra rester dans un anglais standard pour ses communications suivantes. Je vois en eux un certain potentiel pour progresser encore, s'ils s'en donnent la peine, sur le dur chemin de l'extrême indépendant, l'adresse d'interprétation étant largement acquise malgré l'absence de solos.

Il y avait quelques objets à vendre au stand dans la cour fraîche et clairsemée.

Comme le grand guitariste l'arborait, avec EPICARDIECTOMY nous en revenions au Slam Death pur et vrai. Quoique, au-delà d'une guitare étouffée à mort et d'un chant à faire pâlir les éviers de la meilleure céramique, les Tchèques y mettent un groove fort bienvenu. Cela tient essentiellement à l'attitude, une extraversion qui ne compromet pas l'interprétation et desserre aux entournures les raideurs des versions originales. Ainsi, ils ont pu emballer à nouveau le public pour une orgie de headbang, percussions verticales sur des victimes fantômes et autres gestes absurdes observables dans un concert de ce genre. D'ailleurs, à ce que j'ai compris, le chanteur ne s'attendait pas à un tel emballement. Quelques samples bien dans le style renforçaient les clichés de ce courant mais ça avait effectivement du bon même pour un exercice de style plaisant et sans complexes. Le set de presque trois quarts d'heure, malgré un répertoire somme toute réduit avec deux albums seulement, passa sans aucun ennui. Une petite performance, pour moi qui préfère un style un peu plus traditionnel dans la brutalité.

Devenu une formation internationale au fil des ans, DEFEATED SANITY s'est patiemment hissé dans la première division du Death Metal. Assez rapidement, et après les trois groupes précédents, l'on pouvait constater qu'une maîtrise supérieure a été déterminante dans cette ascension. Ce virage contrôlé vers un Death plus technique, plus varié et ambitieux mais resté solidement ancré dans le Slam est particulièrement visible par le batteur capable de varier rapidement, et mieux qu'aucun autre ce soir, des plans diablement complexes entre les passages en gravity blasts conservés de leurs origines. C'est normal de sa part, c'est le seul membre restant depuis la naissance du groupe quelque part au fin fond de la Bavière. Étonnant tellement il sonne Américain du reste, et cela ne date pas de l'incorporation de membres étrangers comme le growleur Jason lui-même issu de ce pays, ainsi que son accent et son assurance en anglais le trahit. Malgré des blancs récurrents entre les titres, le succès restait incontestable pour un Death Metal intègre, sauvage, à la fois traditionnel et de son temps, restitué à la perfection. L'éclairage demeura constamment au rouge tout le long du set de près d'une heure, peut-être en reflet d'un champ lexical particulièrement sanglant.  Aucun rappel ne fut donné, pas plus qu'avec les groupes accompagnants. Mais je pense que les mordus avaient reçu leur dose. Perso' je serais bien allé trancher des bandes entières de goules à la double hache, en partant.

À défaut d'avoir ramené foule, cette soirée a été tout à fait réussie dans un créneau bien marqué.

jeudi 30 août 2018

Nervosa Sekator Altered Beast TAF Saint-Jean de Védas 8 août 2018

Après Soulfly nous allions garder un pied au Brésil pour cet autre concert caniculaire. J'avais découvert Nervosa il y a deux ans à pareille époque dans une petite salle en ville. Le premier progrès visible était le gain d'affluence. Oh, c'était loin du complet dans la cour et la salle de la TAF, mais sensiblement mieux alors qu'elles se présentaient cette fois comme l'unique tête d'affiche internationale.

Craignant d'être en retard pour une stupide étourderie, j'arrivai pendant le début du set d'ALTERED BEAST. Je vous avais déjà parlé de ce groupe Biterrois au printemps dernier, et je ne serai pas redondant sur leur ThrashCore typé années 90 déjà disponible sur un premier album, le set étant très semblable. Le passé du chanteur dans le groupe de Heavy Mystria se sent sur le recours fréquent aux aigus, qui font ressembler les morceaux à du Channel Zero ou "Cowboys from Hell". La reprise à nouveau de "Roots Bloody Roots", de circonstance, passa cette fois sans incident. Je leur souhaite de gagner en férocité pour franchir un palier. Avec une chaleur si lourde encore, il était difficile de bouléguer le public.

Par contre je ne vous avais encore jamais parlé de nos compères Montpelliérains de SEKATOR. Le quartet se présentait avec un pigiste à l'une des guitares. Le début de set fut compliqué avec une corde cassée sur les deux premiers titres. Comme le nom le suggère, il s'agit de Thrash dans l'esprit du revival, exécuté pied au plancher avec des riffs qui font penser à Exodus ou Slayer. Toutefois, les vocaux bien rauques du bassiste ramènent nettement le style vers le moment historique précis où certains groupes comme Sepultura ou Incubus (de Louisiane) faisaient émerger le Death Metal. Les quatre années d'expérience se sentent et à part la péripétie mentionnée le gang a atteint les moyens de ses ambitions dans le sillage d'une batterie aux parties assez simples mais jamais à la peine. La communication, plus sympathique et détendue que vraiment charismatique, devra peut-être oser perdre en naturel pour incarner encore mieux cette musique assez sombre et indéniablement violente, mais c'était difficile de le faire quand on jouait à domicile il est vrai.

Comme en 2016, les Brésiliennes ont pris un long moment pour régler leur son et l'assistance commençait à taper du pied quand le set débuta enfin. Là encore à fond les manettes (ce son fort !), NERVOSA montrait un progrès important pour qui les connaissait déjà avec la nouvelle batteuse. En dépit d'une brève engueulade en portugais avec la bassiste-chanteuse Fernanda, elle tient une cadence nettement plus rapide que celle qui la précédait ; et chacun sait l'énorme incidence que cela représente quand on fait du Thrash furibard à l'Allemande. Sur le fond, il n'y avait donc pas la moindre évolution à guetter à part ce net avantage qualitatif. Le public donna enfin toute l'énergie conservée patiemment.
Avec le ventilateur qui étoilait ses longs cheveux noirs et ses grimaces sur un micro toujours placé très bas pour l'obliger à se pencher, Fernanda paraissait comme une vraie possédée du démon quand elle grognait des paroles apparemment aussi basiques que les titres d'un répertoire maintenant assez étoffé. Elle se plaît à alterner une voix douce et caressante de lusophone, accompagnée d'un sourire complice, avec le cri de la thrasheuse en fureur qui n'en fait que plus mal. Prika étant seule guitariste, elle délivra tous les solos sans que l'ensemble ne perde en puissance quand elle devait quitter la rythmique, rouvrant l'éternel débat : un seul gratteux avec un gros volume n'est-il pas en fin de compte suffisant dans bien des cas ?
Le set dura un peu plus d'une heure. L'hermétisme d'un Thrash sans merci, et la redondance des compositions encore sensible malgré le déchaînement d'agressivité restituée au poil, laissa en route quelques personnes mais les nombreux amateurs du genre venus prendre leur dose, ont eu la fessée de riffs, galopades, cris, cornes et poings en l'air qu'ils attendaient. Comme en attestent ces poses, le nombre de photos et ces intitulés de morceaux enchaînant les clichés les plus éculés du style il faut reconnaître, une fois que l'excitation du set est retombée, qu'il leur faudra impérativement se détacher de l'exercice de style du Thrash qui avoine pour se singulariser. Devenir un groupe qu'on veut aussi écouter seul, et un peu plus que des gardiennes de la flamme.

En attendant la douche au retour fut bonne, après une telle dose de Thrash dans la touffeur d'une nuit de canicule interminable. Malheureusement je ne pourrai pas assister aux bonnes affiches qui termineront cet été – c'est là qu'on se félicite de s'être bougé pour aller voir ces mêmes groupes un peu plus loin un peu plus tôt dans l'année. Pire encore, la rentrée s'annonce maigre.



vendredi 10 août 2018

Soulfly 400 the Cat TAF Saint Jean de Védas 27 juillet 2018

Le programme estival proposait pléthore de groupes déjà vus. Notamment, Soulfly était déjà venu dans le même contexte il y a quelques années. Et même si dans la querelle j'ai pris depuis longtemps le parti de Sepultura tant en droit qu'artistiquement, on n'allait pas encore étaler la trêve des concerts.
D'ailleurs ce fut un beau succès public : la cour de la Secret Place était bondée et laissait imaginer le sauna à venir puisque le concert se tenait dedans comme en 2013. Beaucoup semblaient être des vacanciers au sein d'un public de tous âges. Apparemment j'avais raté NOTHING FROM NO ONE, bien qu'arrivant à vingt heures.

Caser ici les Cévenols de 400 THE CAT était assez courageux, car l'autre groupe des légendaires Morgue et Superstatic Revolution a une orientation HardCore Noisy new-school éloignée de la tête d'affiche. Revenus d'une tournée en Russie, ils avaient rodé leur set et la nouvelle formation à quatre avec des changements de poste importants (Max passé à la batterie, Patrick le chanteur prenant une seconde guitare) est dorénavant en place. Le second album occupait la quasi-totalité du temps de jeu. Sur le fond, il n'y a pas de bouleversement dans un terrain balisé entre Breach, Botch, Knut et les premiers Converge : des riffs lourds et marquants structurent chaque titre, de manière à traduire des émotions voisines mais nuancées d'un morceau à l'autre.
Il est difficile de faire la part des choses au fil des années d'amitié que j'ai tissé avec les membres. N'empêche que l'évolution découlant des départs subis apporte une autre sensibilité, rendant les riffs plus lourds peut-être un peu au détriment de la basse, l'attitude moins extravertie et plus menaçante, l'explosivité se réduisant à quelques départs assassins au détour de rythmes plutôt mid-tempo mais complexes – en dépit d'un kit assez modeste. La présentation enchaînée des titres, avec peu de commentaires, est traditionnelle chez le groupe mais renforçait évidemment la saveur bourrue de ce nouveau set. Le chant demeurait impeccable, bien que souffrant d'un mixage trop faible pour l'unique passage parlé. Une part notable du public resta tout le long du temps de jeu, en dépit de la chaleur à l'intérieur, ce qui aura permis au quartet de gagner un peu de notoriété auprès d'un nouveau public qui, heureusement, reste curieux.

Quand la salle fut pleine à ras bord, il devint impossible de voir SOULFLY avec cette scène à peine surélevée. Les fans de l'ex-Sepultura se considèrent comme une tribu, on le sait, et cela explique le fonctionnement du spectacle en refrains fédérateurs mis à la chaîne, créant une communion élémentaire à sauter et taper des mains ensemble. Généralement, les morceaux sont assemblés deux ensemble pour aller directement à l'essentiel des meilleurs passages des plus gros titres d'une discographie quand même conséquente. Et cela marchait bien : une fosse se formait malgré la pression de la foule, et la température montait au point que je battis en retraite au bar au bout de vingt minutes pour ne pas mourir déshydraté.
Marc Rizzo fit montre de ses belles capacités sur plusieurs solos, et également une improvisation enchaînant Slayer, SOD et PanterA. De temps en temps Zion Cavalera se tapait une accélération, mais je ne vois pas ce qu'il apporte spécialement de plus, à part qu'on peut dire qu'il joue dans le groupe de son père. Et Papa Max me direz-vous ? Il gérait encore le growl même si l'on était loin du coffre du temps de Sepultura. Il reste le chef adulé de la tribu, et en indécrottable fan de football il se fendit de félicitations pour le second trophée conquis il y a deux semaines.
Le set avançant, on retrouvait quelques vieux classiques comme "Jumpdafuckup", "No", "Eye for an Eye" "Back to the Primitive", tous ces thèmes d'adolescent éternel qui n'avaient pas plus de chances de me charmer aujourd'hui qu'il y a vingt ans, en dépit de l'efficacité certaine de ces plans qui passaient pour le renouveau du Metal à l'époque. La tribu des fans, elle, était toujours au taquet. L'ultime titre dériva pour le bonheur de tous par une reprise esquissée de "The Trooper", comme il y a cinq ans.
La ressemblance globale avec cette précédente rencontre était frappante, d'autant qu'alors cela avait eu lieu à la même saison dans les mêmes conditions. La seule grande différence restera toutefois l'absence totale de titres repris à Sepultura. Une heure cinq, c'était bien assez vu le four que c'était dans cette bonne vieille salle, j'en sortis essoré. Ce n'était cependant que l'effet d'une setlist conçue ainsi. Et quand Machine Head offre de son côté deux heures quarante…

Au-delà de mes perpétuelles réserves envers Soulfly, je garderai un bon souvenir de cette soirée que je prolongeai en bonne compagnie. En temps de canicule, la nuit est un moment privilégié.

samedi 7 juillet 2018

What the Fest 3 Young Gods Horskh Wheelfall Thot 8 juin 2018

Le What the Fest n'en est qu'à sa troisième édition mais montait en puissance cette année avec un meilleur plateau pour le volet musical. L'événement se tenait dans un parc d'un village de la banlieue, un coin de campagne au bout d'un chemin longeant la rivière, avec les chevaux dans les champs clos derrière les camionnettes à burgers. Heureusement, les orages prévus encore ce soir avaient préféré déserter le ciel.

Quand j'arrivai, les quatre Belges de THOT finissaient de s'installer. Les dégaines hippies des filles aux synthés et les colliers du guitariste chanteur n'étaient pas très engageantes au départ, mais la musique rassura assez vite. Leur Rock ternaire et lent mélangeait plusieurs inspirations assez éloignées en théorie. Les sonorités de la New Wave servaient à bâtir des paysages sonores de désolation à la Neurosis en plus lumineux. Comme si Nine Inch Nails, Depeche Mode période "Ultra" ou "Playing the Angel" et Stabbing Westward revenaient illuminer le monde après l'apocalypse. Peu à peu, une autre facette plus Rock Progressif moderne se révélait dans ces compositions, à la Mars Volta. La brise gêna l'envoi de fumée apparemment tenté sur le côté de la scène. Malgré l'espace pris par un fan alcoolisé, le public se rapprocha volontiers sur demande. Le son concocté par Mathieu Croux, de Verdun, était parfait malgré les conditions de plein air.

Après un long intermède, les Lorrains de WHEELFALL venaient apporter la dose de pur Metal de la soirée, avec leurs tenues noires et leurs bannières rouges dont le logo est très similaire aux Dead Kennedys… Le quintet maîtrise un répertoire cohérent, de vrais morceaux peignaient encore des paysages, cependant bien plus sombres que les précédents. Nantis d'un son hyper propre, ils mêlaient des guitares froides de Black nouvelle vague à la Celeste ou Deafheaven avec des arrangements Indus constants et des accords tirant vers le Sludge. Rien ne dépassait de l'interprétation, à part les mouvements du chanteur qui empêchait que ça ne semble trop austère. Wheelfall est représentatif de la dernière génération de la scène Metal, travaillant sérieusement pour offrir de la qualité, certes au détriment d'une certaine dangerosité.

Un mot sur GÉRARD JUGNO 106, l'un des projets de Lucien Dall'Aglio, déguisé en survêtement années 80 et casquette de camping. Pour distraire l'assistance pendant les changements de plateau, il déroula de l'Electro dansante et rigolote avec de vieux synthés de collection. Pour ma part je préfère Stolearm, son projet Synth-Rock sérieux.

Les deux Franc-Comtois de HORSKH, par contre, étaient beaucoup mieux dans mes goûts. Sur un contre-jour rouge et une assez longue intro, un batteur s'installait à gauche et un programmeur-chanteur-polyvalent prenait la droite. Leur Electro Indus à gros beats, sobre et sèche, lancée à plein volume, a fessé l'assistance. Malgré ses multiples occupations, le chanteur dégage une énergie à la mesure de l'agressivité du mélange explosif de Nitzer Ebb et Skinny Puppy. Comment ne pas penser à Youth Code ? Peut-être que les compos de la première moitié du set étaient un peu moins dingues et ralentissant plus souvent que celles des Californiens, sans oublier bien sûr un timbre plus mâle. Parfois on pouvait penser à l'Electro-Dark dans une version plus sobre et pas seulement sur le rimmel, ou à Prodigy. Souvent la guitare fut employée pour muscler encore plus un propos déjà très physique, parfois le tambour aussi vers la fin de set. Vous savez que j'apprécie ce genre bionique peu pratiqué par chez nous et il n'a pas fallu me pousser pour me joindre aux danseurs dans la nuit enfin tombée et perdre un kilo sur une perf assez longue, une musique conçue pour faire mouvoir les corps sur des rythmes durs et des effets secs comme des claques. C'était excellent.

J'étais néanmoins venu surtout pour revoir les YOUNG GODS, que je suis depuis longtemps et que je réécoute beaucoup ces dernières années. C'est certainement le meilleur groupe de Rock Industriel de l'Histoire, dont l'éclectisme a permis d'intégrer beaucoup d'univers dans un répertoire pour autant remarquablement cohérent. Le Metal n'en est pas absent, et il n'est pas bien difficile pour le chevelu un peu ouvert de se laisser séduire. Le groupe évolue actuellement en trio, Treichler et Trontin ayant récupéré depuis quelques années Cesare Pizzi, ancien membre du temps des deux premiers albums dans les 80's. Mais il me semble que ce soir ce n'était pas lui qui était aux programmations.
Dans la fraîcheur étoilée, le set commença par deux inédits, certainement en avant-goût du prochain album en préparation, qui étaient dans le style assez atmo' des plus récents ou d'"Only Heaven". Ensuite cela se focalisa franchement sur l'album éponyme et l'"Eau rouge" dont furent issus la plupart des titres interprétés. Et je n'aurai jamais cru entendre en live certains d'entre eux ! Avec un son idéal, c'était le retour aux racines des jeunes dieux : une musique industrielle pure mais accessible par une démarche Rock, des textes à la poésie unique en français et parfois en anglais portés par la tessiture tout aussi unique du chant de Franz Treichler, reflet du bilinguisme de son canton d'origine. Il a un petit peu perdu à la marge avec l'âge, mais rien de grave (et il compense actuellement en cheveux longs !). Tout de même, un tube un peu moins ancien comme "Skinflowers" était incontournable et tira encore plus haut la communion avec les nombreux vieux fans. Comme à l'accoutumée, Franz brandit une paire de fois son pied de micro pour nous arroser avec le spot fixé à son pied. Les guitares, bien présentes sur album, étaient samplées comme tout le reste à part la batterie. Trontin, dans un registre un peu plus physique qu'avec les titres plus récents, commit une prestation quasi parfaite. Avant le rappel, le dernier titre était encore un inédit apparemment, dont l'introduction enfin jouée à la guitare par Franz rappelait furieusement l'un des plus fameux titres de Joy Division, pour l'emmener vers un terrain bien plus atmosphérique. Le vieux classique "Did You Miss Me ?" termina la rencontre, laissant sur d'excellentes émotions en attendant un nouveau disque.

LES TÉTINES NOIRES, autre vieux classique, venait couronner le parcours après une longue installation meublée par un long mantra aum… Le visuel est important pour ce groupe. On avait remarqué les grands os et insectes découpés en carton peint suspendus sur la scène. Mais vint surtout son célèbre pied de micro humain, un figurant nu qui se laisse manipuler comme un mannequin, avec une barre fixée sur la tête vers le bas, pour mettre l'outil à la hauteur de la bouche d'Emmanuel Hubaut toujours un peu androgyne. Je reconnaissais son bassiste, passé jadis par Treponem Pal. Malgré une introduction en douceur avec de petits concertinas, je n'ai jamais accroché à leur Rock gothique tendance "Death Rock", fortement inspiré de Christian Death pour la musique malgré des paroles en français délayées d'une voix maladive. L'esprit reprend à notre époque celui du surréalisme dada, le plus absurde. J'ai préféré aller discuter avec une ancienne connaissance, puis me retirer définitivement.
C'était une excellente soirée, qui aurait mérité une meilleure affluence encore. J'espère que l'orga rentrera dans ses frais.