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samedi 9 février 2019

Pitbulls in the Nursery Exocrine Ceild Geostygma TAF Saint-Jean de Védas 20 janvier 2019

La reprise après la trêve des fêtes est plus ou moins longue selon les années. Cette fois, ce sera par une affiche purement française, assez homogène, que sera égayée ce dimanche soir froid et pluvieux dans cette bonne vieille Secret Place, aussi indémontable que son pilier central.

GEOSTYGMA avait déjà bien entamé son set quand j'arrivai. Avec un membre de la tête d'affiche comme co-guitariste, les cinq Yvelinois envoyaient sans timidité un Death brutal et groovy de niveau débutant plein d'envie, cherchant à varier les plans sans s'égarer et osant ainsi un riff final complexe syncopé et ralenti, totalement dans le premier style de Gojira, pour achever un titre. Hélas au-delà d'une production franchement basique desservant une interprétation acceptable dans l'ensemble le mixage mettait la basse trop en avant au détriment de l'une des guitares et peut-être aussi du growl, assez naturel. Un très vieux long titre de Dying Fetus était déterré pour se couler à l'aise dans l'ensemble, avant un titre final à eux. Il y a une bonne marge de progression pour un groupe qui a encore toute sa carrière devant lui et se place dans un style que j'apprécie particulièrement.

L'affluence moyenne était dans la fourchette prévisible, malgré un prix plus que raisonnable. Il y avait du merch', mais j'ai privilégié les retrouvailles avec les habitués pour échanger des dates et des souvenirs.

En s'installant, les Avignonais de CEILD, font un peu Black Indus à la Wheelfall avec leurs tenues noires sobres et leurs bannières tout aussi noires à lune blanche. Leur Metal strictement instrumental joué à quatre ne s'avérait pas si extrême, cependant. Il est plus accrocheur et atmosphérique, avec un son équilibré, propre où les toms roulent très fréquemment. Le groupe compensait l'absence d'expression vocale par une agitation sans simagrées, dans une froide lumière bleue. On pensait évidemment à feu leurs compatriotes comtadins de Mudbath dans la démarche, à un Psygnosis moins cérébral ou un Hypno5e plus lourd qui limiterait les notes claires à quelques breaks ou finaux cristallins. Malheureusement la tour d'enceintes à droite de la scène lâcha en cours de set, sans l'interrompre, gâchant le plaisir par une réparation un peu laborieuse. Comme toujours avec ce style de groupe instrumental ménageant le groove et l'atmosphérique, la sauce prit à mesure et emballa patiemment, titre après titre et plan après plan, le public resté au chaud. Là encore Ceild a encore tout un chantier devant eux pour se faire connaître, mais je pense qu'ils pourraient intéresser pas mal d'auditeurs aux profils différents.

Je connaissais déjà les Bordelais d'EXOCRINE qui évoluent dans mes terrains de prédilection et j'étais curieux de voir ce qu'ils donnaient sur scène. Les dégaines et le son ne laissent aucun doute aux innocents : il s'agit clairement de Death Metal, mais exactement dans le style technique et dans sa direction la plus moderne, avec beaucoup de ponts et solos en moulinets, de passages plus planants et de grosses syncopes brutales et parfois deux de ces éléments ensemble. Sagement, aucune concession hasardeuse au chant clair n'est tentée. Si l'ombre de Gorod recouvre fatalement ce collectif encore assez nouveau (cela doit être lourd par moments, en venant de la même ville), j'ai songé aussi à Beneath the Massacre ou the Faceless – référence certes soufflée par le t-shirt de l'un des guitaristes. Les solos de l'autre guitare, un drôle de petit modèle étêté, rappelaient Nocturnus ou Mithras, surtout quand ils étaient posés sur l'un de ces tempos plus planants avec parfois un petit sample vaguement cosmique comme faisait Mike Browning en son temps. Cependant le riffing penchait souvent vers des structures non euclidiennes. Mis bout à bout avec tout le reste, il devenait ainsi incontestable que s'ils ont clairement choisi de faire du Death technique, ils écoutent aussi beaucoup de Djent et cela déteint fortement sur l'écriture des morceaux les plus anciens du répertoire. Ils essayèrent bien de nous faire pogoter, mais le froid était trop dissuasif et je ne crois pas non plus que le style pousse tellement à plus qu'un gigotement partiellement headbangué en suivant des plans relativement complexes.

Longtemps j'ai considéré PITBULLS IN THE NURSERY comme les Coprofago français, leur mixture entre Death technique et influence de Meshuggah étant très apparentée. Pour autant, je n'avais encore jamais vu un groupe de Metal s'installer avec un sitar pour les morceaux du début de set. Ces premiers titres y prenaient évidemment une sonorité tout à fait particulière, le contrepoint de cet instrument indien sur les riffs de plomb déstructurés et le chant crié donnait un mélange tout à fait original, exotique peut-être mais surtout pionnier. Cela exige une interprétation carrée et malgré de multiples galères qui font que le groupe n'a pas – encore – eu la reconnaissance que son ancienneté justifierait, ils ont la maîtrise à la hauteur de leurs ambitions. Après quelques titres sous cette formation, le joueur de sitar rangea son jouet pour prendre une seconde guitare et ramener le débat à des termes plus classiques. Hélas là encore, le micro du chant lâcha peu après entraînant avec lui l'ensemble du dispositif, obligeant le groupe à meubler le temps de résoudre la panne par quelques mesures de bossa nova, trahissant au passage le type d'influences transgressives que l'on rencontre fréquemment chez beaucoup de projet de ce genre. Cette seconde partie de set déroula une suite de morceaux plus proches d'un Death technique aux influences Jazz à la Atheist ou Martyr, sur un chant façon vieux Voïvod. Mais les riffs brisés, l'accordage et le chant rappelaient bien assez les fous Suédois pour ne pas rompre les étiquettes. Comme on avait commencé assez tôt, le retard causé par les pannes n'interdirent pas un petit rappel d'un titre.

Les conditions climatiques ne poussaient pas à prolonger indéfiniment une soirée pourtant sympathique. Prochainement, il faudra se déplacer plus loin que ça.


jeudi 3 janvier 2019

Klone Cloud Cuckoo Land Black Sheep Montpellier 13 décembre 2018

Après Slayer, on aurait pu décider d'arrêter d'aller voir des groupes et mourir tranquilles. Mais je suis trop faible face aux tentations, et malgré cette pluie qui semble décidée à m'accompagner à chaque fois, le premier concert du reste de notre vie amorçait une reprise en douceur.
Comme je m'y attendais, la cave du Black Sheep n'accueillit qu'une demi-jauge environ d'un public assez jeune en moyenne, de ceux qui ont grandi avec Klone. Au-delà du mauvais temps, le fait qu'ils soient déjà passés en ville au format acoustique l'an dernier aura immanquablement dissuadé une partie des gens. Le merchandising de la tête d'affiche était profus. Bizarrement Arbre, le sonorisateur de la salle, balança à chaque interlude de la soirée un morceau de New Order.

Le premier groupe à s'asseoir sur les sièges hauts occupant la scène était les cinq locaux de QUINE, avec deux guitares et une chanteuse. Sans trop connaître encore le groupe et ses influences, sur ce format débranché on nageait dans un Rock Atmosphérique placide très classique, qui m'a rappelé The Gathering ou Radiohead dans leurs secondes périodes. Le son quasi cristallin des cordes, que le bon matériel du lieu rendait fort bien, rappelait celui du vieux Rock des origines sur des tempos bien moins endiablés. Après quelques créations homogènes et de bonne facture, une reprise fidèle du "Teardrop" de Massive Attack se coulait parfaitement dans ce répertoire. Le timbre haut de la chanteuse, s'il n'est évidemment pas encore aussi souverain que ceux d'Anneke van Giesbergen ou Elizabeth Fraser, est tout à fait maîtrisé et prudent là où d'autres caseraient quelque effet de vocalises inopérant. C'est à l'image d'un collectif qui préfère bien tenir ses bases pour commencer, et j'ai trouvé ce court set tout à fait encourageant (cartong pleing…).

CLOUD CUCKOO LAND n'est rien d'autre qu'un projet parallèle rassemblant les trois quarts de Klone avec une chanteuse à la place de Yann Ligner. De fait, il apparut vite que cet autre groupe emprunte une direction très différente après un lancement de set progressif. Entre les petites notes pincées tirées d'une bonne vieille Stratocaster (on peut en faire tellement de choses !) et la guitare sèche de Guillaume Bernard, les paysages sonores étaient beaucoup plus changeants autour de la voix largement plus voyageuse de la seconde chanteuse de la soirée. Elle explore en effet des variations et modulations amples, expressives et introspectives à la fois, changeantes comme un rêve malgré la délicatesse de l'ensemble, osant quelques montées de puissance pour tendre tel ou tel morceau avant sa rupture comme on se réveille d'un songe qui tourne mal. Une fois de plus, on comparera ce type de travail vocal avec celui de Kate Bush, référence difficilement contournable dans ces territoires, malgré un encadrement instrumental plus moderne et intimiste. La variété des passages rendait la communication assez superflue et l'expérience plaisante.

Que de chemin parcouru par KLONE depuis la première fois que j'avais vu une bande d'adolescents chevelus et rigolards tenter de doubler Gojira par des riffs plus mélodiques et un peu de chant clair ! C'était il y a treize ans et le personnel a bien changé, transformant le plan de base en quelque chose de plus ambitieux et personnel. J'avais déjà revu les Poitevins ensuite, moins qu'à mon tour du fait de conflits de dates répétés, mais pas encore sous cette formation "unplugged" des derniers temps. Même à ce volume, l'écriture de Klone est identifiable, par ses rythmes de sauropodes et ses notes mélancoliques et lumineuses. La tessiture particulière de Yann Ligner renforce à l'oreille ce lien entre les deux incarnations, ce chant de tête haut et étincelant glissant régulièrement dans des passages râpeux. L'influence évidente d'Alice in Chains était surpassée cependant par quelques passages à pleines mains des deux guitares, alors que la Fender avait disparu et la basse jamais apparu, où ressurgissait une identité Metal indélébile. Sans pouvoir en être sûr, cela venait certainement de titres antérieurs au dernier album purement acoustique. L'ambiance restait tout à fait bon enfant, quelques fans entonnant muettement les paroles et applaudissaient généreusement les quatre membres formant l'équipe actuelle. Le rappel clôturant ce parcours tranquille fut composé de deux reprises assumant on ne peut plus clairement les inspirations déjà discernables : "Heart-Shaped Box" où le timbre de Ligner ressemblait à s'y méprendre à celui de Kurt Cobain, puis ce "Black Hole Sun" plus puissant, qui avait été un tube grand public d'une façon inconcevable pour l'époque actuelle.
Un dernier salut plein d'amabilités réciproques clôtura probablement cette année de grand cru sur le front des concerts sur une note apaisée.

vendredi 14 décembre 2018

Slayer Lamb of God Anthrax Obituary Palau Sant Jordi Barcelone 18 novembre 2018

Quand le planning de la tournée d'adieu de Slayer fut publié, la France récrimina une fois encore sur son sort d'abandonnée, car la date de l'an prochain au Hellfest n'était pas encore connue. Et les frontaliers s'apprêtèrent à prendre une nouvelle fois la route. Ainsi la date en weekend à Barcelone était une opportunité en or pour tous les méridionaux, et je n'avais pas tardé à me jeter dessus une fois les ventes ouvertes. Surtout que je n'ai vraiment jamais eu de chance avec Slayer. Comme beaucoup d'entre nous ce nom a marqué au fer rouge mon entrée définitive dans le Metal extrême (bien que ce soit plus pour la musique que pour tout le décorum). Et pourtant, j'avais dû attendre quinze ans ensuite pour les voir enfin, cumulant les impossibilités variées à chaque passage, y compris l'empêchement majeur de dernière minute en ayant la place achetée !!! Ce cas étrange dans ma vie musicale m'a longtemps tracassé, cela a été certainement un ressort pour aller voir bien d'autres affiches moins prestigieuses ou moins dans mes goûts et devenir ensuite accro du live. Jusqu'à cette première fois, enfin, au Zénith de Paris en 2011, alors que Jeff Hannemann ne participait déjà plus. Alors puisque ça serait l'ultime occasion, rien n'allait m'empêcher de rendre tribut pour l'éternité.

Le Club du Palau Sant Jordi est une grande salle de Barcelone, bâtie depuis les JO de 1992 dans le vaste complexe de la colline de Montjuic qui domine le sud de la ville. Sans voiture, je n'avais d'autre choix que de remonter à pied sous la pluie battante et le jour baissant l'allée monumentale des tours vénitiennes partant de la Plaça de Espanya, puis contourner l'imposant Musée au sommet. Il y avait déjà un peu de queue, mais en se retrouvant par hasard avec des compatriotes venus de divers secteurs proches du Midi l'attente fut nettement moins pénible. Et surtout la suite prouva que nous étions en réalité bien au début de la file qui serpentait à perte de vue le long de l'allée d'accès principale venant de l'autre côté de la colline.
Comme on peut le voir dans certains DVDs, la salle "Club" accolée à la principale n'est pas très belle à l'intérieur : c'est un immense rectangle avec quelques gradins sur la longueur de gauche en regardant la scène. On peut cependant y rentrer quelques milliers de fanatiques à l'aise. On y retrouvait cette fois les copains prévus, retardés par les gilets jaunes sur la partie française de leur trajet. On avait le temps aussi de parcourir les merchs et autres recommandations d'avant-concert.

Je vénère OBITUARY au sommet des pères fondateurs du Death Metal et leur présence en apéritif donnait encore plus de saveur à l'événement. J'étais curieux de voir ce que les Floridiens pouvaient donner cette fois sur un temps rétréci face à une audience beaucoup plus vaste, et non plus en tête de tournées ciblées Death Metal. Ils prirent les choses sans complexes avec leur recette habituelle, secouant les tignasses au rythme d'une setlist orientée quasi-exclusivement sur des classiques de toujours sous une toile affichant sobrement leur logo. Un seul titre était issu de la période de reformation. "Deadly Intentions" au début souffrit d'un mixage trop faible de John Tardy, rapidement corrigé, qui restera la seule imperfection sonore à signaler de toute la soirée. Montrant autant d'envie que lorsqu'ils sont en tête d'affiche, le groupe remporta un succès imparable avec un enchaînement prévisible mais toujours irrésistible "Chopped in Half-Turned Inside Out", attesté par les premiers slammers surnageant de la foule, suivi de "Find the Arise" avec son intro orageuse doublement de circonstance. Depuis le temps qu'il est là, Ken Andrews maîtrise maintenant tous les solos sans difficultés, en y donnant le sentiment qu'il faut, ce qui n'était pas encore le cas il y a quelques années. Même "I'm In Pain" retrouve le solo d'ouverture, il n'y avait rien à dire. Même si l'on aurait volontiers prolongé, l'affaire fut emballée aussi clairement en quarante minutes que sur un set au format plus habituel, jusqu'à l'attendu "Slowly We Rot" de clôture.

Au passage, ANTHRAX était le dernier pied du Big Four que je n'avais encore jamais vu. L'esprit fendard pied au plancher des New-Yorkais m'attire moins, mais a inspiré beaucoup de groupes du revival Thrash en revanche. Après avoir fait envoyer "Number of the Beast" pour terminer l'intermède, le groupe se présentait devant une toile de fond reprenant une version zombifiée de la pochette d'"Among the Living" et surtout Joey Belladonna au chant, avec sa longue tignasse, son micro sur une tige façon Freddy Mercury comme d'habitude, et son énergie à sautiller à travers la grande scène. Plus surprenant, le groupe attaquait en reprenant aux défunts amis les frères Darrell le riff d'ouverture de "Cowboys From Hell", avant d'attaquer deux vieux classiques puis le titre plus récent qui consacrait le retour de Belladonna. Le quintet a conservé une pêche contagieuse dont la fine pointe tenait à mon avis au toucher enthousiaste de Scott Ian à la rythmique, même si le chanteur préférait mettre en valeur avec son micro le dernier arrivé John Donais sur les solos qu'il restituait convenablement. Le public Espagnol, où domine toujours la culture et les gimmicks du Heavy traditionnel, reprit volontiers certains riffs en chœurs comme à son habitude.
Vinrent ensuite les reprises institutionnelles du répertoire d'Anthrax, à commencer par celle de Joe Jackson présentée comme du "fresh Metal", à moins que j'aie mal entendu et que Belladonna n'aie inversé avec l'adaptation d'"Anti-Social" qui devait suivre, chaleureusement reprise à pleine voix par nos hôtes transpyrénéens (et dans sa version originale par quelque français près de moi). Bien que je n'aie jamais été très fan de Trust non plus, il faut admettre que cela était quelque peu émouvant. Revenant enfin sur d'anciens titres sur lesquels gigoter et gueuler joyeusement pour les Indiens, le set ne pouvait hélas trop se prolonger et le riff de clôture de "Cowboys from Hell" à nouveau marqua la fin d'une expérience à parfaire volontiers. Les reprises nombreuses ont certes toujours fait partie de l'identité d'Anthrax, mais cela en faisait un peu beaucoup sur un temps si limité. Et je regrette encore que toute la production avec John Bush passe aussi à la trappe.

Cowboys From Hell (premier riff)/ NFL/ Caught… in a Mosh/ Fight 'Em 'Til You Can't/ Got the Time/ Antisocial/ Be All, End All/ Indians/ Cowboys From Hell dernier riff

Bien que notablement plus jeune, LAMB OF GOD jouissait d'une plage plus large que ses prédécesseurs. Toutefois ce ne fut pas le soir de ma réconciliation avec les Virginiens. Nantis d'une décoration de scène plus élaborée avec ces espèces de longues marches illuminées de part et d'autre la batterie, le groupe ne parvint toujours pas à m'arracher mieux que des hochements de tête à moitié distraits. Sur scène il est encore plus évident qu'ils étaient voués à reprendre la place de PanterA, assurer la relève du ThrashCore Groove face à la montée du MetalCore plus mélodique où Machine Head se vautrait outrageusement, tandis que Chimaira ne pouvait pas plaire à tout le monde. Malheureusement, toutes leurs compos souffrent de cet inexplicable blocage rythmique, l'incapacité quasi-totale à passer la cinquième vers un tchouka-tchouka couillu et libérateur. Et puis tous ces riffs au tempo freiné n'arrivent comme par hasard jamais à imprimer la mémoire auditive, à faire vibrer quelque chose au fond de l'auditeur.
C'était le moment de relâcher et traiter divers besoins physiques tant que tout était facilement accessible (surtout qu'un des distributeurs ambulants de bière qui sillonnaient la salle vint me débaucher dans la courte file !). Pendant ce temps, l'ascendant de Randy Blythe sur son groupe se vérifiait lorsque ses musiciens disparaissaient lors des pauses en le laissant seul faire de brefs discours aimables, mêlant un peu de castillan aux formules habituelles en anglais, mais brisant maladroitement une partie de son effort en appelant régulièrement le public "Spain" malgré les protestations d'une partie (la tension politique en Catalogne est encore trop forte pour être mise de côté le temps d'un concert…). Sur ce plan encore, la différence entre le franc succès et la simple performance estimable tient à si peu.


Et après l'ultime intermède l'obscurité se fit, l'introduction monta sous les acclamations tandis que des croix puis des pentagrammes se mouvaient sur une fine toile suspendue devant la scène, qui s'effondra pour laisser apparaître SLAYER envoyer au taquet "Repentless", titre d'ouverture de l'album qui sera certainement le dernier. Quel tsunami ! Au-delà d'un Thrash agressif et rapide, le volume élevé et une pyrotechnie somptuaire frappaient très fort et ont captivé l'auditoire définitivement. Même en vidéo je n'avais jamais vu Slayer dispenser à profusion un tel feu d'enfer, par un double mur de part et d'autre de la batterie surélevée, soit par des jets brefs suggérant à nouveau des croix ou des pentagrammes incomplets, ou encore de ces coups de torches qui mettent un coup de chaud à un public déjà ensorcelé… À ce niveau c'était à la fois Rammstein et un Slayer décidé à mourir en emportant tout avec lui.
Il n'était pourtant pas facile de bien tout voir, avec tous les téléphones qui dépassaient et ce père qui passa le concert à jucher son fils sur les épaules, lequel avait certes l'air de bien prendre son pied mais emmerda bien des gens derrière (à mesure j'ai pu les contourner peu à peu). En me plaçant sur l'axe central, j'avais choisi cette fois de profiter équitablement des deux guitaristes équitablement (vous savez comment Slayer fonctionne). Kerry King en masse bougonne et taciturne est toujours un soliste quasi parfait sur ses parties, le seul des deux bénéficiant de focales d'éclairage sur sa petite et compacte personne, tandis que Gary Holt faisait ses parties sans avoir le même feeling que Jeff Hannemann, fatalement. Malgré ce, comment ne pouvait-on pas être à fond avec ce répertoire immortel qui a façonné la scène extrême, de tels musiciens et ce spectacle exceptionnellement travaillé ? Par le headbang, les cornes levées et la reprise des paroles les plus célèbres, par l'urgence de l'ultime communion c'était une expérience rarement intense, où les souvenirs et états d'âme charriés au long des années d'écoute fusionnaient avec une exécution magistrale et transcendaient les colères les plus intimes…
En plus les titres gagnent en impact depuis que Tom Araya fait moins d'annonces, se prendre sans prévenir les premières mesures de "Mandatory Suicide" ou "Postmortem" à plein volume les rend encore plus puissants, comme on redécouvre celles de "Dead Skin Mask" sans la reprise du refrain en introduction qui était devenue traditionnelle. Et en avantage, les oublis de versets sont redevenus plus limités qu'à une longue période. Tom n'a quand même pas tout abandonné : un speech introductif et le cri à l'ancienne rendaient "Waaâââr Ensemble" totalement jouissif, ou lançaient ce "Payback" sardonique. Mais sa simple présence iconique et silencieuse, le visage enfin rasé (ça lui va quand même bien mieux) au bord de l'éclat de rire, suffit à électriser le public et il en joue. Un peu d'espagnol permettait opportunément de créer un lien un peu spécial.
La setlist alternait grands classiques et des morceaux plus récents mais invariablement rapides. Au-dessus d'une longue épée figurée en bas de sa batterie, Paul Bostaph avait deux sculptures métalliques du logo historique du groupe de part et d'autre. S'il n'a pas la finesse de touche quasi sentimentale de Lombardo, sa puissance de frappe et sa maîtrise quasi irremplaçable du catalogue ont balayé tous les ricanements les plus tenaces des fans qui se voulaient plus authentiques que les autres. Voyez ce féroce "Dittohead" par exemple. Derrière lui, plusieurs fonds de scène se succédèrent, notamment une version fluo du dernier album. Après un "Hell Awaits" enchaîné, la pause rappelait que le temps passait hélas. L'introduction enregistrée de "South of Heaven" relançait l'enthousiasme d'un public loin d'être fatigué, tout en laissant au quartet infernal le temps de se réinstaller sans hâte pour une dernière longueur de titres de trente ans d'âge minimum. Le halo à contre-jour pour mettre en valeur Bostaph sur les trois coups annonçant un "Raining Blood" hystérique confirmait qu'à la fin de l'histoire, les deux membres originels (enfin, surtout un…) le considéraient pleinement comme l'un des leurs, honneur discret mais pas du tout anodin qui n'aura jamais été accordé en aucune sorte à Gary Holt, bloqué à toujours au poste du copain sympa qui dépanne la famille. Le membre défunt, d'ailleurs, sera honoré une fois de plus par la projection du logo pastiche d'une marque de bière de grande consommation qui lui rendait déjà hommage sur de précédentes tournées pour cet "Angel of Death" final, ultima ratio d'un rappel qui n'avait pas été avare non plus en feu et flammes.
L'ultime carnage achevé, les quatre restèrent inhabituellement longtemps pour saluer et jeter quelques mediators ou baguettes aux fidèles, Kerry King esquissant même des sourires et de brefs échanges. Puis ils laissèrent encore Tom seul dire quelques mots et un "Gracias para todo, adios !" qui prenait tout son sens dans ces circonstances. Si Slayer a choisi de mourir en possession de ses moyens, ils n'ont pas menti et partent sur une démonstration de force. J'en ai eu un acouphène jusqu'au lendemain après-midi malgré mes protections.

Delusions of Saviour - Repentless/ Blood Red/ Disciple/ Mandatory Suicide/ Hate Worldwide/ War Ensemble/ Jihad/ When the Stillness Comes/ Postmortem/ Black Magic/ Payback/ Seasons in the Abyss/ Dittohead/ Dead Skin Mask/ Hell Awaits
South of Heaven/ Raining Blood/ Chemical Warfare/ Angel of Death

Ne restait plus qu'à récupérer ses affaires et rallier tranquillement le bus de nuit par le chemin inverse de l'aller à travers une nuit au calme tellement contrasté. Celui qui suit les plus sanglantes victoires.

mercredi 5 décembre 2018

Sick of It All Black Knives TAF Saint Jean de Védas 13 novembre 2018


Aller au concert le treize novembre. Cela fait un peu bizarre maintenant. Dire que des gens avaient demandé de mes nouvelles dans les jours suivant les attentats, craignant que je sois à un mauvais endroit vue ma réputation de requin des salles. Bref.
Sick of It All est le groupe qui m'a toujours inspiré le plus de respect parmi tous les grands de la scène NYHC : l'intégrité sans arrogance ni casseroles, la force avec la vitalité, la gentillesse sans mièvrerie, la pureté du style avec un son bien à soi, une passion jamais lassée. Même Tom Araya s'est fait tatouer le logo du groupe sur sa peau velue. Aussi n'étais-je pas surpris en arrivant de rencontrer une belle affluence sous les tentes nouvellement tendues à travers la cour de la Secret Place en raison des pluies incessantes des dernières semaines. Toutefois, beaucoup de gens venaient de Toulouse ou de Provence en général, une ville et une région où le HC old-school a conservé un public important, et même rajeuni dans le cas de la cité des Violettes.
Ralliant malheureusement la salle plus tard que prévu j'ai raté le tout premier groupe qui venait de déserter la scène, EIGHT SINS, qu'ils me pardonnent. Le merch' des trois formations était fourni.

Qu'il est difficile d'ouvrir pour un tel monument ! Les cinq Toulousains de BLACK KNIVES s'y lancèrent sans complexe. Leur NYHC métallisé rappelait le Sworn Enemy d'il y a quelques jours, Hatebreed et évidemment un Alea Jacta Est qui serait plus traditionnel. Tout cela nous ramenait aux sensations d'un après-midi sous le soleil de l'Xtreme Fest. Les bonnes mosh-parts et les riffs fiers s'enchaînaient, le groupe se démenait mais l'assistance, bien que rentrée en nombre pour regarder, se réservait très clairement pour la suite. Heureusement le set fut assez long. À force d'insister, les harangues arrachèrent un peu de pogo et un circle-pit vers la fin, qui auraient éclaté bien plus facilement dans un contexte moins exceptionnel. Peut-être que les peaux de la batterie, à mon sens, manquaient un légèrement de tension et le son aurait-il pu être un peu plus clean, mais je ne voudrais pas gâcher les adieux de l'ingé' son du groupe dont on nous demanda de saluer chaleureusement le départ. En tout cas on ressortira volontiers les couteaux une prochaine fois.

Les ans ont-ils prise sur SICK OF IT ALL ? Dès les premières mesures, la fosse compactée explosa comme un volcan qui vomit jusqu'à la fin du set, beaucoup plus tard, un flot régulier de slammers (bon, certaines têtes revenaient souvent quand même !). Enchaînant des titres d'époques différentes, incluant bien entendu des extraits du nouvel album, le gang montre toujours une patate écoeurante, même si sur une petite scène comme celle-ci on ne peut plus voir Pete Koller courir d'un bout à l'autre. À travers les mots de son frère, le groupe se donna totalement à ses fans une fois de plus. Il remotive les moshers, rappelle brièvement trente-deux ans d'histoire quand il le faut, commande les chœurs sur des refrains devenus légendaires semés de "Oï !" résumant toute une tradition à préserver… et maîtrise maintenant un "Merci beaucoup !" sans plus aucun accent ! Des classiques comme "My Life", "Sanctuary" ont été rejoints par des titres moins anciens comme "Let Go" ou "Take the Night Off" comme grands succès, voire des très récents tels "DNC" aussi redoutable ; passé et présent se rejoignent dans une même célébration et peu sauraient en dire autant.
SOIA, c'est aussi un son de basse emblématique, puissante sans fuzz excessif, s'exprimant à l'aise dans la place laissée via une seule guitare. Et tout ça envoie pied au plancher, dans un déchaînement d'urgence Punk totalement maîtrisé, même la basse seule a pu tenir le circle-pit à plein régime sur un break d'intro de plusieurs secondes. Sans sonner aussi puissants que du Metal, tous ces riffs si agressifs et rapides bénéficient d'un son de guitare d'une propreté constante tant en studio que sur scène. De chœur en mosh, tout le public y était. Lou Koller demanda comme d'habitude qui venait les voir pour la première fois. Il y en a de moins en moins mais c'est aussi une astuce pour ouvrir le contact avec quelque fille à son goût au milieu de la masse, car il est malin ! Il faut voir avec quel métier il sépare la fosse des coreux en nage tel Moïse, puis chauffe chaque bord pour lancer un "Scratch the Surface" rageur. Laissant le public enfin choisir en apparence l'ultime titre à jouer en rappel, mais écartant ceux déjà donnés, ce fut l'incontournable "Step Down" qui acheva l'assistance. Et malgré son gabarit Lou se jeta quelques instants parmi les moshers en folie, avec son micro filaire, comme un gamin qu'il est resté pour n'avoir jamais perdu la foi !
Par réflexe je regardai l'heure tandis que l'euphorie et les cris planait encore dans une chaleur confinée, et constatait que le set avait dépassé l'heure de jeu ce qui n'était de mémoire jamais arrivé, du moins en ma présence, forçant encore un peu plus mon respect déjà acquis. Cela valait bien un salut de ma part aussi pendant que les quatre donnaient tout le temps nécessaire aux fans désireux d'échanger un peu, de se photographier ou se biser ensemble.
Malgré tout ça, la semaine de concerts va encore monter de quelques crans.


dimanche 25 novembre 2018

Cortez Stuntman Black Sheep Montpellier 8 novembre 2018

Voilà des mois que je n'étais pas retourné au Black Sheep. Ce soir j'avais déjà vu les deux groupes au programme, mais c'était bien la raison pour laquelle je repris ce cher chemin dans la nuit automnale animée mais menaçante. Comme on pouvait prévoir les anciens habitués se massaient au seuil du bar, le prélude se prolongeant car l'ouverture de la cave et le coup de semonce arrivèrent inhabituellement tard.

Les Sétois de STUNTMAN sont devenus au fil du temps l'une des institutions de la scène locale, toujours productifs (deux minis encore cette année) en dépit des inévitables changements de personnel, engagements dans d'autres projets et responsabilités croissantes de la vie privée. Le quartet, ce soir encore, a su construire son identité en brassant des inspirations assez larges principalement héritées des années 90, essentiellement le HC New School et le Noise. Le groupe assume néanmoins aussi l'apport du Metal plus ou moins extrême de cette époque et même du Stoner de tradition plus ancienne.
La synergie d'un groupe très rodé, l'accordage assez grave de la guitare et l'alliance de la lourdeur et de l'agressivité accentuaient la facette Metal, même si le grand nombre de riffs exigeants et la spontanéité du chanteur (dernier membre originel du groupe) confirment les affiliations dominantes pour un résultat franchement bourru. Comme d'habitude, ce dernier plongea au bout d'un moment dans la fosse ! La basse, particulièrement audible ce soir, donnait une couche appréciable de groove en dépit des chœurs parfois coupés au micro vocal par ailleurs. Ce mixage se calait bien avec la frappe de batterie puissante, à l'ancienne, préservée par les groupes de cette génération. Le titre Grindy en fin de set était aussi bien maîtrisé que chez des spécialistes du style, le groove en plus. Avoir écarté quelques anciens morceaux incontournables de la setlist suggère qu'après quinze ans de présence, ils ne souhaitent toujours pas se reposer sur les acquis.

CORTEZ, qui publie ces jours-ci son troisième album après cinq ans de silence (pour répondre au fan de Noir Désir qui avait demandé "Combien à attendre ?"), se présentait avec un nouveau chanteur et une certaine évolution une fois encore.
Toujours sans basse à ses côtés, au moins sur scène, la bonne vieille Gibson apporte son grain Rock classique à un HC chaotique et rageur aux structures mieux apparentes qu'un bête admirateur de Converge. Le chant demeure crié mais fait passer un peu d'émotion à présent, ce qui facilite la pénétration d'un style tout de même bien violent. Les Fribourgeois n'y perdent pas en intensité, ni en complexité. Le nouveau titulaire arpentait toutefois la scène comme un lion encagé, muscles et moustache compris.
Nous qui avions discuté de la synchronicité pieds-mains chez les batteurs pendant la mi-temps, la réponse assénée par le titulaire m'a assez impressionnée vue la complication des parties qui ne le laissent jamais respirer jusqu'à la fin du titre, sur des rythmes puissants. Je trouve qu'il y a eu là un progrès plus frappant encore que la petite évolution du chant. La communion progressa sans peine au long du set de trois quarts d'heure, comme la première partie, malgré le départ d'une frange du public venue une fois encore voir les copains du coin en première partie. Après avoir chanté quelques instants face au mur du fond de scène ou titillé le larsen des retours, le brailleur acheva quasiment un titre en criant directement sur nous le bref refrain tandis que le micro filaire gisait sur le sol de la petite estrade. Un fameux hymne de "Phoebus", l'album précédent, forma l'apothéose évidente d'une performance suffisamment étalée pour s'appuyer sans complexes sur un passé pourtant un peu différent, et dont il n'y aurait guère à élaguer. 
Malgré un merchandising fourni et assez amusant même, je n'ai pas beaucoup traîné afin d'éviter les averses en embuscade sur le trajet.

mardi 13 novembre 2018

Killing Joke Turbowolf Cabaret Sauvage Paris 27 octobre 2018

Il a fallu que je le mérite, ce concert ! 4 h 40 de retard de train ! Affichant complet depuis beau temps, en tout cas avant que je réalise que je me trouverai à nouveau à Paris à ce moment-là, j'ai pu y accéder finalement par la grande chance de bénéficier d'un désistement.
Et rencontrer Killing Joke avait du sens. Même si je n'y touche plus beaucoup, la blague fatale a eu jadis une grande importance dans mon parcours musical. Pas tellement parce que le groupe est presque de mon âge. Mais parce qu'en les découvrant en quelque sorte trop en avance par rapport à la progression normale d'un novice vers les profondeurs de la musique indépendante, ces Londoniens ont été là à la fois pour sceller mon appétence aux gros riffs Metal, m'introduire aux personnalités artistiques affirmées ouvrant des parcours improbables, me familiariser avec l'Industriel et le Post-Punk, enfin me rappeler que je resterai toujours sensible à la New Wave même si pour un étudiant de cette époque c'était impossible à assumer.

Dans la froideur brutalement tombée et la nuit tombante, j'ai encore eu un peu de mal à trouver le chapiteau du Cabaret Sauvage dans le vaste parc de la Villette. Une fois rentré j'ai immédiatement apprécié ce cadre assez spacieux et subtilement désuet, où la scène n'est toutefois pas au centre mais sur un bord. Assez vite on réalisait que le complet n'était pas de la blague. L'assistance était assez âgée et représentative du panel des fans prévisibles de Killing Joke : rockers quinquas nostalgiques du tournant des années 80, fans pointus de musique Industrielle (normal, à la Villette), Metalleux en nombre significatif, occultistes en civil…

En première partie venaient leurs compatriotes de TURBOWOLF, de Bristol précisément. En formation trio, cheveux longs et tenues bariolées (enfin, pas le batteur trapu installé côté gauche), sans bassiste, ils présentaient une musique assez différente. Leur Stoner Psychédélique est bourré d'énergie, ne laissant guère l'auditeur se relâcher tant les plans se succèdent vite. Le chanteur, fortement réverbéré, cabotinait avec l'assistance notamment avec quelques souvenirs de français ou en indiquant le refrain à reprendre pour le morceau à venir, avec cette manie agaçante des Anglo-Saxons de pointer dans le public façon Obama. La guitare fuzzait tellement qu'une basse était effectivement superflue, sans pour autant agresser l'oreille. Entre Stoner vitaminé, résurrection de Zappa et microtraces de Funk, l'affaire était catchy et remporta quelque succès. Mais elle me rappela à son désavantage Philm, un ancien groupe de Dave Lombardo beaucoup plus intense dans un style approchant, mais moins préoccupé par le succès. Décrochant peu à peu malgré l'abattage certain sur scène, je me suis retiré avant la fin du set pour profiter tranquillement de la faible queue au bar. Du reste, leur temps de jeu ne me parut pas très long pour un groupe qui a quand même trois albums en stock.

La longue pause fut agrémentée d'un fond musical parcourant par moments l'EBM pour mon plus grand bonheur. Heureusement car tout ce temps pour faire trois vérifications espacées et installer une bougie (?), y'avait de l'abus.

Après toutes les péripéties traversées, KILLING JOKE commet l'exploit de réunir son line-up originel et stabilisé pour son quarantième anniversaire. Si Youth et Geordie accusent le poids des ans (seulement des ans ?), Jaz Coleman reste éternel dans sa combinaison noire, son maquillage blanc aux yeux noirs, et son air ahuri de fou pas trop dangereux. Mais l'avantage d'une personnalité pareille, c'est qu'il vit avec autant de foi les vieux titres Post-Punk comme celui de l'ouverture que les morceaux plus récents qui fessent Ministry sur son propre terrain venus par la suite. Tout cela est uni par les thématiques conspirationnistes et spirituelles de son esprit gentiment fêlé, qui ont nourri constamment son écriture au fil des époques.
Logiquement la production était calée sur le style actuel du groupe, un gros son bien Metal parfaitement balancé, propret mais accrocheur et massif. L'effet était garanti pour les énormes riffs de salaud de Geordie Walker avec son éternel calot sur la tête, syncopés en mid-tempo sur les rythmes de Big Paul. En plus les intros étaient parfaitement audibles ce qui calait haut la puissance de blast de l'ensemble. Écartant toute nostalgie excessive, le programme parcourait avec équilibre les albums récents et les légendaires premiers, et l'on passait ainsi du headbang au pogo Punky sautant dans tous les sens. "Eigthies", victime du plus fameux plagiat de l'Histoire du Rock, vint assez vite pour la plus grande joie du jeune fan de Nirvana à côté de moi…
S'il passait très facilement du chant clair à des tons plus gutturaux, Jaz nous fit quelques tomarayades sur certains commencements et surtout refrains que le public compacté connaissait par cœur de toute façon. Sur un titre, Big Paul et Youth assurèrent certains couplets. Les chœurs de l'assistance sur "Loose Canon" étaient par contre inévitables et surtout chaleureux. Coleman se livra en compensation à quelques brèves allocutions géopolitiques (avant "New Cold War" évidemment) ou spirituelles (il paraît qu'ils adorent tous les dieux).
Au-delà du plaisir intense à parcourir un répertoire assez phénoménal, on constatait à la marge que les vieux titres souffraient quand même du choix d'une production et d'un accordage bas ultra Métalleux pas idéalement adapté au ton plus léger des nombreux extraits du premier album, "Bloodsport" ou "The Wait" sonnaient assez différemment de l'origine par exemple, sans pour autant que l'enthousiasme de la fosse n'en pâtisse tout de même.
Après que Jaz eut dédié, après une longue pause, le titre à venir à la mémoire de Paul Raven, ce "Love Like Blood" était toutefois méconnaissable dans les premiers instants tant ce son était éloigné des réglages de la New Wave, comme sa veine mélancolique tranchait avec le ton général du concert. Ceci accepté, cette facette franchement délaissée – à part ce titre immortel – fait  pleinement partie de l'identité du groupe et aérait plaisamment l'ambiance pour le moins corpulente et physique du show. Pour le finish s'enchaînèrent les incontournables "Wardance" et "Pandemonium" laissant le monde sur son riff imparable et son refrain fédérateur tourné vers l'avenir.
Le temps de reprendre ses esprits (autrement dit un demi pour rattraper une partie de ce qu'on avait sué !) et laisser l'assistance s'égrener lentement par l'unique sortie, on se disait qu'encore une fois, les pépés avaient donné une leçon. Le froid mordant pour la saison et le long trajet à faire vers mon hébergeur m'achevèrent tout à fait. Nos prochaines aventures nous emmèneront plus au sud, peut-être même au sud du Ciel.

vendredi 9 novembre 2018

Sworn Enemy Surra TAF Saint-Jean de Védas 23 octobre 2018

Dans mes plus belles années 90 j'aimais bien le crossover Metal HC, et je m'y replonge très facilement le temps d'un concert de temps à autre. Surtout que là j'avais déjà vu Sworn Enemy il y a une dizaine d'années en support d'Agnostic Front, et c'est toujours intéressant de revoir un groupe d'un certain poids après un tel laps de temps, au cours duquel il y a même eu un vrai break.
Le faible nombre de voitures aux abords de la salle faisait comprendre tout de suite que ce soir, cela se restreindrait aux plus mordus de la scène et c'était hélas une réunion d'habitués en effet. La douceur de la soirée était peut-être un peu en cause, qui sait ?

Et pourtant le trio Brésilien SURRA lançait remarquablement l'affaire. Leur Crossover est un peu plus traditionnel, mélangeant le Thrash et le HC Punk, Anthrax et les Dead Kennedys. Malgré les paroles en portugais, l'énergie explosive et la communication en anglais international suffisaient à faire comprendre qu'ils sont en colère. Comment ne pas faire le lien avec l'actualité dans leur pays ? Malgré cette circonstance, la débauche d'énergie restait positive et le guitariste principal chanteur gardait une expression souriante au milieu de poses parfois déjantées, perdant même une fois sa casquette retournée. Enchaînant les riffs efficaces, le son restait très primaire mais gagnait en chaleur avec la basse qui pouvait même se permettre une paire d'arpèges rapides (enfin des jeunes qui ont redécouvert tout ce que cet instrument apporte !). Mais le plus marquant restera à mon avis le batteur, toujours dans le tempo, qui frappait fort et haut sur des tempos extrêmes sans trop se forcer. Il en remontrerait à bien de ses confrères qui truquent leurs blasts. Le public appréciait mais restait globalement sur sa réserve pour la suite. Je regrettai d'avoir raté Surra une fois précédente, ils sont dans le haut du panier de ce style qui n'en finit pas de revenir de plus en plus fort.

En parlant de ça, SWORN ENEMY aussi nous est revenu nettement plus costaud que dans mes souvenirs. À part le chanteur, le quintet a été entièrement renouvelé et atteint une puissance de frappe redoutable. Leur HC est très métallisé mais ne ressemble pas à du MetalCore banal, notamment par le chant crié et surtout enfin dignement mixé de manière à gommer ce qui était dans mes souvenirs le principal défaut à l'époque. Un copain sarcastique appelait naguère ce genre de mélange "du Hardcore à la Slayer" mais je pensais plutôt au Kickback des débuts en plus cool, des New-Yorkais comme eux n'ont pas besoin de singer des codes dans lesquels ils se sont forgés depuis la première fois qu'ils ont mis le pied en bas du bloc. La fosse, évidemment, était déchaînée. La symbiose d'énergie entre le groupe remonté comme un coucou et les moshers à fond, cette fameuse "loi de Hetfield" qui veut que l'énergie reçue de l'un pousse l'autre à lui en donner encore plus et réciproquement, se vérifiait une fois de plus. Si bien que le chanteur s'interrompit à un moment pour nous dire qu'il avait vu que tout le monde, absolument tout le monde bougeait jusqu'au dernier rang (oui, moi aussi) qu'il n'avait jamais vu ça et que ça méritait le respect. Et son ton ne sentait pas totalement la galéjade de frontman. Le paquito traditionnel fit beaucoup rire le chanteur de Surra glissé dans l'assistance. Tout en bougeant allègrement, les guitaristes et bassiste assuraient sans trop de déchet avec un son bien plus propre, métallisé là encore, devant un batteur afro relâché et impassible mais impeccable.
La set list, à ce que j'ai compris, laissa large place à un de leurs albums atteignant cette année ses quinze ans. Mais quand l'heure de set approchait, sans qu'on s'en soit rendu compte, fut annoncée une reprise du "Punishment" de Biohazard qui passait parfaitement tant la parenté entre les deux formations est proche. Au titre suivant le chanteur Sal, qui domine le groupe de sa taille et enfin à présent de par son chant poussé comme il le faut, partagea la parole avec un roadie à la bonne gueule avec ses oreilles décollées, qui offrait un ton plus à la Stigma intéressant en contrepoint. Enfin le riff final de "Domination" de PanterA marqua le terme d'un set sans rappel sur un héritage générationnel décidément revendiqué sans complexes. Les complexes, ce n'est pas le genre de la famille et vu le niveau atteint, il ferait beau voir.

Le format à deux groupes laissant la soirée se terminer tôt, nous avons eu tout le temps de nous dire unanimement que ce concert aurait mérité une bien meilleure affluence. Une fois de plus les absents ont eu tort, ce retour fait mal.
Je vous emmènerai très vite assez loin de là tant musicalement que géographiquement…