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vendredi 12 août 2022

Chiens Unsu BMB TAF Saint-Jean de Védas 5 novembre 2021

 Cela fait deux ans que le Mosh Fest de Montpellier n'a pas pu se tenir à cause de la pandémie. Mais son public local est toujours là, et il a faim. Reconstituer l'esprit de ce festival extrême et sans prétentions le temps d'une brève soirée était une excellente initiative. En plus, ça nous réchauffera au moment où les températures descendent en flèche. 


L'assistance pouvait se résumer à une réunion des habitués du secteur, relativement limitée au vu de la grande cohérence de l'affiche qui ne ratissait pas dans les publics voisins du Grindcore pur et dur. Mais il s'agit de vivre une passion, pas de gonfler les marges. À l'intérieur, la salle était toujours ornée d'une décoration d'Halloween.


Les Black Mountain Bastards (BMB) descendaient de Mazamet, ainsi que leur nom y fait allusion. On les voit assez souvent maintenant entre Toulouse et Montpellier. Comme souvent ici, il a fallu attendre qu'ils aient atteint la moitié du premier morceau et son intro de série télé ringarde et incongrue pour que les gens restés dans la cour se réveillent et viennent dans la salle. Les Tarnais envoient un Punk Hardcore old-school teinté de Thrash, bref du Crossover taillé pour le Mosh. Oh, le son était assez mauvais et le chant faiblard, mais ce n'était pas très grave. Le tempo triple galop était coupé de plans plus ralentis comme il se doit, voire d'une intro à la basse slappée donnant une saveur déjantée assez inattendue dans ce style. Les annonces étaient généralement faites par le guitariste, qui parlait aussi vite que sa musique, tellement vite que j'ai loupé les trois quarts de ce qu'il disait lui aussi. La sauce a pris à mesure, les moshers frustrés ayant beaucoup d'énergie à donner sur un set basique mais fait pour eux. Une reprise de Toxic Holocaust pied au plancher en avant-dernière position ne pouvait que les satisfaire. On ne le savait pas encore, mais ce fut le set le plus long de la soirée.


Les Lillois d'UNSU étaient déjà venus ici en festival. Avec eux on basculait dans le Grind pur et moderne, de haut niveau : des titres brefs, hargneux et résolus, faits pour être enchaînés. C'est la batterie qui permet d'atteindre cette rigueur, cette précision sans laquelle les trois autres ne pourraient pas sembler si tranchants. Le son, cette fois, était bon, et même savoureusement plus compact que l'option HM2-adorateurs de Nasum des quelques morceaux en version studio que je connais. Pour ne pas perdre le temps des confinements, ils ont justement écrit de nouveaux titres, nous en avons eu six qui n'ont pas montré la moindre déviance artistique ou commerciale… On dirait que le nouveau chanteur est là depuis toujours et sa prestation était impeccable. Dans ce pilonnage, il y avait quelques passages plus ralentis, surtout destinés à égayer les Moshers qui n'ont pas fini d'évacuer des mois de frustration en pogotant ou tournant en circle-pit autour du pilier au milieu de la salle, qui leur avait manqué. La prestation fut brève, j'en aurais bien pris un quart d'heure de plus, mais c'est la loi du genre.


CHIENS était attendu de pied ferme par les fans locaux, la meute n'ayant jamais été au programme du Mosh Fest. Et nous avons compris pourquoi ils sont considérés comme le meilleur combo de la jeune génération du Grindcore Français. Ils en envoient du violent, sans concessions à aucun style voisin ni pas de côté vers quelque croisement accepté dans le milieu pour se rendre plus digeste à l'oreille. Même les échantillons servant d'intro dans les versions studio ont été amputés. La très grande vitesse du répertoire va avec de fréquents changements de riffs, y compris au sein des morceaux alors qu'ils ne dépassent guère souvent la minute. Si le magma des moshers n'en avait peut-être cure, tout occupés qu'ils étaient à faire des paquitos rapidement disloqués dans des pogos enragés, on constatait avec un minimum d'attention la très grande qualité d'une musique réellement extrême et intense. Le batteur en remontre aux professionnels du Death brutal, encore mieux que celui d'Unsu. Le chanteur chauve et tatoué jusque sur son crâne, délesté de ses extensions auriculaires le temps du set, exprime une colère bourrue en accord avec son attitude aimable mais réservée lorsqu'il veut communiquer entre les morceaux. Son retour a été renversé je ne sais combien de fois par la fosse sans que cela ne semble le gêner. Vingt-cinq minutes à ce régime suffirent presque à tout vaporiser. Ils consentirent en rappel à rejouer quelques-uns des premiers titres, mais Même avec cela je ne crois pas qu'on ait atteint la demi-heure. Le meilleur Grindcore n'a pas besoin d'étaler pour convaincre.


On aurait décidément aimé prolonger par un groupe de plus, c'est sans doute pour ça que j'ai rêvé quelques heures plus tard que j'y étais encore. Play fast or die !


Unspkble Rank Black Sheep Montpellier 9 décembre 2021

 Avant que n'entrent en vigueur les nouvelles prouesses d'imaginations réglementaires élucubrées au gré des vagues épidémiques, il y avait une affiche de Post-Punk prometteuse annoncée dans la cave de ce cher vieux Black Sheep, en guise de probable dernier concert de l'année de toute façon. On en aura accumulé des souvenirs, à cette adresse, au fil des ans. Autre signe des temps, l'entrée était contrôlée et le port du masque en intérieur attentivement surveillé de crainte d'un contrôle. Peut-être était-ce la raison pour laquelle je ne trouvais pas l'affluence énorme, ou bien était-ce en raison de ce que le groupe local s'est produite récemment à un jet de pierre de là ?


En tout cas dans la cave, les remixes et titres récents de New Order servant de musique d'attente étaient bien en accord avec le programme. Effectivement l'affluence n'était pas débordante, mais finalement correcte pour cette première date d'une mini tournée de trois jours sous une affiche promotionnelle un peu étrange.


Je ne connaissais pas du tout RANK, quartet Lyonnais d'âge plutôt mûr qui compte même Michel Onfray à l'une des guitares (ou alors il lui ressemble vraiment beaucoup) et qui vient promouvoir un nouvel album. Après un premier titre en français qui permit surtout de parfaire la mise en place, ils posèrent un propos limpide et efficace. Leur Post-Punk est rapide, avec une basse nerveuse sous la main du chanteur métis au timbre élevé mais légèrement moins agressif que la musique, qui apporte là une nuance par rapport à des groupes comme Rendez-Vous, Frustration ou Spectres auxquels on pense immanquablement tandis que le corps se laisse aller à danser la gigue. Surtout, chaque titre avait son effet le distinguant des autres : riff plus gros que la moyenne, titre en trio, ou le plus souvent un effet avec le clavier que l'autre guitariste finit par privilégier. Ils parviennent ainsi à apporter de l'émotion à ce défoulement sanguin sur rythme ternaire au grand trot assuré par le batteur. Par contre, un autre titre dans la langue de Sardou me conforta dans l'idée que cette langue n'est pas faite pour ce style. 

Sans partir en pogo le public bougeait bien. Pour un dernier titre apparent, le guitariste à l'allure de philosophe engagé prit à son tour un (tout petit) clavier et passa devant la scène pour diriger un break puis l'arrêt du morceau. Un rappel fut consenti où l'autre guitariste s'offrit un petit slam si j'ai bien vu. Rank est convaincant.


UNSPKBLE est une création du gérant du label Rejuvenation Records, que la pandémie n'a pas mis à terre car depuis la libération des concerts le groupe se produit beaucoup en promotion de son premier EP. En formation quartet également, comprenant deux autres membres actifs de la scène, le groupe propose une autre version du Post-Punk, légèrement moins sèche, qui rétrograde les vitesses selon les titres pour rechercher des ambiances un peu plus malaisantes, reconstituant le moment du début de la mutation vers le rock Gothique. Comme le nom du groupe l'indique, l'inspiration majeure est évidemment le Killing Joke des quatre premiers albums. L'un des atouts du groupe est son chanteur, qui est – je crois – Anglais natif installé depuis très longtemps en France et qui apporte une fluidité et une authenticité dans sa langue d'origine extrêmement appréciable, qui va certainement dérouter des critiques à l'avenir. Surtout que le contraste est grand avec son expression en français plutôt truculente entre les titres, où l'on capte des intonations méridionales. Le bassiste fondateur qui aidait aux chœurs aimant lui aussi s'exprimer, cela fait d'Unspkble un groupe très communicatif. L'un des titres fut donné en hommage à Anna von Hausswolf après les événements affligeants que l'on sait (ou plutôt, fut envoyé à la figure de ses contempteurs). Le set comprenait des titres non encore enregistrés mais ne déviant pas du cap de départ (c'était nécessaire pour tenir aussi longtemps avec une discographie si mince encore). Les deux derniers morceaux suggéraient encore plus fortement le Jaz Coleman band, jusque dans des tics de composition. En rappel, deux autres titres encore furent donnés, sensiblement plus courts que tous les autres.


En remontant de la cave au bar après un détour et quelques saluts je me creusais la tête pour rechercher quelles autres influences précises pouvaient ressortir chez Unspkble. Vainement. Ou peut-être aurai-je une illumination la prochaine fois. Même sans tenir compte des nouvelles restrictions, c'était probablement le dernier concert d'une année tronquée. Mais elle s'est quand même terminée mieux qu'elle n'avait commencé. Pourvu que les rendez-vous soient maintenus en l'an 2022 !


Anna von Hausswolf Saints-François Montpellier 5 décembre 2021

En principe je n'aurai pas dû être là ce soir mais à un autre concert loin de Montpellier, qui a été hélas repoussé comme presque toutes les tournées internationales dernièrement. Ayant été averti à temps, j'ai pu me jeter sur l'un des derniers billets à la vente pour cette soirée un peu particulière qui finit complète. Cette tournée ne comptait que quatre dates en France, c'était la seule dans le Midi et l'on était encore loin de se douter de la suite.


Il est courant que pendant l'Avent les paroisses organisent des soirées spirituelles, voire des concerts, mais il est moins fréquent que ce soit pour des affiches pareilles. Ici, les Saints-François est une petite église contemporaine construite dans les années 90, à la place d'une autre datant du XIXe siècle qui s'effondrait allègrement. Ce n'est qu'en 2012 qu'on y a installé un orgue de type ibérique, rare en France. Une association d'amateurs organise quelques concerts chaque année en collaboration avec d'autres… dont celle qui a fait le lien avec cette tournée d'Anna von Hausswolff. J'avais déjà vu l'artiste Suédoise en première partie des Swans (l'un de mes premiers reports pour Metalnews) dans un exercice très différent, où elle mêlait Drone, Industriel, Néofolk martiale, guitare torturée et Heavenly Voices à fond les potards. Mais cette tournée-ci était consacrée à son instrument de prédilection.


L'intérieur de l'église, avec sa voûte métallique asymétrique assez haute en proportion, baignait dans une lumière rouge tandis que plusieurs rangs de lumignons étaient posés sur les marches du chœur. Le public assis qui papotait par chuchotements (on est dans un lieu de culte…) était hétéroclite : gothiques sur le retour, retraités amateurs d'orgue, jeunes fans de Black pointus, couples friands de néoclassique, et surtout pas mal de gens venus de loin. Cependant, les bancs restaient tournés vers l'autel et non vers l'orgue sur la façade de droite, ce qui obligera à rechercher une place dans l'axe de l'instrument, près de la table de mixage, et à se contorsionner pour se tourner vers les tuyaux.


À l'heure annoncée, les membres des deux associations organisatrices dirent quelques mots en se remerciant mutuellement et en mentionnant la paroisse. On était bien loin de ce qui se tramait à Nantes où d'autres associations de fidèles catholiques tradis ont obtenu successivement de faire déplacer un concert "sataniste" dans une autre église, puis de le faire annuler au dernier moment en bloquant l'accès !!!


ANNA VON HAUSSWOLFF sortit de la sacristie avec deux acolytes, sous les applaudissements, et y retourna aussitôt pour chercher ses partitions qu'elle avait oubliée. Toujours dans la lumière écarlate, les trois musiciens manipulèrent quelques registres puis l'instrument entonna de puissantes notes longues en harmonie, invitant à une lente immersion dans une introduction qui s'avéra bien trop longue pour en être une, puisque cette coulée sonore déboucha sur quelques mesures plus rapides et mélodiques en fin de morceau seulement. Ce soir Anna servait clairement du Drone, de l'Ambient puissante et sombre, oppressante et austère. L'antidote complet par rapport à mon concert précédent. Comme dans un concert classique, il n'y eut aucun applaudissement entre les morceaux.

Les pièces furent jouées tantôt à deux, tantôt à trois. Sur un schéma de composition régulier, une certaine variété ressortait selon les tons, la présence de couches jouées plus rapidement, et surtout par les bruitages, grésillements ou discrètes boucles rythmiques lentement répandue par les quatre enceintes placées aux coins de la nef. En fait, les deux grands chauves installés au mixage participaient activement à l'ensemble avec ordis à samples, pédales et table hérissée de potards. Un micro placé au centre devant eux et les casques de retours mis par les musiciens à l'orgue sur certains morceaux montraient que la performance était vissée à fond à tous les postes. Le petit instant de panique d'Anna lorsqu'un registre modifié entre deux morceaux laissa échapper une note aiguë dans les tuyaux était assez drôle. Le show était intégralement acoustique, sans aucune parole susceptible d'exprimer le commencement d'une idée pouvant peut-être s'interpréter comme irrespectueuse du lieu. C'est presque dommage, car Anna a d'excellentes capacités vocales, mais on ne peut pas être à la fois à l'orgue et au chant.


Cette ambiance solennelle, la lumière rouge martien dans une église moderne et la puissance de l'orgue emmenaient dans un sentiment de malaise diffus, proche des moments de flottement préparatoire d'un bon film d'épouvante, ou invitant à la méditation mystique indicible selon les penchants de l'auditeur. Les attitudes du public étaient diverses : des couples étaient enlacés les yeux clos comme de faux dormeurs, des passionnés scrutaient l'orgue tant qu'ils pouvaient, d'autres regardaient leurs pieds l'air grave ou vers le haut plafond, enfin certains exprimaient à voix haute leur profond ennui pendant les pauses (je ne comprends pas comment on peut mettre trente pions dans un concert pour dire cela, sans connaître ni avoir essayé avant surtout…). Pour ma part je me suis coulé sans difficulté dans ce set très contrôlé. Il est vrai qu'en fermant les paupières cela prenait encore une autre intensité, bien que l'atmosphère créée, déjà bien spéciale, me convenait mieux. Se présenta alors un titre construit sur un motif rapide en trois notes assez irritant au bout d'un moment, mais qui finissait par se fondre vers quelque chose de plus apaisé. Vous connaissez l'adage : quand un bruit vous agace, écoutez-le ! Après un final grave et puissant, les musiciens se placèrent devant le chœur pour saluer longuement sous de chauds applaudissements. Malgré un second salut, il n'y eut pas de rappel, ce qui était prévisible au bout d'une heure aussi exigeante. Les plus grands fans pouvaient retrouver l'artiste à la sortie, qui avait un petit stand de merch' à côté des ventes de Noël de la paroisse.


Je suis reparti assez vite après avoir salué quelques connaissances, il était encore tôt et j'ai voulu profiter de ce qu'on pouvait finalement avoir encore une bonne soirée à la maison. J'ignorais encore que la sérénité qui a caractérisé cette soirée était un privilège.


Ce report est dédié à tous les gens qui devaient assister aux concerts de Nantes et Paris et qui en ont été privés pour de fausses raisons.


Igorrr Horskh Paloma Nîmes 2 décembre 2021

De nouvelles restrictions étant parfaitement envisageables à portée de vue, il faut profiter des concerts avant Noël. D'ailleurs, je n'avais pas encore renoué avec la sensation de s'exporter un peu pour une affiche motivante, qui fait partie intégrante de la vie du concertophile. Cette tournée d'Igorrr a été repoussée deux fois et je me suis décidé dans les derniers jours, quand c'était complet. Et puis l'avant-veille, quelques places ont été remises en vente, pour le bonheur des retardataires vigilants. En avant donc pour le court déplacement vers Nîmes.


Le grand parking de la SMAC municipale Paloma était très froid mais copieusement rempli. Cela s'expliquait, quand on était rentré, par une double programmation : il y avait de la Trap neurasthénique dans la grande salle. La petite red room étant bien configurée, pas de regrets. Par contre, on aurait mieux fait de ne pas oublier son argent dans la voiture… Dans le long couloir de desserte tout jaune, seul notre concert à nous proposait du merch, tandis que dans la cour les deux publics se mêlaient un peu.


Nous avions déjà vu HORSKH en première partie des Young Gods il y a quelques années dans un inoubliable show en plein air peu imaginable ce soir. Et c'était au moins à moitié en souvenir du tampon qu'ils m'avaient mis que je voulais être là. Pourtant, j'avais entendu dire que l'album qui s'est ajouté entretemps à leur discographie amorçait une évolution. Et, de fait, la présentation et les compos ont évolués. Après une intro calme qui ne visait évidemment qu'à amplifier le coup des premières notes à fort volume comme il faut, on constatait que la base duo batterie – chant et programmation s'est étoffée d'un troisième membre qui appuie essentiellement les parties instrumentales, mais parfois aussi le chant ou la guitare. La bonne vieille gratte qui vient parfois épaissir certains morceaux sans écraser le mix. Les nouveaux morceaux n'ont pas modifié le son du groupe mais sont moins directs, brisant les montées pour créer des frustrations un peu sadiques pour l'auditeur un peu à la manière du Breakcore cher à la tête d'affiche. Cela rapproche encore plus nettement le travail des Bisontins de celui de Skinny Puppy, Numb ou de Youth Code plus récemment, inspirations déjà claires auparavant. Leur musique tente à présent de s'adresser aussi au cerveau, mais cela n'empêche pas les auditeurs de danser sur un propos encore bien dur et physique. Détail parlant : le chant réverbère mais évite astucieusement d'être aussi distordu que dans la pure Dark-Electro.

Visuellement, la lumière rouge est toujours très présente et le spectacle est assuré par la présence énergique d'un chanteur qui est partout à la fois et quelques mises en scène comme ce bref instrumental martial en trio aux batteries physiques et synthétiques. Le léger maquillage accentue encore l'hommage à SP. À mesure que le set avance, quelques titres plus anciens ou plus directs ont permis d'atteindre pleinement le défoulement attendu et de se dire que la soirée était gagnée quoiqu'il arrive. Cette Electro-Indus agressive, un peu métallisée, plus fine et plus traditionnelle, va certainement mieux passer l'épreuve du temps que la Dance saturée pour cybergothiques.


L'interlude était meublé par des sonates au piano seul, normalement incongrues mais préparant les esprits à l'option néoclassique qui allait suivre.


IGORRR est d'abord le projet de Gautier Serre, qui vient du Breakcore. Ce fait est confirmé par l'entrée en scène : le fondateur monte seul sur une estrade centrale au second plan et entame le set par un morceau à la Venetian Snares, avant que ne le rejoignent les autres membres d'un groupe largement renouvelé tout récemment. Sylvain Bouvier de Trepalium est resté à sa batterie sur la droite et un nouveau guitariste est arrivé. Surtout, Jean-Baptiste Le Bail – que nous avions vus il y a quelques semaines avec Svart Crown – prenait le chant en premier avec son growl et sa dégaine de beumeu à warpaint spectaculaire tout de voir vêtu. Il sera rejoint peu après par la nouvelle soprano, toute menue, qui fera sans cesse des allers-retours avec les coulisses pour changer de costume ou prendre un accessoire dès que ses parties étaient terminées. Parfois, Gautier lui-même prenait une guitare pour appuyer certains riffs depuis son perchoir.

Igorrr se construit sur les paradoxes et les enchaînements surprenants. Les morceaux nous ballottent sans cesse de gros passages Death adipeux à quelques instants de grâce baroque à la Klaus Nomi, en passant par des ponts Breakcore, des samples invraisemblables mais soigneusement pensés, ou des passages épiques empruntés au Black. Il est impossible de s'installer longtemps dans une émotion, cela est même le cœur de l'expérience. C'est aussi éprouvant que du Metal plus extrême, au fond, mais pour une raison presque inverse. On ne peut pas tout décrire dans ce voyage à la Lewis Carroll passant par l'Arabie, France Musique, le Flamenco que tout bon Sudiste se doit d'aimer, l'asile de fous et tant d'autres lieux. Mais le sommet revient à mon avis à ce riff bien Norvégien de fin de morceau à peine installé pour être repris à la flûte scolaire ! Il y avait de nombreux fans qui prenaient leur pied dans la fosse ou en reprenant les paroles. Au milieu de tout ça, le titre porté par la chanteuse Grecque quasiment seule en milieu de set a apporté un moment de recueillement appréciable.

Parlons d'elle, justement. Pour quelqu'un qui vient d'arriver sa performance m'a paru remarquable, notamment sur ce morceau mais aussi par toute l'énergie physique contrôlée qu'elle a mis dans ce set, son aisance tant dans le chant que dans la mise en scène par ses costumes (j'ai surtout aimé la cape Mayhemesque muant peu à peu en accessoire léger) ou par ses accessoires (le crâne Hamletien ou le squelette porté comme un bébé). J'ignore son parcours antérieur dans le chant classique, mais on pourrait lui proposer un CDI. Au-delà des pompes, l'aspect opératique est visible aussi dans ses parties partagées avec J.-B. Le Bail, qui se mettent en scène pour chanter ensemble ou alterner, dans un répertoire beaucoup moins guindé que le format "la belle et la bête" cher à un certain public d'outre-Rhin. Enfin la présence de Sylvain Bouvier n'est pas seulement un gage donné aux orthodoxes qui ne conçoivent pas de Metal sans batterie, il apporte de la complexité et de l'intensité aux rythmes, et bien entendu un toucher qui contribue au lien entre la part la plus humaine de ce Metal déjanté, et le cisèlement raffiné des programmations.

Au bout d'une heure à ce régime déstabilisant mais vivifiant, un premier départ du groupe provoqua un rappel par un de ces titres de musette écartelée que je n'apprécie pas trop, mais qui permit aux premiers rangs et aux musiciens de dansotter quelques instants. Après un ultime salut, ces derniers laissèrent Gautier Serre, le patron, seul à nouveau, pour un final uniquement Breakcore qui laissait redescendre tout le monde en l'absence du gros son de la guitare, mais sans vraiment relâcher la tension de folie douce. Au bout de quelques minutes à ce régime revenant aux bases de son entrée dans la musique active, les lumières se rallumèrent. C'est la Marche Funèbre de Chopin sournoisement déversée du plafond qui se chargeait de pousser la cohue vers la sortie dans une atmosphère rafraîchie. Ce n'était rien encore par rapport au mistral nocturne glacial qui soufflait à l'extérieur de la salle !


Honnêtement je ne m'attendais pas à un aussi gros concert, mon faible penchant pour le Metal d'avant-garde ne m'avait pas permis de prendre la mesure du succès d'Igorrr ni de sa contribution. Pour nos derniers concerts de l'année, ce sera moins purement Metal d'ailleurs.


Lofofora Verdun Victoire 2 Saint-Jean de Védas 29 octobre 2021

 Cet automne de reprise est bien meublé grâce à l'offre de l'association What the Fest, qui a déjà organisé plusieurs des derniers concerts où je vous ai amenés depuis la Libération. Ce soir le rendez-vous était à Victoire 2, SMAC gérée par l'Agglomération située dans une zone industrielle et commerciale de la proche banlieue, contre le siège de Midi Libre. Elle programme peu souvent du Metal depuis qu'elle a été rénovée il y a presque vingt ans, alors que c'était très courant jusqu'au début du siècle.


La tête d'affiche a un lien fort avec Montpellier. Reuno y a longtemps habité et revient si régulièrement qu'il a un autre groupe basé sur place (Mudweiser, que nous avions vus ensemble il y a quelques années). C'est même ici, dans cette salle, que Lofofora a capturé une partie de son premier live en 1999 – avant les travaux. Pour autant je n'ai jamais été fan, alors que le groupe a explosé à l'époque où je me mettais au Metal. Je ne les avais même jamais vus jusqu'à ce soir. Mais dans le contexte actuel et avec une première partie appréciée, il était temps de le faire ; en pensant aussi un peu à ceux d'entre vous qui pourraient être intéressés. 


En arrivant légèrement en avance on a pu prendre une des dernières places libres du parking et passer sans encombre les herses successives pour entrer dans la grande salle toute en longueur, semblable autrement à toutes les SMACs de ce genre, et se ruer au bar qui était déjà débordé comme toujours dès qu'il y a un minimum de monde ici. Car Lofofora n'a rien perdu de sa popularité, et des gens étaient venus parfois de loin.


VERDUN formait une première partie décalée, cela se voyait par le petit regroupement devant la scène de fidèles qui les suivent depuis longtemps, tandis que la majorité du public restait d'abord massée plus au fond. Leur présence s'expliquait néanmoins par le fait que le guitariste Jay Pinelli joue avec Reuno dans Mudweiser, et également par la sortie d'un split avec un nouveau titre et une reprise dont on parlera.

Au reste, je n'avais jamais vu Verdun sur une grande scène et le test était intéressant. Le quartet n'était pas impressionné du tout et étala son Sludge Doom lent et poisseux d'abord sans paroles, laissant David Sadok le micro posé par terre déployer ses gestes et grimaces lents devenus un gimmick du groupe avant d'exhaler ses premiers vocaux. Si son registre aigu inscrit bien le propos dans le Doom de la plus ancienne tradition, les riffs de brontosaure et le fuzz de la basse Rickenbacker empruntent autant au Sludge plus moderne, sur des durées assez délayées. Il n'y avait qu'à se laisser porter par une recette goûtée depuis longtemps par les premiers rangs et qui supporte très bien ce format de scène. Au-delà des paroissiens assidus, le peuple derrière se rapprocha progressivement et les acclamations venaient de plus en plus du fond. Et tout à coup arriva cette reprise intrigante du "Dawn of the Angry" de Morbide Angèle, dont le riff imparable se faisait plus élastique sous un tempo légèrement ralenti et sans double, tandis que les vocaux toujours hauts prenaient le contrepied des gutturaux originels de David Vincent. La structure originelle étant néanmoins conservée, les passages rapides du morceau montèrent jusqu'au bref plan en blast inclus, passablement inédit chez Verdun. Un petit signe des coulisses rappelant que le temps passait, le dernier titre fut un original, peut-être un peu déstructuré à mon oreille. 


Je ne sais pas combien de shows LOFOFORA a fait depuis la fin de la prohibition, mais ils étaient contents d'être là et leur nombreux public aussi. La formule du groupe n'a guère évolué depuis les années 90 mais c'est bien ce qu'apprécient les fans. Leur Metal fusion issu des squats fonctionne beaucoup grâce à la personnalité de Reuno, extrêmement empathique, volubile et truculent tant dans ses textes qu'entre deux morceaux, expressif dans sa gestuelle à commencer par ses gros yeux, constamment blagueur… souvent avec succès et parfois maladroitement. C'est une bête de scène et on ne peut y rester insensible, il met ses fans dans le bain et a gagné ainsi leur fort attachement.

Les morceaux s'enchaînèrent. Je n'ai pas reconnu grand-chose, à part le classique "Dur comme fer", mais le style de Lofofora est suffisamment connu pour sembler familier à tout le monde. Cependant comme le rappellent les t-shirts de Reuno et Daniel, il y a du Punk en eux qui a exulté en deux titres à tempo rapide dont l'autre classique "Justice pour tous", qui ont déchaîné sur ordre des pogos que la salle n'avait pas abrité depuis presque deux ans au bas mot, acmé libératrice pour beaucoup. Les slams étaient assez nombreux, la musique y étant plus propice. Et en parcourant l'épais répertoire du groupe, force est d'admettre qu'il y a quelques riffs aussi.

Lofo' a pour caractéristique ses textes en français, fréquemment engagés sur le fond et travaillés sur la forme (…). Ils étaient largement repris mot pour mot par beaucoup de spectateurs. Ce détail illustre à lui seul en quoi ce combo est parfaitement emblématique d'une scène proprement française, qui est restée viscéralement en phase avec la culture populaire nationale préférant la chanson à texte. Leur capacité à rassembler très au-delà des Metalleux, parmi les amateurs de Punk, de Rock francophone voire de chanson alternative, tient à cela. Cette assistance montrait même un état d'esprit différent, auquel je ne suis pour tout dire pas habitué : les uns s'excusaient de vous frôler alors que nous n'étions pas spécialement serrés, les autres slammers que l'on aidait à atterrir prenaient le temps de vous remercier avec affectation… Cette différence culturelle se fit plus cruellement sentir lorsque Reuno, dédicaçant un titre à David Sadok, demanda d'acclamer Verdun. Il ne récolta qu'un petit bide. Ce simple fait en dit très long sur l'isolement persistant du Metal extrême.

Au moment où je commençais à trouver le set un peu long, Reuno annonça le rappel sans que le groupe ne joue la comédie de s'absenter quelques instants, afin de pouvoir jouer plus. Ils nous ont offert notamment un titre inédit et efficace qui a remporté un succès certain. Les fans, après avoir communié une dernière fois quelques instants quand les instruments étaient posés, se retirèrent en bon ordre et satisfaits.

Les courbatures ramenées prouvaient que malgré les réserves apparentes j'avais, moi aussi passé un bon moment en plus d'aller me coucher moins bête. Et c'est toujours ça de pris en attendant un hiver incertain.


Fange Pilori Skullstorm TAF Saint Jean de Védas 22 octobre 2021

 Si les concerts internationaux ne reprennent qu'au ralenti, c'est maintenant que nous pouvons nous féliciter que la France ait su accoucher au fil du temps d'une scène solide. Ce soir, on devait même carrément en prendre plein la tête. Il était néanmoins évident qu'il n'y aurait évidemment pas beaucoup de monde, une grosse quarantaine de téméraires amateurs de Crust en général et de musique atteinte en particulier. Nous étions déjà revenus à la Secret Place depuis la Libération décrétée cet été, mais ils ont complètement changé la carte des bières qui sont dorénavant servies en verres, rompant d'antiques habitudes ce qui vaudra peut-être un macaron de plus au prochain Michelin.


Les Sétois de Stuntman, qui affrontent à nouveau un changement de personnel semble-t-il, ont dû laisser la place à leurs camarades de SKULLSTORM pour faire le groupe local d'ouverture. Au reste, c'était plus cohérent avec les visiteurs. Rassemblant quatre membres d'autres formations Montpelliéraines, ils ont bombardé à nouveau leur Crust coupé au HardCore chaotique avec la maîtrise de musiciens qui ont accumulé de l'expérience. Le son était parfait, suffisamment clair à tous les postes sans perdre en compacité. Les breaks typiques du HC le plus barré s'emmanchaient avec la rage urgente qui reste la formule de base, et laisse le propos enraciné d'abord vers Cursed plutôt que vers le Converge même le plus enragé. L'attitude explosive du chanteur (familière pour les autochtones) était en accord avec l'âpreté des riffs. Comme on l'avait découvert l'an dernier, Skullstorm est déjà une valeur sûre de la branche la plus intense d'un style pas spécialement ramolli.


Avec les Rouennais de PILORI, premier combo extérieur, l'orientation de la soirée n'a pas beaucoup évolué. Toutefois, le Crust montrait avec eux un visage plus divers, laissant deviner qu'ils écoutaient aussi Napalm Death puisqu'ils introduisaient une inspiration Grind Death rendant leur musique aisément abordable pour un Metalleux extrême lambda, au-delà de l'éclairage rouge à la Slayer. La base Punk n'était pas oubliée. Le son m'a semblé légèrement moins lourd mais il était aussi bon que précédemment. Le chanteur longiligne, malgré sa première apparence de gendre idéal, se jeta un peu partout dans le maigre public comme celui de Skullstorm juste avant (aïe, mon pied !). Il était appuyé par les chœurs secs du bassiste. Je ne connais pas les états de service des membres du groupe mais l'interprétation était pareillement impeccable, proférant une musique extrêmement agressive là où il serait si facile de tomber dans la bouillie. Jusqu'ici, la soirée était d'excellente tenue.


Pendant la pause, on discutait avec le batteur de Verdun de l'actualité du groupe et d'un certain concert de Will Haven avec Fear Factory, il y a plus de vingt ans, qui nous avait tous deux marqués pour des raisons diverses alors que nous ne nous connaissions pas encore.


La rumeur disait bien qu'en deux ans à peine FANGE avait notablement évolué. C'était visible puisque dans la pénombre de la scène en cours de montage il n'y avait que trois membres et une console de samples posée à même le sol du fond de la scène à la place du batteur, condamné à une Spinal Tap définitive. Plaisanterie à part, il y a bien un nouveau style chez les Rennais qui ont servi un Sludge Industriel avançant lentement sur le rythme lancinant de boucles programmées venues de l'arrière. Les basses qui en formaient la structure faisaient un contrepoint intéressant avec la basse instrumentale. L'éclairage se limitait à une succession binaire de grands flashes blancs alternant avec l'obscurité, sur le tempo de la musique, contribuant à l'effet de malaise et de grande noirceur. C'est un peu de même aussi que le chanteur alternait beuglements et lamentations déprimées, sur des paroles en français, titubant fréquemment. La Suze consommait au goulot en cours de set y aidait peut-être un peu. Les riffs, sales et assez vicieux, donnaient un peu de chair à une musique oppressée, l'agressivité ressortant par moments dans les attitudes comme ces crachats vers le public. Et d'un coup on finissait par réaliser que les titres devaient être très longs puisque les pauses étaient très rares.

Ce nouveau répertoire plus Industriel et plus homogène que le millésime 2019 m'a mieux plu. Fange ne se disperse plus parmi des inspirations trop nombreuses qui laissaient un doute sur la volonté de cohérence. Le résultat fait passer de la folie dangereuse à la déprime la plus abyssale. Un peu d'humour pince sans rire pendant les intermèdes, ou les asticotages des membres de Pilori au pistolet à fléchettes depuis le côté (une histoire de Normands et de Bretons…) détendirent un peu l'esprit plombé d'un set plus long que les précédents. À mesure, le chanteur se laissa choir par terre de plus en plus souvent, et nous touchâmes enfin à une fin abrupte, sans cérémonie, comme une petite mort au bout d'un froid désespoir. Au demeurant, je n'ai pas traîné moi non plus.


Les petits concerts pas chers où les fans d'extrême en ont largement pour leur argent, ça nous avait terriblement manqué aussi. Pourvu que ça dure !


lundi 15 novembre 2021

Déluge Dvne Areis Montpellier The Black Sheep 26 septembre 2021

La jouissive sensation de reprise après la grande soirée d'il y a quelques jours pouvait encore être approfondie, tant qu'il manquait encore les groupes étrangers. Avec le report de la tournée de Carcass et Behemoth, j'ai craint que pendant un long intermède encore il faudrait se contenter de groupes nationaux. Mais les Écossais de Dvne, eux, ont tenu leur agenda. C'est la même association, décidément très active, qui organise cette soirée d'un autre format – et qui devrait occuper un certain nombre de nos soirées cet automne si tout se passe bien. Cette fois, c'est dans la cave du bar "The Black Sheep" que nous retournons après un an et demi de pause, lieu de tant de petits concerts même du temps lointain où c'était un restaurant qui occupait le rez-de-chaussée. Ici aussi, on inaugurait le premier concert depuis un long moment et l'émotion déjà décrite était en partie encore présente. C'est sans doute pour cela qu'il y avait affluence, alors que c'était un peu plus cher et plus tôt que dans le monde d'avant.


Lorsque je descendais le jeune quartet Gardois AREIS venait d'entamer son set. Cela commençait comme du Black… avant d'explorer beaucoup d'autres choses, du Hardcore lourd au Sludge pesant en incluant quelques accélérations. En plus, il y avait un peu plus de riffs et de risques assumés que dans l'ancien groupe Death Mélodique de certains membres. Comme le suggère leur nom tiré de la langue d'oc, ils mettent en musique des faits divers jalonnant l'histoire régionale. Si le chant était potable, il y aurait des progrès à faire dans la communication en pensant par exemple à articuler les annonces dans le micro, mais ça viendra avec l'expérience. D'ailleurs le merch' autour du premier album qui vient de sortir, assez sérieux pour un nouveau groupe, exprimait une certaine ambition à terme. On y remarquait notamment un t-shirt vaguement BM avec la croix toulousaine, qui fera gémir les mythomanes prétendant à l'oreille des ignorants que leur Gard natal serait un ancien territoire provençal… Pour en revenir à la musique, dure mais assez variée, on en ressortit avec le sentiment peut-être commun mais pas toujours garanti d'une première partie digne d'encouragements, qui a au moins une personnalité sans compromis.


Il faut avouer que voir DVNE quand une nouvelle adaptation du roman de Frank Herbert est sur les grands écrans, c'est assez marrant. À dire vrai, ce groupe Écossais a un membre français. Après une mise en place minutieuse, ils ont attaqué en pleine puissance un mélange de Stoner et de Sludge épique au son propre et plein. On dirait du Kylesa ou du The Ocean (en mieux) réagencé en compos montant progressivement vers des fins exutoires, avec des moments à la guitare claire beaux et froids. L'éclairage nature monotone était dommageable dans cet univers, en plus d'être inconfortable pour notre compatriote à la neuf cordes dont le crâne rasé cuisait sous une lampe trop proche. Du reste, la touffeur typique de cette salle, qui nous avait manqué aussi, convenait bien. Le chant était partagé entre les guitaristes, l'un faisant le growl et le Français assurant des parties claires hélas restituées avec peine. C'était le point faible évident d'un ensemble pourtant très prenant en live. Les grandes acclamations de l'assistance le prouvaient. Si bien que les austères Écossais se lâchèrent un peu mieux, la claviériste sautant le bras en l'air sur un pont alors que le mix, comme dans les versions studios, la met un peu en retrait. N'empêche qu'on voyait les cinq musiciens atteindre ensemble ce point de complicité rêvé de tous les pratiquants, quand chacun tire sa force des autres note après note, entraînant le public avec eux.

Les compos étant assez allongées, le set le fut également. Tellement que le grand batteur n'avait plus de baguette valide en stock, et dût se précipiter aller en chercher en coulisse pendant un passage calme. Il faut dire que sa frappe est à l'avenant de la force dégagée par le répertoire très homogène du groupe. Sur l'ultime morceau, alors que nous avions passés l'heure de jeu, le petit bassiste barbu se jeta dans le pogo libérateur qui s'était enfin formé tel Gimli dans la bataille. En dépit d'une discographie encore modeste, la scène peut déjà compter avec Dvne.

L'enchaînement avec l'interlude meublé par du Post-Punk récent était assez étrange.


Les Messins de DÉLUGE attaquèrent ensuite à leur tour un set plus coloré, en bleu et blanc pour ce qui était des éclairages, et par un plan Black qui évolua rapidement vers des sonorités plus délicates alternées avec le retour de passages agressifs s'achevant dans des samples de bruits d'eau pour noyer l'ambiance entre les titres. La formule ne varia pas beaucoup, révélant assez vite une sensibilité de HardCore à fleur de peau, comme une sorte de Converge solennel et sans folie avec la part Emo d'autant plus en avant. Le chanteur, emphatique, n'est pas pour rien dans ce dernier trait. Le groupe avait son public qui réagissait bien à une attitude plus communicative de l'ensemble de tous les six musiciens, vêtus à l'unisson d'un noir sobre. Eux aussi montraient une certaine synergie, par exemple sur cette intro hurlée à trois sur le seul micro du chanteur avec le claviériste et l'un des guitaristes. Si on pouvait un peu se défouler sur les passages majoritaires sur guitare rythmique au chant criant son désespoir en français, je dois dire que les moments apaisés formés de quelques accords franchement basiques étaient tristement banals, surtout par rapport à la complexité du groupe précédent. L'impression donnée par l'ensemble était une douleur puissante mais peu offensive. Le set fut du reste plus court et se termina par un slam du chanteur dans l'étroit espace entre les têtes et les poutres pour une communion prolongée avec ses fans. 

Après qu'ils aient salué Toulouse par humour, l'horaire théorique étant grillé, la salle se remplit d'un tube connu de Gesaffelstein histoire de bien faire comprendre que c'était fini… le goût de la chute incongrue qui s'était ancré en ces lieux avant la pandémie n'aura pas disparu. Pendant qu'on souhaitait un bon anniversaire au chanteur, je quittais la salle basse sur cette impression mitigée quant à la tête d'affiche, même si force était de constater que le style vers lequel elle se dirige tout droit conserve des adeptes.


Il fallait néanmoins venir car nous avons aussi langui de ces petits concerts. Et puis mon programme ne va pas reprendre immédiatement (je ne pourrai pas aller au mini festival prévu en petite Camargue avec Loudblast). Dans le monde d'avant ce n'était guère important, mais dans celui de maintenant, un ressac d'épidémie est si vite arrivé ! 


Benighted Shaârghot Svart Crown Rockstore Montpellier 18 septembre 2021

 Ce premier concert en intérieur comme avant était dans le viseur depuis des mois. Même quand au cours de l'été les autres activités reprenaient progressivement une vie normale, il avait fallu se contenter de sets en plein air autour de groupes amateurs locaux. Le retour des plus grosses affiches d'envergure nationale ou plus devait marquer une reconquête pas du tout symbolique. Bien que l'agenda se remplît pour les trimestres à venir, la crainte que cette reprise soit à nouveau déprogrammée montait à chaque resserrage sanitaire, à chaque titre de presse annonçant une petite augmentation des cas. Mais arrivé au jour J, les conditions étaient réunies pour toucher la lumière au bout du tunnel. Et au pire, ce serait toujours ça de pris.


L'assistance était nombreuse dans ce cher vieux Rockstore, lieu de notre tout premier concert dans notre lointaine jeunesse, et dont le sol pègue autant que jadis sous les semelles grâce aux kilolitres de bière et de cocktails répandus au sol par les étudiants qui réinvestissent déjà la discothèque depuis quelque temps. Cette affiche franchement virile avait rameuté en priorité les vieux habitués trop longtemps affamés, certains s'éloignant clairement de leurs zones musicales favorites pour l'occasion tellement tout cela avait manqué. C'était le premier concert depuis plus d'un an et demi pour la grande majorité des présents. Les retrouvailles avec les uns et les autres parfois venus de loin, la redécouverte de sensations physiques autrefois familières mais estompées au long des mois de restrictions, laisseront à ce concert une saveur spéciale, qui allait le rendre inoubliable quoi qu'il s'y passe. Et tout le monde le savait.


SVART CROWN aura donc été le groupe inaugurant cette nouvelle ère, jouant encore une fois en première partie mais dans des conditions meilleures que les autres occasions où je les avais vus, dans de petites salles. Un bon éclairage servait bien le Black Death des Nissarts qui ont parfaitement en main leur mélange. Comme pour ruiner le plaisir, la basse lâcha au bout de deux titres ce qui causa une interruption du set, repris ensuite sans plus aucun problème. Et il valait mieux, car ce qui les distingue du Black plus primaire est notamment que la quatre cordes y tient bien sa petite place indispensable. Le chant rauque me parut noyé dans les guitares, mais c'était déjà comme ça avant avec eux, et le Rockstore est connu depuis toujours pour sous-mixer les vocalistes de toute façon. Les titres sont plutôt bien écrits, le groupe ayant intelligemment pris à l'époque un virage plus moderne sans faire pour autant de compromis opportunistes. Avec ses riffs malsains et ses plans ralentis, Svart Crown invite plus au headbang et aux idées noires qu'au pogo libérateur. Les bras tendus en rythme répondaient aux poses fières bien typiques. Le sourire aperçu en fin de set sur le visage de Jean-Baptiste Le Bail, peu en accord théoriquement avec une musique froide, dure et obscure, en disait long.


Vint ensuite la performance de l'artiste MÈRE DRAGON, jeune femme coiffée en crête qui alterna effeuillage fébrile de la lingerie et camisole qui l'enserraient, danse à la barre verticale puis autoperçage à la seringue pour finir. Peu porté vers ce genre de choses, j'ai suivi cela d'un œil distrait, mais même de loin on pouvait admettre qu'elle maîtrise son art.


La transition était aisée avec SHAÂRGHOT qui arrivait avec ses projections, ses pieds de micro ornés en sculpture Metal, et bien sûr ses membres entièrement peinturlurés de noir sur tout le corps et les costumes. Clairement, parmi toutes autres inspirations probables les Parisiens visent le créneau de Punish Yourself, tout en ayant une démarche propre néanmoins. Leur Metal Electro-Indus est – relativement – moins sombre et rageur, plus rigolard et sarcastique. Il n'en est pas moins efficace, avec ses gros riffs qui enracinent bien le propos dans le Metal, ses big beats dansants doublés par une bassiste, et une pression jamais relâchée. Le jeu des éclairages a empêché de bien profiter du visuel en arrière-scène, qui était relativement simple mais conforme à ce qu'on peut attendre d'un tel groupe.

Cela aurait dû jurer au milieu des deux autres groupes, mais concrètement c'était pertinent pour évacuer tant de frustrations. Tel ami d'habitude plus réservé se jeta dans le magma humain de la fosse rapidement formée, et les figures de proue de la mosher team ne résistèrent pas au plaisir de slammer les premiers sur une musique assez inhabituelle pour leurs exploits, en principe… Ce style déjanté est fait pour le live. Le public s'agitait joliment mais le spectacle restait pourtant sur scène, le guitariste envoyant plusieurs fois des jets d'étincelle ou utilisant un instrument envoyant au-dessus du public trois lasers fixés dans l'épaisseur sous le manche. Avec son chapeau melon emblématique, le chanteur éponyme déployait son charisme gentiment fêlé et inquiétant en ne s'exprimant, curieusement, qu'en anglais pour ses harangues, à l'instar des paroles, en appelant les spectateurs sous le nom de "shadows"… un tel univers musico-visuel a forcément ses codes mystérieux. Il se risqua en fin de set à descendre au milieu de l'assistance pour commander un braveheart qui le prit en tenaille… mais dont il ressortit vivant au terme d'une performance assez longue et clairement victorieuse.


Après avoir récupéré les survivants et bien que la bibine commence à faire quelque effet à la longue, je ne manquais pas d'énergie pour BENIGHTED. C'est sans conteste le meilleur groupe de Death Brutal Français actuellement, après avoir usé un large personnel (Truchan est le dernier membre originel) par une longue carrière ayant mordu sur le Black et le Grindcore. La réputation antérieure des Stéphanois n'a pas été trahie pour ce retour (je crois qu'ils avaient fait un festival en Europe centrale avant, quand même). Ils n'ont qu'à être nature pour écraser mieux que jamais, le quasi abandon des cris de porc et la digestion enfin complète de l'inspiration Grind rendent l'expérience terrible. Kevin Paradis (ex-Svart Crown d'ailleurs) apporte sa redoutable frappe traditionnelle qui emmène le répertoire du groupe vers un niveau divinement insoutenable, je me suis régalé à le regarder par moments jouer avec l'olive haute, comme les grands fondateurs et surtout pas en gravity blasts. Ces enchaînements breaks-accélérations qui sont restés typiques de Benighted quelles que soient les époques semblent encore plus vigoureux qu'avant, s'il est possible.

Inutile de préciser que la fosse s'était recréée très vite, plus frénétique évidemment qu'avec le groupe précédent. La complicité de Julien Truchan avec la Mosher Team est forte depuis une certaine édition du Mosh Fest, amitié à laquelle il fit souvent allusion dans ses interventions rigolardes mais au cours desquelles il ne chercha pas à blaguer comme avant. Il faut dire que l'heure avançait en plus de l'urgence partagée par tous de se donner à fond après une si dure famine… Du reste, mon camarade était déjà reparti dans le pit à ses risques et périls. Les choses atteignirent une dimension bizarre lorsque les moshers formèrent un paquito slam au milieu de la salle… puis un autre encore sur la scène envahie de manière apparemment concertée ! Du grand n'importe quoi !

Dans cette ambiance un peu folle même pour du Metal extrême, Truchan annonça avec un regret visible le dernier titre sans rappel possible vu le planning, qui fut le classique fédérateur "Let the Blood Spill…" repris par des gorges enthousiastes mais un peu atteintes, les cornes levées au bout des poings. C'était fait. Merci encore à l'association organisatrice qui nous promet un tas de bonnes choses pour les mois à venir – si tout va bien.


Encore sonné, je n'ai rien pris au stand que la tête d'affiche avait bien achalandé et après quelques adieux avec promesse de se revoir très vite au vu du calendrier prévu, nous sommes partis remettre une dernière fois les niveaux à hauteur dans l'un des bars voisins, malgré la pluie qui reprenait dehors. L'été s'achève, mais la vraie vie est revenue.


Palavas Surfers TAF Saint-Jean de Védas 14 juillet 2021

 Après un long hiver d'interruption, les premiers concerts ont repris. Pour l'instant, les amateurs de musique indépendante doivent se contenter de redécouvrir des groupes locaux tandis que les amateurs de chanson moderne, de hip-hop ou de musique africaine bénéficient des largesses des pouvoirs publics qui leur ont organisé un grand festival gratuit sur une semaine en ville. Voire, il n'y a pas eu encore d'affiche correspondant réellement à mes goûts, mais je voulais reprendre. Nous avons des concerts. Attendre les groupes de plus grande envergure programmés après la rentrée – si tout va bien – aurait été du masochisme inutile. Et être présent lors de cette période de reprise est une façon de soutenir les salles qui essaient de tenir le coup.


Le groupe de ce soir devait être le cobaye d'un des fameux concerts-tests programmés initialement au début du mois dernier – cela semble déjà bien loin. Il fallait s'inscrire préalablement sur le site web de la salle et venir masqué. Sur place, le prix était libre. Simplement, les horaires décalés annoncés furent en pratique les mêmes que dans le monde d'avant, ce qui fait que je suis arrivé beaucoup trop tôt. La scène était installée à l'extérieur dans la cour, avec tables et bancs devant pour inciter les gens à s'y asseoir pour se retrouver autour de bières, assiettes et sandwiches à commander à la camionnette-nourriture garée à demeure au fond, ou aux bars du préau qui proposaient aussi un peu de merch' maison. 


Peu à peu les gens se présentèrent en nombre fourni pour une affiche de ce genre et le temps d'attente, prolongé du fait qu'il n'y avait qu'un seul groupe, fut mis à profit pour les retrouvailles, rituel qui restera caractéristique de ces dernières semaines où tout un chacun reprend contact avec ses relations plus éloignées, et typiquement les collègues de concert. Cette assistance était au demeurant assez âgée en moyenne, voire familiale, car formée principalement de rockers mûris amenant parfois leurs enfants.


Mais enfin les PALAVAS SURFERS montaient sur scène en formation à six, vêtus de noir sauf le chanteur en t-shirt violet, et attaquaient leur set sur un tempo peinard qui n'allait pas dévier. Le groupe dit qu'il fait du Fuzz Rock, et le fait est que le son des deux guitares de vieux modèle astiquées comme des Harley (ou des Triumph si vous préférez) vient du Rock 70's. Mais en réalité il sert plutôt du Punk-Rockabilly bien garage, ouvert au psyché et au Rock antérieur avec son orgue Gem Jumbo qui épaissit le son derrière les guitares comme en ces temps antiques. Bref, c'est de la musique qui fait taper du pied, dans le sillage des Stooges, du MC5, des Fuzztones, Cannibals, Lords of Altamont et autres Datsuns... La batterie n'accélérant pas, quelques personnes vinrent bouger sur ce tempo propice à la danse dans un esprit bon enfant (encore une fois, les temps sont ceux de la redécouverte des sensations interdites). En milieu de set, le Gem Jumbo fut abandonné par son titulaire et un autre membre resté à l'écart s'installa à un Hammond qu'on n'avait pas remarqué à l'arrière de la scène.


Le chanteur apportait une couleur particulière à tout cela. Je ne parle pas de son humour qui, à mon goût, tombait à plat (les fans me contrediront), mais de son chant de tête très distinct (bien que très moyennement puissant) et de ses ricanements dans le rythme qui tiraient l'ensemble vers une saveur Rockabilly à la Cramps tout à fait cohérente avec le fond instrumental. Cela justifiait qu'il y ait quelques coiffures en banane parmi le public. La basse enfin, se laissait entendre dans le brouillard des guitares grâce à un son assez net que l'on pouvait très bien distinguer avec un minimum d'attention. Mais les gens qui se bougeaient devant ne devaient pas s'y attarder. Certains couples dansaient même le Rock comme Papa. Le set dût quand même trouver sa fin tandis que le jour baissait et que le vent rafraîchissait sérieusement la soirée, par une reprise finale un peu réarrangée de "Blitzkrieg Bop".


Le premier concert de 2021 était donc vécu, en espérant plus à venir. Malgré le coup de frais, les gens sont restés encore un long moment ensemble tant l'aspect humain des concerts locaux, après les mois que nous avons encaissés, a pu manquer. Et entre gens ayant au moins une passion en commun, cela était sans doute plus appréciable que d'aller regarder avec les voisins le feu d'artifice dont on entendait les explosions au loin.


samedi 24 avril 2021

Hanger Abortion TAF Montpellier 26 septembre 2020

 Le calendrier prévu des concerts se trouve bouleversé par le ressac de l'épidémie, particulièrement dans les villes les plus frappées. Des dates réservées et attendues se trouvent annulées à mesure que l'on s'en approche. À la place, certains lieux luttant pour se maintenir à flot organisent de petits événements dans le respect des règles imposées, avec ingéniosité et ténacité, en ouvrant leur scène à des groupes locaux pour des concerts à prix libre avec inscription préalable.


Ainsi c'était compliqué pour moi de venir ce soir-là, mais la faim de live m'a poussé à me libérer au plus vite pour rallier au dépourvu la Secret Place où je n'étais plus allé depuis plus de sept mois. Heureusement pour moi la jauge d'affluence n'était pas atteinte, mais le resserrement horaire déjà en place (en attendant une contrainte plus forte encore dès la semaine suivante) faisait que le concert avait commencé bien plus tôt que d'habitude. Et je n'ai pour ainsi dire rien vu d'HORROR WITHIN et de son Slam Death classique et efficace, très voisin de la tête d'affiche. Une prochaine fois, espérons.


Les averses et le froid tombé subitement empêchant la tenue à l'extérieur, il fallait se répartir dans la salle inhabituellement garnie de tables et de fauteuils plastique en plus des quelques tables hautes et chaises de bar habituelles du fond. Le respect des distances était en vigueur sous la surveillance prévenante mais constante et nécessaire du staff. L'usage de verres et non de gobelets, était un détail également pertinent en termes de dissuasion.


Dans ces conditions exceptionnelles, HANGER ABORTION fêtait et promouvait autant que possible la sortie de son premier EP "Population Decay" sur le label Australien 10-54. En formation classique à quatre, le groupe n'a évidemment rien varié de son Slam Death Beatdown qui doit autant à Hatebreed qu'à Cannibal Corpse. Quelques intros de films plantaient un décor cohérent. Il y a aujourd'hui beaucoup de groupes dans ce genre à travers le monde, mais il y a aussi un public de mordus insatiables qui se nourrissent par les réseaux sociaux et youtube. 

Les Montpelliérains ont progressé dans le riffing, sensiblement mieux varié que l'an dernier, aidé en cela par un batteur capable de passer quelques breaks un peu techniques après un long martèlement en cadence. Avec une seule guitare, cela suffit pour écraser tout en laissant une petite place bienvenue à la basse pour agrémenter la rythmique, détail très important dans ce style si propice à la monotonie. De même, le growl naturel évite de tomber dans la caricature trop parfaite que le style offrait il y a quelques années et nous raccroche aussi au Death le plus traditionnel. On demeurait quand même dans l'exercice de style orthodoxe sans s'aventurer dans les subtilités du Death brutal ou du HC vieille école. Quelques spectateurs s'agitaient assis sur leurs sièges, même si ce n'était pas la meilleure situation pour déployer la gymnastique habituelle du beatdown, ce qui donnait un spectacle assez amusant en symétrie de la performance appliquée mais souple sur scène.

Le set fut assez court, le répertoire du groupe n'étant pas encore pléthorique, mais l'affaire était suffisamment entendue et vaut le détour pour tout amateur de Slam Death Metal. 

L'horaire précoce de fin du concert n'interdisait pas de rester un peu pour revoir les uns et les autres et rêver ensemble de jours meilleurs. Les conditions de la soirée resteront hélas inoubliables, mais ce qui est pris est pris.


Stuntman Harah Skullstorm Feral Black Out Montpellier 21 juin 2020

 Enfin ! Après trois mois et demi d'abstinence forcée, un concert intéressant était programmé, à l'occasion du 21 juin. Les tournées n'ayant pas recommencé, il ne pouvait s'agir que de groupes régionaux. La réunion avait lieu dans un lieu privé confidentiel quelque part dans l'Hérault, annoncée uniquement par bouche à oreille, sans aucune promotion par internet, avec présence accrue des conjointes et des amis. L'organisation veilla parfaitement au respect des normes de sécurité sanitaire encore en vigueur. Cela fait drôle d'ajouter un masque aux protections auditives par ces chaleurs, mais il va falloir s'y faire quelque temps sans doute comme le reste. Cette reprise n'est pas un retour à la normale, et cette organisation au parfum de clandestinité nous ramène aux racines d'une musique à la marge, d'un mundillo qui organise sa vie à l'écart, même si en France nous ne pouvons pas prétendre y ajouter la persécution subie sous d'autres cieux, heureusement.


Le premier groupe du reste de notre vie de concerts aura donc été FERAL, formation à quatre rassemblant des membres de Stuntman, Superstatic Revolution et Morgue entre autres, que je n'avais pas revue depuis beau temps. Leur musique semblait s'être alourdie dans l'intervalle, même après que le chant gras soit remixé à un volume convenable. Le Sludge le plus sale et pégueux se mêle à un Grind brutal, au fond crust sensible malgré ce chant plus growlé que braillard. C'était encore plus lourd que dans mes souvenirs, les passages ternaires étant franchement écrasants après les blasts dévastateurs délivré par un batteur dont je n'avais pas vraiment apprécié jusqu'alors la compétence, en raison de ce son volontairement un peu sale à son poste. Cette sensation de pesanteur était certainement accrue par l'attitude relativement réservée du groupe, qui avait pour la majorité un second set à assurer un peu plus tard dans la soirée. Le bassiste assurait quelques brèves parties de chant. Le public se contentait de bouger un peu devant mais la chaleur, les masques incongrus et la prudence imposée par les circonstances ne laissait pas espérer plus. 


SKULLSTORM évolue dans un style assez proche. Rassemblant des gens passés par Morse ou Super Beatnik, cet autre groupe à quatre prodigue un croisement entre Crust, HC New School et Punk ; Amebix, Minor Threat et Black Flag. Ce trait Punk se ressentait notamment dans le son, moins lourd et moins fort. Fidèle à son attitude, le chanteur occupa un grand espace à travers la salle en se déplaçant d'un endroit à un autre sans être gêné par l'emploi d'un micro filaire, avec l'aide discrète de l'assistance habituée à aider ce type d'expression scénique. Le son craquait parfois, ce qu'on pardonnera aisément vues les circonstances. Le style est sans prétentions, mais c'est bien fait.


Je n'avais encore jamais vu HARAH bien que cela fasse un moment que ce duo batterie-guitare/chant, né des cendres d'un précédent projet nommé Lahius, est actif depuis quelques années. Il venait offrir le "moment calme" du programme avec son Post-Rock tirant vers le Post-Hard-Core ou un Post-Punk Shoegaze pour les passages les plus légers... cela fait un peu revenu de tout ! Cerné au sol d'un nombre de pédales qui suffisaient à lui garantir une distance sanitaire conforme, le guitariste ajoute un chant masculin naturel très présent, inhabituel pour ce créneau, qui y donnait un grain années 90. Bien sûr, le plan était fait de titres longs ménageant des montées en puissance inexorables, pour autant qu'une bonne vieille Gibson puisse en donner. Le batteur assurant seul la partie rythmique fit montre d'une maîtrise certaine avec des parties complexes qui ont fait la différence, évitant à l'ensemble de choir à ce niveau de musique soporifique et poussive que la description écrite pourrait laisser craindre.


Enfin les Sétois de STUNTMAN apportaient toute leur expérience de survivants de la vieille scène locale comme il n'y en a plus beaucoup vingt ans après. La radicalisation déjà constatée il y a quelques mois s'est confirmée. Le mélange historique du groupe entre HardCore chaotique, Noise, Stoner et Metal des années 90 s'est durci, au point que la set list écarte les anciens tubes qui étaient incontournables jadis. Des passages en blast bien Death ou Grind, mêlés au reste, rappelaient que le groupe continue à évoluer au-delà du groove déjanté qui unissait ses premières inspirations. Le chanteur aurait pu paraître métamorphosé par rapport au set de Feral pour qui ne le connaîtrait pas, retrouvant sa prolixité agressive mais bon esprit, et une attitude plus mobile. Le retour à une musique plus explosive et maîtrisée parfaitement par les quatre membres, quelle que soit leur ancienneté, relança les énergies et à défaut de pogo il y eut bien quelques bourrades. Le mélange peut apparaître trop vaste à la simple description, mais en pratique il fonctionne depuis beau temps, ce n'est pas par hasard que l'on a tourné plusieurs fois à travers l'Europe. La performance de ce soir spécial montrait une affaire qui roule, une fois de plus. En dépit de l'heure avancée certains étaient chauds pour prolonger le set avec les trois nouveaux titres encore inédits, mais il n'y avait pas le temps.


Cela faisait des années que je n'avais pas subi une privation aussi longue, qui donnait une impression de retour de décrassage sur la route de la maison, celle que l'on éprouve lorsqu'on retrouve les sensations d'un sport que l'on reprend après une période d'arrêt. C'était bien plus que la fatigue positive habituellement ressentie lorsqu'on a maintenu le rythme, ou que le banal retour de concert par une chaude soirée d'été. L'avenir demeurant incertain, cette expérience simple devait être aussi savourée à sa juste valeur. 


Napalm Death Eyehategod Misery Index Rotten Sound Metronum Toulouse 29 février 2020

 Ce samedi tous les Metalleux vivant entre l'Atlantique et le Rhône pouvaient affluer à Toulouse où deux affiches majeures s'entrechoquaient, comme pour marquer un 29 février. Il fallait choisir son camp. Si le passage de Testament, Exodus et Death Angel au Bikini avait été annoncé en premier, j'avais opté pour le "Campaign for the Musical Destruction" au Metronum. Je croise Napalm Death tous les ans, mais le reste de l'affiche suffisait à me convaincre. Le débarquement de cette tournée servait de cadre aux dix ans d'anniversaire de l'association toulousaine Noiser qui organisait ce concert après bien d'autres. 

Même en connaissant bien le trajet, j'avais galéré pour rallier la ville rose dans sa grisaille brumeuse habituelle en hiver. Ayant juste le temps de remarquer qu'on parlait beaucoup castillan et catalan aux abords, dans la file d'entrée, dans la cour puis dans la salle, je voulais voir à quoi ressemblait BAT qui devait déjà en être à la moitié de son petit set. Ce trio comprend le guitariste de Municipal Waste, mais joue plutôt un Thrash Heavy Punk dans le sillage de Venom, voire Mötörhead ou Possessed, avec vestes à patches, bandanas et frottages entre instruments en fin de set. Ce n'est pas grandiose ni original, mais ça nous décrassait pour des choses plus consistantes. Et au moins la qualité sonore de l'ouverture laissait présager qu'il n'y aurait pas de problème.

À la première pause, on pouvait voir dans la salle derrière un merchandising très copieux proposé aux fans, qui ne se limitait pas aux groupes du soir mais accueillait aussi des vêtements et accessoires de structures locales (dont Noiser bien entendu). On retrouvait une bonne délégation de la côte Méditerranéenne et effectivement pas mal d'Espagnols ayant profité de ce que cette date tombait le weekend pour faire le voyage malgré les incidents à la frontière. Le public était donc fourni, c'était complet, mais un bon côté de la scène extrême est que même un gros concert qui a marché reste loin de la barre des événements interdits pour cause de virus. Pour le moment.


ROTTEN SOUND était passé à Toulouse encore récemment de mémoire, mais pour ma part ils manquaient encore à mon tableau. Sans sortie récente à promouvoir, les Finlandais ont réellement lancé la soirée, le pied à fond sur la pédale HM-2 après avoir fait eux-mêmes leurs réglages. Placé en une position qui les contraignait à faire leurs preuves comme de grands débutants alors que bien des festivals spécialisés s'en contenteraient en tête d'affiche, les vingt-cinq ans d'expérience ont parlé : le public frileux du premier titre se métamorphosa après quelques salves pour provoquer un désordre bouillonnant dans une assez vaste fosse. Le Grind Crusty du quartet emprunte souvent au D-Beat ce qui ne le rend que mieux accrocheur. Le son très typé de l'unique guitare est en harmonie avec le chant crié de Keijo. L'unique actualité était l'arrivée du nouveau bassiste, apparemment plus jeune, mais déchaîné. Entre Punk de la seconde vague et Death scandinave, thèmes politiques ou gore, le groupe vise un large public dont l'emballement me faisait penser qu'il faudrait se réserver pourtant un peu vue la suite… Mais le son très féroce était irrésistible. 


La bande-son des interludes déroulait, assez curieusement, de grands classiques du Metal de Papa. 


MISERY INDEX est moins actif que dans sa première décennie où le groupe était venu fesser l'Europe entière un bon nombre de fois tout en produisant en studio à cadence soutenue. Mais au moins les Marylandais ont gagné en stabilité lorsqu'ils se retrouvent, comme en témoigne la qualité du dernier album. Et cela faisait fort longtemps que je ne les avais pas vus sur une scène aussi grande. L'alliage de surpuissance et de rigueur dans l'exécution reste la marque de cette bande de schismatiques de Dying Fetus. Certes, le triggage d'Adam Jarvis contribue à cette impression (on le devinait à l'oreille après l'avoir vu par le passé dans des conditions plus confinées) mais je préfère ça à d'autres modes, personnellement. Les acclamations (où perçait les hurlements d'une fan particulièrement passionnée) et la reprise d'une fosse déchaînée confirmaient que cela marche toujours autant. Étant le combo le plus Death de la soirée, c'était le set le plus lourd ce qui se ressentait néanmoins dans des headbangs parfois plus relâchés derrière. La variation de rythme était spécialement honorée avec un certain humour au moment de nous faire saluer les autres groupes de la tournée, Adam Jarvis parodiant en pince-sans-rire leurs tempos habituels de telle manière que n'importe quel touriste aurait compris qu'avec Eyehategod ce ne serait pas pareil !

Sans faire l'impasse sur "Rituals of Power", Misery Index ne venait pas promouvoir son dernier album, n'ayant même pas ouvert le set par un extrait. Cela fait un moment à présent que Mark Kloeppel prend le poste au centre et assure la communication, mais Jason Netherton n'a pas abandonné ses nombreuses parties de chant. Pour s'exprimer, Darin Morris à la seconde guitare se contentait de donner un feeling certain à des solos qui n'ont même pas été écrits pour lui à l'origine pour beaucoup, lui l'éternel copain finalement intégré. Dans son t-shirt Bathory Kloeppel était volontiers bavard et n'avait rien perdu de son humour qui détendait un peu entre des titres aussi intenses et sombres, alors que l'intro instrumentale enregistrée de "The Oath" esquissait ce que ça pourrait aussi être avec une atmosphère oppressante entre tous les titres… "Traitors", comme c'est maintenant une tradition, clôtura le set avec son chœur simple martelé à l'unisson. Ces retrouvailles après six années de disette n'ont pas laissé le moindre commencement de déception et demeureront certainement pour moi le clou du concert.

Embracing Extinction/ The Spectator/ The Great Depression/ Ruling Class Cancelled/ New Salem/ The Choir Invisible/ The Oath - Conjuring the Cull/ The Carrion Call/ Hammering the Nails/ Traitors


À la pause, j'apprenais que la tête d'affiche ressortait de vieux morceaux au détriment d'autres trop entendus pour cette tournée. Nous allions être fixés bientôt, après une parenthèse.


Le changement d'ambiance était attendu avec EYEHATEGOD, qui recourait à un éclairage à bleu dominant à la différence des collègues. Mike Williams apparaissait totalement défoncé et ce n'était pas simulé ! On se souvenait que Joey Lacaze était décédé quelques jours après le dernier passage du groupe sur les bords de Garonne… Avec l'un des pères fondateurs du Sludge, l'atmosphère était toute autre, le rythme nettement plus pesant et l'heure était au headbang lent plutôt qu'au pogo. Les moshers fanatiques étaient partis prendre une pause, ce qui était appréciable pour la majorité restante qui avait un peu plus d'espace pour se relâcher. Quelques fumées suspectes prenaient même forme ici et là dans l'assistance. Jimmy Bower était bien dans le ton avec son petit pull sobre tendu sur son gros ventre ou sa chemise à carreaux bon marché, l'air hilare. Mike Williams, lui, ne savait plus s'il était en Italie ou en Espagne si l'on en croit ses remerciements en langue autochtone (essaye encore !), et balançait des doigts d'honneur à tout le monde y compris à son propre groupe qui les lui rendait sans méchanceté. Avec un bien meilleur son que sur album, il n'était pas difficile de se couler dans un répertoire perché, parfois imprévisible, mais bâti sur des riffs massifs dont la qualité ne faisait que croître à mesure que le set passait. J'ai suffisamment passé de soirs devant des groupes vénérant celui-ci pour avoir pu apprécier cette rencontre.


La dernière pause passa vite avec le tirage au sort d'une tombola spéciale (une vie de concerts offerte) pour fêter l'anniversaire de l'association organisatrice, Noiser, à laquelle Toulouse doit une partie de sa grande qualité de programmation.


Après que John Cooke, aie fait lui-même la dernière supervision, NAPALM DEATH était annoncé par la vieille introduction de "Discordance" issue du quatrième album du groupe, celui qui annonçait longtemps à l'avance son style définitif des vingt dernières années, et le fait est qu'"I Abstain" n'a pas vieilli d'un trait en plus d'être de circonstance en France. Malheureusement le son aigre de la guitare et des caisses claires de Danny Herrera m'a un peu gâché le plaisir au début, c'était au-delà du feeling Punk. Napalm, c'est le groupe international que j'ai le plus vu en concert et je peux donc être difficile. Conformément à la promesse, la setlist picora dans beaucoup d'albums différents de toutes les époques y compris des titres peu entendus. Quand on tourne autant et qu'on n'enregistre plus aussi souvent que naguère, il y a intérêt à faire ainsi pour éviter la lassitude des fans. Ressortir par exemple "Social Sterility" ou enchaîner le redoutable mais pas fréquent "If the Truth Be Known" après l'efficace mais surexploité "Suffer the Children" pour une tranche de vrai Death Metal rafraîchit les enthousiasmes. Ce ne sont pas les quelques slammers et la fosse, encore plus large que pour les autres groupes, qui me contrediront.

Grâce à l'espace offert par une scène beaucoup plus grande que les garages aménagés où je retrouve plus souvent Napalm Death, Barney n'était pas en nage et même assez en forme. Indécrottable anarchiste réfléchi, son propos était assez anti-religieux ce soir et plutôt que de se promener partout en faisant des gestes absurdes, il se prenait plutôt la tête entre les bras, comme un enfant très fâché qu'il est d'une certaine manière toujours resté. Pour justifier la tournée et faire patienter alors que l'album à venir chemine lentement dans les tuyaux, ils ont donc un nouveau single en stock dont le seul titre original, assez surprenant, fut interprété pour avoir notre avis. On sentait que les précédents accueils avaient dus être mitigés vue l'anxiété contenue des quatre Midlanders au terme du morceau. L'exhumation du lourdingue "Cleanse Impure" issu de la période groove confirmait que le groupe, en fait, a vraiment envie de reprendre quelques risques musicalement. De grands incontournables restaient quand même bien présents pour le plus grand plaisir de tous, tant le mosh de "Scum", les deux titres d'une seconde ou d'autres seront éternels. On s'est tellement extasié sortie après sortie de la constante qualité des titres datant de ce siècle seulement, que ce n'est pas non plus en puisant parmi eux que la tension allait retomber. Voyant la quasi-totalité d'Eyehategod revenu sur le bord de scène les regarder jouer, Barney nous demanda de l'aider à convaincre Jimmy Bower de se raser la tête ce qui ne manqua pas de le faire rire.

Pour terminer cette nouvelle rencontre, l'inusable reprise des Dead Kennedys resservit une fois encore pour remettre inlassablement une certaine chose au point, puis vint celle de Sonic Youth présente sur le nouvel EP, assez déstabilisante pour les pogoteurs enragés qui en voulaient encore après des heures d'exercice, avec son final totalement Noisy chaotique qui est pourtant tout à fait dans le fil d'une partie de la vaste histoire de Napalm Death.

Comme presque toujours, Barney fut le dernier à s'en aller après avoir distribué quelques bouteilles d'eau, au son de "The Lifeless Alarm" une fois encore et qui rappelait à nouveau nos quelques craintes que le disque à venir ne reparte dans des expérimentations oiseuses. Nous verrons bien, en attendant la légende tient la route.

Discordance/ I Abstain/ Silence Is Deafening/ The Wolf I Feed/ Can't Play, Won't Pay/ Social Sterility/ Scum/ Fatalist/ Logic Ravaged by Brute Force/ Suffer the Children/ If the Truth Be Known/ Human Garbage/ When All Is Said and Done/ Mass Appeal Madness/ Unchallenged Hate/ You Suffer/ Smash a Single Digit/ Cleanse Impure/ Dead/ Nazi Punks Fuck Off (Dead Kennedys)/ White Cross (Sonic Youth) - The Lifeless Alarm (enregistré)


Devant repartir tôt le lendemain matin je n'ai pas beaucoup traîné. Un peu à regret car une telle tournée vaut largement un festival d'envergure spécialisé et j'aurais bien voulu prolonger avec les compères présents une célébration aussi virile. Si le virus ne met pas les tournées à l'arrêt dans les prochains jours, ça va encore taper fort dans peu de temps.


vendredi 10 avril 2020

Stolearm Black Sheep Montpellier 14 février 2020

Se décider au dernier moment d’aller au concert donne à toute la soirée la saveur des plaisirs imprévus. La reformation d’un groupe local qui ne m’avait pas laissé indifférent, après des années d’absence, s’imposa comme une raison suffisante à mesure que la fin de journée approchait. Stolearm avait laissé en peu de temps une discographie fournie, talentueuse et travaillée sur un créneau Synth-Rock périlleux, ainsi que des lives léchés qui n’étaient pas encore oubliés. Le chef de projet a ensuite fondé un label (Linge Records) et lancé quelques autres groupes de moindre intérêt. Le retour au meilleur devait être encouragé.
L’horaire étant assez tardif, la chère vieille cave du Black Sheep fut assez longue à se remplir. Passé un certain cap sur le cadran, les gens peuvent se dire qu’il y a le temps de dîner avant, surtout un vendredi. L’affluence s’étant révélée importante au final, ce choix s’avéra finalement tout à fait intelligent. Le style musical honoré ce soir est peu apprécié dans nos contrées hors des grands classiques, il fallait réussir un fort taux de mobilisation au sein du petit créneau pour arriver à ce succès.

En première partie c’était un projet voisin qui revenait aussi. ANIMAL se présente comme un duo avec un programmeur et un chanteur déjà vu dans divers projets locaux. L’intro samplée sur "Le roi Lion" et le port d'un masque animalier vite enlevé par le claviériste ne laissait pas présumer l'enchaînement sur la suite. Après un ou deux titres qui faisait plus Electro-Indus gaie, il s'avéra qu'il s'agissait en réalité d'une Synth-Pop épaisse dont la base rappelait Mesh, empruntant souvent des motifs mélodiques à la Future-Pop ou des passages à l'école allemande lorsque cela s'apaisait un peu. Le temps d'un set, pourquoi ne pas se replonger dans ce qu'on avait exploré à une lointaine époque ? Si la partie synthétique était bien restituée par l'ingé son local dont la polyvalence est légendaire, le chant paraissait sous-mixé mais c'était plutôt la conséquence, à mon avis, de ce que le second membre sautillait tout le temps avec sa grosse mèche qui frôlait les poutres basses, ce qui n'est pas compatible. Le fait de jouer chez soi favorisait une communication accrue, autour d'une setlist puisant allègrement de vieux morceaux. Le côté queer perceptible et des références culturelles typiques de la génération Y, ou encore la distribution de masques animaliers (à nouveau) dans le public, tenaient lieu de personnalité. Le set s'acheva sur un dernier titre dédié à Greta Thunberg (!).


Après s'être installé tranquillement sous le son de classiques l'ayant inspiré, STOLEARM mit en branle son set sous la formule duo qui avait été principalement utilisée par le passé par la tête pensante. Ceux qui connaissaient peu ou prou le répertoire pouvaient remarquer tout de suite qu'on ne se contenterait pas de le rejouer timidement mais que, comme jadis, les morceaux étaient réarrangés comme des travaux toujours en cours vers une perfection idéale et pour les adapter aux circonstances du live. C'est aussi un moyen d'explorer ensemble toute la palette, large mais cohérente, des influences qui ont nourri la tête pensante du projet. New Order et Cure y côtoient the Human League, Devo, Yello (en mémoire aussi des liens avec la Suisse) l'EBM et le Shoegaze et surtout, surplombant le reste, NIN. Il y a une inspiration propre qui se coule dans tout ça et en tire une sensibilité particulière, perceptible dans l'interprétation des paroles ou l'énergie mise dans la partie instrumentale. La guitare rythmique tenue par le second membre du groupe ne sonnait pas du tout lourde mais apportait une puissance discrète et importante. La sauce prenait au sein des dizaines de spectateurs qui dansaient quasiment jusqu'au fond. Avec la puissance de l'excellent matériel local et les qualités déjà soulignées d'Arbre aux manettes, cela prenait la dimension qu'on pouvait seulement deviner à l'époque.
Fidèle à la tradition des reprises, le duo devint quartet le temps d'un titre en invitant la première partie à les rejoindre (honte à moi je n'ai pas du tout su identifier le morceau, ce qui a achevé de me convaincre de télécharger Shazam le lendemain !). L'humour plus marqué dans d'autres projets parallèles n'était pas absent, par exemple lorsque le chanteur montrait au guitariste comment marchait un potard… alors qu'il montra par la suite qu'il maîtrisait parfaitement les petits claviers lorsqu'il lâchait la hache à cordes ! Curieusement le gratteux multiinstrumentiste se tenait souvent plié ou sur les retours, comme pour laisser plus de place à son grand partenaire sur l'étroite scène. Sur une grosse dernière partie de set, cela devenait chaud sur la piste alors que le son sec, aux rythmiques agressives, virait passablement vers l'EBM virile à la manière de Nitzer Ebb, influence déjà connue mais moins marquée auparavant. Un rappel aurait été fort bienvenu, mais il était déjà plus tard que d'habitude.
Honnêtement je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi bon ce soir, et il faut espérer que ce retour ne sera pas une célébration ponctuelle. Cette bonne dose de légèreté raffinée nous met dans de bonnes dispositions pour de prochaines expériences beaucoup plus barbares.

Pastors of Muppets TAF Saint-Jean de Védas 8 février 2020

Le décalage, l’expérimentation et l’autodérision ont une place ancienne dans le Metal, plus ou moins tolérée selon les conceptions de chacun. Pour moi, l’idée du Brass Band de reprises me plaît bien. Voire, j’avais déjà vu Pastor of Muppets dans un festival de fanfares de rues il y a longtemps, et conservais un souvenir assez bon pour remettre le couvert. Hélas, en ce samedi soir, l’affluence était bien faible dans la cour et la salle de la TAF. Organisée par une structure extérieure cette fois, la soirée était à un tarif relativement cher qui a pu dissuader une partie du public potentiel.

Un mot sur le groupe local de première partie, DIG UP THE 90’s, qui comme son nom l’annonce servait des reprises de la dernière décennie du millénaire précédent. Les dégaines tatouées et assez white trash américaine des quatre instrumentistes et de la chanteuse ne laissaient pas deviner, par contre, que le programme irait des tubes du HC mélodique qui avaient percé la bande FM jusqu’au pires abominations de l’Eurodance restituées en instrumentation Rock. Je ne pense pas que le groupe aie quelque autre ambition que de partager le plaisir de ranimer une époque. Le panel des styles abordés est trop large pour dessiner une cohérence, à part le fait que Noir Désir, Culture Club et Blink 182 ont eu du succès pendant cette fourchette temporelle.

PASTOR OF MUPPETS arrivait avec sa farandole de déguisés et entamait sa partie à douze, avec un vrai batteur au fond, sur deux reprises purement instrumentales de Machine Head et Megadeth qui résumaient bien le concept. Le combo invite à la redécouverte de classiques mille fois entendus, c’est l’intérêt profond de la chose au-delà des dégaines parodiées. En les adaptant à une instrumentation totalement différente, on y fait entendre des choses auxquelles l’auditeur porte moins attention d’habitude. L’assistance étant introduite, le chanteur sortait des coulisses pour faire le treizième (…) avec son costume et son visage de démon à petites cornes qui allait à ravir avec son attitude lente, réservée et menaçante. "Blind" de Korn s’adapte évidemment très bien à l’exercice sans rien perdre de sa puissance. Les pastiches d’Axel Rose, Slash, Lemmy, Abbath ou Anselmo côtoient des figures plus fantastiques comme ce chanteur luciférien ou les deux jumeaux maléfiques aux trompettes. Selon les moments de bravoure des uns ou des autres, ils se succédaient au centre du demi-cercle très serré ou au gré de chorégraphies plus élaborées sur des riffs célèbres. Je n’avais jamais vu autant de musiciens se quicher sur cette petite scène en quinze ans de fréquentation ! De temps en temps certains s’échappaient dans le public.
Le programme ne s’échappait pas de groupes et titres connus. Il faut admettre que le Metal plus extrême se prête moins à cet exercice. Toutefois ils proposèrent au public un test d’identification sur un titre assez complexe dont ce qui semblait être le riff principal me disait immanquablement quelque chose… Quelqu’un proposa assez intelligemment dans les réponses le nom de Dream Theater, mais il s’agissait du "Master’s Apprentice" d’Opeth que j’avais effectivement bien usé en son temps ! On revint ensuite sur le registre grand public avec par exemple un redoutable "Domination" dont le riff final ne perd rien à la transformation (Slash y perdant sa perruque !), un "Freedom" de RATM vindicatif ou ce "Rock is Dead" de Manson où le chant passait particulièrement bien. Jadis quand je les avais vus, tout était instrumental ; mais l’intégration d’un peu de chant sur certains refrains ou totalités de morceaux parfois est pertinente, et globalement bien pensée au cas par cas. Sans accaparer du tout l’attention, le chanteur sait même se mettre en retrait au profit des instrumentistes en jouant de son personnage réservé mais très sûr de lui (on ne sait jamais, avec un démon…), comme un cérémoniaire. De plus, il allège la charge de la communication auparavant assurée uniquement par Slash, probable meneur de la troupe, qui partage ainsi ses vannes avec quelqu’un qui est plus à l’aise pour ce faire (nous appeler systématiquement "Nîmes" sur le ton de la provocation innocente prouve que le guitariste à chapeau connaît suffisamment bien la région et ses gens !). Et les standards se succédèrent, laissant une bonne place au Néo avec SOAD encore, mais Machine Head et Megadeth revinrent, seuls groupes repris deux fois… On tenta un Braveheart que le public un peu trop âgé pour ça n’honora pas autant qu’il aurait fallu. Mais la bonne humeur régnait. La fin approchait clairement avec la présentation des membres sous leurs pseudonymes et de l’association organisatrice, tandis que je me disais que la setlist qui empruntait naguère au Heavy s’était décalée vers le Thrash et au-delà dans l’évolution. Le rappel nuança cette sensation car il s’agit d’un brillant et complet "War Pigs" annoncé sous son nom traduit, comme plusieurs autres reprises avant lui. Une photo de famille clôtura pour de bon le set.
Maîtrisant finement son concept après des années de performances à travers la France, Pastor of Muppets ne saurait se comparer aux grands groupes établis auquel le groupe rend tribut, mais au-delà de l’humour qui baigne tout le set, les extraits choisis regagnent en intérêt après des années d’écoute, nous rapprochant autant que faire se peut des sensations inoubliables de la découverte.
L’année avançant, nous attaquerons dans quelque temps des rendez-vous un peu moins bon enfant. Enfin.

Incite Skaphos TAF Saint-Jean de Védas 30 janvier 2020

Il est assez fréquent que j’aille dans des concerts peu chers ou à prix libre, mais cela faisait longtemps que je n’étais pas allé à un spectacle gratuit. C’était même assez surprenant puisque la tête d’affiche jouit d’une certaine notoriété en Amérique, et que c’est le groupe du fils adoptif de Max Cavalera, né de la première union de Gloria son épouse (celle par qui le drame serait arrivé selon certains historiens…). Comme je le craignais il n’y avait pas foule, même si évoquer un bide serait aussi hors de propos. Les concerts gratuits marchent plus facilement quand c’est dans le centre et qu’il y a pas mal de promo’. Et du reste, il y avait aussi du Metal ailleurs en ville ce qui a contribué à diviser les troupes. Enfin, vous connaissez ma sentence habituelle : ce sont les absents qui ont tort.

En voyant les filets de pêche posé sur les retours et les chaînes pendant au micro central, j’étais perplexe envers SKAPHOS sur qui je ne m’étais pas renseigné à l’avance et je n’étais pas d’humeur à me farcir un mini Alestorm. Loin, de là les cinq Lyonnais arrivèrent dans une pénombre où on distinguait à peine des visages fardés sur des dégaines suggérant plutôt le Black Metal, ouvrant le set sur un sample de bruits abyssaux. Musicalement c’était du lourd, du bien lourd, ce Death à influence Black à la façon de la décennie qui vient de s’achever, dans ces tréfonds sans lumière où se tapissent Sulphur Aeon, Mitochondrion, Portal ou Teitanblood. On ne s’attendait pas à quelque chose d’aussi extrême en première partie, mais ce n’est pas moi qui irai m’en plaindre. Quelques ponts aux riffs lisibles assumaient la filiation avec un Death plus traditionnel, derrière ce chant très rauque et l’épaisseur apportée par deux guitares. C’était surtout le batteur qui attirait l’attention avec sa frappe basse qui ne me paraissait pas être du pur gravity blast. Le son grave de la caisse claire était un détail capital pour la cohérence de l’ensemble. Parfois il put passer quelques breaks à la place des riffs, notamment un arpège de cymbales simple mais pertinent avec l’ensemble. Quelques samples aquatiques suggéraient Ce style ne porte pas au pogo ni aux grands discours mais plutôt au headbang mesuré et à la communication réduite (un peu de voix claire surprend toujours dans ce maëlstrom même si ce n’est que pour les pauses !). Plutôt que de paumer sa vocation, ce jeune groupe apporte une contribution de qualité dans un style encore assez neuf, où notre pays ne s’était pas encore vraiment illustré à ma connaissance.

Changement d’atmosphère avec INCITE, qui nous ramenait instantanément aux années 90 et leur cortège de groupes de Thrashcore à la suite de PanterA, Machine Head ou Prong. On avait généralement la dent dure contre ces disciples dont la vie fut généralement courte, mais ceux-là amenaient pour aujourd’hui de leur Arizona une énergie contagieuse. Richie Cavalera, au chant, sautait partout sur l’étroite scène et haranguait son petit public avec une attention régulière envers le fond et les côtés. L’attitude globale du groupe illustrait bien le professionnalisme du Métal Américain dans ce qu’il a de meilleur : les trois compères se bougeaient aussi, sans fausses notes, avec autant d’entrain que s’ils étaient sur un gros festival. Le son était le seul point faible du spectacle, puissant mais primaire, assez sale pour un groupe aussi costaud par ailleurs. Mais avec une telle envie et des titres aussi pêchus, cela restait bien plus excitant qu’un Lamb of God mollasson et propre. Décidé à ne pas laisser de temps mort, Richie C. n’oublia pas pour autant de faire acclamer le "first band" dont il ignorait le nom ni d’inviter les gens à venir au stand acheter du matériel (le professionnalisme à l’américaine, disais-je…).
L’enthousiasme du quartet et les annonces bourrées de clichés et d’emphases (dans le genre "et maintenant nous allons vous tuer, soyez prêts, etc.,") laissait tout de même un arrière-goût de surjoué quant au fait que les compositions étaient certes efficaces, mais nullement inoubliables, ni novatrices. Mais par chez nous, les gens ne détestent pas ces manières. Incite est clairement un groupe de scène, comme on le vit aussi lors des deux minutes de gloire ménagés au guitariste pour qu’il tente quelques improvisations à la Kirk Hammett sous les objectifs des téléphones… Il n’y eut pas de rappel au bout d’une heure de set passée somme toute très agréablement (professionnalisme américain là encore). Il faut enfin souligner qu’aucune allusion au lien de proche parenté avec l’une des grandes figures de la scène Metal n’a jamais été faite au cours du set : aucune référence dans les nombreux laïus ; aucune reprise, pas même pour recaser quelques secondes un riff célèbre pour un pont ou une clôture… Noblesse oblige, au-delà des facilités que cette filiation procure inévitablement pour naviguer dans le réseau des orgas et des labels, ils entendent faire leurs preuves par eux-mêmes musicalement. Ce qui est cohérent avec le fait de partir tourner gratis dans des villes européennes de province. Cela devrait forcer le respect de certains.

Melechesh TAF Saint Jean de Védas 15 janvier 2020

La trêve des fêtes devient parfois une vraie traversée du désert tant l’activité des concerts en arrive à se caler sur le rythme des festivals. Et la reprise étant lente, le début d’année est souvent propice à des découvertes ou des expériences hors des sentiers battus. C’est comme ça que j’allais à un concert estampillé Black Metal, moi qui en suis peu consommateur, et avec allégresse en plus. La soirée était bien douce pour janvier, en accord avec un programme qui sentait bien plus la Méditerranée que les fjords. Le public était présent mais pas non plus en masse, peut-être parce que Melechesh était déjà venu il y a un certain temps.

Le temps que je fasse les formalités d’adhésion de début d’année à l’entrée de la salle, les Lombards de SELVANS avaient entamé leur temps de jeu. C’est encore un jeune groupe même si l’on ne peut plus parler de débutants. Seul le grand chanteur avait le visage peinturluré sous son chapeau, mais ils avaient tous des colliers de bois ou d’ossements en lien avec le concept forestier du groupe. Musicalement leur Black était très classique, à fort volume, plutôt orthodoxe mais ouvert à des couches de claviers de temps à autre ou des chœurs pas envahissants. Le mixage primaire n’aidait pas à distinguer les instruments, mais dans ce style musical il ne faut pas y voir forcément une faute. Et déjà sur la petite scène ils étaient obligés de se serrer ! Les riffs étaient corrects bien qu’ordinaires. Le public réagit tout aussi correctement jusqu’à une reprise de Carpathian Forest (toujours le thème sylvestre…) qui fit sentir sa différence avec ce groove bestial bien restitué qui laissait enfin entendre un peu la basse, et encouragea légèrement plus les réactions après un répertoire passablement écrasé par les guitares. Ceci dit ces Italiens ne prennent pas les choses trop au sérieux, comme en témoignait la fiasque de vin ramenée du pays ou le petit jeu du chanteur qui avait remarqué en fin de set qu’un côté de l’assistance réagissait mieux que l’autre et joua un peu avec. Bref, la première partie classique avait fait son travail d’immersion.

À première vue les quatre Athéniens de W.E.B. se donnaient l’air de clones de Behemoth avec leurs costumes et leurs corpsepaints. Les grands effets symphoniques enrobant un Death Black pur, propre et classique des débuts confirmaient ce qui crevait les yeux. Quelque chose semblait néanmoins clocher et le guitariste chanteur gaucher chercha un moment avant de comprendre que son instrument n’était pas branché. L’amélioration fut évidente, même si la – jolie – bassiste demeura noyée dans le mixage à part les quelques chœurs qu’elle prodigua sans effort. Au moins sur la musique, l’impression s’élargit et l’étiquetage de premier abord dût être nuancé par la présence d’éléments moins extrêmes. Les ambiances un peu spatiales, quelques plans vraiment compliqués à la batterie que les trois autres accompagnaient avec application, une intro enregistrée à moulinets de guitare rappelaient le Djent. Avec les poses grandiloquentes, une certaine chaleur derrière les grimaces revues, quelques trucs de scène connus depuis les débuts du Heavy, cela ressortait comme une comédie sympathique à défaut d’être sulfureuse. Le masque de Skeletor-Eddie enfilé par le guitariste-chanteur sur un titre en convainquait définitivement. Un amateur de Metal futuriste pouvait y trouver son compte le temps d’un set qui eut le bon goût de ne pas durer au-delà du sentiment d’avoir fait le tour de l’affaire.

MELECHESH arrivait alors que nous étions encore tout à fait captivé par le demi de la pause de ravitaillement. Une fois encore, le niveau de la tête d’affiche par rapport aux ouvertures était clair. Le groupe Sumérien est là depuis longtemps et a amassé beaucoup d’expérience en dépit des fréquents changements de personnel autour d’Ashmedi. Le temps passé n’a pas eu d’effet sur l’homogénéité d’un répertoire étoffé et suffisamment original. Les riffs rapides, les plans variés et les structures sont profondément marquées par l’héritage oriental, qui rapproche à mon goût leur musique des techniques du Flamenco de manière adaptée au Metal. Il n’y a qu’à regarder le bassiste, qui n’était pas spécialement servi dans la balance mais assurait très à l’aise des parties tout à fait exigeantes à vue d’œil (on sait qu’il a succédé à des titulaires prestigieux). Il y a aussi un peu de Death dans leur mixture, mais il me semble que ce n’est pas vers Nile qu’il faut le chercher. Les influences de Melechesh sont plutôt dans le Death Thrash galopant des tous débuts de la scène Floridienne à mon sens. Tout ça m’excitait plus que les clichés du Black scandinave. Les intros et arrangements divers étaient enregistrés, l’instrumentation classique du groupe invitait à profiter plutôt qu’à bader. Le public Black n’est pas porté au pogo mais bougeait bien, chacun à sa place. Les poings levés, ou les triangles à deux mains remplaçant pour une fois les cornes, suffisaient comme signes de ralliement. Et pour ma part ce Black métissé m’a bien emballé le temps d’une soirée, peut-être aussi grâce à la liesse de la rupture du sevrage.
Ashmedi, qu’on imagine aisément dans une autre tenue au fond d’un souk, maîtrise le français au-delà des banalités habituelles quand il s’agissait d’être aimable, mais préféra rester à l’anglais pour les annonces. Un titre trancha enfin en s’ouvrant sur du blast, figure évitée jusque-là. Ce pied au plancher était en réalité l’accélération finale, puisque c’était le dernier morceau. Le groupe s’en alla sans aucun rappel, et le public repu ne poussait pas son contentement visible jusqu’à réclamer.
Satisfait également, nous échangions quelques plannings à venir entre habitués, qui présage d’un hiver mieux rempli que ce que nous craignions, voire passablement violent comme on l’aime.

dimanche 2 février 2020

Godspeed You ! Black Emperor Paloma Nîmes 17 novembre 2019

Pour ce troisième weekend à la Paloma, l'horaire était bien plus précoce, dimanche oblige. En cette saison cela ne dérangeait personne, il faisait déjà nuit et froid quand j'arrivai sur le parking, à nouveau bien rempli, pour une seule affiche programmée cette fois. Les gens étaient venus de loin. L'assistance étant logiquement bien au-dessus de trente-cinq ans même si quelques Metal-Progueux aidaient à diminuer la moyenne. Était-ce surprenant ? Le programme ne s'adressait pas ce soir aux amateurs de musique simple et directe, comme vous confirmera en bougonnant le fan de Thrash-Crust venu accompagner sa femme.
Le spectacle était cette fois dans la grande salle, dont les gradins étaient déployés de manière à occuper la moitié de la place du public. Craignant les effets soporifiques d'un siège cossu sur une telle musique je n'étais pas intéressé et de toute façon l'accès était trié.

La première partie était offerte à la saxophoniste Danoise METTE RASMUSSEN, toute seule avec son instrument, pour nous montrer ses improvisations Free Jazz. Sans autres moyens, elle en tirait des sons rarement entendus par les profanes, parfois en changeant de bec, mais elle restait contrainte par la contingence physique de la respiration humaine qui ne peut assurer plus de quelques mesures avant de devoir reprendre son souffle. Cela rendait l'exercice vite austère, servi haché par périodes d'une poignée de secondes. Un ensemble aura toujours plus de possibilités sur ce plan. Mette obtint tout de même des applaudissements plus que polis. Sur la troisième séquence, le secours d'une réverbération remédia comme il fallait au morcellement des plans, donnant une dimension de plus à l'exercice, une meilleure capacité au décollage de l'auditeur. Hélas, on revint au système sec dès le thème suivant, et j'ai décroché pour retrouver dans le couloir les compères de Morgue-Mutism reparler de nos dernières batailles.

Malgré la hauteur de la scène assez proche, il y avait tellement de monde qu'il ne fut pas toujours facile de voir les sept membres de GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR dans une pénombre constante, à peine mitigée par une lumière rouge orangée tamisée qui donnait un agréable côté concert au coin du feu. Leur Post-Rock est assez extrême avec ses titres durant au moins un quart d'heure, lentement immersifs dans une masse épaisse de nombreuses couches où s'empilent peu à peu guitares, basses, violon et contrebasse, qui captivent ensemble l'auditeur comme une coulée où surnagent au bout d'un moment des notes claires. Une boucle complète se formait puis se dénouait peu à peu sans se hâter, comme une décomposition naturelle. C'est une vraie expérience musicale. Wagner aurait aimé et le Metal extrême n'est pas loin. On aurait aimé mieux voir les musiciens jouer mais l'éclairage et leur disposition en demi-cercle n'aidaient pas beaucoup.
Pour renforcer l'aspect onirique d'un son magmatique, des illustrations étaient projetées au fond de la scène, quasi exclusivement en noir et blanc, et elles aussi enchaînées en boucle lentement évolutives. Au début elles étaient assez abstraites, ou d'inspiration naturaliste comme un vol d'oiseaux ou un jeune cerf en négatif, oppressantes avec ces tours résidentielles sans base ni sommet apparents. Plus tard cela prit un tour plus ouvertement politique avec des images de manifestations réprimées ou de bagarres entre militants opposés. Cette progression et l'accumulation de titres très costauds à digérer en direct apportaient une lente et profonde tension qui s'émettaient C'est la seule manière que le groupe conservera pour s'exprimer un peu, à part quelques gestes de remerciements parfois, fidèles en cela à leur réputation de gros taiseux : pas un mot, même à l'attention d'un public francophone. Une musique purement instrumentale trouve ses échappatoires dans les notes claires, sur des mélodies simples mais raffinées. Mette Rasmussen fut conviée à revenir sur un titre où elle s'installa au centre du demi-cercle mais dos au public, apportant une fine couche supplémentaire avec son saxo'. Le set dura ainsi une heure cinquante, procurant étrangement la sensation d'effort joyeux plus habituelle dans la pratique du sport. Chaque membre s'éclipsa l'un après l'autre, laissant la musique expirer très lentement, deux d'entre eux revenant au bout de quelques instants tripoter trois potards pour abréger un peu l'agonie.
On sort d'un concert de cette trempe un peu plus lentement que d'autres. Il était bon qu'il soit encore tôt grâce à cet horaire de dimanche, pour pouvoir papoter encore un peu et rallier la voiture sur le même tempo calme. Et puis aussi pour prolonger les sensations, car dans les semaines qui viennent c'est malheureusement le grand désert question programmation…