Entre deux mélopées gothiques, n'était-il pas judicieux de revenir à des sons plus lourds pour ne pas trop ramollir ? Si je suis Stuntman depuis longtemps, je n'avais jamais vu Nesseria, alors même que les deux groupes avaient joués ensemble par un lointain passé. Bien qu'arrivant à l'heure pour ma part, la salle ouvrit plus tard que d'habitude et l'affluence n'était pas impressionnante hélas dans ce cher vieux Black Sheep malgré la présence d'un groupe de la vieille génération locale à l'affiche. Le succès public d'un festival dans l'Aveyron voisin ce même weekend a pu aussi rogner l'assistance potentielle.
NESSERIA se présente comme une formation à quatre actuellement, avec un certain esthétisme : des tenues noires, quelques petits néons blafards posés sur le sol de la scène pour tout éclairage, et force fumée envoyée dans la petite salle (j'étais paré sur ce point avec mon dernier concert !). Je connais mal le passé du groupe, en tout cas ils ont servi un Post-Core largement teinté de Screamo et d'émotions glacées. On y retrouverait le vieux Cult of Luna, Converge, le Post-Black en général, et Envy. La similitude avec cette référence en particulier se justifie par le choix de la langue natale dans les paroles, qui passe finalement inaperçu. Le français n'est pourtant pas une langue bien agressive, mais il permet l'expression de plus d'émotion dans les cris tout en respectant la froideur de l'ensemble.
Le quartet mettait pour la première fois en scène son nouveau bassiste. J'ai surtout été impressionné par le batteur qui frappe très fort et n'est pas pour rien dans la puissance de l'ensemble. Le chanteur s'empressa assez vite de faire tous les remerciements laissant croire que le set était court, alors qu'en réalité il laissait place à un long titre instrumental pendant lequel il disparut en coulisses. Les Orléanais font une musique sincère et j'ai passé un premier bon moment.
Une fois en place, STUNTMAN attendit un certain temps le batteur qui arriva tout charrette du couloir et s'installa en vitesse pour attaquer un set sévère. Pour un groupe de plus de quinze ans sans actualité particulière, le quartet Sétois s'est montré particulièrement en forme. Le mélange entre HardCore Noisy et Stoner convoque beaucoup d'influences, mais l'agressivité des riffs est décuplée par la maîtrise largement équivalente au fil du temps au niveau professionnel. L'explosion d'une fosse bien violente en témoignait et libérait les émois accumulés lors du premier set. La rage du chanteur ne se dément pas non plus, ni dans ses harangues destructrices ou chaleureuses, ni par son attitude pleine de colère. Sous la copulation furieuse des riffs coreux et du groove sabbathien, l'ensemble dégage une influence plus diffuse, mais certaine, de l'esprit de révolte d'un certain Metal des années 90, entre Mayhem, PanterA et le Death underground. D'ailleurs, ils ont servi un titre inédit qui démarrait par une longue séance de blasts à la façon Black Metal que j'aurais mal imaginé de leur part il y a quelques années. Si le batteur se plaignit un peu de ses retours, la propreté sonore habituelle du lieu seyait bien à une méchanceté rigoureuse et cela pourrait franchement prétendre à un plus grand format. L'éclairage de la scène lâcha vers les deux tiers du set mais on n'y fit pas attention. Du reste, pour une fois le public ne s'était pas barré après le premier groupe comme trop souvent ici et cela faisait somme toute une affluence acceptable. Si j'ose dire, demain peut appartenir encore à Stuntman qui montra une énergie et un savoir-faire intacts, plus quelques intentions claires d'aller vers de nouveaux défis.
Les bons petits concerts ne bouleversent pas des existences, mais forment le sel de la vie de l'amateur en supplément des plateaux plus populaires. Une fois encore les absents eurent tort.
Bienvenue sur mon blog relatant mes impressions et souvenirs de concerts depuis 2004.
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Les intitulés ne mentionnent pas forcément tous les groupes qui ont fait tel concert, je privilégie les têtes d'affiche. Utilisez là encore le moteur de recherche.
samedi 21 décembre 2019
The Sisters of Mercy A.A. Williams Bataclan Paris 19 octobre 2019
Qu'est-ce qu'un groupe culte ? Les Sisters of Mercy seraient l'exemple parfait sans doute : une discographie étriquée mais séminale, qui a hissé ce nom parmi les fondateurs d'un genre, des apparitions et des interviews rares, plus d'album depuis vingt-neuf ans (!), et une légion d'adorateurs à travers le monde pourtant. Devenu depuis 1986 la chose absolue d'Andrew Eldritch, le groupe a très longtemps évité soigneusement de se produire en France en raison de l'aversion ancienne et obscure du patron pour notre pays, bien qu'il parle français. Moi-même il avait fallu que je me déplace en Espagne pour les voir enfin, avec une émotion certaine alors, tant j'avais fini par me reconnaître, lentement mais profondément au fil de la vie dans cette œuvre. Mon dernier concert, du reste, était justement consacré à son ancien partenaire aujourd'hui exécré Wayne Hussey. Même si la querelle d'Eldritch s'est apaisée avec le temps (ils sont venus au Hellfest cette année), ce show Parisien à une date commode était un véritable événement pour de nombreux fans, parfois frustrés depuis des décennies. D'ailleurs, c'était complet.
C'était également la première fois que je venais au Bataclan, assez étrangement. Arrivé largement à temps, j'ai eu le temps d'explorer la salle, plutôt vaste, un merchandising très fourni en habillement, de prendre de quoi boire et m'asseoir un moment au balcon tandis que ça se remplissait tranquillement, pour me poser. Au-delà d'une riche histoire scénique, il était impossible d'oublier le carnage qui s'est déroulé là où je me trouvais à cet instant. Rien ne le rappelle depuis que l'œuvre de Banksy a été volée, mais c'est superflu. Il serait prétentieux de broder longuement en parodiant inconvenablement "le sixième sens", n'empêche qu'on ne peut pas rentrer dans ce lieu indifféremment, désormais. J'en étais là de ces sombres pensées quand je retrouvais un ancien camarade de feu le forum de VS, que je n'avais pas revu depuis mon autre concert des Sisters à un millier de kilomètres de là. La salle était à présent farcie à bloc, de nombreux spectateurs comme en uniforme revêtus aux motifs du groupe de Leeds, généralement d'un certain âge, et venus aussi pour un certain nombre de l'étranger.
J'avais lu grand bien d'A. A. WILLIAMS il y a quelques mois. Cette artiste aux longs cheveux bruns est encore très nouvelle avec un seul EP fort remarqué à son actif. Assistée d'un batteur et d'un bassiste, sans compter le "A" en motif derrière elle, la guitariste-chanteuse servait un doux Post-Rock, vaguement Folk, froid, lent, sincère et bien composé. Malgré un bon volume sonore, il fallut un peu lutter contre le brouhaha de la foule pour imposer toute l'attention méritée. Si le registre est devenu franchement courant aujourd'hui, elle y mettait suffisamment de variété dans l'instrumentation et d'émotion dans son expression pour briser la réserve que l'on met instinctivement sur un son déjà entendu. Sans pousser son organe, elle s'avérait convaincante. Sur l'avant-dernier titre où la guitare sonnait lourde, la désynchronisation entre ses gestes et le son entendu me laisse penser que sur ce morceau le son plein de la guitare était au moins en partie doublé sur bande au mixage. Peu importe, c'était tout à fait pertinent pour ouvrir une soirée et prometteur dans ce style plutôt dans le vent.
THE SISTERS OF MERCY se présenta comme d'habitude sous la longue introduction de "More" mêlée d'un chœur fervent de centaines de fans sevrés. Le patron s'entoure simplement de deux guitaristes et d'un programmeur veillant sur Dr. Avalanche (la boîte à rythmes) et les basses, ce qui ne pouvait surprendre que les novices s'il y en avait. On ne vient pas voir ce groupe pour profiter d'une performance de musiciens, mais célébrer un répertoire vénéré par toute une génération. Le mixage se montrait étonnamment complémentaire de celui adopté à Barcelone lors de ma première fois : les riffs dominants outre-Pyrénées cédaient cette fois beaucoup d'espace aux rythmiques programmées, que l'habitué Ravey Davey gérait nonchalamment au second plan derrière des lunettes noires de rigueur aussi pour les trois autres membres. Comme toujours il n'était pas facile de voir derrière une fumée généreusement entretenue sur la scène, les miroirs à l'arrière réfléchissant et les spots envoyés dans les visages du public. Cela crée des monochromies se succédant titre après titre.
Du point de vue esthétique, la récente substitution de Chris Catalyst par l'Australien Dylan Smith – inaugurée au Hellfest – est une vraie réussite. Aux chemises à petites fleurs de mauvais aloi ont succédé un grand viking blond et musculeux qui donne une apparence ultra Metal, beaucoup plus cohérente avec l'esprit profond du projet d'Eldritch de se prendre pour Iggy ou Lemmy avec une pointe d'autodérision bien anglaise, et pas du tout pour un inventeur du Rock Gothique. Quand la recrue croise les bras au bord de la scène pour laisser l'autre guitariste Ben Christo envoyer le solo ouvrant le mégatube "Alice", c'est visuellement du grand art. Bien que relativement jeune et le paraissant plus encore, Christo est depuis longtemps dans le groupe et se chargeait de l'essentiel des passages en notes claires, particulièrement valorisés par le mixage de ce soir, ou d'assurer aussi le solo originel au saxo de "Dominion".
L'émoi du public avait encore grimpé d'un cran avec le titre précédent, le premier puisé dans les morceaux vraiment anciens. L'excitation procurée par un concert rare et longtemps désiré pour beaucoup, plus l'ego très sensible de bien des amateurs de vieux gothique, ont parfois des conséquences curieuses comme ce vieux fan qui a passé presque tout le concert devant les bras levés ou la bagarre qui éclata à côté de moi entre un spectateur expansif et un autre plus posé. Au milieu, une fosse s'agita pas mal bien que quelques spectatrices restaient pourtant à proximité confortablement installées sur les épaules de conjoints dévoués.
À défaut de les publier sur album, Eldritch a un panier de titres écrits postérieurement depuis trente ans, qu'il donne en concert aussi facilement que les incontournables. Les fidèles les connaissent tous plus moins, certains étant quasi systématiques comme "Crash and Burn" joué très tôt dans le set. L'instrumental "Kickline" ou le cristallin "Better Reptile" sont par contre bien plus rares.
Plutôt bien en voix ce soir, Andrew Taylor (son vrai nom) alternait comme toujours le marmonnement sépulcral de ses textes, confinant parfois au chuchotement avec des cris désespérés. La beauté de paroles exigeantes autour de thèmes pourtant aussi banaux que les femmes, les drogues et la déprime est pour beaucoup dans l'attachement de ses admirateurs, et l'esprit de célébration s'entendait évidemment dans la reprise quasi permanente des refrains comme de la plupart des couplets par l'assistance. Le patron a un charisme à nul autre pareil, fait d'incessants retraits au fond de la scène, de poses sarcastiques et de penchements de son crâne parfaitement chauve vers les premiers rangs, surgissant du brouillard constant et du halo électrique. Ses interventions sont rares et brèves entre des titres souvent enchaînés de toute façon, ou acclamés si forts qu'on l'entendrait bien mal. Tout cela forme en fait une cohérence savamment orchestrée depuis les origines sur tous les points afin de préserver absolument le caractère définitivement insaisissable et totalement maîtrisé d'un groupe conçu en autocratie. Les alternances entre hurlements et murmures, la brume qui dissimule et l'éblouissement répété, les ray-bans empêchant de lire les regards, les interviews en vrille et le refus de retourner en studio, le chant avec une cigarette aux doigts, ce sweat shirt fatigué pour monter sur scène alors qu'on est une icône vivante, ces rares aphorismes arrogants entre deux titres parfois… tout converge pour dégager cet esthétisme intriguant, racé et impénétrable, parfois paradoxal, que n'importe quel gothique rêve d'atteindre à son tour. Voilà au fond le cœur du malentendu sur lequel prospèrent complaisamment les Sisters.
Au bout de ces impressions rythmées par l'enchaînement des grands classiques et des inédits, setlist prit un détour inattendu vers deux titres plus apaisés de l'ultime album, puis nous déboulions sur le morceau marquant traditionnellement la fin du set principal, l'imparable, onirique et majestueux "Flood II" qui me bouleverse toujours malgré le temps, trahi par un frisson du plus profond de l'épine dorsale dès que les premières notes de basse le laissaient reconnaître.
Déjà que la France fut rarement honorée par son passage, Eldritch imposait généralement comme peine accessoire de filer au bout d'une heure sans rappel. Mais ce soir restera historique : après une longue clameur tenace et aimante, les quatre sœurs de la Merci regagnèrent l'estrade pour donner le même supplément d'incontournables qu'aux autres pays, bien qu'en versions raccourcies à commencer par le brillant et sarcastique "Lucretia", son riff basique et sa ligne de basse obsédante, repris à pleins poumons par une assemblée qui ne cessa plus de tout chanter jusqu'au terme du set. Signe d'adoucissement avec l'âge, Eldritch montrait même publiquement de l'affection envers son vieux domestique Christo. Ce final franchement physique déboucha enfin sur l'obligatoire et fédérateur "This Corrosion", parodie acerbe à l'encontre de ce pauvre Hussey envers qui la rancune semble éternelle. Un solennel salut devant un parterre nourri de fans comblés scella une rencontre mettant décidément à bas bien des anciennes mauvaises coutumes.
More/ Ribbons/ Crash & Burn/ Dr Jeep-Detonation Boulevard/ No Time to Cry/ Alice/ Show Me/ Dominion-Mother Russia/ Marian/ Better Reptile/ First & Last & Always/ Kickline/ Something Fast/ I Was Wrong/ Flood II
Lucretia My Reflection/ Vision Thing/ Temple of Love/ This Corrosion.
Je ne me suis pas pressé pour rallier la place de la république puis mon hébergement sous une petite pluie de circonstance sur les lumières des boulevards. Il y a des concerts, comme ça, dont on veut prolonger les impressions une fois qu'ils sont achevés.
C'était également la première fois que je venais au Bataclan, assez étrangement. Arrivé largement à temps, j'ai eu le temps d'explorer la salle, plutôt vaste, un merchandising très fourni en habillement, de prendre de quoi boire et m'asseoir un moment au balcon tandis que ça se remplissait tranquillement, pour me poser. Au-delà d'une riche histoire scénique, il était impossible d'oublier le carnage qui s'est déroulé là où je me trouvais à cet instant. Rien ne le rappelle depuis que l'œuvre de Banksy a été volée, mais c'est superflu. Il serait prétentieux de broder longuement en parodiant inconvenablement "le sixième sens", n'empêche qu'on ne peut pas rentrer dans ce lieu indifféremment, désormais. J'en étais là de ces sombres pensées quand je retrouvais un ancien camarade de feu le forum de VS, que je n'avais pas revu depuis mon autre concert des Sisters à un millier de kilomètres de là. La salle était à présent farcie à bloc, de nombreux spectateurs comme en uniforme revêtus aux motifs du groupe de Leeds, généralement d'un certain âge, et venus aussi pour un certain nombre de l'étranger.
J'avais lu grand bien d'A. A. WILLIAMS il y a quelques mois. Cette artiste aux longs cheveux bruns est encore très nouvelle avec un seul EP fort remarqué à son actif. Assistée d'un batteur et d'un bassiste, sans compter le "A" en motif derrière elle, la guitariste-chanteuse servait un doux Post-Rock, vaguement Folk, froid, lent, sincère et bien composé. Malgré un bon volume sonore, il fallut un peu lutter contre le brouhaha de la foule pour imposer toute l'attention méritée. Si le registre est devenu franchement courant aujourd'hui, elle y mettait suffisamment de variété dans l'instrumentation et d'émotion dans son expression pour briser la réserve que l'on met instinctivement sur un son déjà entendu. Sans pousser son organe, elle s'avérait convaincante. Sur l'avant-dernier titre où la guitare sonnait lourde, la désynchronisation entre ses gestes et le son entendu me laisse penser que sur ce morceau le son plein de la guitare était au moins en partie doublé sur bande au mixage. Peu importe, c'était tout à fait pertinent pour ouvrir une soirée et prometteur dans ce style plutôt dans le vent.
THE SISTERS OF MERCY se présenta comme d'habitude sous la longue introduction de "More" mêlée d'un chœur fervent de centaines de fans sevrés. Le patron s'entoure simplement de deux guitaristes et d'un programmeur veillant sur Dr. Avalanche (la boîte à rythmes) et les basses, ce qui ne pouvait surprendre que les novices s'il y en avait. On ne vient pas voir ce groupe pour profiter d'une performance de musiciens, mais célébrer un répertoire vénéré par toute une génération. Le mixage se montrait étonnamment complémentaire de celui adopté à Barcelone lors de ma première fois : les riffs dominants outre-Pyrénées cédaient cette fois beaucoup d'espace aux rythmiques programmées, que l'habitué Ravey Davey gérait nonchalamment au second plan derrière des lunettes noires de rigueur aussi pour les trois autres membres. Comme toujours il n'était pas facile de voir derrière une fumée généreusement entretenue sur la scène, les miroirs à l'arrière réfléchissant et les spots envoyés dans les visages du public. Cela crée des monochromies se succédant titre après titre.
Du point de vue esthétique, la récente substitution de Chris Catalyst par l'Australien Dylan Smith – inaugurée au Hellfest – est une vraie réussite. Aux chemises à petites fleurs de mauvais aloi ont succédé un grand viking blond et musculeux qui donne une apparence ultra Metal, beaucoup plus cohérente avec l'esprit profond du projet d'Eldritch de se prendre pour Iggy ou Lemmy avec une pointe d'autodérision bien anglaise, et pas du tout pour un inventeur du Rock Gothique. Quand la recrue croise les bras au bord de la scène pour laisser l'autre guitariste Ben Christo envoyer le solo ouvrant le mégatube "Alice", c'est visuellement du grand art. Bien que relativement jeune et le paraissant plus encore, Christo est depuis longtemps dans le groupe et se chargeait de l'essentiel des passages en notes claires, particulièrement valorisés par le mixage de ce soir, ou d'assurer aussi le solo originel au saxo de "Dominion".
L'émoi du public avait encore grimpé d'un cran avec le titre précédent, le premier puisé dans les morceaux vraiment anciens. L'excitation procurée par un concert rare et longtemps désiré pour beaucoup, plus l'ego très sensible de bien des amateurs de vieux gothique, ont parfois des conséquences curieuses comme ce vieux fan qui a passé presque tout le concert devant les bras levés ou la bagarre qui éclata à côté de moi entre un spectateur expansif et un autre plus posé. Au milieu, une fosse s'agita pas mal bien que quelques spectatrices restaient pourtant à proximité confortablement installées sur les épaules de conjoints dévoués.
À défaut de les publier sur album, Eldritch a un panier de titres écrits postérieurement depuis trente ans, qu'il donne en concert aussi facilement que les incontournables. Les fidèles les connaissent tous plus moins, certains étant quasi systématiques comme "Crash and Burn" joué très tôt dans le set. L'instrumental "Kickline" ou le cristallin "Better Reptile" sont par contre bien plus rares.
Plutôt bien en voix ce soir, Andrew Taylor (son vrai nom) alternait comme toujours le marmonnement sépulcral de ses textes, confinant parfois au chuchotement avec des cris désespérés. La beauté de paroles exigeantes autour de thèmes pourtant aussi banaux que les femmes, les drogues et la déprime est pour beaucoup dans l'attachement de ses admirateurs, et l'esprit de célébration s'entendait évidemment dans la reprise quasi permanente des refrains comme de la plupart des couplets par l'assistance. Le patron a un charisme à nul autre pareil, fait d'incessants retraits au fond de la scène, de poses sarcastiques et de penchements de son crâne parfaitement chauve vers les premiers rangs, surgissant du brouillard constant et du halo électrique. Ses interventions sont rares et brèves entre des titres souvent enchaînés de toute façon, ou acclamés si forts qu'on l'entendrait bien mal. Tout cela forme en fait une cohérence savamment orchestrée depuis les origines sur tous les points afin de préserver absolument le caractère définitivement insaisissable et totalement maîtrisé d'un groupe conçu en autocratie. Les alternances entre hurlements et murmures, la brume qui dissimule et l'éblouissement répété, les ray-bans empêchant de lire les regards, les interviews en vrille et le refus de retourner en studio, le chant avec une cigarette aux doigts, ce sweat shirt fatigué pour monter sur scène alors qu'on est une icône vivante, ces rares aphorismes arrogants entre deux titres parfois… tout converge pour dégager cet esthétisme intriguant, racé et impénétrable, parfois paradoxal, que n'importe quel gothique rêve d'atteindre à son tour. Voilà au fond le cœur du malentendu sur lequel prospèrent complaisamment les Sisters.
Au bout de ces impressions rythmées par l'enchaînement des grands classiques et des inédits, setlist prit un détour inattendu vers deux titres plus apaisés de l'ultime album, puis nous déboulions sur le morceau marquant traditionnellement la fin du set principal, l'imparable, onirique et majestueux "Flood II" qui me bouleverse toujours malgré le temps, trahi par un frisson du plus profond de l'épine dorsale dès que les premières notes de basse le laissaient reconnaître.
Déjà que la France fut rarement honorée par son passage, Eldritch imposait généralement comme peine accessoire de filer au bout d'une heure sans rappel. Mais ce soir restera historique : après une longue clameur tenace et aimante, les quatre sœurs de la Merci regagnèrent l'estrade pour donner le même supplément d'incontournables qu'aux autres pays, bien qu'en versions raccourcies à commencer par le brillant et sarcastique "Lucretia", son riff basique et sa ligne de basse obsédante, repris à pleins poumons par une assemblée qui ne cessa plus de tout chanter jusqu'au terme du set. Signe d'adoucissement avec l'âge, Eldritch montrait même publiquement de l'affection envers son vieux domestique Christo. Ce final franchement physique déboucha enfin sur l'obligatoire et fédérateur "This Corrosion", parodie acerbe à l'encontre de ce pauvre Hussey envers qui la rancune semble éternelle. Un solennel salut devant un parterre nourri de fans comblés scella une rencontre mettant décidément à bas bien des anciennes mauvaises coutumes.
More/ Ribbons/ Crash & Burn/ Dr Jeep-Detonation Boulevard/ No Time to Cry/ Alice/ Show Me/ Dominion-Mother Russia/ Marian/ Better Reptile/ First & Last & Always/ Kickline/ Something Fast/ I Was Wrong/ Flood II
Lucretia My Reflection/ Vision Thing/ Temple of Love/ This Corrosion.
Je ne me suis pas pressé pour rallier la place de la république puis mon hébergement sous une petite pluie de circonstance sur les lumières des boulevards. Il y a des concerts, comme ça, dont on veut prolonger les impressions une fois qu'ils sont achevés.
Wayne Hussey Ashton Nyte TAF Saint Jean de Védas 30 septembre 2019
Pour tout fan, la scission d'un groupe est un vrai problème intime, auquel il répond au cas par cas. Et cela n'y change rien que ces ruptures soient arrivées bien avant qu'il ne découvre les combos concernés. Dans le cas des Sisters of Mercy, l'expulsion de Wayne Hussey et Craig Adams était survenue quand j'en étais encore aux comptines ! Bien plus tard, j'ai éprouvé un temps une préférence pour The Mission, ses nombreux tubes immédiats et puissants, ses paroles faciles, par rapport au répertoire plus succinct et plus exigeant d'Eldritch. Bien que dans la durée le rapport finit par s'inverser définitivement, je n'allais pas rester indifférent au passage en ville d'une date acoustique du père Hussey en solo qui privilégie à présent ce format, afin de labourer le continent sur des tournées interminables sans se fatiguer.
Comme d'habitude je ne parvins pas à rallier la Secret Place à l'avance et le premier invité, ASTER ET EDGAR, avait déjà entamé son récital. Ce groupe local est en fait le projet musical de Jérémie Sauvage, auteur de la biographie de Wayne Hussey chez Camion Blanc qui se trouve être Montpelliérain. C'est simplement un duo où il joue de la guitare pour accompagner une collègue chanteuse, dans un registre de chansons Pop-Rock avec des textes en français. Le chant était correct sans plus, la guitare sèche maîtrisée sans faire de folies et les paroles relevaient d'une poésie sans prétentions, joyeuse et accessible. Les deux derniers morceaux passaient à l'électrique sans que cela ne change rien de fondamental. L'assistance applaudit aimablement quand il le fallait.
Le public n'était pas très nombreux, majoritairement venu en couple et personne ne devait avoir moins de trente-cinq ans ce qui est assez dommage. Mais c'était surtout de vrais fans de The Mission, venus parfois d'assez loin.
Venait ensuite ASHTON NYTE, également en tournée acoustique solitaire sans son groupe. The Awakening est le groupe phare de la scène Goth-Rock Sud-Africaine (même s'ils ont émigré aux États-Unis depuis un moment), suffisamment solide pour s'être hissé au niveau international. On comprenait vite pourquoi : sa voix sépulcrale est magnifique à écœurer bien des vocations. Assis sur son siège à côté d'une serviette et d'un bouchon gobelet de thermos de café, il déroula un mélange de versions acoustiques de titres de son groupe ou piochés dans sa carrière solo, qui est tout aussi fournie. Sous un éclairage étonnamment travaillé, il jouait avec finesse et intensité des compositions dont la structure beaucoup plus Rock ressortait très bien. On aurait dit du Nick Cave croisé avec le Bowie le plus sombre. Avec son anglais tout à fait compréhensible, Ashton commentait entre chaque titre avec un humour pince-sans-rire assez prononcé par lequel il cibla le grincement exaspérant de la porte du cagadou de la petite salle, qui faisait presque autant de bruit que sa musique. La seule reprise était celle de Simon & Garfunkel "The Sound of Silence" qui permit jadis à The Awakening de se faire connaître, et qui est effectivement assez remarquable, légèrement réarrangée et réappropriée avec totale sincérité. Avec des compositions originales convaincantes (et débarrassées des synthés un peu kitch des versions électriques) et parfaitement dans le ton de la soirée, Ashton Nyte remporta un succès d'estime amplement justifié auprès des présents, alors qu'il quitta la scène quelque peu agacé par le chuintement languissant de cette foutue porte.
WAYNE HUSSEY se présenta enfin, guidé par son jeune assistant qui s'assit au fond de la scène où il demeura tout le long du set à regarder attentivement le maître. Avec son chapeau, ses inamovibles lunettes noires, la chemise ouverte sur les fanons de son cou, ses cheveux blancs trop fatigués pour être longs et sa barbiche blanche, il accuse le poids des ans de prime abord. Cela se fera vite oublier par la qualité inusable de son chant, perché entre ceux de Ian Astbury et de Bono, qui n'a rien perdu de sa force ni de sa pureté. Assis lui aussi pour commencer au piano synthé (arborant la bannière du Liverpool FC), le père Hussey fit alterner des morceaux choisis entre reprises – pas toujours identifiées – de Rock classique, et de titres de la Mission aisément identifiables sous cette interprétation apaisée et notamment au début avec "Naked and Savage". Ses doigts fins appuyaient à peine sur les touches. L'assistance s'était rapprochée cette fois tout au bord de la scène, serrée et en communion.
Passant ensuite au centre et à la guitare, Hussey poursuivit son parcours semé d'emprunts. Avec cet autre instrument, on retrouvait plus franchement cette trame épique et féerique si propre à son groupe, mieux encore quand il tirait de sa petite console (surmontée d'une peluche du Liverpool FC !) des rythmes et arrangements préenregistrés, par exemple en ressortant "God is a Bullet". Par moment l'inspiration de Led Zeppelin ressortait clairement. L'excessive facilité de certaines paroles, cependant, restera à jamais un point faible par rapport à d'autres meneurs du mouvement, même si elles ont contribué à créer l'univers particulier de son groupe. "Like a Child Again", classique joyeux et incontournable, l'illustrait bien et permit une première fois au public de faire les chœurs… et à quelques ravis de gâcher le plaisir des autres en faisant des trilles bruyants sur les breaks les plus fins. "Garden of Delight", dans une version plus proche de la seconde au violon, était magnifique. Assis sur un siège, il semblait pourtant avoir du mal à s'y contenir tant il croit en sa musique.
L'aménité du patron est bien connue, il n'y avait qu'à l'entendre s'excuser de boire du cabernet sauvignon chilien en France pour s'en convaincre. Cela pouvait être nécessaire pour supporter le brouhaha de quelques personnes préférant commenter en continu ou blaguasser entre eux à voix assez forte pour couvrir la musique… Je sais depuis longtemps que le public gothique (au sens large) est moins respectueux pour cela que le Métalleux, et cela est hélas encore vrai. Hélas, l'unique remarque de l'artiste à leur intention était tellement calme et ciselée qu'elle ne porta pas au-delà des premiers rangs qui en souffraient autant que lui.
Pour la dernière longueur l'ex Dead or Alive revint au synthé. On reconnut sans peine cette fois une remarquable appropriation de "Hurt" de NIN. "Butterfly on a Wheel" occasionna une nouvelle salve de chœurs, délicatement corrigés par Hussey pour que nous reprenions le refrain final avec la légère variation de texte qui le distingue. Sans rappel, Wayne Hussey repartit sous les acclamations et s'acheva ainsi un réel moment de grâce.
Après un coup d'œil par principe au stand, je m'en allai assez vite malgré l'exquise suavité de la dernière nuit encore estivale, en accord avec le spectacle terminé. La transition avec le prochain concert au programme sera tout autant idéale, voire parfaite. Vous verrez.
Comme d'habitude je ne parvins pas à rallier la Secret Place à l'avance et le premier invité, ASTER ET EDGAR, avait déjà entamé son récital. Ce groupe local est en fait le projet musical de Jérémie Sauvage, auteur de la biographie de Wayne Hussey chez Camion Blanc qui se trouve être Montpelliérain. C'est simplement un duo où il joue de la guitare pour accompagner une collègue chanteuse, dans un registre de chansons Pop-Rock avec des textes en français. Le chant était correct sans plus, la guitare sèche maîtrisée sans faire de folies et les paroles relevaient d'une poésie sans prétentions, joyeuse et accessible. Les deux derniers morceaux passaient à l'électrique sans que cela ne change rien de fondamental. L'assistance applaudit aimablement quand il le fallait.
Le public n'était pas très nombreux, majoritairement venu en couple et personne ne devait avoir moins de trente-cinq ans ce qui est assez dommage. Mais c'était surtout de vrais fans de The Mission, venus parfois d'assez loin.
Venait ensuite ASHTON NYTE, également en tournée acoustique solitaire sans son groupe. The Awakening est le groupe phare de la scène Goth-Rock Sud-Africaine (même s'ils ont émigré aux États-Unis depuis un moment), suffisamment solide pour s'être hissé au niveau international. On comprenait vite pourquoi : sa voix sépulcrale est magnifique à écœurer bien des vocations. Assis sur son siège à côté d'une serviette et d'un bouchon gobelet de thermos de café, il déroula un mélange de versions acoustiques de titres de son groupe ou piochés dans sa carrière solo, qui est tout aussi fournie. Sous un éclairage étonnamment travaillé, il jouait avec finesse et intensité des compositions dont la structure beaucoup plus Rock ressortait très bien. On aurait dit du Nick Cave croisé avec le Bowie le plus sombre. Avec son anglais tout à fait compréhensible, Ashton commentait entre chaque titre avec un humour pince-sans-rire assez prononcé par lequel il cibla le grincement exaspérant de la porte du cagadou de la petite salle, qui faisait presque autant de bruit que sa musique. La seule reprise était celle de Simon & Garfunkel "The Sound of Silence" qui permit jadis à The Awakening de se faire connaître, et qui est effectivement assez remarquable, légèrement réarrangée et réappropriée avec totale sincérité. Avec des compositions originales convaincantes (et débarrassées des synthés un peu kitch des versions électriques) et parfaitement dans le ton de la soirée, Ashton Nyte remporta un succès d'estime amplement justifié auprès des présents, alors qu'il quitta la scène quelque peu agacé par le chuintement languissant de cette foutue porte.
WAYNE HUSSEY se présenta enfin, guidé par son jeune assistant qui s'assit au fond de la scène où il demeura tout le long du set à regarder attentivement le maître. Avec son chapeau, ses inamovibles lunettes noires, la chemise ouverte sur les fanons de son cou, ses cheveux blancs trop fatigués pour être longs et sa barbiche blanche, il accuse le poids des ans de prime abord. Cela se fera vite oublier par la qualité inusable de son chant, perché entre ceux de Ian Astbury et de Bono, qui n'a rien perdu de sa force ni de sa pureté. Assis lui aussi pour commencer au piano synthé (arborant la bannière du Liverpool FC), le père Hussey fit alterner des morceaux choisis entre reprises – pas toujours identifiées – de Rock classique, et de titres de la Mission aisément identifiables sous cette interprétation apaisée et notamment au début avec "Naked and Savage". Ses doigts fins appuyaient à peine sur les touches. L'assistance s'était rapprochée cette fois tout au bord de la scène, serrée et en communion.
Passant ensuite au centre et à la guitare, Hussey poursuivit son parcours semé d'emprunts. Avec cet autre instrument, on retrouvait plus franchement cette trame épique et féerique si propre à son groupe, mieux encore quand il tirait de sa petite console (surmontée d'une peluche du Liverpool FC !) des rythmes et arrangements préenregistrés, par exemple en ressortant "God is a Bullet". Par moment l'inspiration de Led Zeppelin ressortait clairement. L'excessive facilité de certaines paroles, cependant, restera à jamais un point faible par rapport à d'autres meneurs du mouvement, même si elles ont contribué à créer l'univers particulier de son groupe. "Like a Child Again", classique joyeux et incontournable, l'illustrait bien et permit une première fois au public de faire les chœurs… et à quelques ravis de gâcher le plaisir des autres en faisant des trilles bruyants sur les breaks les plus fins. "Garden of Delight", dans une version plus proche de la seconde au violon, était magnifique. Assis sur un siège, il semblait pourtant avoir du mal à s'y contenir tant il croit en sa musique.
L'aménité du patron est bien connue, il n'y avait qu'à l'entendre s'excuser de boire du cabernet sauvignon chilien en France pour s'en convaincre. Cela pouvait être nécessaire pour supporter le brouhaha de quelques personnes préférant commenter en continu ou blaguasser entre eux à voix assez forte pour couvrir la musique… Je sais depuis longtemps que le public gothique (au sens large) est moins respectueux pour cela que le Métalleux, et cela est hélas encore vrai. Hélas, l'unique remarque de l'artiste à leur intention était tellement calme et ciselée qu'elle ne porta pas au-delà des premiers rangs qui en souffraient autant que lui.
Pour la dernière longueur l'ex Dead or Alive revint au synthé. On reconnut sans peine cette fois une remarquable appropriation de "Hurt" de NIN. "Butterfly on a Wheel" occasionna une nouvelle salve de chœurs, délicatement corrigés par Hussey pour que nous reprenions le refrain final avec la légère variation de texte qui le distingue. Sans rappel, Wayne Hussey repartit sous les acclamations et s'acheva ainsi un réel moment de grâce.
Après un coup d'œil par principe au stand, je m'en allai assez vite malgré l'exquise suavité de la dernière nuit encore estivale, en accord avec le spectacle terminé. La transition avec le prochain concert au programme sera tout autant idéale, voire parfaite. Vous verrez.
jeudi 17 octobre 2019
Fange Verdun Black Sheep Montpellier 26 septembre 2019
À force de croiser les membres de Verdun avec d'autres projets ou côte à côte dans les publics d'affiches apparentées je ne m'étais pas rendu compte que cela faisait trois ans (!) que je n'avais plus vu le groupe sur scène. La formation s'est hissée maintenant au rang des groupes qui s'exportent, ce qui implique qu'ils ne se voient plus aussi souvent qu'avant dans leur ville d'origine (située dans l'Hérault et non dans la Meuse). J'ai un attachement indéniable envers ce groupe, créé par des gens qui avaient déjà une certaine expérience. J'ai tissé au fil des ans avec certains d'entre eux des liens qui peuvent mettre en doute mon objectivité.
Actuellement Verdun tourne pour la promotion de son album à paraître dans quelques semaines avec les Rennais de Fange, dont Metalnews a parlé récemment, et qui auraient tout de même motivés à eux seuls ma curiosité.
Avec deux groupes seulement, le concert n'a évidemment pas démarré à l'heure annoncée. L'affluence était très fournie pour la petite cave du Black Sheep, sans doute quasiment à bloc, par l'effet éprouvé du premier groupe local qui, en l'espèce, renouait par là avec l'esprit et le lieu de ses premières apparitions il y a quelques années de cela. Fatalement, il y avait au moins une personne avec un t-shirt "Fuck Yeah Jacques Chirac" dans cette assistance. Le merch' des deux groupes était assez conséquent pour une mini-tournée.
VERDUN attaqua donc son set par un larsen immersif et gentiment autoritaire avant d'envoyer ses premiers riffs. L'actuelle incarnation de la formation a bien évolué depuis 2016. Le groupe s'est réduit à quatre membres, avec la disparition de l'une des guitares (en bons termes puisque l'ancien titulaire était dans l'assistance), mais a réintégré son chanteur historique. Et force est d'admettre que si le remplaçant Portugais avait amené pendant quelques années un anglais plus compréhensible et une attitude plus théâtrale, la masse physique en lents mouvements de l'imposant David Sadok, souvent perché sur les retours (au prix du danger pour sa tête touchant les poutres !), restaurait le charisme particulier de l'identité originelle de Verdun. Ses vocaux réverbérés se mêlaient à une frappe toujours aussi puissante à la batterie, rappelant Electric Wizard, avec qui ils jouèrent il y a bien longtemps.
Le groupe illustre merveilleusement dans quelle direction va le Sludge Doom, certains passages Sabbathiens en diable cohabitant plus loin avec des passages instrumentaux fortement apparentés aux travaux de Neurosis ou AmenRa. Il faut reconnaître qu'en se limitant à présent à une seule guitare, Verdun a gagné en limpidité. Oh ! L'alliance avec la basse et le lacis des pédales d'effets garantit quand même un rendu tout à fait poisseux. Mais il n'y a plus ce broiement, cette surcharge des riffs qui gênait parfois la dégustation de l'ensemble en live, quelques passages moins obscurs élargissent le champ d'expression de Jay Pinelli. Les compos tendent peut-être plus encore maintenant vers de longues montées en intensité brusquement rompues. Devant un public conquis d'avance qui headbanguait en cadence, le succès n'était peut-être pas aussi méritoire qu'à l'extérieur. Mais l'évolution en continuité qui marque donc cette nouvelle période pour Verdun part sur d'excellentes bases.
Avec FANGE, cela faisait une affiche fort éclectique mais pas incohérente. Rassemblant là aussi des figures expérimentées de la scène Rennaise, ce quartet brassa plusieurs influences après une longue intro Industrielle. Il fallait se concentrer pour suivre ce mélange de D-Beat, de Grind, de Sludge, de Death Suédois, de Punk, de Noise et d'Industriel. De prime abord une telle imprévisibilité faisait penser à un Diapsiquir plus musical et sentant plus le squat. Cependant, si le point commun évident de tous ces styles est une certaine saleté (fangeuse…), une cohérence se dégageait de l'ensemble et, mieux encore, une surprenante seconde odeur de nouveauté. On ne faisait plus tellement attention aux emprunts successifs, pour se laisser prendre par la musique telle qu'elle était, très énergique et expressive. Une focalisation auditive totale pouvait être toutefois dangereuse car une petite fosse bien énervée et débordante s'était formée devant et le risque de se prendre un pain en étant totalement relâché était élevé !
L'impression d'unité profonde était peut-être favorisée par le mixage très équilibré, au détriment selon un connaisseur de la part la plus Death Metal des versions studios, la guitare ne sonnant pas lourde de reste il est vrai. Les habitués savent que la salle a un matériel excellent, mais pas trop fait pour la HM-2. En tout cas la maîtrise d'un répertoire ô combien casse-gueule était assurée, l'osmose entre les deux têtes rases ("ils ont des crânes ronds, vive les bretons…") et les chevelus est bien abrasive. Le set fut un peu moins long devant un public un peu moins fourni également, les moins curieux s'étant retirés. Pour ma part j'en retiendrai plutôt une saveur de plus en plus rare dans ce bas monde où il devient progressivement toujours plus difficile d'être réellement innovant.
On aurait bien prolongé un peu la soirée si cela n'avait pas été en semaine, faisant fi des deuils nationaux. Si la rentrée fut clairement Stoner Sludge, l'automne sera gothique.
Actuellement Verdun tourne pour la promotion de son album à paraître dans quelques semaines avec les Rennais de Fange, dont Metalnews a parlé récemment, et qui auraient tout de même motivés à eux seuls ma curiosité.
Avec deux groupes seulement, le concert n'a évidemment pas démarré à l'heure annoncée. L'affluence était très fournie pour la petite cave du Black Sheep, sans doute quasiment à bloc, par l'effet éprouvé du premier groupe local qui, en l'espèce, renouait par là avec l'esprit et le lieu de ses premières apparitions il y a quelques années de cela. Fatalement, il y avait au moins une personne avec un t-shirt "Fuck Yeah Jacques Chirac" dans cette assistance. Le merch' des deux groupes était assez conséquent pour une mini-tournée.
VERDUN attaqua donc son set par un larsen immersif et gentiment autoritaire avant d'envoyer ses premiers riffs. L'actuelle incarnation de la formation a bien évolué depuis 2016. Le groupe s'est réduit à quatre membres, avec la disparition de l'une des guitares (en bons termes puisque l'ancien titulaire était dans l'assistance), mais a réintégré son chanteur historique. Et force est d'admettre que si le remplaçant Portugais avait amené pendant quelques années un anglais plus compréhensible et une attitude plus théâtrale, la masse physique en lents mouvements de l'imposant David Sadok, souvent perché sur les retours (au prix du danger pour sa tête touchant les poutres !), restaurait le charisme particulier de l'identité originelle de Verdun. Ses vocaux réverbérés se mêlaient à une frappe toujours aussi puissante à la batterie, rappelant Electric Wizard, avec qui ils jouèrent il y a bien longtemps.
Le groupe illustre merveilleusement dans quelle direction va le Sludge Doom, certains passages Sabbathiens en diable cohabitant plus loin avec des passages instrumentaux fortement apparentés aux travaux de Neurosis ou AmenRa. Il faut reconnaître qu'en se limitant à présent à une seule guitare, Verdun a gagné en limpidité. Oh ! L'alliance avec la basse et le lacis des pédales d'effets garantit quand même un rendu tout à fait poisseux. Mais il n'y a plus ce broiement, cette surcharge des riffs qui gênait parfois la dégustation de l'ensemble en live, quelques passages moins obscurs élargissent le champ d'expression de Jay Pinelli. Les compos tendent peut-être plus encore maintenant vers de longues montées en intensité brusquement rompues. Devant un public conquis d'avance qui headbanguait en cadence, le succès n'était peut-être pas aussi méritoire qu'à l'extérieur. Mais l'évolution en continuité qui marque donc cette nouvelle période pour Verdun part sur d'excellentes bases.
Avec FANGE, cela faisait une affiche fort éclectique mais pas incohérente. Rassemblant là aussi des figures expérimentées de la scène Rennaise, ce quartet brassa plusieurs influences après une longue intro Industrielle. Il fallait se concentrer pour suivre ce mélange de D-Beat, de Grind, de Sludge, de Death Suédois, de Punk, de Noise et d'Industriel. De prime abord une telle imprévisibilité faisait penser à un Diapsiquir plus musical et sentant plus le squat. Cependant, si le point commun évident de tous ces styles est une certaine saleté (fangeuse…), une cohérence se dégageait de l'ensemble et, mieux encore, une surprenante seconde odeur de nouveauté. On ne faisait plus tellement attention aux emprunts successifs, pour se laisser prendre par la musique telle qu'elle était, très énergique et expressive. Une focalisation auditive totale pouvait être toutefois dangereuse car une petite fosse bien énervée et débordante s'était formée devant et le risque de se prendre un pain en étant totalement relâché était élevé !
L'impression d'unité profonde était peut-être favorisée par le mixage très équilibré, au détriment selon un connaisseur de la part la plus Death Metal des versions studios, la guitare ne sonnant pas lourde de reste il est vrai. Les habitués savent que la salle a un matériel excellent, mais pas trop fait pour la HM-2. En tout cas la maîtrise d'un répertoire ô combien casse-gueule était assurée, l'osmose entre les deux têtes rases ("ils ont des crânes ronds, vive les bretons…") et les chevelus est bien abrasive. Le set fut un peu moins long devant un public un peu moins fourni également, les moins curieux s'étant retirés. Pour ma part j'en retiendrai plutôt une saveur de plus en plus rare dans ce bas monde où il devient progressivement toujours plus difficile d'être réellement innovant.
On aurait bien prolongé un peu la soirée si cela n'avait pas été en semaine, faisant fi des deuils nationaux. Si la rentrée fut clairement Stoner Sludge, l'automne sera gothique.
Dopethrone Wormsand Black Sheep Montpellier 7 septembre 2019
La reprise aura été précoce, et chargée de nostalgie. Ces "Cosmic Cactus Sessions" reconnectent le Black Sheep avec l'histoire profonde de la scène locale, les temps où les plus gros groupes de Stoner, Sludge et HC Noisy s'arrêtaient toujours par chez nous pour des cachets dérisoires, soit dans même cette salle, qui appartenait alors à un restaurant, soit dans une autre plus haut en ville à deux pas de là mais aujourd'hui fermée. Cet ensemencement a largement contribué à inspirer plusieurs groupes locaux, qui tournent aujourd'hui dans l'Europe entière. Le programme très homogène de ce soir, même si le prix a un peu augmenté, replongeait pleinement dans cette tradition.
J'avais lu les récits de mes collègues qui avaient vu la tête d'affiche au cours de l'été, mais j'étais décidé de toute manière avant. Et pour une fois qu'il n'y avait pas de première partie locale, le public était néanmoins fourni pour la petite salle, brassant les vieux habitués des premières heures, des plus jeunes et des rencontres inattendues.
Après une intro sobre, glacée et un poil longuette, WORMSAND balança de gros riffs Sabbathiens accompagnés des pas dinosauresques du bassiste, à la Gojira. Ce trio apparemment féru de matériel Gibson, Orange et pédales en masse évolue dans un terrain peu original mais très maîtrisé et habité avec sincérité, un Sludge Doom au groove puissant aux vocaux partagés entre les deux membres debout, et bien réverbérés. L'assistance avertie se laissa immerger dans ces morceaux assez directs dans le style, sombres, lourds mais entraînants. La recette éprouvée convenait à ce public insatiable en la matière. Tout au plus, le dernier titre mieux élaboré que les précédents perdait quelque peu en impact à mon avis. Malgré la durée inattendue d'un set qui approchait déjà l'heure de jeu, les Mentonasques ajoutèrent un rappel après un bref flottement dans la petite cave bien réchauffée. Vu que le répertoire officiel se réduit à un EP aux titres drôlatiques ("Michel Sardoom" !), il y a certainement eu des inédits dans le tas. Wormsand est en tout cas plus qu'un potentiel, ils s'imposent déjà là.
Remonter au bar à la mi-temps pour prendre de la bière de marque est un exercice habituel en ces lieux, mais il n'aurait pas fallu traîner jusqu'au dernier moment pour redescendre car il ne restait que les derniers rangs, d'où l'on ne peut voir grand-chose quand il y a du monde. Sans s'attarder sur les odeurs suspectes, la qualité du matériel sonore de ce cher lieu compense heureusement par l'oreille ce que l'œil ne peut percevoir. Et DOPETHRONE sonnait bien différemment de sa première partie. Le Stoner Sludge des Québécois est en effet clairement plus marqué par le Punk-Rock, des traces de Mötörhead qui ne se limitent pas à la dégaine du batteur. C'est une autre manière de groover, où la basse se distingue mieux aux côtés d'une guitare accrocheuse mais pas écrasante. La guitare s'offre de temps en temps un solo qui aère et tend une ambiance déjà bien enlevée. Las, un pépin à la batterie obligea le batteur à s'éclipser quelques instants en coulisses de l'autre côté de la salle, avant de revenir conclure prestement avec son matériel réparé l'improvisation ébauchée par ses compères en attendant.
La chanteuse ne laisse pas indifférente avec ses tatouages débordants sur tout son minois, sa performance appliquée mais relâchée. Son timbre n'est pas écrasant mais prend sa place dans une formule taillée pour une efficacité de l'ensemble assez inattendue par rapport à mes souvenirs d'audition des albums il y a quelques années. Bien que fraîchement arrivée dans le collectif, sa volubilité attestait de sa parfaite assimilation. Par contre je reste plus agacé par la communication du guitariste cofondateur qui mélangeait ses propos à moitié d'anglais pour s'adresser à un public francophone comme lui. Je repensai aux ricanements des Québécois de l'intérieur sur ces Montréalais qui parlent anglais même quand ils sont entre eux. Bref. Son enthousiasme au headbang l'amena, à la suite de bien d'autres artistes avant lui, à coincer de temps à autre un dreadlock dans les échardes de la poutre passant bas au-dessus de sa tête. Le bassiste, plus discret en paroles mais autant agité, était pour beaucoup dans la réussite du set par son jeu précis au bout de ses bras pourtant bien maigrelets ! Le set fut à peine plus long que pour la première partie, mais il restait clairement plus endiablé.
Rassasiés de ce Metal resté savoureusement scotché en-deçà de l'an 1980, nous n'avons cependant pas traînés pour aller poursuivre la soirée dans un autre quartier, entre amis qui ne s'étaient pas vus depuis longtemps.
J'avais lu les récits de mes collègues qui avaient vu la tête d'affiche au cours de l'été, mais j'étais décidé de toute manière avant. Et pour une fois qu'il n'y avait pas de première partie locale, le public était néanmoins fourni pour la petite salle, brassant les vieux habitués des premières heures, des plus jeunes et des rencontres inattendues.
Après une intro sobre, glacée et un poil longuette, WORMSAND balança de gros riffs Sabbathiens accompagnés des pas dinosauresques du bassiste, à la Gojira. Ce trio apparemment féru de matériel Gibson, Orange et pédales en masse évolue dans un terrain peu original mais très maîtrisé et habité avec sincérité, un Sludge Doom au groove puissant aux vocaux partagés entre les deux membres debout, et bien réverbérés. L'assistance avertie se laissa immerger dans ces morceaux assez directs dans le style, sombres, lourds mais entraînants. La recette éprouvée convenait à ce public insatiable en la matière. Tout au plus, le dernier titre mieux élaboré que les précédents perdait quelque peu en impact à mon avis. Malgré la durée inattendue d'un set qui approchait déjà l'heure de jeu, les Mentonasques ajoutèrent un rappel après un bref flottement dans la petite cave bien réchauffée. Vu que le répertoire officiel se réduit à un EP aux titres drôlatiques ("Michel Sardoom" !), il y a certainement eu des inédits dans le tas. Wormsand est en tout cas plus qu'un potentiel, ils s'imposent déjà là.
Remonter au bar à la mi-temps pour prendre de la bière de marque est un exercice habituel en ces lieux, mais il n'aurait pas fallu traîner jusqu'au dernier moment pour redescendre car il ne restait que les derniers rangs, d'où l'on ne peut voir grand-chose quand il y a du monde. Sans s'attarder sur les odeurs suspectes, la qualité du matériel sonore de ce cher lieu compense heureusement par l'oreille ce que l'œil ne peut percevoir. Et DOPETHRONE sonnait bien différemment de sa première partie. Le Stoner Sludge des Québécois est en effet clairement plus marqué par le Punk-Rock, des traces de Mötörhead qui ne se limitent pas à la dégaine du batteur. C'est une autre manière de groover, où la basse se distingue mieux aux côtés d'une guitare accrocheuse mais pas écrasante. La guitare s'offre de temps en temps un solo qui aère et tend une ambiance déjà bien enlevée. Las, un pépin à la batterie obligea le batteur à s'éclipser quelques instants en coulisses de l'autre côté de la salle, avant de revenir conclure prestement avec son matériel réparé l'improvisation ébauchée par ses compères en attendant.
La chanteuse ne laisse pas indifférente avec ses tatouages débordants sur tout son minois, sa performance appliquée mais relâchée. Son timbre n'est pas écrasant mais prend sa place dans une formule taillée pour une efficacité de l'ensemble assez inattendue par rapport à mes souvenirs d'audition des albums il y a quelques années. Bien que fraîchement arrivée dans le collectif, sa volubilité attestait de sa parfaite assimilation. Par contre je reste plus agacé par la communication du guitariste cofondateur qui mélangeait ses propos à moitié d'anglais pour s'adresser à un public francophone comme lui. Je repensai aux ricanements des Québécois de l'intérieur sur ces Montréalais qui parlent anglais même quand ils sont entre eux. Bref. Son enthousiasme au headbang l'amena, à la suite de bien d'autres artistes avant lui, à coincer de temps à autre un dreadlock dans les échardes de la poutre passant bas au-dessus de sa tête. Le bassiste, plus discret en paroles mais autant agité, était pour beaucoup dans la réussite du set par son jeu précis au bout de ses bras pourtant bien maigrelets ! Le set fut à peine plus long que pour la première partie, mais il restait clairement plus endiablé.
Rassasiés de ce Metal resté savoureusement scotché en-deçà de l'an 1980, nous n'avons cependant pas traînés pour aller poursuivre la soirée dans un autre quartier, entre amis qui ne s'étaient pas vus depuis longtemps.
dimanche 22 septembre 2019
Skeletal Remains Black March Hanger Abortion TAF Saint Jean de Védas 14 août 2019
Pour les fans plus très novices, il est passionnant de suivre le développement de nouveaux groupes vers un professionnalisme – et parfois un succès – de plus en plus marqué au long des ans. Le plus beau cas pour moi reste Gojira mais Skeletal Remains est pas mal non plus, du premier au troisième album en quatre ans, avec chaque publication accompagnée d'une tournée européenne s'arrêtant par chez moi !
Cependant, cette date en plein mois d'août hors festival n'était pas idéale et n'a pas ramené le public qu'il y aurait pu avoir si c'était en plein hiver, les estivants de passage ne compensant pas les habitués en vacances.
Ce sont les Montpelliérains de HANGER ABORTION qui ont ouvert le feu sur une intro' inquiétante d'horreur série B. Ils se produisent beaucoup ces derniers mois. Le quartet a donc pu rôder son set, avec un son correct et une interprétation suffisamment rigoureuse pour du Slam Death très marqué par le Beatdown. À côté, Cannibal Corpse et Dying Fetus passeraient pour des groupes expérimentaux ! Dans son t-shirt jaune apportant un peu de couleur à ce pilonnant spectacle, le chanteur growlait même ses annonces. À dire vrai son beuglement reste le seul point faible technique d'une formation encore débutante, manquant encore de puissance et de métier. À part ça on pouvait headbanguer bas, quasiment sur le même riff vingt-cinq minutes durant, au gré d'un tempo un peu plus changeant. Je n'écoute pas beaucoup ça chez moi, mais en première partie de concert cela permet de s'immerger.
En retournant dans la salle après le premier intermède un compère me précisait que le prochain groupe servait du Black à la suédoise. Je compris pourquoi il y avait quelques beumeux visibles dans l'assistance. Les compatriotes Toulousains de BLACK MARCH, sous ce nom assez bateau, accueillaient notamment jusqu'à fort peu l'ancien batteur de Gorod Samuel Santiago - déjà remplacé. Avec leurs dégaines proprettes et sans peintures, une sobriété tolérant tout juste un joli trépied de micro de chant ouvragé d'un soleil métallique un peu à la Behemoth, il fallait attendre pour savoir après une première introduction mêlant sympho et piano. Et en effet la musique correspondait bien à un Black agressif aux riffs plutôt mélodiques rappelant Marduk malgré une apparence distincte. De plus le cri est assuré par une chanteuse dont le timbre me rappelait une fois de plus celui de feu Tristessa dans la période true black des débuts d'Astarte (je trouve que presque toutes les chanteuses de vrai Black sonnent ainsi…), Elle dominait le mix de l'ensemble, le son me paraissant impeccable au-delà de ce choix. Quand ses imprécations s'exprimèrent en français, le rapprochement musical devenait plus clair avec l'ensemble de la scène nationale. L'efficacité claire et recherchée des compositions valait tous les signes extérieurs. Les interludes sympho-piano enregistrés n'apportaient guère à la musique mais permettaient de souffler. La violence écœurée du propos emballa une assistance qui n'était pas acquise au vu de l'affiche.
Pendant la pause j'étais parti pour acheter un t-shirt puis finalement je me rabattis sur un vieux CD d'un collègue qui revendait du stock.
SKELETAL REMAINS attaqua son set sans aucune cérémonie, directement. Cela jouait méchamment, le son était parfait et j'avais plaisir à reprendre en pleine face ces morceaux très intenses, agressifs et puissants tirés du redoutable "Devouring Mortality". L'ambiance retombait toutefois à plat au terme de chaque titre, les trois musiciens debout tournant instantanément le dos au public pour titiller leurs potards, boire ou se recoiffer sans adresser aucun mot aux fans enthousiastes plantés à moins d'un mètre et à hauteur d'yeux. Un certain malaise commença à s'installer malgré le virage d'un troisième titre probablement tiré de l'un des deux premiers disques, au rythme binaire plus direct, qui offrit une sorte de redémarrage au set. Le contraste était étrange. Les morceaux remettaient jouissivement à jour le Death old-school de 1991 en y instillant une pointe de néo-Thrash. Ils me brisaient la nuque pendant que j'esquissai dans le vide des riffs et des solos que je finis par reconnaître. Le nouveau batteur, déjà venu en ces lieux il y a quelques années lors du tout premier passage de Skeletal Remains mais au sein de leurs compagnons Morfin qui assurait la première partie, faisait l'affaire bien qu'étant largement plus sollicité.
Ce manque total de charisme va devenir problématique pour le développement de leur carrière, après une progression remarquable en une poignée d'années. Ce qui passait il y a cinq ans pour de la timidité de gamins faisant leur première tournée, voire sans doute leur premier voyage en Europe sans les parents, est en fait un trait de fond plus préoccupant. Chris Monroy, guitariste beugleur, se place dorénavant au milieu de la scène mais il maintint une communication en deçà du minimal, peu en rapport avec la qualité de son growl, se bornant tout au plus à marmonner rapidement des banalités inaudibles impropres à remplir les gros blancs systématiques. Les mines des quatre membres n'exprimaient pourtant pas la sombre arrogance de certains groupes partiellement inspirés du Black qui aurait pu justifier une telle froideur. Une bonne partie de la petite assistance bougeait sur place et échangea tout au plus quelques bourrades, abstraction faite de quelques départs en cours de set peu nombreux mais significatifs. Alors qu'avec un petit peu plus de chaleur et d'empathie, ce répertoire aurait pu bouter le feu à la salle. D'ailleurs il n'y eut pas de rappel cette fois, à la différence du précédent passage, au terme de cinquante minutes musicalement imposantes mais dans une ambiance peu habituelle pour ce genre.
On ne s'étonnera pas que le groupe s'installa à son stand sans trop chercher les contacts, tournant le dos à nouveau au public restant dans la nuit fraîche pour pouvoir mieux discuter entre eux. Je finis par abandonner mon idée initiale de leur acheter quelque chose. La qualité de la performance musicale me préserva de partir frustré ou fâché, et cela fait beau temps que j'écoute assidument des groupes peu transcendants sur scène. Mais il reste désolant de voir les Californiens s'installer dans cette attitude aussi fermée qui semble plus maladive que méprisante.
Je n'ai plus rien prévu pour ces vacances, mais la rentrée viendra très vite cette année et le programme de l'automne commence déjà à se garnir.
Cependant, cette date en plein mois d'août hors festival n'était pas idéale et n'a pas ramené le public qu'il y aurait pu avoir si c'était en plein hiver, les estivants de passage ne compensant pas les habitués en vacances.
Ce sont les Montpelliérains de HANGER ABORTION qui ont ouvert le feu sur une intro' inquiétante d'horreur série B. Ils se produisent beaucoup ces derniers mois. Le quartet a donc pu rôder son set, avec un son correct et une interprétation suffisamment rigoureuse pour du Slam Death très marqué par le Beatdown. À côté, Cannibal Corpse et Dying Fetus passeraient pour des groupes expérimentaux ! Dans son t-shirt jaune apportant un peu de couleur à ce pilonnant spectacle, le chanteur growlait même ses annonces. À dire vrai son beuglement reste le seul point faible technique d'une formation encore débutante, manquant encore de puissance et de métier. À part ça on pouvait headbanguer bas, quasiment sur le même riff vingt-cinq minutes durant, au gré d'un tempo un peu plus changeant. Je n'écoute pas beaucoup ça chez moi, mais en première partie de concert cela permet de s'immerger.
En retournant dans la salle après le premier intermède un compère me précisait que le prochain groupe servait du Black à la suédoise. Je compris pourquoi il y avait quelques beumeux visibles dans l'assistance. Les compatriotes Toulousains de BLACK MARCH, sous ce nom assez bateau, accueillaient notamment jusqu'à fort peu l'ancien batteur de Gorod Samuel Santiago - déjà remplacé. Avec leurs dégaines proprettes et sans peintures, une sobriété tolérant tout juste un joli trépied de micro de chant ouvragé d'un soleil métallique un peu à la Behemoth, il fallait attendre pour savoir après une première introduction mêlant sympho et piano. Et en effet la musique correspondait bien à un Black agressif aux riffs plutôt mélodiques rappelant Marduk malgré une apparence distincte. De plus le cri est assuré par une chanteuse dont le timbre me rappelait une fois de plus celui de feu Tristessa dans la période true black des débuts d'Astarte (je trouve que presque toutes les chanteuses de vrai Black sonnent ainsi…), Elle dominait le mix de l'ensemble, le son me paraissant impeccable au-delà de ce choix. Quand ses imprécations s'exprimèrent en français, le rapprochement musical devenait plus clair avec l'ensemble de la scène nationale. L'efficacité claire et recherchée des compositions valait tous les signes extérieurs. Les interludes sympho-piano enregistrés n'apportaient guère à la musique mais permettaient de souffler. La violence écœurée du propos emballa une assistance qui n'était pas acquise au vu de l'affiche.
Pendant la pause j'étais parti pour acheter un t-shirt puis finalement je me rabattis sur un vieux CD d'un collègue qui revendait du stock.
SKELETAL REMAINS attaqua son set sans aucune cérémonie, directement. Cela jouait méchamment, le son était parfait et j'avais plaisir à reprendre en pleine face ces morceaux très intenses, agressifs et puissants tirés du redoutable "Devouring Mortality". L'ambiance retombait toutefois à plat au terme de chaque titre, les trois musiciens debout tournant instantanément le dos au public pour titiller leurs potards, boire ou se recoiffer sans adresser aucun mot aux fans enthousiastes plantés à moins d'un mètre et à hauteur d'yeux. Un certain malaise commença à s'installer malgré le virage d'un troisième titre probablement tiré de l'un des deux premiers disques, au rythme binaire plus direct, qui offrit une sorte de redémarrage au set. Le contraste était étrange. Les morceaux remettaient jouissivement à jour le Death old-school de 1991 en y instillant une pointe de néo-Thrash. Ils me brisaient la nuque pendant que j'esquissai dans le vide des riffs et des solos que je finis par reconnaître. Le nouveau batteur, déjà venu en ces lieux il y a quelques années lors du tout premier passage de Skeletal Remains mais au sein de leurs compagnons Morfin qui assurait la première partie, faisait l'affaire bien qu'étant largement plus sollicité.
Ce manque total de charisme va devenir problématique pour le développement de leur carrière, après une progression remarquable en une poignée d'années. Ce qui passait il y a cinq ans pour de la timidité de gamins faisant leur première tournée, voire sans doute leur premier voyage en Europe sans les parents, est en fait un trait de fond plus préoccupant. Chris Monroy, guitariste beugleur, se place dorénavant au milieu de la scène mais il maintint une communication en deçà du minimal, peu en rapport avec la qualité de son growl, se bornant tout au plus à marmonner rapidement des banalités inaudibles impropres à remplir les gros blancs systématiques. Les mines des quatre membres n'exprimaient pourtant pas la sombre arrogance de certains groupes partiellement inspirés du Black qui aurait pu justifier une telle froideur. Une bonne partie de la petite assistance bougeait sur place et échangea tout au plus quelques bourrades, abstraction faite de quelques départs en cours de set peu nombreux mais significatifs. Alors qu'avec un petit peu plus de chaleur et d'empathie, ce répertoire aurait pu bouter le feu à la salle. D'ailleurs il n'y eut pas de rappel cette fois, à la différence du précédent passage, au terme de cinquante minutes musicalement imposantes mais dans une ambiance peu habituelle pour ce genre.
On ne s'étonnera pas que le groupe s'installa à son stand sans trop chercher les contacts, tournant le dos à nouveau au public restant dans la nuit fraîche pour pouvoir mieux discuter entre eux. Je finis par abandonner mon idée initiale de leur acheter quelque chose. La qualité de la performance musicale me préserva de partir frustré ou fâché, et cela fait beau temps que j'écoute assidument des groupes peu transcendants sur scène. Mais il reste désolant de voir les Californiens s'installer dans cette attitude aussi fermée qui semble plus maladive que méprisante.
Je n'ai plus rien prévu pour ces vacances, mais la rentrée viendra très vite cette année et le programme de l'automne commence déjà à se garnir.
mardi 20 août 2019
Combichrist Terrorolokaust Lecks Inc. Secret Place Saint Jean de Védas 9 juillet 2019
Les concerts s'enchaînent en ce moment, mais la lassitude n'est pas en vue grâce à une programmation qui s'écarte encore parfois de ses fondamentaux. Par chez nous il n'est pas courant de voir une affiche orientée Electro Indus, même bien coupée au Metal comme celle-là. Comme c'était la seule date de la tournée de Combichrist dans le Midi, beaucoup de gens sont venus d'assez loin comme le confirmaient les plaques du grand nombre de voitures garées aux abords de la salle. Avant même d'entrer, on savait donc que c'était un succès public.
Cette fois encore j'ai raté une partie du set du trio LECKS INC, venu de Provence en voisins comme groupe inaugural. Pareillement à leurs compatriotes l'autre soir, le groupe devait déborder un peu de la scène déjà investie par le matériel d'autres groupes et occuper ce qui est habituellement la fosse. L'espèce de zombie cyberpunk arboré sur une bannière de côté faisait office de quatrième mousquetaire, juste derrière le grand guitariste bardé de symboles antichrétiens plus dans un style Alien Vampires que Gorgoroth. La batteuse faisait correctement le boulot et le chanteur, probablement tête pensante du groupe, posait un peu. Tous les trois étaient grimés à la mode Dark Electro avec le visage blanc et une bande noire à hauteur des yeux, mais leur musique était bien plutôt un Metal Indus assez lyrique, aux plans pas franchement originaux mais souvent changeants. On pensait aux vieux Manson en plus Metal, avec ce chant un peu nasillard.
Plus âgés et comptant un membre de plus, TERROROLOKAUST promettait de monter un peu le niveau. Leur Electro Indus Metal se rapprochait plus à première vue de Skinny Puppy, Hocico avec la grosse différence d'avoir un chant sans filtres, me rappelant bizarrement celui d'Eddie Vedder dans ces conditions live. La batterie dominait lourdement le mix, le fond de sauce charleys-coup de caisse étant servi sous diverses variations, au détriment du synthé et des samples sur le côté. Étonné de remarquer que le chanteur prononçait correctement "Montpaillier" (et non pas "Montpeullier" comme la plupart des gens), je compris un peu plus tard quand ils se présentèrent comme venant de la Catalogne espagnole, d'autres voisins ! Au fil des titres, la présence de la guitare, ce chant naturel à l'accent fort éloigné de l'anglais faisaient pencher l'ensemble vers la ressemblance avec nos Punish Yourself sans le côté Punk, ni la qualité de jeux d'éclairages à laquelle nous ont habitués les Toulousains. À l'oreille sans le visuel, on aurait pu rapprocher ce Metal Indus du Néo de l'époque à la Static-X, aussi, dans ses passages les plus faciles et encore une fois avec ce chant qui cherchait à exprimer quelque chose au lieu de se contenter de cracher une folie haineuse à travers des distorsions poussées à fond. Remarquez que cette sobriété limitée au cuir noir et à des visages à nouveau peinturlurés n'était pas déplacée. Avec un mix plus équilibré (difficile à obtenir en live) et de meilleurs spots, cela aurait aurait été encore mieux. J'ai laissé tomber ce style précis depuis un bail mais on pouvait bien se trémousser le popotin sans se prendre la tête.
J'avais écouté COMBICHRIST dans la période "TBM" des tous débuts, quand Andy LaPlegua était encore installé en Norvège et menait de front aussi Icon of Coil, Panzer AG et j'en passe, et que ce projet-ci excluait encore les guitares Metal du mélange d'Indus Rythmique et de Dark-Electro. Cela donnait un son assez technoïde en effet, et l'un des titres emblématiques de cette époque était balancé par les enceintes pour chauffer le public dans les dernières minutes de l'intermède. Était-ce vraiment nécessaire ? Je constatais dans ces instants que si pour ma part je me suis éloigné, Combichrist a gagné une base de fans bien accrochés, dont l'enthousiasme explosa à mesure que le groupe arriva. Au lieu d'avoir un claviériste ou un programmateur sur scène, ce sont deux batteurs qui occupent l'essentiel de la scène, le blond à droite étant plus spectaculaire que l'antillais (?) à gauche. Les deux jouent la même chose (je n'ai jamais été convaincu de l'utilité d'avoir deux batteurs comme on peut avoir deux chanteurs ou deux guitaristes) mais au moins ça assure une puissance redoutable au rythme. Avec les gros riffs d'Eric 13 et la voix rauque et bien virile du chef qui arpentait la scène d'un bord à l'autre en hélant avec autorité et chaleur ses fidèles, le groupe rappelle avec autorité que le Metal Industriel est un jeu de bourrins aussi violent et primaire que celui dit extrême, quand on le veut. Les multiples basses programmées sont typiques d'une Power Noise vulgarisée et se coulent très bien à cette formule en y apportant la dureté nécessaire. Elles étaient si fortes, quand la guitare ne jouait pas avec, que j'ai senti plusieurs fois mes yeux vibrer dans leurs orbites !
L'assistance bougeait et la température de la petite salle monta aussi brûlante qu'avec le GrindCore ou le Thrash des précédents jours, et des circle-pits assez virils se lancèrent plusieurs fois. Je me laissai à nouveau prendre volontiers à ce mélange explosif, qui a gagné en impact ce qu'il a perdu en finesse. Quelques vieux titres écrits sans guitare à l'origine se fondirent très bien dans cet ensemble. L'ambiance clairement Metal du concert était loin de celle froide et austère des sets de pure Indus rythmique sans paroles. Comme d'autres classiques avant, Combichrist a trouvé une formule qui marche en franchissant à son tour cet interdit, se nourrissant allègrement du fruit interdit à six cordes. De même, l'esthétique ne se réfère plus tellement aux spectres fluorescents de l'Aggrotech mais la virilité des riffs et des paroles pas franchement délicates (…) rendent l'ensemble trop efficace pour avoir besoin de se cacher derrière des déguisements outranciers. Le set se déroula jusqu'à son terme sans accroc, professionnel et sincère, nous laissant à nouveau suffoquant, sur les rotules, et un peu meurtri sur les pieds et les flancs.
Même si l'ensemble était bien chargé cette soirée un peu différente restera un bien bon souvenir, pour quelqu'un qui s'intéresse aussi à l'Electro Indus dans une région d'Europe que les tourneurs spécialisés négligent habituellement. Mais un peu de repos va nous faire du bien, plusieurs concerts rapprochés valent bien une journée complète de grand festival.
Cette fois encore j'ai raté une partie du set du trio LECKS INC, venu de Provence en voisins comme groupe inaugural. Pareillement à leurs compatriotes l'autre soir, le groupe devait déborder un peu de la scène déjà investie par le matériel d'autres groupes et occuper ce qui est habituellement la fosse. L'espèce de zombie cyberpunk arboré sur une bannière de côté faisait office de quatrième mousquetaire, juste derrière le grand guitariste bardé de symboles antichrétiens plus dans un style Alien Vampires que Gorgoroth. La batteuse faisait correctement le boulot et le chanteur, probablement tête pensante du groupe, posait un peu. Tous les trois étaient grimés à la mode Dark Electro avec le visage blanc et une bande noire à hauteur des yeux, mais leur musique était bien plutôt un Metal Indus assez lyrique, aux plans pas franchement originaux mais souvent changeants. On pensait aux vieux Manson en plus Metal, avec ce chant un peu nasillard.
Plus âgés et comptant un membre de plus, TERROROLOKAUST promettait de monter un peu le niveau. Leur Electro Indus Metal se rapprochait plus à première vue de Skinny Puppy, Hocico avec la grosse différence d'avoir un chant sans filtres, me rappelant bizarrement celui d'Eddie Vedder dans ces conditions live. La batterie dominait lourdement le mix, le fond de sauce charleys-coup de caisse étant servi sous diverses variations, au détriment du synthé et des samples sur le côté. Étonné de remarquer que le chanteur prononçait correctement "Montpaillier" (et non pas "Montpeullier" comme la plupart des gens), je compris un peu plus tard quand ils se présentèrent comme venant de la Catalogne espagnole, d'autres voisins ! Au fil des titres, la présence de la guitare, ce chant naturel à l'accent fort éloigné de l'anglais faisaient pencher l'ensemble vers la ressemblance avec nos Punish Yourself sans le côté Punk, ni la qualité de jeux d'éclairages à laquelle nous ont habitués les Toulousains. À l'oreille sans le visuel, on aurait pu rapprocher ce Metal Indus du Néo de l'époque à la Static-X, aussi, dans ses passages les plus faciles et encore une fois avec ce chant qui cherchait à exprimer quelque chose au lieu de se contenter de cracher une folie haineuse à travers des distorsions poussées à fond. Remarquez que cette sobriété limitée au cuir noir et à des visages à nouveau peinturlurés n'était pas déplacée. Avec un mix plus équilibré (difficile à obtenir en live) et de meilleurs spots, cela aurait aurait été encore mieux. J'ai laissé tomber ce style précis depuis un bail mais on pouvait bien se trémousser le popotin sans se prendre la tête.
J'avais écouté COMBICHRIST dans la période "TBM" des tous débuts, quand Andy LaPlegua était encore installé en Norvège et menait de front aussi Icon of Coil, Panzer AG et j'en passe, et que ce projet-ci excluait encore les guitares Metal du mélange d'Indus Rythmique et de Dark-Electro. Cela donnait un son assez technoïde en effet, et l'un des titres emblématiques de cette époque était balancé par les enceintes pour chauffer le public dans les dernières minutes de l'intermède. Était-ce vraiment nécessaire ? Je constatais dans ces instants que si pour ma part je me suis éloigné, Combichrist a gagné une base de fans bien accrochés, dont l'enthousiasme explosa à mesure que le groupe arriva. Au lieu d'avoir un claviériste ou un programmateur sur scène, ce sont deux batteurs qui occupent l'essentiel de la scène, le blond à droite étant plus spectaculaire que l'antillais (?) à gauche. Les deux jouent la même chose (je n'ai jamais été convaincu de l'utilité d'avoir deux batteurs comme on peut avoir deux chanteurs ou deux guitaristes) mais au moins ça assure une puissance redoutable au rythme. Avec les gros riffs d'Eric 13 et la voix rauque et bien virile du chef qui arpentait la scène d'un bord à l'autre en hélant avec autorité et chaleur ses fidèles, le groupe rappelle avec autorité que le Metal Industriel est un jeu de bourrins aussi violent et primaire que celui dit extrême, quand on le veut. Les multiples basses programmées sont typiques d'une Power Noise vulgarisée et se coulent très bien à cette formule en y apportant la dureté nécessaire. Elles étaient si fortes, quand la guitare ne jouait pas avec, que j'ai senti plusieurs fois mes yeux vibrer dans leurs orbites !
L'assistance bougeait et la température de la petite salle monta aussi brûlante qu'avec le GrindCore ou le Thrash des précédents jours, et des circle-pits assez virils se lancèrent plusieurs fois. Je me laissai à nouveau prendre volontiers à ce mélange explosif, qui a gagné en impact ce qu'il a perdu en finesse. Quelques vieux titres écrits sans guitare à l'origine se fondirent très bien dans cet ensemble. L'ambiance clairement Metal du concert était loin de celle froide et austère des sets de pure Indus rythmique sans paroles. Comme d'autres classiques avant, Combichrist a trouvé une formule qui marche en franchissant à son tour cet interdit, se nourrissant allègrement du fruit interdit à six cordes. De même, l'esthétique ne se réfère plus tellement aux spectres fluorescents de l'Aggrotech mais la virilité des riffs et des paroles pas franchement délicates (…) rendent l'ensemble trop efficace pour avoir besoin de se cacher derrière des déguisements outranciers. Le set se déroula jusqu'à son terme sans accroc, professionnel et sincère, nous laissant à nouveau suffoquant, sur les rotules, et un peu meurtri sur les pieds et les flancs.
Même si l'ensemble était bien chargé cette soirée un peu différente restera un bien bon souvenir, pour quelqu'un qui s'intéresse aussi à l'Electro Indus dans une région d'Europe que les tourneurs spécialisés négligent habituellement. Mais un peu de repos va nous faire du bien, plusieurs concerts rapprochés valent bien une journée complète de grand festival.
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