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vendredi 10 avril 2020

Melechesh TAF Saint Jean de Védas 15 janvier 2020

La trêve des fêtes devient parfois une vraie traversée du désert tant l’activité des concerts en arrive à se caler sur le rythme des festivals. Et la reprise étant lente, le début d’année est souvent propice à des découvertes ou des expériences hors des sentiers battus. C’est comme ça que j’allais à un concert estampillé Black Metal, moi qui en suis peu consommateur, et avec allégresse en plus. La soirée était bien douce pour janvier, en accord avec un programme qui sentait bien plus la Méditerranée que les fjords. Le public était présent mais pas non plus en masse, peut-être parce que Melechesh était déjà venu il y a un certain temps.

Le temps que je fasse les formalités d’adhésion de début d’année à l’entrée de la salle, les Lombards de SELVANS avaient entamé leur temps de jeu. C’est encore un jeune groupe même si l’on ne peut plus parler de débutants. Seul le grand chanteur avait le visage peinturluré sous son chapeau, mais ils avaient tous des colliers de bois ou d’ossements en lien avec le concept forestier du groupe. Musicalement leur Black était très classique, à fort volume, plutôt orthodoxe mais ouvert à des couches de claviers de temps à autre ou des chœurs pas envahissants. Le mixage primaire n’aidait pas à distinguer les instruments, mais dans ce style musical il ne faut pas y voir forcément une faute. Et déjà sur la petite scène ils étaient obligés de se serrer ! Les riffs étaient corrects bien qu’ordinaires. Le public réagit tout aussi correctement jusqu’à une reprise de Carpathian Forest (toujours le thème sylvestre…) qui fit sentir sa différence avec ce groove bestial bien restitué qui laissait enfin entendre un peu la basse, et encouragea légèrement plus les réactions après un répertoire passablement écrasé par les guitares. Ceci dit ces Italiens ne prennent pas les choses trop au sérieux, comme en témoignait la fiasque de vin ramenée du pays ou le petit jeu du chanteur qui avait remarqué en fin de set qu’un côté de l’assistance réagissait mieux que l’autre et joua un peu avec. Bref, la première partie classique avait fait son travail d’immersion.

À première vue les quatre Athéniens de W.E.B. se donnaient l’air de clones de Behemoth avec leurs costumes et leurs corpsepaints. Les grands effets symphoniques enrobant un Death Black pur, propre et classique des débuts confirmaient ce qui crevait les yeux. Quelque chose semblait néanmoins clocher et le guitariste chanteur gaucher chercha un moment avant de comprendre que son instrument n’était pas branché. L’amélioration fut évidente, même si la – jolie – bassiste demeura noyée dans le mixage à part les quelques chœurs qu’elle prodigua sans effort. Au moins sur la musique, l’impression s’élargit et l’étiquetage de premier abord dût être nuancé par la présence d’éléments moins extrêmes. Les ambiances un peu spatiales, quelques plans vraiment compliqués à la batterie que les trois autres accompagnaient avec application, une intro enregistrée à moulinets de guitare rappelaient le Djent. Avec les poses grandiloquentes, une certaine chaleur derrière les grimaces revues, quelques trucs de scène connus depuis les débuts du Heavy, cela ressortait comme une comédie sympathique à défaut d’être sulfureuse. Le masque de Skeletor-Eddie enfilé par le guitariste-chanteur sur un titre en convainquait définitivement. Un amateur de Metal futuriste pouvait y trouver son compte le temps d’un set qui eut le bon goût de ne pas durer au-delà du sentiment d’avoir fait le tour de l’affaire.

MELECHESH arrivait alors que nous étions encore tout à fait captivé par le demi de la pause de ravitaillement. Une fois encore, le niveau de la tête d’affiche par rapport aux ouvertures était clair. Le groupe Sumérien est là depuis longtemps et a amassé beaucoup d’expérience en dépit des fréquents changements de personnel autour d’Ashmedi. Le temps passé n’a pas eu d’effet sur l’homogénéité d’un répertoire étoffé et suffisamment original. Les riffs rapides, les plans variés et les structures sont profondément marquées par l’héritage oriental, qui rapproche à mon goût leur musique des techniques du Flamenco de manière adaptée au Metal. Il n’y a qu’à regarder le bassiste, qui n’était pas spécialement servi dans la balance mais assurait très à l’aise des parties tout à fait exigeantes à vue d’œil (on sait qu’il a succédé à des titulaires prestigieux). Il y a aussi un peu de Death dans leur mixture, mais il me semble que ce n’est pas vers Nile qu’il faut le chercher. Les influences de Melechesh sont plutôt dans le Death Thrash galopant des tous débuts de la scène Floridienne à mon sens. Tout ça m’excitait plus que les clichés du Black scandinave. Les intros et arrangements divers étaient enregistrés, l’instrumentation classique du groupe invitait à profiter plutôt qu’à bader. Le public Black n’est pas porté au pogo mais bougeait bien, chacun à sa place. Les poings levés, ou les triangles à deux mains remplaçant pour une fois les cornes, suffisaient comme signes de ralliement. Et pour ma part ce Black métissé m’a bien emballé le temps d’une soirée, peut-être aussi grâce à la liesse de la rupture du sevrage.
Ashmedi, qu’on imagine aisément dans une autre tenue au fond d’un souk, maîtrise le français au-delà des banalités habituelles quand il s’agissait d’être aimable, mais préféra rester à l’anglais pour les annonces. Un titre trancha enfin en s’ouvrant sur du blast, figure évitée jusque-là. Ce pied au plancher était en réalité l’accélération finale, puisque c’était le dernier morceau. Le groupe s’en alla sans aucun rappel, et le public repu ne poussait pas son contentement visible jusqu’à réclamer.
Satisfait également, nous échangions quelques plannings à venir entre habitués, qui présage d’un hiver mieux rempli que ce que nous craignions, voire passablement violent comme on l’aime.

dimanche 2 février 2020

Godspeed You ! Black Emperor Paloma Nîmes 17 novembre 2019

Pour ce troisième weekend à la Paloma, l'horaire était bien plus précoce, dimanche oblige. En cette saison cela ne dérangeait personne, il faisait déjà nuit et froid quand j'arrivai sur le parking, à nouveau bien rempli, pour une seule affiche programmée cette fois. Les gens étaient venus de loin. L'assistance étant logiquement bien au-dessus de trente-cinq ans même si quelques Metal-Progueux aidaient à diminuer la moyenne. Était-ce surprenant ? Le programme ne s'adressait pas ce soir aux amateurs de musique simple et directe, comme vous confirmera en bougonnant le fan de Thrash-Crust venu accompagner sa femme.
Le spectacle était cette fois dans la grande salle, dont les gradins étaient déployés de manière à occuper la moitié de la place du public. Craignant les effets soporifiques d'un siège cossu sur une telle musique je n'étais pas intéressé et de toute façon l'accès était trié.

La première partie était offerte à la saxophoniste Danoise METTE RASMUSSEN, toute seule avec son instrument, pour nous montrer ses improvisations Free Jazz. Sans autres moyens, elle en tirait des sons rarement entendus par les profanes, parfois en changeant de bec, mais elle restait contrainte par la contingence physique de la respiration humaine qui ne peut assurer plus de quelques mesures avant de devoir reprendre son souffle. Cela rendait l'exercice vite austère, servi haché par périodes d'une poignée de secondes. Un ensemble aura toujours plus de possibilités sur ce plan. Mette obtint tout de même des applaudissements plus que polis. Sur la troisième séquence, le secours d'une réverbération remédia comme il fallait au morcellement des plans, donnant une dimension de plus à l'exercice, une meilleure capacité au décollage de l'auditeur. Hélas, on revint au système sec dès le thème suivant, et j'ai décroché pour retrouver dans le couloir les compères de Morgue-Mutism reparler de nos dernières batailles.

Malgré la hauteur de la scène assez proche, il y avait tellement de monde qu'il ne fut pas toujours facile de voir les sept membres de GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR dans une pénombre constante, à peine mitigée par une lumière rouge orangée tamisée qui donnait un agréable côté concert au coin du feu. Leur Post-Rock est assez extrême avec ses titres durant au moins un quart d'heure, lentement immersifs dans une masse épaisse de nombreuses couches où s'empilent peu à peu guitares, basses, violon et contrebasse, qui captivent ensemble l'auditeur comme une coulée où surnagent au bout d'un moment des notes claires. Une boucle complète se formait puis se dénouait peu à peu sans se hâter, comme une décomposition naturelle. C'est une vraie expérience musicale. Wagner aurait aimé et le Metal extrême n'est pas loin. On aurait aimé mieux voir les musiciens jouer mais l'éclairage et leur disposition en demi-cercle n'aidaient pas beaucoup.
Pour renforcer l'aspect onirique d'un son magmatique, des illustrations étaient projetées au fond de la scène, quasi exclusivement en noir et blanc, et elles aussi enchaînées en boucle lentement évolutives. Au début elles étaient assez abstraites, ou d'inspiration naturaliste comme un vol d'oiseaux ou un jeune cerf en négatif, oppressantes avec ces tours résidentielles sans base ni sommet apparents. Plus tard cela prit un tour plus ouvertement politique avec des images de manifestations réprimées ou de bagarres entre militants opposés. Cette progression et l'accumulation de titres très costauds à digérer en direct apportaient une lente et profonde tension qui s'émettaient C'est la seule manière que le groupe conservera pour s'exprimer un peu, à part quelques gestes de remerciements parfois, fidèles en cela à leur réputation de gros taiseux : pas un mot, même à l'attention d'un public francophone. Une musique purement instrumentale trouve ses échappatoires dans les notes claires, sur des mélodies simples mais raffinées. Mette Rasmussen fut conviée à revenir sur un titre où elle s'installa au centre du demi-cercle mais dos au public, apportant une fine couche supplémentaire avec son saxo'. Le set dura ainsi une heure cinquante, procurant étrangement la sensation d'effort joyeux plus habituelle dans la pratique du sport. Chaque membre s'éclipsa l'un après l'autre, laissant la musique expirer très lentement, deux d'entre eux revenant au bout de quelques instants tripoter trois potards pour abréger un peu l'agonie.
On sort d'un concert de cette trempe un peu plus lentement que d'autres. Il était bon qu'il soit encore tôt grâce à cet horaire de dimanche, pour pouvoir papoter encore un peu et rallier la voiture sur le même tempo calme. Et puis aussi pour prolonger les sensations, car dans les semaines qui viennent c'est malheureusement le grand désert question programmation…

Birds in Row Paloma Nîmes 8 novembre 2019

Nous voilà de retour à peine quelques jours après à la Paloma. En vérité, c'était parce que j'ai raté deux fois la tête d'affiche cette année quand elle est passée dans ma ville, en raison d'autres concerts. J'ai donc saisi cette troisième chance offerte avec la venue de Birds in Row chez nos voisins mal-aimés, facilité par le covoiturage avec un ami plus véritablement fan du groupe que moi. Au reste, le cadre d'une salle spacieuse et moderne est certainement moins attachant, mais plus confortable. Le parking était bien plein, mais il se révéla une fois passé l'entrée que Camelia Jordana était programmée en même temps dans la grande salle. Un autre monde.

Nous n'avons regardé que trois titres de DÉCIBELLES, trio formé par deux amies d'enfance rejointes par un bassiste. Ces Lyonnais envoyaient du Rock Noisy franchement pêchu, allegro vivace, avec des paroles en français. Les flammes en carton, les dégaines coupes au bol-fripes et surtout la jovialité enfantine de leur musique plaquée sur des thèmes de la vie des millenials, ça se situe au-delà de mes capacités d'ouverture. Il valait mieux se retirer vers la cour avant de se mettre de vilaine humeur.

L'arrivée des autres spectateurs, la lente montée dans les enceintes de "War Pigs" nous signala l'intermède et, laissant le froid aux autres, nous allâmes en sens inverse nous replacer dans la petite salle rouge bien moins garnie que la semaine précédente, mais atteignant un niveau correct pour un style demeurant assez confidentiel.

L'autre trio BIRDS IN ROW venait de Laval comme il fut rappelé d'entrée de jeu. Avec un son ultra propre et bien équilibré, les évolutions passées de leur HardCore Emo assez orienté vers le Post laissaient place à une unité apparente. Pas question d'assagissement pour autant car leur musique est pour le coup énergique, pleine de rebondissements, et rapidement prenante. Au fond de la scène était projetée une performance de bondage en suspension, très soft. Le chant assez reconnaissable du guitariste était parfois doublé par son compère bassiste. C'est un gros atout car cela donne une petite originalité au milieu de la scène, tout en restant parfaitement dans les canons. Les titres des Mainiots sont pleins de sentiment, intenses et urgents : aucun délayage, les fins sont brutes. Les quelques passages aérés ne tombent jamais dans la mièvrerie qui piège trop souvent ce style, notamment parce que l'interprétation physiquement explosive est plus pertinente que ne le seraient une surcharge sonore ou le recours à un effet artificiel.
La sincérité se mesurait aussi aux interventions du guitariste chanteur Bart' Hirigoyen derrière sa mèche, pleines d'idéal bienveillant quoiqu'un peu confuses, interrompues une fois par un quinquagénaire agacé des premiers rangs. Ces façons d'être sont typiques de cet univers musical, mais on lui aurait pardonné bien pire : c'est peu courant de voir une guitare Rickenbacker ! Pour une musique changeante il vaut mieux avoir un bon batteur et l'arrivée d'un nouveau titulaire il y a deux ans est parfaitement digérée. Il emballa des plans bien contre-intuitifs qui ne tenaient que par lui. Les quelques vrais fans du groupe pouvaient arborer un grand sourire. Le dernier titre se termina aussi brutalement que les autres et le groupe disparut en un éclair en coulisses, histoire de ne pas rester désarmés devant l'assistance satisfaire (comportement typique là encore).


En retournant au parking les grappes de gens n'ont guère dérangés les sangliers qui exploraient sans grand succès le bassin de stockage jouxtant la salle.
Nous reviendrons bien vite sur place, et nous reverrons volontiers Birds in Row une autre fois.

The Murder Capital Whispering Sons Paloma Nîmes 2 novembre 2019

L'air de rien cela faisait deux ans que je n'étais plus retourné à la Paloma, mais dans les prochaines semaines nous y serons bien présents comme pour rattraper. Avec la forte pluie automnale sur l'autoroute tout le long du trajet, il fallait se mériter ce grand retour à la SMAC bâtie il y a sept ans à l'est de Nîmes. C'était certes une bonne introduction pour un programme Irlando-Belge. Comme on pouvait s'y attendra rien qu'au coût du billet, cela s'est tenue dans la petite salle, la red room comme je l'appelle. La jauge était tout à fait bonne, elle aura été bien remplie. La moyenne d'âge était assez élevée, même compte tenu de la présence de plusieurs familles venues avec les enfants. Les quinquagénaires étaient même en nombre. C'est un paradoxe que ces groupes, dont les membres ont la vingtaine, séduisent des fans notablement plus âgés qu'eux. Un certain nombre pourraient être leurs parents. Il y avait quelques métalleux assumés dans le tas aussi.

Comme beaucoup j'ai découvert WHISPERING SONS avec le premier album sorti il y a un an à peine. Les cinq jeunes Belges tournent assidûment pour consolider un succès assez fulgurant. Dès les premières mesures menées par la basse et la guitare tintante, on replongeait en plein dans les années légendaires du label 4AD, un terrain parcouru jadis par Bauhaus, le Dead Can Dance des touts débuts et principalement Joy Division. Cette référence trop usée parfois s'impose ici avec une évidence saisissante. D'une part en raison de ces synthés, un peu en retrait dans le mixage mais aussi essentiels que les contributions de Martin Hannett. Et surtout bien sûr de par le charisme singulier de la chanteuse Fenne Kuppens, blonde mince à l'apparence quelque peu androgyne, dans une tenue entièrement blanche faisant songer à une espèce de banshee citadine. Son timbre très grave et puissant est aussi expressif que son engagement sur scène. Elle vit ses textes avec une intensité dramatique, dont la sincérité n'égale que la force étonnante d'un physique quand même plutôt frêle. À tel point qu'on ne peut que penser aux shows de Ian Curtis en son temps, en y ajoutant une maîtrise plus accomplie des émotions. L'allégresse des acclamations à la fin du premier titre atteignait un niveau rare dans ces circonstances, signe que quelque chose se passait.
L'heure suivante se déroula à l'avenant. Ce Post-Punk bourré d'émotions froides, sombres, claustrophobes et fortes, va chercher plus loin dans la tradition que les grands classiques du Revival ou que la retenue lénifiante du Shoegaze. Ce n'est pas par opportunisme mais parce qu'il y a urgence à extirper l'angoisse de la grande ville, parce que c'est le terrain où les Flamands pouvaient exprimer ce qu'ils avaient à dire. Les quatre garçons se tiennent un peu en réserve et concentrés, le batteur debout ne se laissant pas prendre en défaut. Le volume était assez fort mais ne nuisait pas à la clarté du mixage. Certains spectateurs découvraient sur place mais l'enthousiasme parti haut ne fit que progresser, comme les cris de quelque fanatique au beau milieu. L'excellence des compositions ne doit pas être oubliée, car sans cela on se contenterait d'évoquer un potentiel. Mais les Whispering Sons n'ont déjà plus beaucoup de marge de progression à ambitionner sur ce point. Le programme piocha dans l'album et les minis qui l'ont précédé. Il y a deux titres que je n'ai su identifier, qui devaient provenir de leur toute première démo.
La communication de la chanteuse était très sobre – ç'aurait été superflu –en français simple (reste de l'école flamande où la langue de Poelvoorde reste obligatoirement enseignée) puis en anglais, plus facile peut-être au bout de trois quarts d'heure de don total à sa performance. Un dernier titre assez compact fut accordé en rappel.
Dans l'ultime ovation flottait une impression très particulière que je n'avais plus ressentie depuis quinze ans, quand Gojira mettait à sac une à une toutes les sous-préfectures de France par ses premières tournées et que l'on savait qu'on assistait à la naissance d'un monstre déjà promis à aller beaucoup plus loin que l'horizon immédiatement visible, à un moment important d'Histoire en cours. C'est sans comparaison avec la petite joie fréquente de découvrir un bon nouveau groupe. En tout cas, la frustration de l'annulation de Soft Kill cet hiver était balayée.

Ces fortes impressions n'étaient quand même pas une raison pour bouder les cinq Dublinois de THE MURDER CAPITAL après une confortable pause et un titre entièrement enregistré diffusé dans la pénombre précédant leur entrée. Une fois arrivés et baignant dans un éclairage assez cossu tout le long du show, leur Post-Punk à eux est de toute évidence bien plus ancrée dans leur génération temporelle, avec un pied dans le Rock Indé. Pourtant, il était vite tout aussi clair qu'on ne pouvait pas les classer hâtivement à la suite d'Interpol, Editors ou des Strokes. Ces qualificatifs obligés mais vagues abritent en effet au contraire une créativité propre, imprévisible, un mélange de dandysme et d'agressivité assez familier aussi dans la contre-culture Irlandaise (rappelez-vous Oscar Wilde, les Pogues et Virgin Prunes). L'attitude bourrue et nonchalante de James Mc Govern au chant au milieu de titres jolis et charpentés, mais plutôt lents, ne l'empêchait pas d'être concerné et surprenant. Par exemple, après avoir utilisé une première fois le tambourin à cymbalettes pour un effet rythmique somme toute peu utile, il l'envoya voler à travers la scène vers un roadie des coulisses apparemment habitué. Plus tard il fracassera brutalement sur le sol de la scène un bâton à cymbalettes tiré de sa poche arrière après un autre passage similaire. Mais entre-temps, la dynamique lentement montante du début de set avait été curieusement brisée par ce troisième titre minimal au chant murmuré et à la guitare, béant de silences, qui n'était pas forcément affreux mais que le sens commun aurait plutôt placé à la fin. Après, il ne faut pas s'étonner de devoir demander au public s'il est vivant…
Fort heureusement, le redémarrage fut possible grâce à des morceaux de plus en plus nerveux voire plus rapides, bien qu'ils soient restés loin du Punk binaire. Le chanteur descendit une première fois de la scène dans l'assistance pourtant bien massée, avec son micro filaire que le même roadie multitâches s'employa à faire suivre au mieux. Sur un autre titre peu après, Mc Govern se jeta à nouveau sur nous, sans prévenir, dans un slam à longue portée assez dangereux pour lui mais bien géré par un public prévenant. Imprévisible, je disais. On s'attendait alors à une fin exutoire. Revenu sur l'estrade et après avoir jeté son micro au sol d'un geste rageur (ouille les tympans !), le chanteur se retira sans crier gare suivi de ses musiciens. Et malgré les exhortations d'une partie significative du public ils ne revinrent jamais, les cris d'invitation muant peu à peu vers la colère des spoliés. Le fait est qu'ils avaient joués sensiblement moins longtemps que la première partie.

Après un tour au stand où les Whispering Sons discutaient tout sourire avec l'équipe locale, je ne traînais pas même si la pluie avait cessé. Sur le retour, on voyait encore très bien depuis l'autoroute que côté sud, vers la mer et le littoral, l'orage continuait à déchaîner des éclairs impressionnants qui perçaient la nuit noire. C'est le genre de détails périphériques qui risque de s'attacher à une soirée inoubliable.

samedi 21 décembre 2019

Nesseria Stuntman Black Sheep Montpellier 25 octobre 2019

Entre deux mélopées gothiques, n'était-il pas judicieux de revenir à des sons plus lourds pour ne pas trop ramollir ? Si je suis Stuntman depuis longtemps, je n'avais jamais vu Nesseria, alors même que les deux groupes avaient joués ensemble par un lointain passé. Bien qu'arrivant à l'heure pour ma part, la salle ouvrit plus tard que d'habitude et l'affluence n'était pas impressionnante hélas dans ce cher vieux Black Sheep malgré la présence d'un groupe de la vieille génération locale à l'affiche. Le succès public d'un festival dans l'Aveyron voisin ce même weekend a pu aussi rogner l'assistance potentielle.

NESSERIA se présente comme une formation à quatre actuellement, avec un certain esthétisme : des tenues noires, quelques petits néons blafards posés sur le sol de la scène pour tout éclairage, et force fumée envoyée dans la petite salle (j'étais paré sur ce point avec mon dernier concert !). Je connais mal le passé du groupe, en tout cas ils ont servi un Post-Core largement teinté de Screamo et d'émotions glacées. On y retrouverait le vieux Cult of Luna, Converge, le Post-Black en général, et Envy. La similitude avec cette référence en particulier se justifie par le choix de la langue natale dans les paroles, qui passe finalement inaperçu. Le français n'est pourtant pas une langue bien agressive, mais il permet l'expression de plus d'émotion dans les cris tout en respectant la froideur de l'ensemble.
Le quartet mettait pour la première fois en scène son nouveau bassiste. J'ai surtout été impressionné par le batteur qui frappe très fort et n'est pas pour rien dans la puissance de l'ensemble. Le chanteur s'empressa assez vite de faire tous les remerciements laissant croire que le set était court, alors qu'en réalité il laissait place à un long titre instrumental pendant lequel il disparut en coulisses. Les Orléanais font une musique sincère et j'ai passé un premier bon moment.

Une fois en place, STUNTMAN attendit un certain temps le batteur qui arriva tout charrette du couloir et s'installa en vitesse pour attaquer un set sévère. Pour un groupe de plus de quinze ans sans actualité particulière, le quartet Sétois s'est montré particulièrement en forme. Le mélange entre HardCore Noisy et Stoner convoque beaucoup d'influences, mais l'agressivité des riffs est décuplée par la maîtrise largement équivalente au fil du temps au niveau professionnel. L'explosion d'une fosse bien violente en témoignait et libérait les émois accumulés lors du premier set. La rage du chanteur ne se dément pas non plus, ni dans ses harangues destructrices ou chaleureuses, ni par son attitude pleine de colère. Sous la copulation furieuse des riffs coreux et du groove sabbathien, l'ensemble dégage une influence plus diffuse, mais certaine, de l'esprit de révolte d'un certain Metal des années 90, entre Mayhem, PanterA et le Death underground. D'ailleurs, ils ont servi un titre inédit qui démarrait par une longue séance de blasts à la façon Black Metal que j'aurais mal imaginé de leur part il y a quelques années. Si le batteur se plaignit un peu de ses retours, la propreté sonore habituelle du lieu seyait bien à une méchanceté rigoureuse et cela pourrait franchement prétendre à un plus grand format. L'éclairage de la scène lâcha vers les deux tiers du set mais on n'y fit pas attention. Du reste, pour une fois le public ne s'était pas barré après le premier groupe comme trop souvent ici et cela faisait somme toute une affluence acceptable. Si j'ose dire, demain peut appartenir encore à Stuntman qui montra une énergie et un savoir-faire intacts, plus quelques intentions claires d'aller vers de nouveaux défis.

Les bons petits concerts ne bouleversent pas des existences, mais forment le sel de la vie de l'amateur en supplément des plateaux plus populaires. Une fois encore les absents eurent tort.

The Sisters of Mercy A.A. Williams Bataclan Paris 19 octobre 2019

Qu'est-ce qu'un groupe culte ? Les Sisters of Mercy seraient l'exemple parfait sans doute : une discographie étriquée mais séminale, qui a hissé ce nom parmi les fondateurs d'un genre, des apparitions et des interviews rares, plus d'album depuis vingt-neuf ans (!), et une légion d'adorateurs à travers le monde pourtant. Devenu depuis 1986 la chose absolue d'Andrew Eldritch, le groupe a très longtemps évité soigneusement de se produire en France en raison de l'aversion ancienne et obscure du patron pour notre pays, bien qu'il parle français. Moi-même il avait fallu que je me déplace en Espagne pour les voir enfin, avec une émotion certaine alors, tant j'avais fini par me reconnaître, lentement mais profondément au fil de la vie dans cette œuvre. Mon dernier concert, du reste, était justement consacré à son ancien partenaire aujourd'hui exécré Wayne Hussey. Même si la querelle d'Eldritch s'est apaisée avec le temps (ils sont venus au Hellfest cette année), ce show Parisien à une date commode était un véritable événement pour de nombreux fans, parfois frustrés depuis des décennies. D'ailleurs, c'était complet.

C'était également la première fois que je venais au Bataclan, assez étrangement. Arrivé largement à temps, j'ai eu le temps d'explorer la salle, plutôt vaste, un merchandising très fourni en habillement, de prendre de quoi boire et m'asseoir un moment au balcon tandis que ça se remplissait tranquillement, pour me poser. Au-delà d'une riche histoire scénique, il était impossible d'oublier le carnage qui s'est déroulé là où je me trouvais à cet instant. Rien ne le rappelle depuis que l'œuvre de Banksy a été volée, mais c'est superflu. Il serait prétentieux de broder longuement en parodiant inconvenablement "le sixième sens", n'empêche qu'on ne peut pas rentrer dans ce lieu indifféremment, désormais. J'en étais là de ces sombres pensées quand je retrouvais un ancien camarade de feu le forum de VS, que je n'avais pas revu depuis mon autre concert des Sisters à un millier de kilomètres de là. La salle était à présent farcie à bloc, de nombreux spectateurs comme en uniforme revêtus aux motifs du groupe de Leeds, généralement d'un certain âge, et venus aussi pour un certain nombre de l'étranger.

J'avais lu grand bien d'A. A. WILLIAMS il y a quelques mois. Cette artiste aux longs cheveux bruns est encore très nouvelle avec un seul EP fort remarqué à son actif. Assistée d'un batteur et d'un bassiste, sans compter le "A" en motif derrière elle, la guitariste-chanteuse servait un doux Post-Rock, vaguement Folk, froid, lent, sincère et bien composé. Malgré un bon volume sonore, il fallut un peu lutter contre le brouhaha de la foule pour imposer toute l'attention méritée. Si le registre est devenu franchement courant aujourd'hui, elle y mettait suffisamment de variété dans l'instrumentation et d'émotion dans son expression pour briser la réserve que l'on met instinctivement sur un son déjà entendu. Sans pousser son organe, elle s'avérait convaincante. Sur l'avant-dernier titre où la guitare sonnait lourde, la désynchronisation entre ses gestes et le son entendu me laisse penser que sur ce morceau le son plein de la guitare était au moins en partie doublé sur bande au mixage. Peu importe, c'était tout à fait pertinent pour ouvrir une soirée et prometteur dans ce style plutôt dans le vent.

THE SISTERS OF MERCY se présenta comme d'habitude sous la longue introduction de "More" mêlée d'un chœur fervent de centaines de fans sevrés. Le patron s'entoure simplement de deux guitaristes et d'un programmeur veillant sur Dr. Avalanche (la boîte à rythmes) et les basses, ce qui ne pouvait surprendre que les novices s'il y en avait. On ne vient pas voir ce groupe pour profiter d'une performance de musiciens, mais célébrer un répertoire vénéré par toute une génération. Le mixage se montrait étonnamment complémentaire de celui adopté à Barcelone lors de ma première fois : les riffs dominants outre-Pyrénées cédaient cette fois beaucoup d'espace aux rythmiques programmées, que l'habitué Ravey Davey gérait nonchalamment au second plan derrière des lunettes noires de rigueur aussi pour les trois autres membres. Comme toujours il n'était pas facile de voir derrière une fumée généreusement entretenue sur la scène, les miroirs à l'arrière réfléchissant et les spots envoyés dans les visages du public. Cela crée des monochromies se succédant titre après titre.
Du point de vue esthétique, la récente substitution de Chris Catalyst par l'Australien Dylan Smith – inaugurée au Hellfest – est une vraie réussite. Aux chemises à petites fleurs de mauvais aloi ont succédé un grand viking blond et musculeux qui donne une apparence ultra Metal, beaucoup plus cohérente avec l'esprit profond du projet d'Eldritch de se prendre pour Iggy ou Lemmy avec une pointe d'autodérision bien anglaise, et pas du tout pour un inventeur du Rock Gothique. Quand la recrue croise les bras au bord de la scène pour laisser l'autre guitariste Ben Christo envoyer le solo ouvrant le mégatube "Alice", c'est visuellement du grand art. Bien que relativement jeune et le paraissant plus encore, Christo est depuis longtemps dans le groupe et se chargeait de l'essentiel des passages en notes claires, particulièrement valorisés par le mixage de ce soir, ou d'assurer aussi le solo originel au saxo de "Dominion".
L'émoi du public avait encore grimpé d'un cran avec le titre précédent, le premier puisé dans les morceaux vraiment anciens. L'excitation procurée par un concert rare et longtemps désiré pour beaucoup, plus l'ego très sensible de bien des amateurs de vieux gothique, ont parfois des conséquences curieuses comme ce vieux fan qui a passé presque tout le concert devant les bras levés ou la bagarre qui éclata à côté de moi entre un spectateur expansif et un autre plus posé. Au milieu, une fosse s'agita pas mal bien que quelques spectatrices restaient pourtant à proximité confortablement installées sur les épaules de conjoints dévoués.
À défaut de les publier sur album, Eldritch a un panier de titres écrits postérieurement depuis trente ans, qu'il donne en concert aussi facilement que les incontournables. Les fidèles les connaissent tous plus moins, certains étant quasi systématiques comme "Crash and Burn" joué très tôt dans le set. L'instrumental "Kickline" ou le cristallin "Better Reptile" sont par contre bien plus rares.
Plutôt bien en voix ce soir, Andrew Taylor (son vrai nom) alternait comme toujours le marmonnement sépulcral de ses textes, confinant parfois au chuchotement avec des cris désespérés. La beauté de paroles exigeantes autour de thèmes pourtant aussi banaux que les femmes, les drogues et la déprime est pour beaucoup dans l'attachement de ses admirateurs, et l'esprit de célébration s'entendait évidemment dans la reprise quasi permanente des refrains comme de la plupart des couplets par l'assistance. Le patron a un charisme à nul autre pareil, fait d'incessants retraits au fond de la scène, de poses sarcastiques et de penchements de son crâne parfaitement chauve vers les premiers rangs, surgissant du brouillard constant et du halo électrique. Ses interventions sont rares et brèves entre des titres souvent enchaînés de toute façon, ou acclamés si forts qu'on l'entendrait bien mal. Tout cela forme en fait une cohérence savamment orchestrée depuis les origines sur tous les points afin de préserver absolument le caractère définitivement insaisissable et totalement maîtrisé d'un groupe conçu en autocratie. Les alternances entre hurlements et murmures, la brume qui dissimule et l'éblouissement répété, les ray-bans empêchant de lire les regards, les interviews en vrille et le refus de retourner en studio, le chant avec une cigarette aux doigts, ce sweat shirt fatigué pour monter sur scène alors qu'on est une icône vivante, ces rares aphorismes arrogants entre deux titres parfois… tout converge pour dégager cet esthétisme intriguant, racé et impénétrable, parfois paradoxal, que n'importe quel gothique rêve d'atteindre à son tour. Voilà au fond le cœur du malentendu sur lequel prospèrent complaisamment les Sisters.
Au bout de ces impressions rythmées par l'enchaînement des grands classiques et des inédits, setlist prit un détour inattendu vers deux titres plus apaisés de l'ultime album, puis nous déboulions sur le morceau marquant traditionnellement la fin du set principal, l'imparable, onirique et majestueux "Flood II" qui me bouleverse toujours malgré le temps, trahi par un frisson du plus profond de l'épine dorsale dès que les premières notes de basse le laissaient reconnaître.
Déjà que la France fut rarement honorée par son passage, Eldritch imposait généralement comme peine accessoire de filer au bout d'une heure sans rappel. Mais ce soir restera historique : après une longue clameur tenace et aimante, les quatre sœurs de la Merci regagnèrent l'estrade pour donner le même supplément d'incontournables qu'aux autres pays, bien qu'en versions raccourcies à commencer par le brillant et sarcastique "Lucretia", son riff basique et sa ligne de basse obsédante, repris à pleins poumons par une assemblée qui ne cessa plus de tout chanter jusqu'au terme du set. Signe d'adoucissement avec l'âge, Eldritch montrait même publiquement de l'affection envers son vieux domestique Christo. Ce final franchement physique déboucha enfin sur l'obligatoire et fédérateur "This Corrosion", parodie acerbe à l'encontre de ce pauvre Hussey envers qui la rancune semble éternelle. Un solennel salut devant un parterre nourri de fans comblés scella une rencontre mettant décidément à bas  bien des anciennes mauvaises coutumes.

More/ Ribbons/ Crash & Burn/ Dr Jeep-Detonation Boulevard/ No Time to Cry/ Alice/ Show Me/ Dominion-Mother Russia/ Marian/ Better Reptile/ First & Last & Always/ Kickline/ Something Fast/ I Was Wrong/ Flood II
Lucretia My Reflection/ Vision Thing/ Temple of Love/ This Corrosion.

Je ne me suis pas pressé pour rallier la place de la république puis mon hébergement sous une petite pluie de circonstance sur les lumières des boulevards. Il y a des concerts, comme ça, dont on veut prolonger les impressions une fois qu'ils sont achevés.

Wayne Hussey Ashton Nyte TAF Saint Jean de Védas 30 septembre 2019

Pour tout fan, la scission d'un groupe est un vrai problème intime, auquel il répond au cas par cas. Et cela n'y change rien que ces ruptures soient arrivées bien avant qu'il ne découvre les combos concernés. Dans le cas des Sisters of Mercy, l'expulsion de Wayne Hussey et Craig Adams était survenue quand j'en étais encore aux comptines ! Bien plus tard, j'ai éprouvé un temps une préférence pour The Mission, ses nombreux tubes immédiats et puissants, ses paroles faciles, par rapport au répertoire plus succinct et plus exigeant d'Eldritch. Bien que dans la durée le rapport finit par s'inverser définitivement, je n'allais pas rester indifférent au passage en ville d'une date acoustique du père Hussey en solo qui privilégie à présent ce format, afin de labourer le continent sur des tournées interminables sans se fatiguer.

Comme d'habitude je ne parvins pas à rallier la Secret Place à l'avance et le premier invité, ASTER ET EDGAR, avait déjà entamé son récital. Ce groupe local est en fait le projet musical de Jérémie Sauvage, auteur de la biographie de Wayne Hussey chez Camion Blanc qui se trouve être Montpelliérain. C'est simplement un duo où il joue de la guitare pour accompagner une collègue chanteuse, dans un registre de chansons Pop-Rock avec des textes en français. Le chant était correct sans plus, la guitare sèche maîtrisée sans faire de folies et les paroles relevaient d'une poésie sans prétentions, joyeuse et accessible. Les deux derniers morceaux passaient à l'électrique sans que cela ne change rien de fondamental. L'assistance applaudit aimablement quand il le fallait.

Le public n'était pas très nombreux, majoritairement venu en couple et personne ne devait avoir moins de trente-cinq ans ce qui est assez dommage. Mais c'était surtout de vrais fans de The Mission, venus parfois d'assez loin.

Venait ensuite ASHTON NYTE, également en tournée acoustique solitaire sans son groupe. The Awakening est le groupe phare de la scène Goth-Rock Sud-Africaine (même s'ils ont émigré aux États-Unis depuis un moment), suffisamment solide pour s'être hissé au niveau international. On comprenait vite pourquoi : sa voix sépulcrale est magnifique à écœurer bien des vocations. Assis sur son siège à côté d'une serviette et d'un bouchon gobelet de thermos de café, il déroula un mélange de versions acoustiques de titres de son groupe ou piochés dans sa carrière solo, qui est tout aussi fournie. Sous un éclairage étonnamment travaillé, il jouait avec finesse et intensité des compositions dont la structure beaucoup plus Rock ressortait très bien. On aurait dit du Nick Cave croisé avec le Bowie le plus sombre. Avec son anglais tout à fait compréhensible, Ashton commentait entre chaque titre avec un humour pince-sans-rire assez prononcé par lequel il cibla le grincement exaspérant de la porte du cagadou de la petite salle, qui faisait presque autant de bruit que sa musique. La seule reprise était celle de Simon & Garfunkel "The Sound of Silence" qui permit jadis à The Awakening de se faire connaître, et qui est effectivement assez remarquable, légèrement réarrangée et réappropriée avec totale sincérité. Avec des compositions originales convaincantes (et débarrassées des synthés un peu kitch des versions électriques) et parfaitement dans le ton de la soirée, Ashton Nyte remporta un succès d'estime amplement justifié auprès des présents, alors qu'il quitta la scène quelque peu agacé par le chuintement languissant de cette foutue porte.

WAYNE HUSSEY se présenta enfin, guidé par son jeune assistant qui s'assit au fond de la scène où il demeura tout le long du set à regarder attentivement le maître. Avec son chapeau, ses inamovibles lunettes noires, la chemise ouverte sur les fanons de son cou, ses cheveux blancs trop fatigués pour être longs et sa barbiche blanche, il accuse le poids des ans de prime abord. Cela se fera vite oublier par la qualité inusable de son chant, perché entre ceux de Ian Astbury et de Bono, qui n'a rien perdu de sa force ni de sa pureté. Assis lui aussi pour commencer au piano synthé (arborant la bannière du Liverpool FC), le père Hussey fit alterner des morceaux choisis entre reprises – pas toujours identifiées – de Rock classique, et de titres de la Mission aisément identifiables sous cette interprétation apaisée et notamment au début avec "Naked and Savage". Ses doigts fins appuyaient à peine sur les touches. L'assistance s'était rapprochée cette fois tout au bord de la scène, serrée et en communion.
Passant ensuite au centre et à la guitare, Hussey poursuivit son parcours semé d'emprunts. Avec cet autre instrument, on retrouvait plus franchement cette trame épique et féerique si propre à son groupe, mieux encore quand il tirait de sa petite console (surmontée d'une peluche du Liverpool FC !) des rythmes et arrangements préenregistrés, par exemple en ressortant "God is a Bullet". Par moment l'inspiration de Led Zeppelin ressortait clairement. L'excessive facilité de certaines paroles, cependant, restera à jamais un point faible par rapport à d'autres meneurs du mouvement, même si elles ont contribué à créer l'univers particulier de son groupe. "Like a Child Again", classique joyeux et incontournable, l'illustrait bien et permit une première fois au public de faire les chœurs… et à quelques ravis de gâcher le plaisir des autres en faisant des trilles bruyants sur les breaks les plus fins. "Garden of Delight", dans une version plus proche de la seconde au violon, était magnifique. Assis sur un siège, il semblait pourtant avoir du mal à s'y contenir tant il croit en sa musique.
L'aménité du patron est bien connue, il n'y avait qu'à l'entendre s'excuser de boire du cabernet sauvignon chilien en France pour s'en convaincre. Cela pouvait être nécessaire pour supporter le brouhaha de quelques personnes préférant commenter en continu ou blaguasser entre eux à voix assez forte pour couvrir la musique… Je sais depuis longtemps que le public gothique (au sens large) est moins respectueux pour cela que le Métalleux, et cela est hélas encore vrai. Hélas, l'unique remarque de l'artiste à leur intention était tellement calme et ciselée qu'elle ne porta pas au-delà des premiers rangs qui en souffraient autant que lui.
Pour la dernière longueur l'ex Dead or Alive revint au synthé. On reconnut sans peine cette fois une remarquable appropriation de "Hurt" de NIN. "Butterfly on a Wheel" occasionna une nouvelle salve de chœurs, délicatement corrigés par Hussey pour que nous reprenions le refrain final avec la légère variation de texte qui le distingue. Sans rappel, Wayne Hussey repartit sous les acclamations et s'acheva ainsi un réel moment de grâce.

Après un coup d'œil par principe au stand, je m'en allai assez vite malgré l'exquise suavité de la dernière nuit encore estivale, en accord avec le spectacle terminé. La transition avec le prochain concert au programme sera tout autant idéale, voire parfaite. Vous verrez.